3457 – Interview de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, au quotidien Troud*, 13 septembre 2019

  1. Question: Vous avez souligné à plusieurs reprises que l’une des particularités de la politique internationale contemporaine était le mépris ouvert de certains États envers le droit international. L’histoire a déjà connu de tels phénomènes, mais il existe aujourd’hui une véritable tendance à dicter « ses propres règles » et à les accompagner de menaces de sanctions et d’autres moyens de pression. Selon vous, quel est le moyen le plus efficace de combattre cela?
  2. Question: L’Occident veux toujours inclure à l’Otan tous les pays des Balkans, y compris la Serbie. Que pensez-vous des positions de la Russie dans la région et du niveau de ses relations avec la Serbie, qui reste pratiquement le dernier appui balkanique pour une coopération amicale avec la Russie? Les États-Unis ne cachent pas leur volonté de démanteler définitivement la base juridique du contrôle des armes nucléaires, ce qui menace la stabilité et la sécurité mondiales. Ils ont d’abord renoncé au Traité ABM, pour quitter ensuite le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire. Où la Russie pourrait-elle trouver des alliés afin de résister à une politique aussi agressive et ciblée des États-Unis? Quel est son potentiel diplomatique?
  3. Question: Progressivement, difficilement, la Syrie revient à la vie pacifique, sort de la crise politique. Les représentants de l’opposition syrienne participent régulièrement aux pourparlers qui se déroulent au Ministère russe des Affaires étrangères, organisent des conférences de presse. Que veulent-ils obtenir de la Russie, s’ils s’opposent au gouvernement de Bachar al-Assad? Quelle est la position russe sur l’avenir de la Syrie?
  4. Question: Que pensez-vous de la coopération entre la Russie et la Chine au niveau des ministères des Affaires étrangères, y compris sur les plateformes internationales? Certains acteurs tentent sans arrêt de torpiller les relations bilatérales entre la Russie et la Chine. Dans quelle direction la coopération entre les deux pays va-t-elle se développer?
  5. Question: La Russie a récemment annoncé que les deux îles réclamées par le Japon ne seraient pas transmises à ce pays. Quelle est donc la base des négociations sur le traité de paix entre nos deux pays?
  6. Question: La rencontre récente des leaders russe et biélorusse a dissipé les doutes sur la nécessité et les perspectives du Traité d’union. Est-ce que les ministères des Affaires étrangères des deux pays arrivent toujours à trouver des positions proches et similaires? La Biélorussie n’a pas reconnu l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud et maintient sa position sur la Crimée russe. Est-ce que cela complique la coopération bilatérale ou n’y a-t-il pas de raison à cela?
  7. Question: Aujourd’hui, les diplomates russes sont de plus en plus souvent obligés de défendre la position du pays en situation de minorité claire. D’où la diplomatie russe tire-t-elle sa force et sa philosophie?
  8. Question: Comment voyez-vous la diplomatie russe dans 20 ou 30 ans?

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Question: Vous avez souligné à plusieurs reprises que l’une des particularités de la politique internationale contemporaine était le mépris ouvert de certains États envers le droit international. L’histoire a déjà connu de tels phénomènes, mais il existe aujourd’hui une véritable tendance à dicter « ses propres règles » et à les accompagner de menaces de sanctions et d’autres moyens de pression. Selon vous, quel est le moyen le plus efficace de combattre cela?

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Sergueï Lavrov: Vous avez décrit très justement le phénomène répandu ces derniers temps, à nos yeux très dangereux, que constituent les tentatives de certains pays de contourner le droit international, dont la source fondamentale reste toujours la Charte de l’Onu, afin de créer pour eux une réalité pseudo-juridique et de l’imposer au reste de la communauté internationale.

Qui plus est, on utilise des arguments assez douteux: les normes existantes seraient inefficaces, le Conseil de sécurité de l’Onu serait paralysé, la communauté internationale ne ferait rien contre les crimes graves, etc.

Tout cela sert à justifier les tentatives d’adapter le droit international existant à ses propres besoins.

