3847 – Deux Conférences de presse de Sergueï Lavrov du 16 Juin 2020 >>1/à l’issue de son entretien téléphonique avec Josep Borrel – UE >>2/à l’issue de son entretien avec Mohammad Javad Zarif – Iran

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Ministry of Foreign Affairs buiding in Moscow, Russia

1/Conférence de presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, à l’issue de son entretien téléphonique avec Josep Borrell, Haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Moscou, 16 juin 2020

 

Dans le cadre de notre dialogue politique régulier avec l’UE, nous avons mené aujourd’hui un entretien d’une heure et demie avec Josep Borrell, Haut représentation de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

UE Josep Borrell, Haut représentation de l'Union européenne -pour-les-affaires-etrangeres-et-la-politique-de-securite-josep-borrell-a-bruxelles-le-17-fevrier-2020_6251284  UE Josep Borrell Haut représentation de l’Union européenne  

Nous avons évoqué en profondeur un large éventail de thématiques internationales.

Nous avons parlé de l’impasse dans laquelle se trouvent actuellement les efforts pour le processus de paix au Proche-Orient.

Nous avons mis l’accent sur l’importance d’intensifier les efforts consolidés de la communauté internationale afin de tenter de relancer les négociations directes entre les Palestiniens et les Israéliens sous l’égide de l’Onu pour régler toutes les questions liées au statut définitif et déboucher sur un traité de paix global. La situation s’est particulièrement compliquée ces derniers temps.

Nous avons réaffirmé notre position et notre évaluation, que nous partageons avec l’UE, selon laquelle la réalisation des plans d’annexion d’une partie des territoires palestiniens en Cisjordanie remettait en question la solution à deux États au problème israélo-palestinien, et pourrait provoquer un nouveau cycle dangereux de violence dans la région.

Nous nous sommes mis d’accord pour concerter nos approches, car la Russie et l’UE font partie du Quartet de médiateurs internationaux. Nous travaillerons en ce sens également avec nos collègues de l’Onu. Nous exprimerons notre point de vue aux États-Unis et aux Israéliens.

Nous avons souligné la nécessité de cesser au plus vite des activités militaires en Libye. Nous nous sommes prononcés pour initier au plus vite un dialogue constructif avec la participation de toutes les forces politiques libyennes. Plusieurs initiatives ont été avancées à ce sujet dernièrement. Je fais allusion à la Conférence de Berlin et aux idées exprimées par le Président du Parlement de Tobrouk Aguila Salah.

Nous avons constaté l’absence d’alternative au règlement politique de la crise syrienne dans le cadre du processus lancé sous l’égide de l’Onu, et qui doit être un processus des Syriens eux-mêmes avec la contribution de l’Onu tel que le prévoit la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies.

Nous avons également mis l’accent sur le problème de l’aide humanitaire pour tous ceux qui en ont besoin sur le territoire syrien sans discrimination, politisation ni conditions préalables. L’aide occidentale est adressée principalement aux réfugiés se trouvant en dehors de la Syrie (ce qui ne contribue pas à créer les conditions pour leur retour chez eux), soit aux territoires qui ne sont pas contrôlés par le gouvernement syrien.

Le 30 juin 2020, l’UE a l’intention d’organiser une nouvelle visioconférence au sujet de l’aide humanitaire à apporter aux Syriens. Nous y avons été invités. Nous comptons y participer.

Une nouvelle fois, nous avons exprimé notre regret que cette conférence (et elles ont été nombreuses au niveau de l’UE) ne supposait pas une invitation d’une partie syrienne, du gouvernement légitime de Damas.

Nous avons évoqué en détail la situation concernant le nucléaire iranien.

Nous avons souligné l’attachement de la Russie et de l’UE à la garantie de la mise en œuvre stable et globale du Plan d’action global commun. Nous avons échangé nos avis sur les processus compliqués qui se déroulent à Vienne dans le cadre du Conseil des gouverneurs de l’AIEA et à New York, où nos collègues américains cherchent à promouvoir des décisions allant à l’encontre de tous les accords conclus dans le cadre du Plan d’action et approuvés par la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations unies.

