4928 – Crépuscule atomique occidental vs révolution nucléaire chinoise … quelques digressions par Vincent Gouysse -11 Mai 2022

par Vincent Gouysse.
Nous n’allons pas ici traiter du volet nucléaire militaire, qui pourrait sonner le glas de l’Occident si celui-ci poussait la Russie et ses alliés à utiliser leur arsenal nucléaire en périphérie de la guerre par procuration en Ukraine, mais d’une facette au moins aussi capitale de l’atome : son utilisation civile. Celle-ci révèle en effet également la profonde crise de déclassement dans laquelle s’enfonce aujourd’hui irrésistiblement l’Occident.
La part de l’énergie nucléaire peut d’abord sembler assez modeste dans le mixte énergétique atlantiste : elle a représenté respectivement 8,4 % de la consommation énergétique primaire des USA en 2020. Elle culmine cependant à 36,1 % en France en 2020. Elle n’en assure pas moins une part importante voir prépondérante de l’approvisionnement électrique des pays impérialistes d’Occident trônant jusqu’à il y a peu au sommet de la pyramide alimentaire mondiale.

En 2020, l’électricité d’origine nucléaire a ainsi représenté 19,4 % des 4 287 TWh de la production électrique américaine et 67,4 % des 525 TWh de la production électrique française.

Pourquoi donc mettre au centre des préoccupations l’analyse du secteur énergétique en général et du secteur nucléaire en particulier ?

En ce qui concerne le secteur nucléaire lui-même, il constitue une source d’approvisionnement électrique flexible et de grande puissance, face à de nombreuses autres sources d’énergie intermittentes comme l’éolien et le solaire (dont le caractère erratique peut être partiellement atténué par l’utilisation des centrales solaires à sels fondus), au potentiel limité de l’hydroélectrique ou aux centrales thermiques brûlant des énergies fossiles (dont les réserves sont limitées et dont le coût tend à augmenter). Or l’électricité est sans aucun doute la forme d’énergie la plus avancée pour l’approvisionnement des forces productives modernes les plus avancées.
2° En ce qui concerne le secteur énergétique en général, nous avons insisté à maintes reprises sur son importance stratégique et même proprement existentielle, de la production à la distribution. En 2010, nous introduisons un long chapitre consacré au développement du secteur énergétique chinois au milieu de la campagne médiatico-scientifique atlantiste carbocentriste dans les termes suivants :
« Comme on l’a également vu, cette campagne lancée par le lobby politico-médiatique des pays impérialistes en déclin a un but précis : mettre des bâtons dans les roues au développement économique des « pays en voie de développement » et en premier lieu de l’impérialisme chinois. Et c’est bien là le nœud du problème : les pays impérialistes en déclin souhaiteraient pouvoir imposer des limitations à la consommation énergétique de l’impérialisme chinois… L’activité économique a en effet besoin de carburant : l’énergie. Limiter son utilisation, c’est freiner le moteur industriel ! » (p. 211)
De même que la valeur d’une marchandise se ramène à la quantité de travail (accumulé comme immédiat) cristallisée en elle, travail que l’on peut également réduire à des flux et à des transferts d’énergie, on peut réduire la société humaine et son écosystème à une somme de transferts d’énergie : soleil/producteur primaire/consommateur primaire et secondaire. Ce dernier est par exemple l’esclave salarié dont l’essentiel de l’énergie est drainée dans une activité moins destinée à l’amélioration de ses propres conditions de vie, qu’à engraisser une minorité d’exploiteurs situés au sommet de la pyramide alimentaire, classe (parasite-prédatrice, consommatrice finale) détentrice des moyens de production et de reproduction de la vie immédiate…
Les économistes bourgeois les plus lucides et compétents, s’ils ont du mal à aller jusqu’au bout du bout du raisonnement scientifique logique faisant de l’énergie (et du travail…) le carburant principal de l’économie, reconnaissent néanmoins l’importance capitale de l’approvisionnement énergétique pour l’économie. C’est ainsi que Charles Gave soulignait dernièrement les conséquences apocalyptiques qu’il fallait attendre des sanctions atlantistes et des contre-sanctions russes, notamment en termes de renchérissement considérable et durable du coût de l’approvisionnement énergétique de l’Europe, via l’explosion des cours du gaz et du pétrole :
« Il se trouve que la Russie est le premier pays producteur d’énergie du Monde. Entre le gaz, le pétrole et le charbon, ils sont de loin les principaux producteurs. Or, comme je ne le cesse de le dire à ceux qui veulent bien m’écouter, l’économie, l’emploi, c’est de l’énergie transformée. Si les russes décident en représailles – ou si on les en empêche de livrer de l’énergie à l’Europe – nous allons avoir la récession la plus effroyable que l’Europe aura connu depuis les années 1970. Donc on est en train de scier littéralement la rentabilité de toutes les entreprises françaises et européennes ».
On en revient ainsi aux fondamentaux de l’économie, c’est-à-dire à la sphère de la production matérielle, dont l’essentiel a été pendant cinq décennies délocalisé par les pays impérialistes dominants de manière croissante à l’autre bout de la planète.