Ces actions rendent la situation internationale de moins en moins prévisible et ordonnée. L’un des exemples les plus négatifs de cette politique réside dans la hausse des tensions et l’escalade de la violence au Moyen-Orient.

L’attachement aux principes universellement reconnus du droit international est l’un des piliers de la politique étrangère de la Russie. Et nous ne sommes pas les seuls à penser de la sorte. La majorité absolue des États tient à cette philosophie.

Nous allons nous entendre avec eux dans les intérêts de la consolidation de la légalité internationale. Nous continuerons de promouvoir, au sein de différentes plateformes multilatérales, la recherche de solutions collectives et, d’une manière générale, la nécessité absolue de développer les relations interétatiques sur la base de la Charte de l’Onu et des normes du droit international qui en découlent.

Le respect rigoureux de ces dernières doit exclure les doubles standards et les tentatives de dicter sa volonté aux autres.

Je pense que nos collègues occidentaux prendront finalement conscience du fait que le respect absolu du droit international renforcera considérablement la sécurité et la stabilité globales et régionales.  

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Question: L’Occident veux toujours inclure à l’Otan tous les pays des Balkans, y compris la Serbie. Que pensez-vous des positions de la Russie dans la région et du niveau de ses relations avec la Serbie, qui reste pratiquement le dernier appui balkanique pour une coopération amicale avec la Russie?
Les États-Unis ne cachent pas leur volonté de démanteler définitivement la base juridique du contrôle des armes nucléaires, ce qui menace la stabilité et la sécurité mondiales. Ils ont d’abord renoncé au Traité ABM, pour quitter ensuite le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire. Où la Russie pourrait-elle trouver des alliés afin de résister à une politique aussi agressive et ciblée des États-Unis? Quel est son potentiel diplomatique?  

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Sergueï Lavrov: Les relations entre la Russie et la Serbie se développent conformément à la lettre et à l’esprit de la Déclaration bilatérale sur le partenariat stratégique de 2013. Il ne s’agit pas que de belles paroles, mais d’un fait indiscutable.

La coopération, mutuellement avantageuse, affiche une dynamique positive: les échanges commerciaux augmentent, les investissements de capitaux s’élargissent, les liens spirituels se renforcent, les échanges culturels et éducatifs se multiplient. Des contacts intensifs sont maintenus au niveau des chefs d’État, des parlements, des ministères, et notamment des institutions diplomatiques.

La Russie ne développe jamais son amitié avec quelqu’un contre un autre.

Nous sommes ouverts au développement progressif de nos relations avec tous ceux qui le veulent. La Serbie est notre partenaire principal dans les Balkans. En même temps, nous maintenons des liens constructifs et riches avec d’autres pays de cette partie de l’Europe.

En ce qui concerne les tentatives d’attirer tous les États des Balkans au sein de l’Otan, l’attitude négative de Moscou envers ces efforts destructeurs est bien connue.

Dans ce contexte, nous soulignons la politique responsable et souveraine de la Serbie visant à conserver sa neutralité militaire. Malheureusement, tous ses voisins son loin d’être capables de résister à la pression extérieure et sont attirés sur l’orbite de l’Alliance atlantique avec ses prétendues garanties de sécurité.

Venons-en à la deuxième partie de la question. Afin de s’assurer d’avoir les mains libres dans le domaine militaire, Washington vise sciemment une destruction progressive de toute l’architecture de la stabilité stratégique.

Le retrait américain du Traité FNI en est un exemple éloquent. L’atmosphère d’incertitude formée par l’Amérique remet en question l’avenir du Traité New Start, qui expire déjà en février 2021. Cette politique destructrice pourrait déstabiliser davantage le système des relations internationales, renforcer le potentiel conflictuel et susciter une nouvelle course aux armements nucléaires.

Dans ce contexte, nous ferons évidemment tout le nécessaire pour garantir notre sécurité nationale. Il n’y a aucun doute à ce sujet. Washington a déjà tenté de briser la parité stratégique et d’obtenir la supériorité militaire absolue grâce à l’ABM global. Il a échoué.