Nous avons parlé de la crise en Ukraine en soulignant l’absence d’alternative aux Accords de Minsk et aux actions concrètes pour les mettre en œuvre.

De notre côté, nous avons souligné en particulier que ces accords devaient être remplis à part entière selon le déroulement prévu, à commencer par l’établissement d’un dialogue direct entre Kiev – Donetsk et Lougansk.

Nous avons parlé de la situation dans les Balkans occidentaux,

notamment au vu de ma prochaine visite en Serbie. Nous avons réaffirmé à nos partenaires de l’UE la position fondamentale de la Russie selon laquelle les pays de la région ne devaient pas être placés devant un choix artificiel entre l’Occident et la Russie.

Nous avons tous intérêt à ce que la politique de tous les pays d’Europe soit multivectorielle et également ouverte à un dialogue constructif avec tous ceux qui y sont prêts, sur la base de l’équité et du profit mutuel.

Nous avons souligné l’importance de remplir les accords conclus il y a des années avec la médiation de l’UE entre Belgrade et Pristina, qui stagnent, malheureusement.

Nous avons échangé, et nos positions étaient proches, au sujet des efforts pour contribuer au dialogue national au Venezuela.

Avec les Européens, nous avons participé à la conférence récemment organisée en Suède au « format de Stockholm ».

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Pour conclure, nous avons évoqué plusieurs questions d’actualité concernant l’état actuel des relations entre la Fédération de Russie et l’Union européenne.

Nous avons dit au Haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Josep Borrell que nous avions entendu parler des plans de l’UE d’organiser une revue stratégique des relations avec la Fédération de Russie. Nous avons réaffirmé notre volonté de développer les contacts. Nous avons réaffirmé notre invitation à Josep Borrell en Fédération de Russie dès que la situation du coronavirus le permettra.

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Question: Kiev déclare constamment que les Accords de Minsk ne sont pas obligatoires à remplir, qu’ils doivent être réexaminés ou qu’il est possible d’y renoncer.

  • En avez-vous parlé avec Josep Borrell?

  • Est-ce que l’UE est prête à apporter sa contribution pour que Kiev cesse ces déclarations?

Sergueï Lavrov: Oui, comme je l’ai mentionné, nous avons parlé de l’Ukraine. Pas en détail. L’UE n’est pas une partie du processus appelé à régler la crise en Ukraine. La France et l’Allemagne  participent à ces efforts de la part de l’UE. Nous savons que Berlin et Paris partagent en détail leurs évaluations avec leurs partenaires de l’UE, y compris le service dirigé par Josep Borrell.

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Bien évidemment, nous avons attiré l’attention de nos interlocuteurs sur les déclarations faites par Kiev non pas par des individus sans pouvoir, mais par des représentants du gouvernement et du Président, et du Président lui-même.

A commencer par les appels à conserver les Accords de Minsk parce que c’est le prétexte le plus important pour maintenir les sanctions occidentales contre la Russie (nous avons déjà commenté ces appels) jusqu’aux déclarations selon lesquelles les Accords de Minsk sont volontaires et n’impliquent aucun engagement pour l’Ukraine, soit, comme l’a déclaré récemment l’un des vice-premiers ministres, Alexeï Reznikov, seraient « dérisoires » dans le sens juridique. Tout cela est alarmant.

Nous avons appelé nos collègues européens à en tenir compte dans le dialogue avec Kiev, notamment dans la mesure où l’Ukraine et l’UE ont signé un accord d’association qu’il est à présent prévu de moderniser et de mettre à jour. Je pense que l’attitude de l’Ukraine envers ses engagements internationaux doit faire partie de la revue détaillée de l’accomplissement de l’accord d’association, notamment du point de vue de l’attitude des autorités ukrainiennes envers les droits des minorités.

