1559 – Decodex…Attention Dangers !

1 – Decodex : la solution technologique du Monde pour lutter contre les « fake news »

2 – Decodex : le petit frère robot des Décodeurs du Monde

3 – Decodex – quand Le Monde se fait Inquisiteur


Codex Laud - http://www.famsi.org/research/pohl/jpcodices/laud/img_laud41.html

1 – Decodex : la solution technologique du Monde pour lutter contre les « fake news »

Le 1er février Le Monde lancera via son site Les Décodeurs le « Decodex », une sorte de boîte à outils qui permettra aux internautes de classer les sites selon leur degré de fiabilité, afin de lutter contre le phénomène des « fake news ». Au programme : moteur de recherche, extension Chrome/Firefox et bot Facebook Messenger.


Le phénomène des « fake news » n’est pas nouveau, néanmoins il a pris de l’ampleur ces derniers mois. La campagne des présidentielles américaines a été émaillée de plusieurs affaires du genre, poussant la candidate malheureuse Hillary Clinton à alerter l’opinion sur cet inquiétant phénomène. Le président américain Donald Trump ne se prive d’ailleurs pas de qualifier, d’un ton souvent lapidaire, le travail des médias qui lui sont hostiles dudit qualificatif de fake news : CNN y a eu droit durant une conférence de presse début janvier durant laquelle nos confrères se sont vus reprocher de « faire de la désinformation ».

 

Satiriques ou avec une intention de nuire, les sites diffusant de fausses informations se sont multipliés ces dernières années. On se souvient par exemple de Christine Boutin, ex-ministre de Nicolas Sarkozy, citant fièrement sur le plateau de BFMTV un tweet de Le Gorafi

C’est aussi un signe que la planète média est entrée dans une période de turbulence. En guise de réaction, nos confrères du Monde/Les décodeurs ont choisi de réagir : ils mettront en ligne le 1er février un « Decodex ».

Le Decodex, pour y voir plus clair

Sur Internet, la question de la confiance est cruciale, et les exemples d’informations trompeuses se multiplient. Decodex est un outil qui tentera d’apporter de la clarté dans un Web parfois obscurci. Bien entendu, il faudra partir du postulat que vous faites confiance au Monde

Si c’est le cas, l’internaute aura alors droit à une classification de sites d’informations en tous genres via des pastilles de couleurs comme le rapporte l’AFP :

  • en gris les sites collectifs (comme Wikipedia),
  • en bleu les sites parodiques (LeGorafi, NordPresse, etc.),
  • en rouge les sites non fiables/complotistes/trompeurs ou avec une vocation de manipulation de l’opinion (IVG.net en fera partie),
  • en orange les sites peu fiables et/ou très orientés (FdeSouche par exemple)
  • et enfin en vert les sites très fiables.

Extensions, chatbot… et open source

La base de données comptera 600 sites Web dans un premier temps ; français pour la plupart mais aussi anglais, américains et allemands. Mais Decodex se veut plutôt comme une boîte à outils car effectivement il n’y aura pas la nécessité de passer par le site des Décodeurs pour accéder à la catégorisation des sites Web.

  • Précisons que pour ce projet, le média a reçu le soutien financier du Fonds pour l’Innovation Numérique de la Presse, initié par Google, selon Arrêt sur Images.

Decodex prendra donc plusieurs formes, dont une première qui sera une sorte de moteur de recherche baptisé « Verificator ». Celui-ci sera mis en ligne sur le site des Décodeurs, dès demain, a priori sur la page d’accueil. Il suffira d’entrer une URL ou le nom d’un site, et l’outil vous dira si la source est fiable ou non.

Par ailleurs, une extension Chrome/Firefox sera également proposée. Elle vous avertira, au fur et à mesure de vos pérégrinations sur le Web, de la fiabilité des sites que vous consultez. Enfin, un « bot » Facebook Messenger sera également mis en ligne « dédié à la vérification des faits », lit-on sur Digiday.com. L’initiative est intéressante dans la mesure où le réseau social est lui aussi devenu une plaque tournante des informations virales et parfois fausses.

Responsable des Décodeurs, Samuel Laurent explique d’ailleurs que l’initiative est open source ; sans préciser pour l’instant ce que cela sous-entend. « C’est quelque chose que nous faisons pour la démocratie, parce que nous sommes très inquiets. Le but est de partager nos outils », indique-t-il à Digiday.com[1].


  1.    http://digiday.com/publishers/le-monde-identifies-600-unreliable-websites-fake-news-crackdown/


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I N T É G R A L E S _

❝ vous emmener sur les fronts de l’info ❞

2 – Decodex : le petit frère robot des Décodeurs du Monde

Après avoir crée Les Décodeurs en 2009, Le Monde veut faire un pas de plus dans la lutte contre la désinformation en lançant ce 2 février 2017  Decodex, un outil pour voir si l’info est fiable.