Il a reçu une réponse adéquate, efficace et active: les mesures visant à renforcer le potentiel défensif russe annoncées par le Président Vladimir Poutine dans son discours devant l’Assemblée fédérale le 1er mars 2018.

Je voudrais souligner que les tentatives de contrôler la Russie et d’influer sur nos décisions sont absolument inutiles.

Notre certitude s’appuie sur le fait que nos positions concernant le développement des rapports interétatiques, qui doit s’appuyer sur la Charte de l’Onu, le respect mutuel et la prise en considération des intérêts des partenaires, sont partagées par la majorité absolue de la communauté internationale, fatiguée des menaces et du chantage.

Tout comme nous, ces pays ont intérêt à assainir la situation, à développer une coopération internationale élargie et égalitaire. Nous continuerons d’utiliser au maximum le potentiel de notre statut de membre du Conseil de sécurité de l’Onu et du G20, de consolider notre coopération avec nos alliés et nos partenaires au sein d’organisations telles que l’OTSC, l’UEEA, la CEI, les BRICS, l’OCS, les RIC, ainsi qu’avec d’autres États d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

Nous appelons nos collègues américains à ne pas oublier le rôle commun spécial de nos pays dans le maintien de la sécurité globale.

Nous espérons que les États-Unis réviseront leur approche contreproductive et feront preuve de responsabilité. Nous restons toujours ouverts à un dialogue constructif avec Washington sur toutes les questions relatives au contrôle des armements.

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Question: Progressivement, difficilement, la Syrie revient à la vie pacifique, sort de la crise politique. Les représentants de l’opposition syrienne participent régulièrement aux pourparlers qui se déroulent au Ministère russe des Affaires étrangères, organisent des conférences de presse. Que veulent-ils obtenir de la Russie, s’ils s’opposent au gouvernement de Bachar al-Assad? Quelle est la position russe sur l’avenir de la Syrie?

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Sergueï Lavrov: La guerre en Syrie a pris fin, en effet. Le pays revient progressivement à la vie normale et pacifique. Des foyers isolés de tensions persistent sur les territoires non contrôlés par le gouvernement syrien, notamment à Idleb et à l’Est de l’Euphrate.

Dans ce contexte, il est avant tout nécessaire de fournir à la Syrie une aide humanitaire diversifiée et de promouvoir le processus politique de règlement de la crise afin de stabiliser de manière sûre et durable le pays et le Moyen-Orient en général.

Depuis le début du conflit militaire en Syrie, la Russie se prononce de manière cohérente pour sa résolution politique et diplomatique et soutient la résolution 2254 du Conseil de sécurité de l’Onu contenant la feuille de route du règlement. Qui plus est, à l’initiative de la Russie et des deux autres pays garants du format d’Astana – l’Iran et la Turquie – Sotchi a accueilli en janvier 2018 le Congrès du dialogue national syrien dont les participants ont décidé de former le Comité constitutionnel.

Nous estimons que la formation et le lancement de ce comité destiné à rédiger la réforme de la Constitution sera une étape importante de la promotion du processus politique par les Syriens avec l’aide de l’Onu. Sa convocation devrait offrir aux parties syriennesau gouvernement et à l’opposition – la possibilité d’établir pour la première fois un dialogue direct sur l’avenir de leur pays.  

Dans ce contexte, Moscou accorde une attention particulière au maintien des contacts réguliers avec les parties syriennes, y compris avec l’opposition. Nous soulignons la nécessité absolue du processus politique et appelons à y assurer la représentation la plus large possible de tous les groupes de la société syrienne.

Nous estimons que l’opposition joue un rôle important: elle participe aux contacts intra-syriens à Genève et aux Rencontres internationales sur la Syrie au format d’Astana (son aile militaire). Ses représentants devraient également rejoindre le Comité constitutionnel qui est actuellement en cours de formation. C’est pourquoi nous estimons que les opposants peuvent et doivent apporter une contribution constructive au règlement politique complexe, conformément à la résolution 2254 du Conseil de sécurité de l’Onu.

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D’une manière générale, la Russie veut rétablir la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie, pallier le plus rapidement possible les conséquences du terrorisme, assurer le rapatriement des Syriens et le retour du pays dans la « famille arabe », ce qui serait un gage de sécurité et de stabilité au Moyen-Orient.  

