3456 – Trois Articles – Le sable, en voie de disparition … une nouvelle dépendance au béton… mieux recycler les déchets du bâtiment

  1. Le sable, une ressource essentielle en voie de disparition

  2. Les renouvelables vont-elles créer une nouvelle dépendance au béton ? 31 mars 2019

  3. Béton, ciment : de nouvelles pistes pour mieux recycler les déchets du bâtiment

 

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Nicolas Bernon – the conversation – 13/09/2019

Ingénieur risques naturels – littoral, BRGM – Déclaration d’intérêts
Nicolas Bernon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.

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1- Le sable, une ressource essentielle en voie de disparition

Inévitablement associé dans la conscience collective aux plages de nos vacances, le sable fait pourtant l’objet de convoitises bien au-delà du tourisme. Juste après l’eau, il constitue la seconde ressource minérale exploitée par l’homme !

Résultat de l’altération d’une roche mère par des agents le plus souvent météoriques – l’eau, le vent, l’action des cycles de gel et dégel – sa nature dépend donc de sa source : il existe autant de sables différents que de roches sur la planète ! Trois critères relatifs à ses grains permettre de le caractériser : la nature (minérale ou organique), la forme (morphoscopie) et les dimensions (granulométrie). Ces deux dernières dépendent de la durée du transport et de ses agents de transport : le vent et l’eau, laquelle peut être pluviale, fluviale ou marine.

Omniprésent dans notre quotidien même si nous l’ignorons, le sable entre notamment dans la composition du béton, son premier consommateur.

Or l’exploitation et l’utilisation de cette ressource n’est pas sans conséquence environnementales, économiques, sociales et culturelles.

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Plage de sable noir, Fidji. Nicolas Bernon, CC BY-NC-ND

Des dizaines de milliers d’années pour le produire

Outre les plages et les fonds marins, nos terres aussi regorgent de sable. En France, les bassins sédimentaires aquitain et parisien renferment sous nos pieds de vastes formations sableuses. Cette présence sur le continent, en surface ou en sous-sol, provient d’un environnement passé où le transport et le dépôt de sédiments sableux étaient possibles.

Des dizaines voire centaines de milliers d’années sont nécessaires pour que la nature produise du sable en grande quantité. Deux conditions doivent être réunies : un climat favorable à l’érosion des sols et une zone propice au dépôt de sédiments. D’une manière générale, lors des phases glaciaires, le volume des calottes glaciaires continentales s’accroît, le niveau marin s’abaisse et la ligne de rivage recule. Les rivières parcourent alors de longues distances avant d’atteindre l’océan, ce qui accentue leur pouvoir érosif : ce contexte favorise la formation et le dépôt de sédiments sableux.

La dernière époque glaciaire s’est achevée il y a un peu plus de 18 000 ans. À titre d’exemple, dans le golfe de Gascogne, le niveau marin global se situait alors à 120m environ en dessous du niveau actuel. Depuis, la mer est remontée plus ou moins régulièrement. Il y a 14 000 ans, son niveau était à -80m par rapport à l’actuel et il y a 9 000 ans à -20m. Depuis 5 000 ans environ, il a plus ou moins cessé de s’élever, limitant fortement les apports sédimentaires. Cet appauvrissement au cours des derniers millénaires induit que le stock de sable présent sur nos côtes n’est plus renouvelé. Malgré cela, il demeure largement mobilisé par les activités humaines.

Variation du niveau marin relatif lors des derniers 150 000 ans. Imbrie et coll., 1984 ; Stanley, 1995 ; Menier, 2003 ; BRGM et ONF, 2018, CC BY-NC-ND

Rivages holocènes dans le sud du Golfe de Gascogne. Prat & Auly, 2010, d’après Gensous, 1971., CC BY-NC-ND

De graves conséquences environnementales

Comme évoqué antérieurement, le secteur de la construction est le plus gourmand en sable. Celui-ci entre en effet dans la composition du béton et du verre, mais est également utilisé dans les remblais maritimes. Or, tous les sables ne sont pas adaptés à ces usages. Les grains du désert, par exemple, sont trop petits et trop ronds pour fabriquer du béton.

Raison pour laquelle les sables continentaux, des rivières et des plages subissent une telle pression. Mais ces précieux grains se glissent aussi dans des objets plus inattendus. Ils jouent par exemple un rôle central dans le processus de construction de nos ordinateurs, de nos cosmétiques ou encore de nos voitures.