Le rêve de la société de consommation occidentale post-industrielle promet de s’achever dans les désillusions et la douleur…

L’Europe pourrait vouloir se consoler en pensant que tous les pays seront touchés par le renchérissement du coût de l’énergie, mais ce serait là un bien mauvais calcul… L’Europe fait d’abord partie des régions dont la dépendance énergétique est la plus élevée : l’Europe importe ainsi 80 % de son gaz, contre 40 % pour la Chine. En outre, de l’aveu même des analystes atlantistes, la Chine bénéficie de contrats d’approvisionnement à long terme beaucoup plus avantageux que ceux de l’Europe :
« Les contrats à long terme ont protégé les consommateurs chinois de cette soudaine hausse des prix. Contrairement à l’Europe où les acheteurs évoluent sur des marchés du gaz essentiellement libéralisés, avec des prix déterminés sur les marchés au comptant et à terme, la majorité des gros consommateurs en Chine ont recours à des contrats à long terme (80% des contrats chinois d’approvisionnement en gaz en 2018) et les prix du gaz y sont  encore largement régulés. Ainsi, si la haute volatilité du prix du gaz s’est directement répercutée sur la facture des  ménages en France, le consommateur final en Chine a été relativement épargné ». (p. 28)

Le 7 mai, le Quotidien du peuple remarquait dans un article intitulé « Washington récolte les bénéfices et l’Europe en supporte les conséquences amères », que « depuis le déclenchement du conflit, le cours des actions des géants de l’armement américains s’est envolé » quand l’Europe écope à l’inverse d’ « une crise des réfugiés sans précédent » et voit « l’inflation » propulsée « à un nouveau sommet »…

Alors que l’Occident confronté à la phase terminale de son effondrement écope d’une récession économique combinée à une inflation historique (stagflation), la Chine affiche un bilan très différent : une croissance économique confortable combinée à une inflation très modérée.
Au 1er trimestre 2022, l’économie chinoise a ainsi enregistré une croissance de son PIB de 4,8 % en glissement annuel (sa production industrielle s’accroissant de 6,5 %) et ce pour une inflation des prix à la consommation de 1,1 % durant la même période
Le commerce extérieur chinois de biens a enregistré des performances exceptionnelles à tous points de vue en 2021 avec une croissance du commerce bilatéral (exportations et importations) de l’ordre de 30 % en glissement annuel et un excédent commercial record de plus de 689 milliards de $ US, et ce « en premier lieu avec les pays occidentaux ».
Le poids de la Chine dans le commerce mondial de biens, déjà prépondérant, a continué à s’élever rapidement pour passer de 12,7 à 14,8 % entre 2019 et 2021 (p. 56), ce qui témoigne de la détérioration continue de la structure économique des pays impérialistes d’Occident (par exemple leur déficit commercial structurel croissant) ainsi  que l’approfondissement accéléré du différentiel de développement entre le monde atlantiste et son challenger principal !

La situation de l’ex- locomotive du commerce extérieur mondial qu’est l’Allemagne est indéniablement bien plus sombre.

Sur le seul mois de mars 2022, l’Allemagne a vu ses exportations vers la Russie (constituées en premier lieu de machines, véhicules, produits chimiques et pharmaceutiques) s’effondrer de 57,5 % en glissement annuel à 1,1 milliard d’euros ! En 2021, le volume du commerce bilatéral germano-russe avait augmenté de 34,1 % à 59,8 milliards d’euros. En ce qui concerne les importations allemandes, il sera indéniablement difficile de se passer de l’approvisionnement énergétique russe à court terme, alors que l’Allemagne importe 55 % de son gaz naturel, 35 % de son pétrole brut et 45 % de son charbon de Russie…
Au 1er trimestre 2022, le PIB des USA s’est contracté à un rythme annuel de 1,4 %. Alors que la Fed est aujourd’hui contrainte de relever ses taux d’intérêts « pour intensifier sa lutte contre l’inflation » qui évolue à des niveaux historiquement hauts, les milieux d’affaires américains ne cachent plus que la situation économique générale ne va pas s’améliorer à bref délai et que « l’économie américaine serait confrontée à une récession en 2023 ».
Dans le même temps, au 1er trimestre 2022, l’économie française a enregistré « une croissance nulle, inférieure aux attentes », en raison d’un « fort recul de la consommation des ménages sur fond d’inflation ». En mars, l’inflation officielle en France (toute sous-estimée qu’elle soit) a en effet atteint 4,5 % en glissement annuel. Certains secteurs, comme l’automobile connaissent aujourd’hui déjà une « situation qui vire à la catastrophe ». En avril 2022, les immatriculations de voitures particulières neuves affichent ainsi une baisse de 22,5 % en glissement annuel et même de 42,2 % par rapport à leur niveau de 2019…

Avec le début de la paupérisation accélérée des masses populaires d’Occident – c’est l’effondrement des débouchés de nombreux secteurs « non-essentiels » qui est aujourd’hui à l’ordre du jour.

Leur marché intérieur est condamné à se contracter durablement et va conduire à un bouleversement de la structure de la consommation, et notamment à la baisse de la consommation de nombreux biens manufacturés, services et loisirs liés à l’ancien standard de vie privilégié bientôt révolu, et ce au profit des biens les plus nécessaires à la survie (alimentation, déplacements professionnels, logement low-cost).
De l’aveu des investisseurs occidentaux, si la situation économique mondiale actuelle est indéniablement périlleuse et met « sous pression » « l’économie chinoise », « sa base économique reste solide » : « l’économie chinoise possède un potentiel et une résilience excellents ». Les autorités chinoises ne font aujourd’hui pas mystère de leur optimisme, bien qu’elles avertissent des conséquences internationales du dangereux jeu de confrontation et de déstabilisation joué par les élites occidentales :
« Face à une économie mondiale morose et fragile, les Etats-Unis et une poignée d’autres pays s’en tiennent à leurs propres intérêts et multiplient aveuglément les sanctions unilatérales, a déclaré M. Zhao. Il a ajouté que les faits avaient déjà prouvé que les sanctions ne pouvaient pas apporter la paix… mais ne faisaient qu’aggraver l’économie mondiale et que le gros bâton des sanctions frappait en fait les populations de tous les pays ».

Un optimisme qui doit apparaître comme bien insolent au Capital financier atlantiste : « La Chine a la confiance, les capacités et les conditions pour atteindre les objectifs du développement économique et social de cette année ».