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Question: Que pensez-vous de la coopération entre la Russie et la Chine au niveau des ministères des Affaires étrangères, y compris sur les plateformes internationales? Certains acteurs tentent sans arrêt de torpiller les relations bilatérales entre la Russie et la Chine. Dans quelle direction la coopération entre les deux pays va-t-elle se développer?
Chinese President Xi Jinping visits Russia  Le président chinois Xi Xinping et le président russe Vladimir Poutine, à l’occasion de la cérémonie du 70e anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays. Au théâtre du Bolchoï, à Moscou, le 5 juin 2019. REUTERS via SPUTNIK (agence de presse du gouvernement russe)
Sergueï Lavrov: Nous avons établi depuis longtemps des relations constructives, de confiance et d’amitié avec nos collègues du Ministère chinois des Affaires étrangères, ce qui permet de remplir rapidement et efficacement les objectifs de nos institutions.

En 2018, j’ai rencontré six fois mon homologue Wang Yi, membre du Conseil d’État et Ministre chinois des Affaires étrangères. Cette année, nous avons déjà mené quatre entretiens substantiels. Qui plus est, un mécanisme de consultations bilatérales entre les ministères fonctionne efficacement sur la base des plans adoptés annuellement. On organise chaque année de 40 à 50 rencontres sur un large éventail de sujets au niveau des vice-ministres et des chefs des départements spécialisés. Sans compter la coopération permanente entre les diplomates russes et chinois dans le monde entier, ainsi que les concertations régulières entre nos délégations sur différentes plateformes internationales.

Le tissu de notre coopération bilatérale est si dense que personne ne peut y porter la moindre éraflure. 

Les leaders russe et chinois ont constaté en juin dernier à Moscou que les relations russo-chinoises avaient atteint un nouveau niveau, ce qui a été fixé par la Déclaration commune signée par nos dirigeants.

Ce texte définit les orientations et les objectifs futurs du développement du partenariat bilatéral: le soutien stratégique et l’aide mutuelle, l’intégration rapide et le partenariat, les approches d’innovation, l’utilité générale et l’avantage mutuel. Ce texte présente de manière très détaillée les tâches concrètes, y compris sur l’arène internationale, que nous avons déjà commencé à mettre en œuvre avec nos collègues chinois.

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Question: La Russie a récemment annoncé que les deux îles réclamées par le Japon ne seraient pas transmises à ce pays. Quelle est donc la base des négociations sur le traité de paix entre nos deux pays?
shinzo-abe-putin  Crédits : REUTERS/Pavel Golovkin/Pool. 2016

Sergueï Lavrov: Le Président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre japonais Shinzo Abe se sont accordés, au cours de leur rencontre à Singapour en novembre 2018, pour accélérer les négociations sur le traité de paix sur la base de la Déclaration commune de l’URSS et du Japon de 1956.

L’initiative des deux leaders consistait à tenter de rapprocher les positions de nos pays en s’appuyant sur ce texte qui constitue aujourd’hui la base juridique des relations bilatérales.  

Comme on le sait, la Déclaration commune de 1956 a mis fin à la guerre et a rétabli les relations diplomatiques entre les deux pays.

Elle fixe un algorithme précis: d’abord, il est nécessaire de signer un traité de paix confirmant notamment la reconnaissance japonaise des résultats de la Seconde Guerre mondiale, y compris la souveraineté russe sur les Kouriles du Sud; et ce n’est qu’après cela qu’il faudra rechercher des moyens de résoudre la question de la délimitation des frontières.

japon russie le Ministre japonais des Affaires étrangères Taro Kono 1133273771 le Ministre japonais des Affaires étrangères Taro Kono & Sergueï Lavrov

Dans le cadre de la mise en œuvre des ententes conclues à Singapour, nous nous sommes entretenus trois fois avec le Ministre japonais des Affaires étrangères Taro Kono (le 14 janvier et le 10 mai à Moscou, le 16 février à Munich) et avons organisé une série de rencontres au niveau de nos adjoints, qui ont révélé des divergences considérables entre les positions des parties. Nous avons rapporté les résultats aux dirigeants des deux pays, qui ont décidé de poursuivre le dialogue concret suite à leur rencontre à Osaka en juin.