Ces applications nombreuses impliquent des extractions massives. Le sable est prélevé de terre dans des carrières, aspiré par des dragues au fond de l’océan, ou raclé à la pelle mécanique dans les rivières et sur le littoral. Autant de méthodes qui affectent la qualité de l’eau – en augmentant la turbidité par exemple – de l’air et du sol. Elles bouleversent les paysages et les écosystèmes, affectant la biodiversité.

Ces prélèvements en milieu naturel sont par ailleurs susceptibles de modifier le fonctionnement hydrologique des cours d’eau, la morphologie des côtes et les courants marins, et tout particulièrement de provoquer l’érosion des sols et du littoral. Au risque d’exposer les populations à des risques accrus d’inondation, de submersion marine et d’érosion.

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Exploitation de sable en bordure de rivière. UNEP, 2019/Minette Lontsie, CC BY-NC-ND

Cible des trafics

Les conséquences potentielles de l’exploitation du sable ne sont donc pas qu’environnementales, mais aussi économiques, humaines, sociales et culturelles. À titre d’exemple, l’appauvrissement des sols et la disparition des plages affectent les secteurs de l’agriculture et du tourisme.

La demande en sable au Maroc a provoqué le développement de filières illégales d’extraction du sable sur le littoral, et l’extension de Singapour, essentiellement sur des remblais maritimes, est à l’origine de tensions avec les pays voisins. En Inde, l’exploitation du sable pour ses minéraux est aussi entachée d’illégalité et de corruption.

Bien sûr, son extraction n’est pas non plus sans impact sur le réchauggement climatique. Un rapport de l’OCDE de février 2019 indique ainsi que la production de béton actuelle occasionne 9 % de la totalité des émissions de gaz à effet de serre, et projette ce chiffre à 12 % en 2060.

Sobriété, efficacité et matériaux alternatifs

Une autre étude, de l’ONU cette fois, également publiée en 2019, fait état de l’exploitation de sable à l’échelle mondiale. Elle s’intéresse pour cela à la production de ciment dans 150 pays. En considérant que le béton comporte 25 % de sable et 45 % de sédiments grossiers par unité de volume, elle conclut que les granulats (qui englobent les deux) constituent les matériaux les plus exploités sur la planète.

En 2010, leur consommation annuelle mondiale, tous usages confondus, était estimée à 40 gigatonnes. En 2017, la seule production de béton en a nécessité 30 gigatonnes. Une quantité qui pourrait atteindre les 50 gigatonnes par an en 2030 – des chiffres qui dépassent largement les apports naturels par les fleuves. Étant donné la demande croissante en sable et les conséquences de son exploitation, ce rythme apparaît insoutenable. Comme pour l’énergie, la sobriété et l’efficacité feront partie de la solution.

Le rapport de l’ONU propose notamment de réduire la consommation du sable par l’emploi des matériaux alternatifs, la densification urbaine, ou encore l’investissement dans la rénovation et l’entretien du bâti existant – plutôt que dans la démolition et la reconstruction. Il préconise également de miser sur le recyclage et l’innovation pour limiter les extractions en milieu naturel.

Afin d’encourager le déploiement de ces solutions, il apparaît indispensable d’homogénéiser les pratiques et les réglementations en matière d’extraction du sable.


Cet article a été écrit en partenariat avec l’Observatoire de la côte Aquitaine.


source/ https://theconversation.com/le-sable-une-ressource-essentielle-en-voie-de-disparition-122094

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Par Emmanuel Hache Économiste et prospectiviste, IFP Énergies nouvelles, Auteurs fondateurs The Conversation France Clément Bonnet Économiste, IFP Énergies nouvelles Gondia Sokhna Seck Spécialiste modélisation et analyses des systèmes énergétiques, IFP Énergies nouvelles Marine Simoën Ingénieure de recherche en économie, IFP Énergies nouvelles

2 – Les renouvelables vont-elles créer une nouvelle dépendance au béton ? 31 mars 2019

La construction de 20 000 éoliennes nécessite 30 millions de tonnes de béton. Guillaume Souvant AFPfile-20190131-103164-87vyl4.png  La construction de 20 000 éoliennes nécessite 30 millions de tonnes de béton. Guillaume Souvant/AFP

Éoliennes, batteries électriques ou panneaux photovoltaïques : la plupart des nouvelles technologies liées à l’énergie bas carbone nécessitent une quantité importante de ressources minérales, en particulier certaines « terres rares » ou encore des métaux dits technologiques (cadmium, cobalt, indium ou lithium, par exemple). Une demande trop importante à satisfaire pourrait limiter la diffusion à grande échelle des technologies « vertes ».