Comme nous l’avons démontré en 2010, le découplage Chine-Occident ne date pas d’hier, mais remonte à beaucoup plus loin. Si l’Occident a vu sa consommation énergétique primaire augmenter jusqu’à la fin des années 1990, les deux dernières décennies écoulées, marquées par l’accélération et la généralisation des délocalisations à la quasi-totalité des branches d’industrie, offrent un contraste saisissant.
En 2020, la consommation énergétique primaire des USA s’est chiffrée à 87,8 exajoules et représentait 92,3 % de son niveau de 2000. Celle de la France et de l’Allemagne s’est montée respectivement à 8,7 et 12,1 exajoules, représentant respectivement 78,7 et 84,6 % de leur niveau de 2000. Ainsi, l’Occident a vu sa consommation énergétique primaire stagner puis reculer au cours des deux dernières décennies. A l’inverse, la consommation d’énergie primaire de la Chine a atteint 145,5 exajoules en 2020, soit 342,7 % de son niveau de 2000 !
En 2021, la Chine a produit 8 534 TWh d’électricité, soit le double de la production électrique américaine. De l’aveu des analystes du Trésor, l’année 2021 a vu la Chine déployer « de nouvelles capacités éoliennes et solaires » « à une vitesse frénétique ». (+ 102 GW) Rappelons seulement qu’en 2000, la Chine avait produit à peine 1 356 TWh d’électricité, soit le tiers de la production électrique des USA…

La Chine est depuis une décennie au moins le leader mondial incontesté des énergies dites renouvelables :  depuis l’énergie solaire à l’énergie hydroélectrique.

Ceci n’est pas de peu d’importance, cette dernière étant incontestablement comme nous l’avions déjà souligné « la production énergétique la plus rentable une fois les investissements amortis » (p. 239), avec un coût de revient du kWh pouvant atteindre 2 centimes d’euros. A l’heure où la centrale hydroélectrique de Baihetan, la seconde plus importante au monde en termes de capacité installée (avec 16 générateurs de 1GW) et dont la production annuelle devrait avoisiner 62 TWh est en train d’achever sa complète mise en service, la compétitivité de l’électricité chinoise n’est pas prête de prendre fin.

Un des deux halls souterrains géants abritant chacun huit turbines de 1 GW de fabrication chinoise, les plus puissantes au monde… (Baihetan, le 22 avril 2022)

La situation est très différente pour le camp atlantiste.
En 2020, l’Allemagne a consommé 86,5 milliards de m3 de gaz naturel, avec un taux de couverture de 5,2 % par sa propre production.
En ce qui concerne les USA, ils en ont consommé 832 milliards de m3, avec un taux de couverture de 109,9 %.
De son côté, la Russie en a consommé 411,4 milliards de m3, avec un taux de couverture de 155,2 %.
En 2020, le gaz a représenté 34,1 % de la consommation énergétique primaire des USA , contre 37,1 % pour le pétrole et 10,5 % par le charbon. Plus des quatre cinquièmes de la consommation énergétique américaine est donc tributaire des énergies fossiles.
A titre de comparaison, la consommation énergétique primaire de l’Allemagne a été assurée à hauteur de 25,8 % par le gaz et 34,8 % par le pétrole et 15,2 % par le charbon. Plus des trois-quarts de sa consommation énergétique est donc tributaire des énergies fossiles.
En ce qui concerne la consommation énergétique primaire de la Russie, elle a été assurée à 52,3 % par le gaz, à 22,6 % par le pétrole et à 11,6 % par le charbon.
Le gaz naturel représente 25,2 % de la consommation énergétique primaire de l’Europe en 2020. Même en ce qui concerne la production d’électricité, l’approvisionnement en gaz a un impact certain. Si à l’échelle de toute l’Europe, les centrales thermiques au gaz naturel n’ont produit « que » 19,6 % de ses 3 871 TWh d’électricité en 2020, le degré de dépendance de certains pays est bien supérieur.
S’il n’est que de 16,1 % pour l’Allemagne, il culmine à 48,2 % pour l’Italie ! Dans ce pays, près de la moitié de l’électricité est produite à partir du gaz. Et le GNL n’y représente que le sixième des importations ! L’Italie a consommé 67,7 milliards de m3 de gaz qui ont représenté 51,6 % de sa consommation énergétique primaire. (Source des chiffres bruts : BP, Statistical review of World Energy, 2021)

Voilà qui clôt notre digression énergétique généraliste. Venons-en maintenant à notre sujet principal : les perspectives de la filière nucléaire chinoise et ses multiples impacts locaux et internationaux…

En dépit des fanfaronnades électorales démagogiques de la macronie au sujet de futurs chantiers d’EPR destinés à prendre (hypothétiquement) le relais du vieillissant parc nucléaire français dont la disponibilité, et donc la production n’a cessé de dégringoler au cours des dernières années (avec moins de 354 TWh produits en 2020, bien loin des 399 TWh de 2019 ou des 437 TWh de 2015), la cruelle réalité promet de se rappeler bientôt à tous, via le renchérissement du prix de l’électricité qu’il faut produire et importer à partir d’énergies fossiles de moins en moins bon marché…
Sous cet angle, l’année 2022 promet déjà d’être une année noire pour le secteur nucléaire français alors qu’EDF a annoncé avoir récemment trouvé des « indications » de « phénomènes de corrosion sous contrainte » sur les circuits auxiliaires de quatre « nouveaux » réacteurs nucléaires (Chinon 3, Cattenom 3, Flamanville 2 et Golfech 1).

