3323 – L’Assemblée générale de l’ ONU confirme l’appartenance de l’archipel des Chagos à Maurice et exige du Royaume-Uni le retrait de son Administration dans les six mois … et relayé par la presse …

ile de chagos océan indien 3545277194 Que connaît-on de l’archipel des Chagos? Situé au sud des Maldives, au coeur de l’océan Indien, cet archipel britannique (depuis 1814 et rattaché en 1903 à la colonie de Maurice) compte 55 îles dont seulement trois sont habitées: Salomon, Peros Banhos et l’île principale, la fameuse Diego Garcia.

ONU Assemblée générale Plénière –Soixante-treizième session, 83e séance plénière – matin –AG/12146 –22 mai 2019

L’Assemblée générale, qui a décidé aujourd’hui de célébrer en 2020 le vingt-cinquième anniversaire de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, a par ailleurs confirmé, en présence du Premier Ministre de Maurice, que l’archipel des Chagos fait partie intégrante du territoire mauricien et exigé le retrait de l’Administration britannique dans un délai maximum de six mois.
Présentée par le Sénégal, au nom du Groupe des États d’Afrique, la résolution* intitulée « Avis consultatif de la Cour international de Justice (CIJ) sur les effets juridiques de la séparation de l’archipel des Chagos de Maurice en 1965 » a été adoptée par 116 voix pour et l’opposition de l’Australie, des États-Unis, de la Hongrie, d’Israël, des Maldives et du Royaume-Uni, et 56 absentions.
Dans ce texte, l’Assemblée générale « affirme », conformément à l’avis de la CIJ, que l’archipel des Chagos fait partie intégrante du territoire mauricien et que son maintien sous l’Administration du Royaume-Uni constitue un fait « illicite » qui engage la responsabilité internationale de ce dernier, tenu d’y mettre fin dans un délai maximum de six mois.  Le détachement de l’archipel n’ayant pas été fondé sur l’expression « libre et authentique » de la volonté du peuple mauricien, la décolonisation de Maurice n’a pas été « validement » menée à bien, souligne l’Assemblée générale.
Pendant très longtemps, a rappelé le Sénégal, l’Afrique a été victime de la colonisation et de l’esclavage.  Or, perpétuer un état de décolonisation « inachevée » n’est certainement pas compatible ni avec la Charte ni avec le droit international.  Le Sénégal est revenu sur l’historique des démarches de l’Union africaine pour permettre à un de ses États membres d’exercer sa propre souveraineté sur l’ensemble de son territoire, conformément au droit international.  S’exprimant avant le vote, il a exhorté tous les États à faire le « choix de la justice et du respect de l’état de droit » afin d’aider l’Afrique à surmonter « les traumatismes d’un douloureux passé colonial ».  Au nom du Mouvement des pays non alignés, le Venezuela a réaffirmé son soutien « inébranlable » à la décolonisation et au respect du droit à l’autodétermination.
ile maurice océan indien pravind-jugnauth-nw00r0ray88czkmv60q270dba0pt2luuod3x641d8o  M. Pravind Kumar Jugunauth,
Le Premier de Maurice, M. Pravind Kumar Jugunauth, s’est félicité de l’avis « historique » de la CIJ, un avis consultatif « clair, sans ambiguïté aucune et qui ne laisse de place ni au doute ni à l’interprétation », tout en rejetant qu’un document signé entre un colon et un colonisé peut être considéré comme « un accord international ».  Le Chef du Gouvernement mauricien a insisté sur la disposition qui dit: « la question de la réinstallation des nations aux mauriciens, y compris ceux d’origine chagossienne, doit être examinée sans tarder lors du parachèvement du processus de décolonisation ».
Victime d’un « crime contre l’humanité », a poursuivi le Premier Ministre, les Chagossiens ont fait l’objet d’un programme de réinstallation, écarté immédiatement par le Gouvernement britannique.  Il a critiqué les raisons sécuritaires avancées du Royaume-Uni, qui explique le contrôle du territoire par la nécessité de faire barrage au terrorisme.  Nous saurons défendre notre territoire, a assuré le Premier Ministre.
Pour nous, a réitéré aujourd’hui le Royaume-Uni, la stabilité et la sécurité de l’océan Indien sont « cruciales ».  Il a argué de la position du détroit de Malacca par lequel en 2017, des navires ont transité plus de 84 000 fois et du golfe d’Aden par lequel passe, chaque année, le huitième du commerce maritime mondial.  Les infrastructures de défense américano-britanniques dont la base de Diego Garcia jouent un rôle « vital » dans la protection de nos alliés et amis, y compris Maurice, a souligné le Royaume-Uni.  Ces infrastructures sont essentielles pour la lutte contre le terrorisme, les drogues, la criminalité et la piraterie. 
L’archipel des Chagos relève d’un différend de souveraineté « bilatéral » qui n’est en aucun cas une question de « décolonisation », a conclu le Royaume-Uni, arguant du caractère « juridiquement non contraignant » de l’avis consultatif de la CIJ.  Ce qui est contraignant, c’est l’accord de 1965 en vertu duquel Maurice a cédé l’archipel en échange de compensations financières.     