Je voudrais souligner que beaucoup de temps a passé depuis 1956. Il est, selon nous, nécessaire de ne pas signer aujourd’hui un traité de paix tel que ceux que l’on conclut suite à une guerre, mais un texte reflétant le niveau actuel des relations entre la Russie et le Japon, ainsi que – ce qui le plus important – les orientations de leur développement futur.

Il s’agit de former une base nouvelle pour la coopération bilatérale afin de promouvoir de manière complexe et à long terme la coopération dans tous les domaines. Tout cela devrait créer les conditions pour le règlement des problèmes bilatéraux compliqués.

Dans ce contexte, je voudrais souligner un certain progrès dans l’établissement d’une activité économique commune avec le Japon dans les Kouriles du Sud, ce qui a été annoncé par nos leaders à Osaka.

Nous avons concerté les modèles d’affaires sur deux des cinq orientations fixées au sommet: le tourisme et le recyclage des déchets. En tant que projets d’essai, nous avons déjà organisé un séminaire des opérateurs touristiques et une visite de spécialistes russes à Hokkaido pour prendre connaissance des technologies de recyclage.

Nous envisageons d’organiser en septembre et en octobre les deux événements restants: un voyage touristique d’essai des Japonais à Itouroup et à Kounachir, ainsi qu’un déplacement des experts japonais dans les Kouriles du Sud afin de mener des consultations sur le recyclage.

Nous sommes prêts à poursuivre notre travail conjoint et méticuleux visant à porter nos relations à un niveau de qualité plus élevé. Nous stipulons de manière infaillible que la résolution éventuelle du problème du traité de paix doit être soutenue et acceptée par les peuples des deux pays.

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Question: La rencontre récente des leaders russe et biélorusse a dissipé les doutes sur la nécessité et les perspectives du Traité d’union. Est-ce que les ministères des Affaires étrangères des deux pays arrivent toujours à trouver des positions proches et similaires? La Biélorussie n’a pas reconnu l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud et maintient sa position sur la Crimée russe. Est-ce que cela complique la coopération bilatérale ou n’y a-t-il pas de raison à cela?

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Vladimir Poutine et Alexandre Loukachenko dJ96BAf9jTo9rRArJwPe4TGAhOxbFelG  Vladimir Poutine et Alexandre Loukachenko

Sergueï Lavrov: Vous parlez évidemment des négociations entre les présidents Vladimir Poutine et Alexandre Loukachenko dans le cadre du VIe Forum des régions de la Russie et de la Biélorussie qui s’est déroulé le 18 juillet dernier à Saint-Pétersbourg.

L’événement même et la tonalité des débats ont démontré la proximité entre nos pays et nos peuples. Nous n’avons jamais douté de l’importance de la consolidation de notre Union: il suffit de consulter la Conception de la politique étrangère de la Fédération de Russie, adoptée par le président Vladimir Poutine en novembre 2017, qui qualifie le travail au sein de ce format d’intégration de priorité absolue. Nous savons bien que nos amis biélorusses ont des approches similaires.

La coopération étroite entre les ministères des Affaires étrangères des deux pays est l’un des piliers principaux du partenariat stratégique et de l’alliance entre la Russie et de la Biélorussie.

Nous adoptons tous les deux ans des Programmes d’actions concertées dans le domaine de la politique étrangère des États membres du Traité sur la création de l’Union.
Nous organisons annuellement des séances communes des collèges des ministères des Affaires étrangères, des consultations au niveau des départements spécialisés des services diplomatiques, qui permettent d’élaborer des approches conjointes des problèmes internationaux et régionaux dans une atmosphère de confiance et de véritable camaraderie.

Par ailleurs, Minsk vote de manière cohérente à l’Onu contre les résolutions ouvertement provocatrices telles que « La situation des droits de l’homme en République autonome de Crimée et dans la ville de Sébastopol » et « La situation des personnes déplacées de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud ». Autrement dit, notre dialogue ne souffre d’aucune complication.