Les réacteurs nucléaires français ne sont à l’évidence plus aussi fringants qu’à leurs débuts… avec une moyenne d’âge de 35 ans…

Les arrêts pour maintenance /inspection ont indéniablement de l’avenir et devrait limiter la production nucléaire française de l’année 2022 aux environs de 300 TWh, un plus bas de production depuis trois décennies… et ce au moment précis où le coût de l’énergie explose en Europe !
Si l’EPR finlandais a démarré à la fin de l’année 2021 pour une production à pleine puissance prévue pour la mi-2022 « après seize ans de chantier et douze ans de retard sur la date de mise en service prévue initialement », la situation reste critique, sinon pour le moins incertaine, pour son homologue français. Le début de l’année 2022 a en effet vu EDF reporter une nouvelle fois la mise en service de l’’EPR de Flamanville « de fin 2022 au second trimestre 2023 ».
Selon la Cour des comptes qui qualifie le projet d’ « échec opérationnel », le coût total du chantier s’élèvera « à plus de 19 milliards d’euros ». La mise en service du réacteur de 3ème génération qu’est l’EPR de Flamanville était initialement prévue pour 2012 pour un budget prévisionnel de 3 milliards d’euros…

Le secteur nucléaire chinois, qui a pour sa part ravi le 2nd rang mondial à la France en produisant plus de 366 TWh en 2020 (contre 171 TWh en 2015 et 70 TWh en 2009), se porte à l’inverse comme un charme.

En 2021, la Chine a produit 410 TWh d’électricité d’origine nucléaire pour une puissance installée en service de 54 GW. Si cette puissance installée est encore éloignée de celle des USA (93 réacteurs totalisant 95 GW dont la moyenne d’âge est de 42 ans), elle ne le restera pas encore très longtemps, la Chine visant une capacité installée (en service et en construction) de 100 GW à l’horizon 2025 et de 200 GW à l’horizon 2035 (soit une production annuelle de l’ordre de 1 500 TWh).
A la fin de l’année 2021, la Chine comptait 16 réacteurs en construction (dont 12 réacteurs de 3ème génération Hualong-1, d’une puissance de 1,1 GW dotés d’une durée de vie nominale de 60 ans).
Le 1er janvier 2022, la Chine comptait deux réacteurs Hualong-1 en service (Fuqing-5 et Fuqing-6), sans oublier Kanupp-2 et Kanupp-3 (entrés en service aux printemps 2021 et 2022 au Pakistan).
Hualong-1, dont le taux d’équipements indigènes dépasse déjà 90 %, devrait surtout rapidement céder la place à une version optimisée (Hualong-2) d’ici 2024, qui verra le coût de construction passer de 17 000 à 13 000 yuans par kW installé (soit à peine plus de 2 milliards de $ US par unité) et la durée de construction ramenée de 5 à 4 ans.

Au premier plan, les deux réacteurs Hualong-1 de la centrale nucléaire de Fuqing.

Outre le réacteur Hualong-1, la Chine est également en train de construire ses deux premiers réacteurs CAP1400 sur le site de Shidao Bay (un autre modèle de REP de conception indigène de 3ème génération d’une puissance de 1,5 GW). Lancée en juillet 2019, la construction de ces réacteurs possédant plus de 90 % de composants indigènes doit s’achever en 2025.

La mise en œuvre à grande échelle de réacteurs chinois de 3ème génération est cependant loin d’être la seule réalisation majeure du secteur nucléaire chinois.

Le début de l’année 2022 a ainsi vu la connexion au réseau du premier des deux réacteurs nucléaires de démonstration de 4ème génération de la centrale de Shidaowan.
Quand le deuxième réacteur sera mis en service cette année, les deux réacteurs à haute température (HTRC), d’une puissance thermique de 250 MW chacun produiront un total de 210 MW d’électricité (soit un rendement de 42 % et une production annuelle de 1,4 TWh suffisante pour 2 millions d’habitants).

La construction de ce nouveau type de réacteur nucléaire refroidi à l’hélium (en place de l’eau pressurisée) est une première mondiale qui amène les experts occidentaux à reconnaître que « la Chine prend de l’avance dans la course aux nouveaux réacteurs nucléaires ».

Quelques mois auparavant, la Chine avait achevé la construction d’un autre réacteur expérimental de 4ème génération à sels fondus et au thorium, situé en plein désert de Gobi.
Cette technologie brièvement explorée par les USA dans les années 1960, possède de multiples avantages, que ce soit en termes de sécurité, de déchets et d’approvisionnement en combustible, sans oublier son affranchissement de la dépendance traditionnelle à l’eau.
« Sur le papier, le mariage réacteur à sels fondus et thorium semble donc avoir tout bon. Si on n’y a pas eu recours plus tôt, « c’est essentiellement parce que l’uranium 235 était le candidat naturel pour les réacteurs nucléaires et que le marché n’a pas cherché beaucoup plus loin » ».

La commercialisation de ce nouveau type de réacteur nucléaire qui « ne présenterait que des avantages » et ne « produirait quasiment pas de déchets radioactifs » est prévue à l’horizon 2030.

Il faut en effet savoir que les réacteurs nucléaires (de 2ème et 3ème générations) basés sur l’uranium 235, le seul isotope d’uranium qui soit naturellement fissile, sont dépendants d’un combustible particulièrement rare qui ne représente que 0,7 % de l’uranium disponible (constitué à 99,3 % d’uranium 238 non-fissile).
Le thorium 232, aussi commun que le plomb, résoudrait encore plus radicalement la problématique de la disponibilité à grande échelle très limitée du combustible nucléaire…
Enfin, il est également essentiel de souligner que deux réacteurs nucléaires de 4ème génération CFR-600 (réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium, également appelés surgénérateurs) sont aujourd’hui en construction sur le site de Xiapu (depuis décembre 2017 et décembre 2020), avec des mises en service respectives prévues pour 2023 et 2026.

Ce type de réacteur peut être alimenté par de l’uranium 238 et grâce au traitement du combustible usé des centrales nucléaires traditionnelles.