  • J’ai mis un accent sur ce point aujourd’hui en rappelant que tout une série d’actes législatifs adoptés dernièrement en Ukraine restreignait sévèrement les droits légaux des minorités nationales garantis par les conventions internationales et la Constitution ukrainienne, notamment en ce qui concerne les droits éducatifs et linguistiques.
  • J’ai attiré l’attention de mon interlocuteur sur le fait que d’autres minorités nationales (les Hongrois, les Bulgares et les Roumains) critiquaient également cette législation.
  • A une certaine étape, en réagissant aux requêtes des capitales européennes, les Ukrainiens ont déclaré qu’ils pouvaient faire une exception pour les minorités nationales parlant des langues de l’UE.

J’ai directement demandé à Josep Borrell s’il existait de telles exceptions pour les langues de l’UE, si Bruxelles s’arrêterait là, si toutes les autres capitales européennes et toute l’UE cesseraient de défendre la nécessité de respecter les droits de toutes les minorités nationales, y compris russophone.

Sa réponse était négative. L’UE n’adoptera pas une approche sélective de la défense des droits des minorités nationales ni en Ukraine ni dans d’autres pays. Nous trouvons que cette position est respectable. C’est la seule possible en abordant le problème des minorités nationales du point de vue du droit international en vigueur.

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Question: Ce jeudi 11 juin, le Parlement letton a adopté des amendements à la loi sur les médias numériques, a instauré des quotas linguistiques.

  • D’après vous, comment ces amendements affecteront-ils l’accès aux médias russophones?

Sergueï Lavrov: Cela s’inscrit également dans la logique dont nous venons de parler. Nous avons réagi avec inquiétude à l’adoption par le Parlement letton en dernière lecture des amendements à la loi sur les médias numériques. Nous savons que ces amendements ont été activement imposés par des radicaux. Ils ont réussi à faire instaurer des quotas linguistiques à la télévision sans cacher que cela était fait pour limiter l’accès légal aux sources d’information en russe.

Si je comprends bien, désormais 80% de la diffusion télévisuelle doivent être uniquement dans les langues de l’UE, et 20% sont impartis pour toutes les autres langues parlées par les minorités nationales en Lettonie. Sachant que 40% de la population lettone parle russe, c’est une discrimination flagrante. Je suis certain que l’UE doit analyser ces décisions et exprimer sa position. Du moins, nous l’avons demandé à Josep Borrell en espérant que les déclarations que nous entendons régulièrement de la part de Bruxelles concernant la nécessité de garantir de hauts standards démocratiques en ce qui concerne l’accès à l’information ne seront pas des paroles en l’air.

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Question: Que pense Moscou de l’initiative américaine d’organiser le 27 juin une rencontre entre les dirigeants de la Serbie et du Kosovo?

Sergueï Lavrov: Nous la percevons comme une initiative adressée à Belgrade et à Pristina.

Nous avons entendu les déclarations de représentants américains selon lesquelles Belgrade et Pristina avaient accepté de se rencontrer à l’invitation américaine.

Après-demain nous nous rendrons en visite à Belgrade. Nous espérons parler de la vision concrète des démarches pratiques des pays qui proposent leurs efforts de médiation et de la vision de ces démarches par les autorités serbes.

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Le Président russe Vladimir Poutine a souligné à plusieurs occasions, notamment lors de ses entretiens avec le Président serbe Aleksandar Vucic, que la Russie soutiendrait dans le processus de paix kosovar les accords qui acceptables pour la Serbie et le peuple serbe.

Nous partirons de ce principe. Mais les efforts de médiation sont nombreux dans ce processus. Je ne voudrais pas que les éventuels accords conclus entre Belgrade et Pristina connaissent le même sort que ceux qu’ils avaient conclu avec la médiation de Bruxelles, comme je l’ai dit aujourd’hui à Josep Borrell.
Il est question d’accords de plus de cinq ans sur la création d’une communauté de municipalités serbes au Kosovo qui prendraient en charge les questions relatives à la garantie des droits de la minorité serbe sur le territoire de cette région serbe.
Et ces accords restent sur le papier, tout comme les accords sur le début du procès des combattants de l’Armée de libération du Kosovo en lien avec les accusations contenues dans le fameux rapport de Dick Marty sur le trafic d’organes humains.
Le tribunal a été créé avec beaucoup de retard, mais n’a toujours pas commencé son travail. C’est pourquoi nous déciderons de notre attitude envers les accords éventuels non seulement en fonction de leur apparence sur le papier, mais également de leur mise en œuvre dans la vie réelle.