«  Vous n’avez pas peur de ne plus rien avoir à vérifier un jour ? » La question nous est parfois posée au détour de discussions avec des confrères, étudiants ou internautes », sourient les journalistes de l’équipe des Décodeurs du Monde, un site dédié au décodage de l’information et qui existe depuis 2009. Mais Les Décodeurs s’appliquent de manière très artisanale à démonter des rumeurs, des images dont la légende ou l’interprétation sont inexactes, des propos déformés, des informations fausses. Un travail de bénédictin.

Un outil de vérification 

L’équipe des Décodeurs a ainsi souhaité compléter son travail de décryptage de l’information en  imaginant une solution technologique qui permette d’automatiser la vérification ou la contextualisation de l’information.
Decodex sont deux extensions pour navigateurs conçues en partenariat avec Google et qui prétendent permettent aux internautes qui surfent sur le web francophone de mieux connaître le site qu’ils consultent.

Imaginé et développé avec Google, le Décodex, – à savoir,deux extensions pour navigateur-, a pour objectif de fournir au plus grand nombre des outils simples pour faciliter la vérification des informations. « Nous avons conscience qu’il ne permettra pas de vérifier toutes les informations qui circulent en ligne, mais nous pensons qu’il offrira à chacun les moyens de discerner les plus évidentes d’entre elles, et d’être averti lors de la consultation d’un site connu pour diffuser de fausses informations.« , prévient l’équipe du Décodex.

Le dispositif s’appuie sur une base de 600 sites français, anglais, américains et allemands. Cinq niveaux de fiabilité devrait permettre aux internautes de se faire une pré-notion de la qualité des sites qu’ils fréquentent.

Cette extension est semblable à d’autres logiciels qui ont été développés durant la campagne présidentielle américaine pour les médias anglophones. Certains s’attaquaient d’ailleurs également au diffuseur d’informations qu’est Facebook, accusant l’algorithme de la plateforme sociale de « pousser » des fake news. Ce à quoi Facebook vient de répondre au début de ce mois-ci en changeant à nouveau son algorithme.

Clara Schmelck – 02.02.2017

Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d’Intégrales – aussi à la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa …).


3 – Decodex – quand Le Monde se fait Inquisiteur

Le Monde, toujours à la pointe, franchit une étape supplémentaire en annonçant la sortie, le 1er févier, d’une boîte à outils de lutte contre les sites de « fausses informations »

Codex Laud - http://www.famsi.org/research/pohl/jpcodices/laud/img_laud41.html

Cet outil, qui se déclinera selon trois modalités, n’aura rien moins que la prétention de classer par ordre de fiabilité les sites eux-mêmes, et non des articles spécifiques.  La bonne vieille tentation de la mise à l’index[1].   Ces modalités sont :

  • un moteur de recherche, directement sur le site des décodeurs,
  • un module d’extension pour les navigateurs Firefox et Chrome;
  • et enfin un bot (robot) sur la messagerie de Facebook (messenger).
« Nous avons recensés 600 sites, majoritairement français mais aussi anglais et américains et quelques allemands, avec 5 niveaux de fiabilité, repérés par cinq couleurs. (…)  Nous distinguons en gris les sites collectifs, donc non classés, comme Wikipedia, en bleu les sites parodiques, comme Le Gorafi ou NordPresse, en rouge les sites pas du tout fiables, complotistes ou trompeurs, comme le portail IVG.net qui, sous couvert d’informations, veut manipuler les femmes pour les décourager d’avorter, en orange les sites peu fiables ou très orientés, type FdeSouche, ou les attrape-clics qui republient des informations non recoupées, et enfin en vert les sites très fiables. (…) C’est n’est pas un jugement sur leur opinion, mais sur leur démarche journalistique, a-t-il souligné ».

Cette description sommaire, par le patron des Décodeurs du Monde, Samuel Laurent, pose déjà en soi un certain nombre de problèmes, autant sur le fond que sur la forme.

Les décodeurs, seuls détenteurs de la Vérité Vraie ?

Vous l’aurez noté, il ne s’agit pas de faire du fact-checking sur base d’articles individuels, qui peuvent s’avérer vrais, faux, ou tout simplement indécidables, mais bien de marquer au fer rouge les sources mêmes réputées diffuser des « fausses nouvelles ».  C’est une première dérive, et elle est de taille.

Je l’avais déjà anticipée dans l’article[1] que j’avais rédigé concernant la censure à venir sur Facebook.

Ensuite, si l’on commence à catégoriser les sites de médias parce qu’ils auraient publié une fausse nouvelle, cela voudrait-il dire que Le Monde se classerait lui-même[2] le cas échéant dans cette catégorie lorsqu’il publie des fausses nouvelles ?