Le Royaume-Uni doit tirer les bonnes leçons de l’avis de la CIJ, a commenté l’Argentine, en appuyant la résolution aux côtés du Nicaragua, de la Syrie, de Chypre et de la Namibie.  Comment peut-on solliciter l’avis de la Cour sans consulter l’autre partie? se sont étonnés les États-Unis, devant « une mauvaise interprétation » des fonctions consultatives de la CIJ.  La juridiction de la Cour, a renchéri l’Australie, appuyée par Israël, ne devrait pas être invoquée pour statuer sur des différends bilatéraux et il ne revient certainement pas à l’Assemblée générale de faire appliquer un avis non contraignant, dans un délai « déraisonnable ».  La résolution adoptée aujourd’hui est « un précédent dangereux », ont dit craindre les États-Unis, en écho aux propos du Royaume-Uni.
Nous ne pouvons pas nous offrir le luxe de faire le tri des avis consultatifs à respecter ou à ne pas respecter, ont répliqué les Seychelles, qui abritent une communauté chagossienne et, s’agissant de la sécurité de l’océan Indien, l’Inde a pressé les gouvernements concernés d’arriver à une entente mutuellement acceptable sur cette « question distincte ».  Singapour a aussi demandé aux parties de régler leur différend « sans délai artificiel ».  De tels problèmes ne peuvent être résolus que par un dialogue bilatéral, a prévenu le Royaume-Uni « sincèrement désolé » de la manière dont les Chagossiens ont été expulsés de leur territoire en 1970.  Profitant de l’occasion pour répondre à l’Argentine, il a confirmé que rien ne changera dans le statut des îles Falkland tant que les habitants de ce territoire n’auront pas changé d’avis.
Les Émirats arabes unis ont, à leur tour, saisi cette occasion pour dénoncer la colonisation iranienne des Petite et Grande-Tounb et d’Abou Moussa.  Ces accusations sont infondées et hors sujet, s’est impatienté l’Iran, rappelant que ces îles étaient iraniennes bien avant la constitution des Émirats arabes unis.  La Finlande a confirmé sa position de principe qui consiste à respecter en tout temps le droit international.  La Fédération de Russie a fait de même, tout en doutant de la compétence de la Cour sur un différend bilatéral.  La Cour reconnaît d’ailleurs, a décelé la Chine, que sa saisine se base sur le consentement des pays concernés.
Le rôle de la CIJ a été applaudi par l’Autriche, l’Indonésie, le Portugal et le Liechtenstein, qui a avoué avoir souhaité un engagement « plus fort » de Maurice en faveur du retour des Chagossiens.  La Suisse et la Thaïlande se sont dites confiantes quant à la perspective d’une solution constructive.  Le Costa Rica, qui a rappelé avoir renoncé à une armée depuis plus de 60 ans, s’est dit convaincu que les différends peuvent toujours être réglés par le dialogue et la compréhension mutuelle.  Le Canada a également lancé des encouragements au dialogue.
La Turquie a dit s’être abstenue au motif que la CIJ ne devrait pas traiter de différends bilatéraux.  La résolution, a estimé la Nouvelle-Zélande, autre abstentionniste, a été adoptée en « trop peu de temps », étant donné que la Cour n’a rendu son avis que le 25 février dernier.  Les négociations entre les deux doivent reprendre pour prévenir toute menace à la sécurité et la paix internationales, a exhorté le Japon, lequel s’est aussi abstenu comme le Chili, qui a estimé que la question ne saurait en effet être réglée par une résolution de l’Assemblée générale.
Après ce débat au cours duquel Maurice, l’Argentine et le Royaume-Uni ont exercé leur droit de réponse, l’Assemblée générale a décidé**, pour célébrer le vingt-cinquième anniversaire de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes (Conférence de Beijing) et accélérer les progrès sur la voie de l’égalité femmes-hommes et de l’autonomisation de toutes les femmes et de toutes les filles, de tenir en marge du débat général de sa soixante-quinzième session une réunion de haut niveau d’une journée dont les conclusions seraient présentées sous la forme d’un résumé de la présidence.  L’année prochaine, a dit le Kenya, en présentant la résolution, nous évaluerons les progrès accomplis aux niveaux local, national, régional et international.  À ce jour, a reconnu la Présidente de l’Assemblée générale, Mme María Fernanda Espinosa Garcés, aucun pays n’est parvenu à l’égalité entre les sexes.  À ce rythme actuel, il faudra plus de 208 années pour y arriver.  Elle a annoncé qu’elle nommera des facilitateurs pour que la réunion de haut niveau débouche sur une accélération effective des progrès et envoie un message « percutant ».

*A/73/84/Rev.1

**A/73/L.86


source/ https://www.un.org/press/fr/2019/ag12146.doc.htm


Londres sommé de rendre Diego Garcia (et l’archipel des Chagos) à Maurice

Lignes de Défense.blogs.ouest-france.fr – Philippe Chapleau – 26/02/2019

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Que connaît-on de l’archipel des Chagos? Situé au sud des Maldives, au coeur de l’océan Indien, cet archipel britannique (depuis 1814 et rattaché en 1903 à la colonie de Maurice) compte 55 îles dont seulement trois sont habitées: Salomon, Peros Banhos et l’île principale, la fameuse Diego Garcia.