En d’autres termes, la filière nucléaire chinoise est aujourd’hui en train de tester les principaux types de réacteurs nucléaires de 4ème génération, qui ont tous vu leur développement être abandonné par l’Occident, et ce comme le préalable évident à leur développement à grande échelle…
Les inquiétudes croissantes de l’Occident en ce qui concerne les futures centrales nucléaires chinoises, notamment celles utilisant l’uranium 238, qui promettent à la Chine une transition vers une énergie abondante, relativement propre et bon marché, sont évidemment maquillées par leurs préoccupations sécuritaires, ces réacteurs de 4ème génération permettant notamment de produire du plutonium 239 à usage militaire…
Même les médias atlantistes les plus obstinément enragés, bien qu’ils se limitent à n’évoquer lapidairement que la partie visible de l’iceberg et ne puissent se départir de préjugés « sur la capacité du pays à sécuriser ses centrales » ainsi que sa communication « tchernobylesque », sont aujourd’hui forcés de reconnaître les réalisations et les ambitions mondiales sans précédent de la filière nucléaire chinoise et sa compétitivité internationale inégalée avec un coût du MWh estimé à 36 euros, contre 83 euros en Occident :
« Le pays compte ainsi bâtir plus de 150 nouveaux réacteurs dans les quinze prochaines années – plus que le reste du monde les trente-cinq précédentes. Le plan devrait coûter au pays la bagatelle de 380 milliards d’euros, avec l’objectif annoncé de produire 200 gigawatts d’ici 2035 ».
Alors que l’Occident hésite entre l’abandon (Japon, Allemagne) et la prolongation (USA, France) de ses parcs nucléaires vieillissants, se débattant entre aujourd’hui surcoûts, malfaçons, pertes de compétences et explosion du coût des énergies fossiles après des décennies de sous-investissement chronique dans son un secteur énergétique, sous-investissement motivé par l’avènement de « l’économie de bazar » occidentale post-industrielle,
la Chine se dote aujourd’hui d’un mix énergétique de tout premier ordre (constitué de centrales thermiques, hydroélectriques, nucléaires, éoliennes et solaires) capable de lui assurer un avantage comparatif clef et par conséquent une compétitivité à long terme.

Les analystes occidentaux les plus honnêtes et lucides soulignent surtout que la Chine a réalisé « une montée en puissance « tous azimuts » du nucléaire » :

« Ce pays ne se contente plus de construire et d’exploiter des réacteurs conçus à l’étranger. En s’inspirant des technologies françaises et américaines, il a acquis une maturité industrielle qui lui permet dorénavant de concevoir et construire des réacteurs dans des délais qu’aucun pays ne parvient plus à atteindre (5 ans à 6 ans). Leur coût annoncé, autour de 5 milliards d’euros, est largement inférieur à celui des autres réacteurs de troisième génération dans le monde. Les réacteurs chinois de troisième génération tels que le Hualong-1 et le CAP1400 équiperont majoritairement les nouvelles centrales nucléaires en Chine, et peut-être ailleurs dans le monde ».
Dans un article intitulé « Le dragon nucléaire chinois prêt pour le grand bond en avant », ces mêmes analystes soulignent que « cet essor industriel est inégalé dans l’histoire du nucléaire mondial » et conduira inévitablement à rapidement faire de la Chine « la référence en matière de centrales nucléaires car l’énorme volume de ce programme conduira à une optimisation industrielle et à la baisse des coûts de construction qui favoriseront encore davantage son déploiement », notamment à l’international.
En outre, la Chine vise à augmenter le rendement énergétique global des réacteurs nucléaires (voisin de 35 % sur les générateurs de type REP) en récupérant les calories (habituellement dissipées sous forme de vapeur d’eau au niveau des tours de refroidissement) en vue de la production d’eau chaude destinée au chauffage urbain. Un réacteur nucléaire générant 1 GW d’électricité possède une puissance thermique brute voisine de 3 GW, c’est-à-dire que seul un tiers de l’énergie thermique produite par les réactions de fission est convertie en électricité.

Le 9 novembre 2021, La Chine a ainsi inauguré le premier chauffage nucléaire urbain du Monde couvrant la totalité de la zone urbaine de la ville de Haiyang (200 000 habitants sur 4,5 millions de m2 habitables).

D’autres villes chinoises (comme Qingdao) en bénéficieront également, avec la promesse d’une bien meilleure rentabilité à long terme que la combustion d’énergies fossiles…
Enfin, le tableau ne serait pas complet si nous n’évoquions pas la perspective à plus long terme (de l’ordre de trois décennies au moins), de la maîtrise de la fusion nucléaire, et donc la création d’un soleil artificiel.

La Chine là encore à l’avant-garde de la recherche mondiale, avec pas moins de 6 réacteurs à fusion expérimentaux en fonctionnement… A n’en pas douter, le XXIème siècle promet d’être « le siècle chinois », n’en déplaise au camp atlantiste…

En guise de conclusion, il nous importe maintenant essentiel de rattacher l’essor irrépressible de la filière nucléaire chinoise à ses considérations internationales dérivées : la construction par la Chine du futur premier parc nucléaire mondial conventionnel (REP) avant la fin de cette décennie nécessite de l’alimenter durablement en combustible…

C’est à cette étape qu’intervient le Kazakhstan !…

Si la balance commerciale du Kazakhstan est structurellement positive (8,8 milliards de $ US d’excédent en 2020), la structure de ses exportations est dominée par l’industrie extractive (plus de 80 %). Le pétrole représente à lui seul la moitié de ses exportations et contribue pour 21 % à son PIB (en 2020). Mais le gaz, le charbon, les métaux et surtout l’uranium comptent aussi parmi ses exportations phares.

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Le Kazakhstan est depuis 2009 le 1er producteur mondial d’uranium (et le second détenteur mondial en termes de réserves prouvées).

En 2019, il en a produit 22,8 kT, soit 42 % de la production mondiale, loin devant le Canada (13 %), l’Australie (12 %), la Namibie (10 %), le Niger (6 %), la Russie (6 %), l’Ouzbékistan (5 %) et la Chine (4 %).
L’uranium kazakh est surtout exporté vers la Chine (plus de 50 % du total), mais aussi vers le Canada, la Russie et la France.
L’UE et la Chine sont les principaux clients du Kazakhstan, représentant respectivement 37,6 et 19,2 % de ses exportations en 2020.
La Russie et le Chine sont ses principaux fournisseurs, avec respectivement 34,9 et 16,7 % de ses importations.