Mais d’autres matériaux de base, comme le cuivre, pourraient devenir tout aussi stratégiques dans le contexte de la transition énergétique.

C’est également le cas du béton. Matériau structurel le plus utilisé aujourd’hui dans le monde, sa « criticité » est régulièrement évoquée.

En France, par exemple, certaines études montrent qu’il faudrait 30 millions de tonnes de béton pour implanter 20 000 nouvelles éoliennes (pour ajouter une puissance de 80GW, au regard des 14GW déjà implantés). Ce chiffre n’a pas manqué de faire réagir des associations anti-éoliennes.

En portant ces besoins en béton à l’échelle mondiale, les interrogations, voire des craintes, émergent. Mais qu’en est-il réellement ? Va-t-on manquer de béton dans les prochaines décennies ?

10 milliards de tonnes produites chaque année

Le béton est un mélange, dont les proportions varient, d’un liant hydraulique (traditionnellement le ciment), de granulats (dont le gravier ou le sable), d’eau, d’adjuvants et parfois de fibres. L’eau provoque une réaction chimique de prise avec le ciment qui, en durcissant à l’air, lie tous les composants en un ensemble homogène et résistant.

Durable et bon marché, le béton est aujourd’hui le matériau de construction le plus utilisé au monde. S’il est difficile d’en connaître le niveau de production, les estimations s’établissent autour de 10 milliards de tonnes chaque année (soit l’équivalent de plus d’une tonne par Terrien par an !).

Mais le béton reste un matériau « hostile » à la transition énergétique : sa production nécessite beaucoup d’énergie et contribue aux émissions de gaz à effet de serre (GES) dont l’accumulation dans l’atmosphère perturbe le climat. Ces émissions représentent ainsi 8 à 9 % des émissions d’origine humaine globales de GES. Et la fabrication du béton mobilise plus de 2,5 % de la demande d’énergie primaire mondiale.

Plus précisément, c’est la production du clinker – composant essentiel du ciment résultant de la cuisson à très haute température d’un mélange composé principalement de calcaire et d’argile – qui s’avère majoritairement responsable de ces émissions, en raison de la combustion de combustibles fossiles, mais également de la chimie de la réaction qui libère du CO2.

Schéma simplifié de production du béton. Auteurs

Vers un béton plus « propre » ?

Selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), chaque tonne de ciment émet 540 kg de CO2.

Ce nombre varie en fonction de la composition du ciment et de la région du monde où il est produit. Étant donné sa faible valeur commerciale et son poids important à transporter, le marché reste très régionalisé, avec peu d’échanges au niveau international. Par conséquent, il est rare que soient délocalisées les externalités négatives (pollution locale et émissions de GES) qui lui sont associées.

Aujourd’hui, de nombreuses solutions existent pour réduire les émissions liées à la production du ciment. L’AIE prévoit ainsi une diminution de 24 % des émissions directes liées à l’industrie cimentière grâce à la diminution de la part de clinker, à l’amélioration de l’efficacité énergétique des procédés, à l’utilisation de combustibles alternatifs ou encore à l’usage de technologies de capture et de stockage du CO2 (carbon capture and storage).

Si certaines entreprises sont déjà bien engagées dans des objectifs de réduction de leur empreinte carbone, la mise en œuvre de ces mesures reste très incertaine à l’échelle mondiale. D’autant qu’avec la croissance de la population, l’AIE estime que la production de ciment pourrait augmenter de 23 % d’ici 2050.

En parallèle de ces considérations climatiques émergent d’autres problématiques, comme la demande en eau dans certaines régions en stress hydrique et la demande croissante en sable ; son prélèvement à proximité des côtes engendre l’érosion du littoral et le retrait des plages, menaçant le tourisme, l’agriculture et les écosystèmes marins.

 

Des technologies plus ou moins gourmandes

On le voit, la production du béton concentre les objectifs en matière de réduction des émissions de GES. Mais qu’en est-il du béton nécessaire à la transition énergétique, et plus précisément dans le secteur électrique ? Nous avons tenté de quantifier cette demande future.