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Des Chagos, on en parle épisodiquement. La plus récente occasion date d’hier,25.02.2019

Lundi, la Cour internationale de justice (la CIJ, basée à La Haye) a déclaré que le Royaume-Uni devait mettre fin à son administration de l’archipel. En effet, la souveraineté en est revendiquée par l’île Maurice, indépendante depuis 1968 mais amputée des Chagos que Londres avait achetés en 1965, pour trois millions de livres, aux institutions semi-autonomes de Maurice. Londres avait alors transformé les Chagos en une nouvelle entité: le British Indian Ocean Territory

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Dans un avis consultatif, les juges de la plus haute juridiction des Nations unies ont estimé que le Royaume-Uni avait « illicitement » séparé l’archipel des Chagos de l’île Maurice. L’assemblée générale de l’Onu avait adopté en 2017 une résolution présentée par l’île Maurice et soutenue par les pays africains réclamant que la CIJ donne son opinion sur l’avenir des îles Chagos. C’est chose faite.

L’avis rendu lundi par la CIJ a ravi les ex-Chagossins (photo Reuters ci-dessus) et le Premier ministre mauricien, Pravind Jugnauth, pour qui « le temps est arrivé du démantèlement de la dernière colonie britannique en Afrique ». Et d’ajouter que « les Chagossiens et leurs descendants vont enfin pouvoir rentrer chez eux ». Effectivement, le Royaume-Uni avait expulsé environ 2 000 Chagossiens vers Maurice et les Seychelles. Dont 1400 (426 familles) venant de Diego Garcia, puisque l’objectif était alors de faire de la place sur cette île pour installer une immense base militaire conjointe anglo-américaine.

Diego Garcia, avec ses 45 km2, offre un immense lagon large de 10 km et profond de 31 m. Ces belles capacités de mouillage permettent d’accueillir un porte-avions US et les 7 bâtiments du 2e Maritime Pre-positioning Ship Squadron.

Entre 2500 et 3500 militaires et civils US (selon les déploiements d’unités de l’US Navy et de l’US Air Force) y sont basés.

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Il y a deux ans, le traité d’une durée de 50 ans conclu en décembre 1966 entre Londres et Washington a été prorogé pour 20 ans. Le Pentagone continuera donc à disposer d’un « super porte-avions » dans l’océan Indien pour lequel il aurait investi plus de 3 milliards de dollars. Actuellement, les unités présentes à Diego Garcia sont les suivantes:
• U.S. Naval Computer and Telecommunications Station Far East Detachment (NCTSFE DET)
• Branch Health Clinic (BHC), Diego Garcia
• Maritime Pre-positioning Ship Squadron 2
• Military Sealift Command Office (MSCO)
• Naval Media Center Detachment Diego Garcia
• Public Works Department (PWD), Naval Facilities Engineering Command Far East (NAVFAC FE), Diego Garcia
• Personnel Support Activity Detachment Diego Garcia (PSD)
• U.S. Fleet and Industrial Supply Center (FISC), Diego Garcia Detachment
• Air Mobility Command (AMC) Detachment ONE, 730 AMS
• Automated Remote Tracking Station (ARTS) Air Force Space Command (AFSPC) Detachment 2, 22nd Space Operations Squadron
• Ground-based Electro Optical Deep Space Surveillance (GEODSS) Air Force Space Command Detachment 2, 21 Operations Group
• Pacific Air Force (PACAF) Detachment ONE, 36 Mission Support Group (MSG)

L’importance stratégique de Diego Garcia, l’obstination de Londres à en conserver le contrôle et le poids relatif de la CIJ contribuent à convaincre que la situation ne va pas évoluer et que les Chagossiens ne sont pas prêts de rentrer.

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De temps en temps au gré des opérations navales et aériennes américaines, Diego Garcia fait aussi la « une ». En 1990, lors de l’opération Tempête du Désert, des dizaines de navires et des centaines d’avions y ont stationné ou y ont transité. Idem en 2001 avec le lancement de l’opération Liberté Immuable. Des bombardiers B-52H et B-1 (voire des B-2, lire ici) y stationnent et effectuent des missions au Proche et Moyen Orient.

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De temps en temps enfin au gré des passations de marchés, Diego Garcia s’extirpe de sa discrétion. Ainsi en mai 2017, le marché des « Base Operations Support (BOS) Services » a été attribué à KBR Diego Garcia pour un montant annuel de » 57 millions de dollars. Ce marché court jusqu’en 2025; sa valeur totale avoisine les 515 millions de $.

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On notera aussi que les travaux d’agrandissement se poursuivent sur la base US. Un site de stockage est actuellement en construction pour accueillir les stocks prépositionnés du Pacific Air Forces War Reserve Materiel.


SOURCE/ http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2019/02/26/diego-garcia-20057.html