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Question: Aujourd’hui, les diplomates russes sont de plus en plus souvent obligés de défendre la position du pays en situation de minorité claire. D’où la diplomatie russe tire-t-elle sa force et sa philosophie?

 

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Sergueï Lavrov: J’ai déjà partiellement répondu à cette question. Tout d’abord, nous ne sommes pas en minorité. Les États occidentaux, dont les relations avec la Russie laissent actuellement à désirer, ne représentent qu’une partie peu significative de la communauté internationale. La majorité absolue des pays – 80% de la population mondiale – comprend nos actions en politique étrangère. Ces pays soutiennent nos approches des problèmes-clés du monde contemporain.

Ce qui est tout à fait naturel. Nous proposons au monde un ordre du jour positif, fédérateur, orienté vers l’avenir et s’appuyant sur les principes de la Charte de l’Onu, du respect mutuel et de la prise en considération des intérêts.

Le caractère non conflictuel de notre politique étrangère s’explique par le fait que son objectif principal, directeur, est d’assurer des conditions extérieures favorables pour le développement intérieur progressif de notre pays, améliorer le bien-être de nos citoyens. La Russie est un garant important de la sécurité internationale et elle continuera de favoriser le renforcement des bases justes et démocratiques de la vie internationale. A ces fins, nous continuerons de concerter nos initiatives avec nos alliés et partisans.

Nous espérons que nos collègues occidentaux, et avant tout américains, comprendront tôt ou tard la nécessité de renoncer à la logique de la confrontation. Cela ouvrira devant eux des possibilités absolument nouvelles dans la lutte contre les défis et les menaces modernes, dont la plupart revêtent un caractère transnational et exigent l’unification des efforts de tous les États sans exception.

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Question: Comment voyez-vous la diplomatie russe dans 20 ou 30 ans?

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Sergueï Lavrov: Elle sera dynamique, très professionnelle, capable de répondre de manière appropriée aux défis de l’époque.  

Le monde subira évidemment d’ici 20 ou 30 ans des transformations dans tous les aspects de l’activité humaine. Même aujourd’hui, l’agenda international devient de plus en plus multidimensionnel. Les diplomates russes sont donc obligés de se perfectionner constamment, d’acquérir de nouvelles connaissances et de nouvelles orientations de travail.

En même temps, le progrès ne signifie pas le renoncement aux traditions. A toutes les époques, les collaborateurs de notre Ministère des Affaires étrangères ont fait preuve de patriotisme, de leur sens du devoir et d’une connaissance excellente des langues étrangères. Je suis certain que ceux qui nous remplaceront manifesteront ces qualités dans la même mesure. 

MGIMO, de l'Académie diplomatique et des Cours supérieurs de langues étrangères. Le bâtiment du MGIMO depuis 1978.

Le Ministère des Affaires étrangères a formé un système absolument unique d’établissements d’enseignement assurant un cycle complet de formation, de reconversion et de perfectionnement professionnel. Je parle avant tout du MGIMO, de l’Académie diplomatique et des Cours supérieurs de langues étrangères. Nous continuerons de développer et de renforcer notre bonne pratique de tutelle, de transmission d’expérience aux jeunes collaborateurs. Nous continuerons d’encourager la jeunesse talentueuse, de promouvoir ses meilleurs représentants aux postes à responsabilités.

Je pense que nous arriverons à garantir la continuité des générations au Ministère. 

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*Troud ou Trud (Тру́д en russe, signifiant « Travail ») est l’un des principaux journaux russes. Il est fondé le . C’est un journal de gauche, à parution trihebdomadaire (mardi, mercredi, vendredi) depuis 2013. Sa diffusion est estimée à environ 222 000 exemplaires. Il est diffusé en Russie, en CEI et dans le monde1. L’adresse de la rédaction se trouve au no 9, rue Bolchaïa Dmitrovka à Moscou (arrondissement Tverskoï). source / https://fr.wikipedia.org/wiki/Troud

http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/3785238