Venons-en maintenant aux événements qui ont secoué le Kazakhstan en janvier 2022.

Dans la mesure où le camp atlantiste a appelé les autorités du Kazakhstan « à la retenue », on peut estimer raisonnablement que l’Occident ne voyait pas ces troubles d’un mauvais œil…
Si ceux-ci semblent avoir démarré de manière spontanée, leur degré de coordination ultérieure (impliquant des officiers supérieurs) fait penser à l’ingérence d’éléments extérieurs en vue d’une tentative de « révolution de couleur ».

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Le président Tokaïev

Au regard des enjeux géopolitiques, on ne peut que donner un certain crédit aux propos du président Tokaïev qui a décrété l’état d’urgence et dénoncé les émeutiers « comme des agents de l’extérieur constituant une menace terroriste », faisant notamment appel à l’OTSC pour aider à « rétablir la paix », les russes et les chinois ayant ainsi apporté leur concours direct en troupes, matériel militaire et experts en télécommunications et cyber-guerre
Quant au véritable vainqueur de cette insurrection avortée, il apparaît à l’évidence être le bloc sino-russe : les autorités kazakhes « non-alignées » devront à l’évidence opter pour un rapprochement avec l’axe sino-russe si elles veulent se préserver d’autres dangereuses ingérences occidentales…
La prise de distance de Tokaïev avec l’ancienne direction de Nazarbaïev et le remplacement de ce dernier à la tête du Parti au pouvoir (largement gagnant aux législatives de 2021) semble indiquer que le temps de cette « voie médiane » de la bourgeoise compradore Kazakh est bel et bien révolu et qu’il est désormais temps de choisir son camp… et de rejoindre le NOM sino-russe !

La rage du camp atlantiste déployée sur le théâtre militaro-médiatique ukrainien ne peut à l’évidence être que renforcée par sa défaite géopolitique majeure au Kazakhstan.

A la décharge du Capital financier occidental, il est difficile à une bourgeoisie de se faire à l’idée de sa fin imminente après avoir dirigé les affaires du Monde pendant plusieurs siècles…
Un tel déclassement ne doit guère être facile à avaler… Tout ceci permet de donner un autre relief aux attaques chinoises croissantes contre la politique coloniale atlantiste et au soutien indéfectible apporté par la Chine à la Russie.
Le 29 avril, le ministère chinois des Affaires étrangères déclarait :
« Les #É.-U. assument une responsabilité indéfectible pour le déclenchement de la crise #Ukraine… car ils ont rompu leur promesse et ont continuellement insisté pour l’expansion #OTAN vers l’Est ».

Quelques jours auparavant, les autorités chinoises avaient frappé publiquement de manière toute aussi explicite le leader de la coalition atlantiste ainsi que ses larbins au cours d’une conférence de presse.
Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères avait en effet dénoncé de façon particulièrement musclée la domination mondiale coloniale atlantiste, déclarant entre autres ceci :
« Les États-Unis sont les maîtres de la désinformation et de la diplomatie coercitive, et le plus grand saboteur de la paix et de la stabilité internationales et régionales. (…) Il est à espérer que l’Europe arrivera à voir la vérité et arrêtera de tenir la chandelle au diable »…
Le même diplomate avait demandé juste avant :

« Quand les États-Unis fermeront-ils les 800 bases militaires qu’ils exploitent dans 80 pays et régions qui sont depuis longtemps une préoccupation majeure pour le monde ? »

Dans deux articles publiés à la fin du mois d’avril intitulés « L’« homme de main » des États-Unis dans leur quête de l’hégémonie » et « Une « cellule cancéreuse » qui crée des conflits et des affrontements internationaux », la presse officielle chinoise décrivait « le rôle de l’OTAN dans l’ère post-guerre froide » comme consistant à  « maintenir l’hégémonie mondiale des États-Unis en créant un « chaos contrôlable » » « sous couvert de « paix », de « démocratie » et de « droits de l’homme » » sans la moindre considération pour les destructions matérielles et le « grand nombre de victimes civiles ».

« Plus de 30 ans après la fin de la guerre froide, l’OTAN dirigée par les États-Unis a avant tout été guidée par les intérêts de « l’Amérique d’abord » et de la « suprématie occidentale », et n’a cessé de déclencher des vagues de conflits et de guerres dans le monde entier, causant une agitation et de l’anxiété qui tourmentent la communauté internationale.

Afin d’établir un monde à un seul niveau avec « une superpuissance dominante », l’OTAN dirigée par les États-Unis a
froidement bombardé la Yougoslavie, attaqué sauvagement l’ambassade de Chine en Yougoslavie avec des missiles
et lancé une série de guerres contre des pays souverains, causant dommages infinis et des dizaines de millions de réfugiés en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie et dans d’autres pays.
Dans la quête de ses propres intérêts géopolitiques, l’OTAN n’a cessé d’inciter à des « révolutions de couleur » dans le monde entier, et pour les pays « désobéissants » tels que la Russie, la Corée du Nord, l’Iran, le Venezuela, etc., l’OTAN brandit souvent le bâton des sanctions unilatérales, abuse de sa « juridiction au bras long » et impose des sanctions globales en matière politique, économique, scientifique et technologique. Dessinant des lignes idéologiques, formant des gangs et utilisant la force militaire, l’OTAN, héritage de la guerre froide, est le « méchant » de la communauté internationale ».

« Avec la fin de la guerre froide, l’OTAN n’avait plus aucune raison de continuer à exister, mais à l’inverse du Pacte de Varsovie, ce « fantôme » ne s’est pas désintégré. Au contraire même, il est devenu l’« homme de main » numéro un des États-Unis dans leur quête d’établissement d’un monde unipolaire, ainsi qu’un outil de promotion de l’hégémonisme et de la politique de puissance.