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Question: La Russie avait proposé de lever les sanctions pendant la pandémie, mais cela n’a pas fonctionné.

  • Avez-vous parlé des sanctions aujourd’hui avec Josep Borrell?

  • Y a-t-il un espoir, au moins dans le cadre de la revue stratégique des relations, que l’UE se montre prête à revenir sur les sanctions, les lever ou les assouplir?

  • La Russie est-elle prête à assouplir les contre-sanctions et si oui, à quelles conditions?

Sergueï Lavrov: Nous n’évoquons pas la question des sanctions avec ceux qui les ont décrétées. C’était leur initiative, c’est donc à eux de voir si elle est efficace, dans leurs intérêts.

Nous avons tiré nos conclusions il y a assez longtemps.

Les actions de l’Occident en 2014 et dans les années qui ont suivi, quand ces sanctions ont été prolongées, ont montré que dans tous les secteurs centraux pour la vie de notre peuple et de l’État nous devions compter sur nos propres forces – ce que nous faisons activement afin de ne pas dépendre des partenaires qui ont montré leur non-fiabilité.
En ce qui concerne les appels que nous aurions adressés dans le contexte du coronavirus en proposant d’assouplir les sanctions, il s’agit clairement d’une manipulation des faits. J’ai observé plusieurs fois que les médias occidentaux interprétaient immédiatement notre position comme la confirmation du fait que nous appelions à lever les sanctions contre la Russie.

Nous ne parlions pas de cela. Nous parlions de la nécessité de lever les sanctions décrétées contre les pays les plus touchés actuellement par le coronavirus. Le maintien de ces sanctions unilatérales illégitimes paraît inhumain en période de pandémie. Nous faisons allusion aux sanctions unilatérales de l’Occident (notamment des États-Unis) contre l’Iran, le Venezuela, la Syrie et la Corée du Nord. Voilà ce que nous avons dit. Nous n’avons pas demandé de lever les sanctions contre la Fédération de Russie. Nous gérerons ces problèmes nous-mêmes.

file7b1gy7jnfueo7sou9e4 Un passant regarde les images de la destruction du bureau de liaison sur un écran télévisé. — © STR / YONHAP / AFP)


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Question: Ce jeudi a été démoli le bâtiment du bureau de coordination inter-coréen dans la zone industrielle conjointe de Kaesong.

  • Que pouvez-vous dire de cette situation?

  • D’après vous, que doivent faire Séoul et Pyongyang, et peut-être toute la communauté internationale, pour empêcher une escalade entre les deux Corées?

Sergueï Lavrov: La Russie est frontalière de la péninsule coréenne. Rien que pour cette raison, sans parler des liens historiques avec le peuple coréen, nous souhaitons immuablement le maintien et le renforcement d’une paix durable et de la stabilité sur la péninsule.

Nous partons de ce principe et prônons le développement du dialogue intercoréen visant la normalisation des relations entre les deux États coréens, entre le Nord et le Sud, et le règlement de tous les problèmes de cette région uniquement par des moyens pacifiques et diplomatiques.

C’est précisément l’objectif des initiatives proposées par la Russie. Elles restent sur la table. Ces dernières années, nous les avons avancées avec nos amis chinois. Je fais allusion à la feuille de route et au plan d’action pour régler la situation sur la péninsule coréenne.

Dans le cadre de ces initiatives sont prévues des mesures concrètes qui permettront de remédier aux différends intercoréens. Nous resterons attachés à cette approche en incitant aux contacts et aux accords intercoréens.