À l’avenir, les besoins seront intimement liés aux technologies déployées, mais ils varient considérablement de l’une à l’autre : les barrages hydrauliques et les éoliennes sont très consommateurs de béton, les panneaux photovoltaïques beaucoup moins.

Les demandes en béton – donc en eau, en ciment et en granulat – seront, on le comprend, intrinsèquement liées aux futurs mix électriques développés par les États.

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Contenu béton des différentes technologies de production électrique.

Pour estimer ce volume nécessaire à l’implantation du nouveau mix électrique mondial à l’horizon 2050, les scénarios prospectifs du secteur énergétique (comme ceux fournis par l’AIE) permettent de déterminer les volumes de matériaux nécessaires à leur réalisation.

Le rapport Energy Technology Perspective de 2017 décrit par exemple trois mix électriques mondiaux et régionaux pour les décennies à venir, en fonction de l’élévation globale des températures d’ici 2100 : +2,7 °C (scénario RTS) ; +2 °C (scénario 2DS) ; +1,75 °C (scénario B2DS).

Il faut également prendre en compte la durée de vie plus courte des installations renouvelables – 25 ans en moyenne pour l’éolien et le solaire contre 35 ans en moyenne pour les centrales thermiques traditionnelles, et leur démantèlement. On peut alors déduire la somme des capacités à installer d’ici à 2050 pour répondre au besoin des scénarios de l’AIE.

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Nouvelle puissance installée cumulée (GW) par scénario entre 2014 et 2050 : répartition par technologie. Auteurs

Une part relativement faible dans la demande globale de béton

En associant à chaque technologie un contenu matière (kg/MW) – et en multipliant celui-ci par les capacités nouvelles à installer sur la période 2014-2050 –, il devient alors possible d’estimer les quantités de matériaux nécessaires à la transition énergétique dans le secteur électrique.

La production de ciment étant le principal responsable de l’impact du béton sur le climat, il constitue la base des calculs suivants. Dans les hypothèses retenues, le ciment représente 15 % en moyenne de la masse du béton.

Selon notre étude –, les scénarios pour 2050 exigent une demande croissante de ciment. Au niveau global, la part du ciment consacrée à l’installation des nouvelles capacités entre 2014 et 2050 ne représente toutefois que 0,8 % de la demande cumulée de ciment d’ici à 2050 – soit environ un tiers de la production mondiale actuelle, la majorité du ciment étant utilisé dans le secteur de la construction.

Les émissions de CO2 liées à la production de ciment pour le secteur électrique sont également négligeables au regard de la baisse des émissions attendues grâce au nouveau parc électrique mondial composé d’énergies renouvelables. Le ciment ne devrait donc pas limiter le déploiement des nouvelles capacités nécessaires aux trois scénarios proposés par l’AIE.

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Demande cumulée de ciment d’ici 2050 et émissions de CO₂ associées.

Une demande en ciment inégalement répartie

La Chine, premier producteur mondial, représente environ un quart de la demande globale de ciment, soit l’équivalent de tous les pays de l’OCDE confondus. Elle est suivie de l’Inde, deuxième pays possédant la croissance de la demande d’électricité la plus forte d’ici 2050.

Mais, pour traduire la dépendance d’un mix électrique à une ressource, il faut recourir à un autre indicateur : la demande par capacité installée (Mt ciment/GW installé), dite ici « intensité-ciment ». On peut également traduire cette information pour les émissions de CO2 liées à la production du ciment (Mt CO2/GW installé).

La moyenne mondiale quasi constante est ici aussi biaisée par le poids de la Chine et il existe parfois de grandes disparités entre régions.

Par exemple, l’intensité ciment du Brésil est trois fois plus importante que celle du Mexique. Au sein d’une même région, on observe également une différence de demande significative selon les scénarios. Le mix électrique russe consommerait 30 % de plus de ciment dans un scénario à 1,75 °C qu’à 2,7 °C.

Le ciment nécessaire à la transition énergétique est également à mettre en relation avec la production annuelle régionale : en Russie ou au Brésil, il pourrait en représenter plus de 85 %, contre 12 % en Chine. Dans les pays en développement marqués par une forte urbanisation, l’impact de la production de ciment liée à la transition dans le secteur de l’électricité demeure donc significatif.