De la poursuite de l’expansion vers l’est à la provocation du conflit russo-ukrainien, les diverses mesures prises par les États-Unis pour soutenir l’OTAN continuent non seulement d’étouffer la Russie, mais aussi d’approfondir la confrontation entre celle-ci et l’Europe, et enfin de renforcer la dépendance de l’Europe vis-à-vis des États-Unis.
La logique derrière toutes ces actions apparemment sans rapport est de maintenir l’hégémonie mondiale des États-Unis en créant un « chaos contrôlable ». Les États-Unis sont très familiers de ce genre de façon de faire, comme l’ont clairement montré leur trajectoire de lancement de guerres en Irak, en Afghanistan et en Syrie.
Aujourd’hui, l’OTAN est prête à être l’« homme de main » de Washington encore et encore, comme elle a soutenu les États-Unis dans le lancement de la guerre en Afghanistan et des frappes aériennes en Libye… sous couvert de « paix », de « démocratie » et de « droits de l’homme », ces opérations militaires ont causé un grand nombre de victimes civiles et de pertes de biens.

La crise ukrainienne montre une fois de plus que l’hégémonie américaine est le principal « fusible » des guerres dans le monde et la plus grande « source de troubles » dans le monde ».

Comme on le voit, la Chine frappe fort, sans commune mesure avec ce que l’on pouvait voir il y a ne serait-ce qu’une décennie, époque à laquelle elle était encore toute en retenue…

Aujourd’hui, il apparaît à tout observateur attentif que les cartes sont sur la table, et qu’elles ne sont guère à l’avantage des pays impérialistes d’Occident
Le fait que nous soutenions aujourd’hui la lutte pour l’émancipation de l’humanité de la domination coloniale atlantiste ne signifie nullement que celle-ci soit l’aboutissement de notre combat. Il ne s’agit en effet là que d’une infime partie de la lutte pour la libération de l’humanité du joug du Capital.
La destruction du joug colonial fasciste de l’Occident exercé à l’encontre de nombreux peuples, en particulier ceux des pays dépendants, afin de les maintenir de force dans le périmètre de leur sphère d’influence, ne constitue qu’une première étape dans leur prise de conscience future de la nécessité de détruire toutes les chaînes de l’asservissement capitaliste, qu’il s’agisse des méthodes contraintes du colonialisme (interventions militaires/révolutions colorées/sanctions), mais aussi des méthodes néo-coloniales pacifiques en apparence librement consenties (commerce, investissements, dépendance industrielle, propriété intellectuelle).
Cela ne signifie donc nullement que nous souscrivons aux mystifications tri-mondistes et socialisantes sino-russes que nous n’avons cessé de dénoncer dans le passé
Pour autant, d’autres mystifications doivent à l’évidence être détruites au préalable avant que notre espèce ne prenne conscience de la voie sans avenir que constitue le mode de production bourgeois. En Occident notamment, plusieurs générations sont nées et ont grandi dans le « rêve américain« , au sein d’une « société de consommation » post-industrielle vivant comme un parasite-prédateur sur le corps du reste du Monde.
Mais alors que ce « rêve » a commencé à se briser, il faut expliquer qu’il ne pouvait durer éternellement sous le capitalisme, notamment quand la stratégie de « containement » colonialiste de futurs rivaux plus gros et plus compétitifs échoue
Le pôle sino-russe va créer une autre version du monde global que celle de l’Occident, plus profonde et inclusive, mais le globalisme est une tendance inéluctable, liée à la concentration capitalistique croissante, à la nécessité de disposer d’une base d’accumulation toujours plus vaste face à la concurrence.

Ce qui va se produire, c’est la fin des institutions internationales contrôlées par l’Occident et leur remplacement par de nouveaux accords et structures (OCS, RCEP)…

Dans ces conditions de grand chambardement du rapport de force inter-impérialiste mondial, et comme pour la crise des subprimes, le capitalisme (notamment occidental) a aujourd’hui besoin d’un bouc-émissaire, pour ne pas apparaître comme le responsable systémique de sa propre crise de déclassement… Hier les vilains traders, aujourd’hui le Covid et l’intervention militaire russe en Ukraine, etc.
Le capitalisme est prêt à l’occasion à reporter sur une de ses parties toute la faute de son incapacité à offrir un développement harmonieux à l’ensemble de la société humaine, pour ne pas apparaître aux yeux des masses exploitées pour ce qu’il est en réalité : une voie sans issue dont les contradictions deviennent plus aigües et violentes à mesure que le schisme s’approfondit entre le développement des forces productives avancées et la forme privée d’appropriation du travail collectif…
Mais avant que cette impasse n’apparaisse à tous les peuples dont beaucoup rêvent aujourd’hui de voir brisée une tutelle coloniale atlantiste séculaire, le NOM sino-russe promet d’abord de donner une nouvelle extension mondiale au capitalisme, une perspective implicite exposée récemment par Serguei Glaziev, chargé de guider la fin de la dédollarisation en cours de l’économie russe… (et plus si affinités !)
Au-delà des poncifs rebattus sur l’échec du socialisme en URSS propre à tous les économistes bourgeois, il présente une analyse intéressante des évènements actuels à replacer dans le cadre de l’effondrement des sociétés occidentales et de l’avènement d’une nouvelle étape de développement du capitalisme (NOM sino-russe) bâtie sur les ruines du colonialisme occidental et de sa politique agressive de « containment » : le souverainisme et l’État providence de nouveau à l’ordre du jour. Un « printemps » des nations longtemps soumises au joug de l’occupation coloniale atlantiste.
De toute évidence, les russes et les chinois sont très habiles et promettent de fédérer les élites bourgeoises-compradore du monde entier avec leurs échanges en roubles/yuans/monnaies locales/matières premières… La promesse d’un retour à l’économie réelle, une fois la parenthèse de la bulle spéculative de la « société de consommation » occidentale fermée ! La fin de la domination colonialiste mondiale va adosser les économies occidentales à leur création réelle de valeur (c’est-à-dire pas grand-chose), au lieu de la valeur extorquée à l’international (cette source étant sur le point de se tarir)… Des pans entiers de ce qui subsiste de « l’industrie de bazar » occidentale vont s’effondrer (aéronautique civile, automobile par exemple).
Le tournant fasciste de l’Occident n’est indéniablement pas un hasard… De même qu’une guerre ouverte en Ukraine dont nous disions déjà en janvier dernier, près d’un mois avant qu’elle n’éclate, qu’elle aurait, outre l’utilité de tenter d’ébranler l’allié russe de la Chine, un autre but majeur non avoué :
« Après avoir rodé sur les pays dépendants presque sans partage tout au long du siècle écoulé, la meute des loups impérialistes d’Occident, aujourd’hui confrontée à l’inexorable réduction de son territoire de chasse, en sera bientôt contrainte de s’entre-déchirer. Ces loups affamés se dévoreront donc bientôt entre eux… Dans cette optique, le bruyant tapage atlantiste sur la menace imminente d’une agression Russe de l’Ukraine pourrait être avant tout une tentative de déstabilisation du bloc impérialiste européen par l’impérialisme américain : quand les débouchés extérieurs se contractent, la seule façon de limiter l’érosion de sa part de marché est d’éliminer la concurrence, fût-elle celle d’un ancien « allié »… Le seul impérialisme qui aurait objectivement quelque chose à gagner dans une guerre civile ravageant l’Europe, serait assurément l’impérialisme américain ! »
Les USA, relativement riches en matières premières minières et énergétiques (contrairement au vieux continent), pourraient en effet limiter la casse industrielle par rapport à l’Europe, surtout si cette dernière a été laminée prioritairement. Et on est aujourd’hui bien parti dans ce sens… Le Grand Reset atlantiste est bel et bien en marche, même si tout ne se passe pas de façon « optimale » pour Washington, notamment sur le front Est, qui n’aura décidémment eu de cesse de donner bien des soucis à l’Oncle Sam !…