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Question: Que pense Moscou de la décision du Président américain Donald Trump de réduire le contingent américain en Allemagne? Certains congressistes américains l’ont déjà qualifiée de « cadeau pour la Russie ». Pouvons-nous partager ce point de vue?

Sergueï Lavrov: Nous ne voulons pas exprimer notre propre avis sur les relations entre les États-Unis et l’Allemagne. Nous voyons une discussion à ce sujet, notamment sur le retrait partiel de militaires américains d’Allemagne. Des représentants officiels allemands s’expriment, un débat a lieu au Parlement allemand. C’est un thème que je ne voudrais pas commenter.

Je peux seulement dire que nous souhaitons la reprise d’un dialogue normal avec tous les pays de l’Otan au niveau militaire pour évoquer globalement la question relative à la garantie de la sécurité militaro-politique sur le continent européen, et dans un sens plus large dans la région euro-atlantique en s’appuyant sur une analyse objective, sur l’évaluation des risques et des menaces qui y existent.

Nos propositions pour réduire la tension sur la ligne de contact entre la Russie et l’Otan sont bien connues. Elles ont été transmises aux États-Unis et à l’Otan en tant qu’organisation. Nous n’avons toujours pas reçu de réponse concrète. Elles restent sur la table. Quand l’Otan sera mûre pour cela, nous serons prêts aux démarches concrètes pour la désescalade.

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Question: Tokyo a décidé de renoncer au déploiement de l’ABM américain sur son territoire.

  • Cette décision japonaise se reflétera-t-elle positivement sur les négociations russo-japonaises, notamment sur le traité de paix?

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Sergueï Lavrov: Parmi les déclarations faites par les représentants officiels japonais, y compris le Ministre de la Défense Taro Kono, je n’ai pas compris que la décision de renoncer au déploiement de systèmes de défense antimissile avait déjà été prise.

Les Japonais doivent tirer les choses au clair eux-mêmes dans leurs contacts avec les Américains. Encore une fois, cette question relève de leurs relations bilatérales. En revanche, elle concerne dans une certaine mesure la situation militaro-politique générale en Asie du Nord-Est. Les explications données concernant le déploiement de ces systèmes antimissiles indiquent la réalisation de ces actions dans une certaine direction (je m’exprime diplomatiquement).

Ici, tout comme en Europe et dans la région euro-atlantique, nous trouvons important de développer le dialogue sur le volume raisonnable d’armements déployés par les pays de la région sur leur territoire et, surtout, en dehors de leur territoire.

Dans le cadre des négociations à six sur les problèmes de la péninsule coréenne, outre la discussion sur le problème nucléaire a été créé – et formellement il n’a pas été dissous – un groupe de travail pour renforcer la paix et la sécurité en Asie du Nord-Est. La Russie était l’un des coordinateurs de ce groupe. Compte tenu de l’évolution de la situation dans la région, je pense qu’il serait opportun de relancer son activité.

Mais je répète que nous n’avons pas vu de décisions concrètes par rapport à l’ABM que le Japon comptait acheter aux États-Unis.

Quand nous évoquons avec nos collègues japonais le traité de paix conformément aux principes approuvés par le Président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre japonais Shinzo Abe, nous attirons leur attention sur les aspects liés à leur alliance militaro-politique avec les États-Unis, qui crée des risques pour la Fédération de Russie dans la mesure où ces derniers ont officiellement proclamé la Russie d’adversaire.

Mais nous voulons tirer les choses au clair avant de décider si des démarches sont nécessaires de notre part.


source/https://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/UdAzvXr89FbD/content/id/4166417


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2/Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors de la conférence de presse conjointe à l’issue de son entretien avec Mohammad Javad Zarif, Ministre des Affaires étrangères de l’Iran, Moscou, 16 juin 2020

Mesdames et messieurs,

L’entretien avec mon homologue le Ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a été, comme toujours, constructif et très substantiel.

Nous avons évoqué en détail l’état et les perspectives des relations russo-iraniennes. Nous avons constaté le caractère nourri de notre dialogue politique, même malgré le coronavirus, en premier lieu au sommet.