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Auteurs

Pas d’obstacle au développement des ENR

Nos travaux démontrent donc plutôt une absence de criticité sur la ressource béton – et plus particulièrement ciment – à l’horizon 2050 dans le cadre de la transition du secteur électrique. En revanche, le contexte d’urbanisation croissante et de réduction des émissions de CO2 implique des enjeux bien plus forts pour l’industrie du béton au niveau global, et invite à la réflexion sur la coordination des politiques urbaines et énergétiques.

Si les seules productions et consommations de béton nécessaires au développement des énergies renouvelables peuvent difficilement apparaître comme des aspects limitants dans le futur, d’autres aspects, comme la dégradation des paysages ou la consommation d’eau, pourraient être soulevés dans le déploiement des énergies renouvelables.


Samuel Carcanague, chercheur à l’Institut de Relations internationales et stratégiques (IRIS) et Aymen Jabberi, étudiant à l’École centrale de Lyon, ont participé à la rédaction de cet article.

source/ https://theconversation.com/les-renouvelables-vont-elles-creer-une-nouvelle-dependance-au-beton-110931

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Romain Trauchessec ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.

3 – Béton, ciment : de nouvelles pistes pour mieux recycler les déchets du bâtiment 13 novembre 2018

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En 2014 en France, le secteur du bâtiment et des travaux publics a produit à lui seul près des deux tiers des déchets du pays. Cela représente plus de 211 millions de tonnes de matériaux (l’équivalent de 3 tonnes par habitant).

Ces reliquats sont issus des travaux de construction, de démolition et de déblaiement. On les qualifie d’« inertes » : ce sont des déchets minéraux qui ne se décomposent pas mais ne sont pas susceptibles de subir ou d’entraîner des réactions dangereuses pour l’environnement ou la santé.

Beaucoup de déchets non recyclés

Dans ce secteur, une grande part des déchets (23 %) est réutilisée directement pour les besoins des chantiers, comme les opérations de terrassement par exemple. Une autre partie (20 %) est envoyée vers des installations et plates-formes de recyclage. En résulte la production de granulats recyclés essentiellement réutilisés dans les travaux publics, pour la réalisation des sous-couches des chaussées notamment.

Le reste de ces déchets peut être utilisé pour la réhabilitation des carrières (14 %), remis à des collecteurs agrées (13 %), des déchetteries (7 %) ou encore envoyé directement dans des installations de stockage de déchets inertes (12 %) où des millions de tonnes de déchets inertes sont définitivement éliminés sans être valorisés.

Afin de répondre aux besoins des chantiers de construction tout en préservant les ressources naturelles, il devient indispensable de consolider les filières existantes, voire d’en créer de nouvelles qui permettront de mieux valoriser ces déchets et d’éviter leur enfouissement.

Vidéo présentant le potentiel du recyclage du béton. (Actu environnement/YouTube, 2014).

Réutiliser les granulats dans le béton

L’utilisation de ces déchets du bâtiment pour la fabrication de bétons est une voie intéressante qui permettrait de diversifier les voies de recyclage existantes.

Au cours des dernières années, l’utilisation de granulats recyclés comme matière première pour la fabrication de béton a fait l’objet de nombreux projets et travaux de recherche, notamment en France. Ils ont permis d’étudier les procédés de production, de traitement, de caractérisation des granulats recyclés, ainsi que les performances des nouveaux bétons contenant ces ressources secondaires.

Les normes ont aussi évolué, permettant d’incorporer dans certains bétons des granulats recyclés en proportions définies. Une norme autorise ainsi depuis 2014, jusqu’à 50 % de gravillons recyclés dans les bétons selon la classe d’exposition du béton et la qualité du granulat recyclé.

L’utilisation de ces gravillons présente toutefois certaines difficultés : des granulats en trop forte proportion, particulièrement poreux ou contenant des impuretés, affectent parfois les propriétés des bétons, modifiant leur maniabilité, leur résistance ou encore leur durabilité

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À Saint-Ghislain (Belgique), plate-forme de recyclage permettant de concasser, cribler et laver les granulats issus du recyclage. Romain Trauchessec, Author provided

Le ciment, un autre moyen de valorisation

Pour ces granulats recyclés de moindre qualité, une voie alternative de recyclage a été développée : la fabrication du ciment Portland.