Voilà la raison fondamentale pour laquelle le sacrifice de l’Europe par son « allié » américain ne sera pas perdu pour tout le monde…

Les manœuvres coloniales de l’Occident impérialiste, notamment avec le soutien décomplexé apporté aux néonazis d’Ukraine, dévoilent le vrai visage du lobby atlantiste aux yeux des citoyens conscients et honnêtes du Monde, de même que les manœuvres des « démocraties » occidentales dans la coulisse au cours d’un autre conflit majeur, il y a maintenant huit décennies.

C’est ainsi qu’au moment où la Wehrmacht fût stoppée à Stalingrad, en 1942, Albert Einstein fît les réflexions suivantes :

« Pourquoi Washington a-t-il aidé à étrangler l’Espagne loyaliste [républicaine] ? Pourquoi a-t-il un représentant officiel dans la France fasciste ? (…) Pourquoi garde-t-il des relations avec l’Espagne franquiste ? Pourquoi aucun effort n’est fait pour aider la Russie qui en a le plus grand besoin ?
Ce gouvernement est largement contrôlé par des financiers dont la mentalité est proche de l’état d’esprit fasciste. Si Hitler n’était pas en plein délire, il aurait pu avoir de bonnes relations avec les puissances occidentales. (…) Sans la Russie, ces chiens sanguinaires (…) auraient atteint leur but ou, en tout cas, en seraient proches. (…) Nos enfants et nous avons une énorme dette de gratitude envers le peuple russe qui a enduré tant d’immenses pertes et de souffrances. La manière dont (la Russie) a mené sa guerre a prouvé son excellence dans tous les domaines de l’industrie et de la technique. (…). Dans le sacrifice sans compter et l’abnégation de chacun, je vois une preuve d’une détermination générale à défendre ce qu’ils ont gagné (…). En Russie, l’égalité de tous les peuples et de tous les groupes culturels n’est pas qu’une parole en l’air : elle existe vraiment dans la réalité ».

Quelques années plus tard, en décembre 1947, alors que l’hystérie anticommuniste submergeait les USA et que l’Union Soviétique (re-)devenait brutalement officiellement LA puissance diabolique à abattre, le même Albert Einstein faisait la réflexion suivante :

« Je suis venu en Amérique à cause de la grande, très grande liberté dont j’avais entendu dire qu’elle existait dans ce pays. J’ai commis une erreur en choisissant l’Amérique comme pays de liberté, une erreur que je ne peux pas réparer dans la balance de ma vie ». (Cité dans : Einstein, un traître pour le FBI, Fred Jérôme, Editions Frison-Roche, 2005)

Aujourd’hui, le mythe hollywoodien selon lequel l’Amérique sauve le Monde (ou même seulement ses alliés…) prend à l’évidence un très sérieux coup à l’occasion de la crise en Ukraine !

Car loin de sauver le Monde, l’impérialisme US semble en effet aujourd’hui prêt à vouloir le sacrifier pour tenter de ne pas perdre son emprise dominante sur celui-ci !… Et, alors que la rhétorique belliciste du camp atlantiste se dévoile dans sa hideuse nudité, la Chine, habituée à penser son développement à l’échelle de décennies, se paie encore le luxe d’œuvrer pour l’Humanité toute entière, et pourrait bien un jour la sauver, non pas au cinéma, mais dans la réalité :

Le 29 avril dernier, le ministère chinois des Affaires étrangères n’annonçait en effet rien de moins que le développement d’un système de défense planétaire contre les petits astéroïdes géocroiseurs, nous évitant ainsi le remake d’un improbable et périlleux sauvetage sur le scénario d’Armageddon (1998)…


Vincent Gouysse pour www.marxisme.fr


https://reseauinternational.net/crepuscule-atomique-occidental-vs-revolution-nucleaire-chinoise-quelques-digressions/

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