En février et en avril, le Président russe Vladimir Poutine et le Président iranien Hassan Rohani se sont entretenus par téléphone pour aborder en détail l’état de notre coopération bilatérale, les perspectives de l’interaction bilatérale et celles de la coopération dans les affaires régionales et internationales.

Nous avons constaté aujourd’hui que les liens commerciaux et économiques se développaient activement malgré et en dépit des sanctions unilatérales et de l’iranophobie attisée par les États-Unis.

Nous comprenons l’objectif de Washington: intimider et forcer par le chantage les autres pays à renoncer à leur coopération légale et légitime avec l’Iran. La Fédération de Russie est convaincue que cette ligne – et c’est l’avis unanime de la majorité absolue de la communauté internationale – est contraire aux normes du droit international, aux principes du libre-échange, et représente une concurrence déloyale flagrante.

Nous sommes convenus d’unir nos efforts pour préserver une hausse stable des échanges.

Nous avons noté un bon progrès dans les grands projets concrets mis au point ou planifiés pendant la réunion de la Commission bilatérale inter-gouvernementale pour la coopération commerciale et économique à Ispahan en été 2019.

Nous travaillons à la préparation de sa prochaine réunion prévue cette année en Fédération de Russie.

Nous saluons l’intérêt des régions russes pour élargir la coopération avec l’Iran, ce que nous encouragerons pleinement.

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Nous avons exprimé notre avis sur la coopération qui se développe entre l’Iran et l’Union économique eurasiatique (UEE).

Nos positions coïncident ou sont très proches sur les principaux problèmes régionaux et mondiaux. En particulier, nous nous sommes prononcés pour le renforcement des bases juridiques de la communication interétatique fixées dans la Charte de l’Onu. Nous avons souligné l’inadmissibilité de l’ingérence dans les affaires intérieures d’États souverains.

Nous avons évoqué en détail la situation autour du Plan d’action global commun pour le nucléaire iranien. En dépit de la ligne franchement destructive des États-Unis, nous avons noté l’importance de préserver cet accord qui reste un sérieux facteur de maintien de la sécurité internationale.

Nous avons échangé nos avis sur le processus de paix en Syrie. Nous avons réaffirmé l’absence d’alternative aux accords conclus au format d’Astana, notamment leur composante antiterroriste, en respectant absolument la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie. Nous avons évoqué la nécessité de stabiliser la situation sur le terrain, du rétablissement de la Syrie après la guerre, ainsi que de la contribution au retour des réfugiés et des déplacés internes syriens et de l’aide humanitaire pour la population dans le besoin.

Avec nos amis iraniens, nous continuerons de coordonner nos approches du processus de paix en Afghanistan afin de lancer au plus vite le processus de réconciliation nationale, le rétablissement d’un Afghanistan pacifique et autonome d’où n’émanent pas de menaces liées au terrorisme, au trafic de stupéfiants, et d’autres.

Nous signons aujourd’hui un document important: la Déclaration de la Fédération de Russie et de la République islamique d’Iran sur la hausse du rôle du droit international. Elle revêt une actualité particulière compte tenu des tentatives permanentes de certains pays de promouvoir la conception préjudiciable d’un « ordre mondial basé sur des règles », qui sape les principes fondamentaux de justice et de respect réciproque posés par nos prédécesseurs à la base du droit international et de la Charte de l’Onu.

Dans l’ensemble, je trouve que notre entretien a été très opportun. Je remercie mon homologue et ami d’avoir accepté notre invitation et d’être venu en Fédération de Russie pour cette conversation très utile.

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A

Question (traduite du farsi): Mohammad Javad Zarif a noté les efforts des États-Unis pour prolonger l’embargo sur les armes de l’Iran en faisant pression sur l’Onu et le Conseil des gouverneurs de l’AIEA.

  • Que pensez-vous des actions des États-Unis en ce sens?

  • Comment la Russie et l’Iran peuvent-ils coopérer dans le cadre des organisations internationales afin de neutraliser les actions malhonnêtes et illégales des États-Unis?