Mélangé à de l’eau, ce ciment est un liant hydraulique qui assure la cohésion des granulats contenus dans le béton. Ce ciment a été découvert il a près de 200 ans, notamment grâce aux travaux de l’ingénieur français Louis Vicat. La production annuelle de ce ciment s’élève actuellement en France à 16 millions de tonnes par an, et atteint plus de 4 milliards de tonnes à l’échelle mondiale.

Obtenu par cuisson de calcaire et d’argile à 1450°C, le ciment Portland est ainsi à l’origine de 5 % des émissions mondiales des gaz à effet de serre.

Afin de réduire cet impact environnemental, des combustibles de substitution (résidus d’huile, pneus, etc.) sont de plus en plus utilisés pour la cuisson du ciment Portland, en substitution des combustibles fossiles traditionnellement utilisés (charbon, coke de pétrole).

Dans les cimenteries, de nombreux matériaux alternatifs (sable de fonderie, terres polluées, etc.) sont aussi utilisés pour partiellement remplacer les matières premières traditionnelles (calcaire, marnes, etc.). Les granulats recyclés trouvent donc naturellement leur place dans ce processus de valorisation.

Renforcer la qualité des ciments recyclés

Dans dans ce contexte que le projet européen Seramco (Secondary Raw Materials for Concrete Precast Products) a été développé.

Il s’intéresse au recyclage des déchets de bonne qualité dans l’industrie des produits préfabriqués en béton – parpaings, dalles, blocs de coffrage – et à celui des produits de moindre qualité pour fabriquer du ciment.

Dans le cadre de ce projet, les chercheurs de l’Institut Jean Lamour travaillent sur la caractérisation chimique des matériaux recyclés ainsi que sur leur variabilité spatiale ou temporelle, afin de définir les conditions de synthèse optimale associées au taux d’incorporation et à la température de cuisson. Ces travaux sont menés en partenariat avec le cimentier Vicat, permettant ainsi la réalisation d’essais à l’échelle industrielle à la cimenterie de Créchy.

Les performances et la durabilité des ciments « recyclés » obtenus sont comparées à celles du ciment Portland traditionnel, à la fois en laboratoire et sur des produits types préfabriqués. En 2020, ces produits seront testés sur trois sites pilotes – Seraing en Belgique, Saarlouis en Allemagne et le long d’une route départementale de Moselle en France –, ce qui permettra de démontrer la viabilité de ces ressources secondaires pour la création de nouveaux éléments préfabriqués en béton.

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Cimenterie de Créchy (Allier) où sont conduites des recherches sur le recyclage des déchets. Groupe Vicat, Author provided

Le projet Seramco permet au béton et aux déchets mixtes (brique, céramique, maçonnerie, etc.) d’être recyclés pour refaire du béton. Ainsi, les déchets du BTP peuvent-ils entrer dans les boucles vertueuses de l’économie circulaire.

Il faut rappeler qu’au-delà des bonnes pratiques permettant d’assurer la fiabilité des bétons et des ciments recyclés, l’utilisation des déchets du BTP dépendra fortement du contexte économique local – demande en granulats, disponibilité des ressources primaires (naturelles) et secondaires (recyclés) – mais également des politiques publiques mises en œuvre (marché public, fiscalité, etc.) et de l’acceptabilité sociale de ces produits.


source/ https://theconversation.com/beton-ciment-de-nouvelles-pistes-pour-mieux-recycler-les-dechets-du-batiment-101539

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Une réflexion au sujet de « 3456 – Trois Articles – Le sable, en voie de disparition … une nouvelle dépendance au béton… mieux recycler les déchets du bâtiment »

  1. […] 13 SEPTEMBRE 2019 SANSAPRIORIDIVERS, ECONOMIE, GÉOPOLITIQUE – ECONOMIE, SCIENCES TECHNOLOGIES RECHERCHES, SOCIÉTÉ, VIDÉOAIE, BATTERIES ÉLECTRIQUES, BÉTON, BTP, CADMIUM, CIMENT, CLÉMENT BONNET, COBALT, DECHET, EAU, EMMANUEL HACHE (ÉCONOMISTE), ENERGIE RENOUVELABLE, EOLIEN, GONDIA SOKHNA SECK, GRANULAT, INDIUM OU LITHIUM, NICOLAS BERNON, ONU, PANNEAUX PHOTOVOLTAÏQUES, PRÉLÈVEMENT DU SABLE, ROMAIN TRAUCHESSEC, SABLE, TERRES RARES, THE CONVERSATION, TRAFICS DU SABLE […]

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