Sergueï Lavrov: Le Plan d’action global commun pour le nucléaire iranien et la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations unies approuvant de Plan forment un ensemble unifié.

Quand, en 2018, nos collègues américains ont officiellement cessé leur participation au Plan d’action en appliquant les consignes et décrets présidentiels, ils ont perdu tous les droits et capacités qui découlaient de l’accomplissement du Plan d’action par tous ses acteurs et fixés dans la résolution 2231.

En bloquant l’accomplissement du Plan d’action par tous les autres acteurs, ainsi que de leurs engagements vis-à-vis de l’Iran, les États-Unis veulent à la fois punir Téhéran en avançant des initiatives illégitimes et absolument illégales, dont l’embargo sur les armes. Je pense que cette tentative repose sur des méthodes inadmissibles, et qu’elle n’a pas de perspectives du point de vue du droit international.

Nous profitons de toutes les possibilités apportées par le droit international pour que la justice triomphe.

Tous les engagements de l’Iran et d’autres acteurs du Plan d’action représentent un ensemble unifié. C’est un paquet dont il est impossible de détruire une partie en maintenant seulement les engagements de Téhéran, en cherchant à interdire aux Européens, à la Russie, à la Chine et à tous les autres pays d’avoir des liens commerciaux et économiques légaux et solides avec l’Iran. Je suis certain qu’il n’y a pas de spécialistes compétents du droit international qui ne comprendraient pas toute l’évidence de cette situation.

Je peux vous assurer que nous ferons tout pour que personne ne puisse détruire les accords fixés dans le Plan d’action. Si ce Plan ne s’inscrit pas dans la logique de l’administration américaine actuelle, si elle estime que ce plan est « mauvais », alors c’est son avis.

Mais Washington n’a aucun droit de « punir » l’Iran en spéculant sur l’autorité du Conseil de sécurité des Nations unies, en le manipulant et, dans une certaine mesure, en manipulant le Secrétariat de l’Onu.

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Le dernier rapport du Secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres sur la situation concernant la résolution 2231 dépasse largement le cadre des pouvoirs du Secrétariat de l’Onu.

De nombreuses questions sont également soulevées par le fait que ce rapport, au moment de sa publication, a immédiatement « fuité » dans la presse occidentale.

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D’ailleurs, le rapport du Directeur général de l’AIEA Rafael Grossi évoqué actuellement à la réunion du Conseil des gouverneurs de l’Agence a également « fuité » illégalement dans l’espace public.

J’estime que ces actions visent à créer des prétextes artificiels pour justifier les attaques illégitimes contre l’Iran. Ceux qui sont derrière ces actions, qui les encouragent et les initient, se conduisent d’une manière indécente et très malhonnête.

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Question:

  • Monsieur Lavrov, y a-t-il eu une réaction à votre lettre adressée au Secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres et aux membres du Conseil de sécurité appelant à empêcher les Américains d’appliquer le mécanisme de retour aux sanctions sévères contre l’Iran?

  • La Russie est-elle certaine que les acteurs du Plan d’action, notamment le Royaume-Uni, rejetteront ensemble les plans des États-Unis?

Sergueï Lavrov: Aucune réponse n’a encore été reçue à ma lettre adressée au Secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres et à la même lettre envoyée au Président du Conseil de sécurité des Nations unies pour être transmise à tous les membres de cet organe. Je pars du principe que cette lettre comporte des arguments très sérieux, exposés sur cinq pages. J’espère que cette lettre est à l’étude et que tous les arguments irréfutables du document seront attentivement analysés et soutenus.

Je ne peux pas me porter garant pour la position d’autres acteurs du Plan d’action, notamment européens, qui subissent une immense pression des États-Unis, sachant que cette pression use de méthodes incorrectes – des menaces dans le domaine commercial et économique et dans d’autres domaines des relations entre les alliés de l’Otan.

Il est évident pour tout le monde que ceux qui souhaitent soutenir les États-Unis ou essaient d’aider partiellement les États-Unis n’ont pas d’arguments juridiques. Je suis certain qu’indépendamment de ceux qui seront prêts à rejeter les plans des États-Unis parmi les membres du Plan d’action, ces projets sont voués à l’échec parce qu’ils sont foncièrement contraires au droit international.

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Question (traduite du farsi): Monsieur Lavrov, quand les frontières rouvriront-elles? Les hommes d’affaires et les touristes subissent un immense préjudice à cause de leur fermeture.

Sergueï Lavrov: Les questions relatives à la reprise de la communication dans les domaines commercial, économique, culturel, touristique et d’autres ne relèvent pas des compétences du Ministère russe des Affaires étrangères. Il serait irresponsable de notre part d’essayer d’assumer les fonctions des structures responsables de la sécurité épidémiologique de la population.

Nous avons la possibilité aujourd’hui de communiquer en personne en respectant toutes les mesures de précaution. Le retour de ce régime à la normale dépend des décisions des autorités chargées de la sécurité épidémiologique.

https://i2.wp.com/www.syriaintel.com/wp-content/uploads/2019/11/20191122-MAE-Lavrov-Cavusoglu-et-Zarif-%C3%A0-Noursoultan-Kazakhstan-Sommet-Astana-image-archive-2018-Keystone.jpg?resize=780%2C506&ssl=1  Les ministres des Affaires étrangères Lavrov, Cavusoglu et Zarif au sommet d’Astana en 2018 (image Keystone)

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Question:

  • Est-ce que le prochain sommet au format d’Astana se tiendra avant la reprise des réunions du Comité constitutionnel annoncées par votre homologue, le Ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu, pendant la conférence de presse commune qu’il a tenue hier avec le Ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif?

  • Quel est l’impact de l’expérience fructueuse du maintien de la paix de la Russie en Syrie sur la situation en Libye?

Sergueï Lavrov: Nous avons réaffirmé aujourd’hui l’entente entre les trois présidents des pays du format d’Astana pour organiser le prochain sommet à Téhéran dans un délai qui sera déterminé compte tenu notamment de la situation du coronavirus. Nous avons soutenu la proposition d’organiser une visioconférence entre les trois dirigeants avant leur rencontre en personne. Nous travaillons activement sur la date. Elle sera annoncée ultérieurement.

Secrétaire général de l'Onu pour la Syrie Geir Pedersen image1024x768  Secrétaire général de l’Onu pour la Syrie Geir Pedersen 

On peut affirmer qu’il sera possible d’organiser une visioconférence entre les trois dirigeants avant que l’envoyé spécial du Secrétaire général de l’Onu pour la Syrie Geir Pedersen ne réunisse la Commission rédactionnelle du Comité constitutionnel.

En ce qui concerne l’expérience de maintien de la paix en Syrie et dans d’autres pays de la région, je pense qu’on peut parler d’une telle possibilité. Cette expérience réside dans une vérité très simple: il faut communiquer avec tous les belligérants, les inciter à se réunir, à s’asseoir à la table des négociations sans conditions artificielles préalables pour chercher un terrain d’entente.

Nous appliquions cette ligne depuis le début aussi bien dans la crise syrienne qu’en ce qui concerne notre soutien au processus de paix en Libye.

Malheureusement, à l’étape initiale du conflit libyen, quand en 2015 le Conseil de sécurité des Nations unies étudiait et prenait les décisions à ce sujet, les différents acteurs extérieurs tentaient de promouvoir les intérêts d’une seule partie libyenne au détriment de l’autre.

En conséquence, tous les accords et les nombreuses conférences organisées dans différents pays n’ont rien donné. J’espère que cette expérience sera prise en compte par les participants à la Conférence de Berlin pour la Libye, qui a tout de même formulé les approches approuvées par tous les acteurs extérieurs.

Il ne reste plus qu’à persuader les belligérants libyens de s’asseoir à la table des négociations pour chercher un terrain d’entente. C’est exactement ce que nous faisons aujourd’hui, notamment en contact avec nos collègues turcs, comme cela a été récemment annoncé.


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