  • Et accessoirement, le mode d’attribution de ces gommettes de couleur sera-t-il transparent, et indiquera-t-il clairement quel(s) article(s) a donné lieu à cette catégorisation, et sur base de quel « grief » ? 
  • Quelle seront donc les conditions pour rentrer dans telle ou telle catégorie, et, le cas échéant, pour en sortir ? 
  • Qui sera responsable de ce travail, sur base de quelles compétences, et un accès total sera-t-il garanti au dossier documentaire (sorte d’instruction) qui aura conduit à ce qu’il faut bien appeler un jugement ?

C’est un peu facile de dire que « C’est n’est pas un jugement sur leur opinion, mais sur leur démarche journalistique », quand le but avoué est bien d’inciter les lecteurs à ne pas s’informer sur les sites qu’eux-mêmes jugent « peu fiables ou très orientés »Cet amalgame vaut à lui seul son pesant d’or.  Donc, « très orienté » serait équivalent à « peu fiable » ?  Et en pareil cas, le traitement serait-il identique quelle que soit cette orientation, justement ?

Recours en droit

S’il est permis aux détenteurs autoproclamés de la Vérité Vraie que sont les décodeurs d’avoir leur opinion quant aux sites qu’ils abhorrent, ils ne peuvent s’affranchir de leur responsabilité civile au regard de la loi. 

Ce que je veux dire, c’est qu’ils entendent publier un outil à même de décider pour les internautes quel site est digne de confiance, et lequel ne l’est pas.  Pour résumer, il s’agit bel et bien d’établir (ou de nuire à) la réputation de ces sites.

Or s’ils peuvent avoir un avis sur les sites qu’ils estiment d’une qualité journalistique irréprochable, l’inverse, qui consiste à nuire à la réputation des autres correspond en droit à un délit passible de correctionnelle.  Il s’agit ni plus ni moins que de diffamation[3], sauf dans le cas (très précis) où il peut être établi, preuves à l’appui, que les accusations portées sont fondées.  Inutile de préciser que cela n’en prend pas le chemin et ouvre la porte à des actions en justice qui pourraient prendre la forme d’un recours collectif[2] ou de procès individuels.

À cet égard, il ne serait pas inutile que les rédacteurs et propriétaires des médias d’information, de réinformation et de critique se concertent et envisagent d’intenter pareilles actions sur base collective, afin de limiter les frais de procédure en les répartissant; les dommages-intérêts gagnés lors d’une procédure rentrant dans le financement du procès suivant, par exemple.

 

De telles procédures ont déjà eu lieu aux USA et ont donné quelques sueurs froides, voire stoppé net l’ardeur des inquisiteurs.  On ne badine pas avec la diffamation : soit on a des preuves solides, soit on assume les conséquences désagréables d’une condamnation.

Quelques réflexions

Le phénomène des fausses nouvelles, des rumeurs infondées, comme on les appelait, ne date pas d’hier mais est probablement contemporain de l’invention de l’imprimerie. 

Ces rumeurs, ces pamphlets, ont toujours fait partie du paysage culturel.  Des auteurs en ont fait leurs choux gras et des éditeurs ont consacré des collections entières à des sujets qu’ils savaient porteurs, mais plus ou moins fantaisistes.  Pourquoi les « fausses nouvelles » poseraient plus de problèmes aujourd’hui qu’hier ?

  • Seraient-ce les fausses nouvelles qui ressembleraient trop à des vraies ou plutôt les vraies qui ressembleraient trop à des fausses ?
  • Serait-ce que les médias dominants, à force de confondre le métier de journaliste et celui de relais de la propagande auraient perdu tout crédit auprès du public et n’auraient trouvé que ce moyen pour tenter de retarder leur inéluctable disparition ?

N’est-ce pas quelque peu paradoxal d’arriver dans une situation où la presse dominante se positionne en ennemi de la liberté d’expression et en faveur de la censure ?

Atteinte possible à la vie privée

Il faudra examiner attentivement le code de l’extension firefox/chrome qui sera publiée.  En effet, le mode de fonctionnement le plus probable est le suivant : quand l’utilisateur ouvre un nouvel onglet ou navigue sur un site, l’extension contacte un serveur distant en lui transmettant l’URL ou le nom de domaine concerné.  Ce qui implique, vous l’aurez compris que les historiques de navigation de chaque utilisateur seront transmis en direct aux serveurs d’application.

La bonne façon de procéder en pareil cas serait d’inclure les listes dans l’extension elle-même, ce qui ne nécessiterait la transmission d’aucune information sensible à des serveurs tiers, mais cela complique fortement la maintenance des listes pour le développeur.  Il faudrait alors régulièrement procéder à la mise à jour de l’extension.

On pourrait classer un pareil add-on par degré croissant de menace qu’il ferait poser sur la vie privée ses utilisateurs :

MENACE FONCTIONNEMENT

1

Inoffensif Add-on ne transmettant aucune donnée à des serveurs tiers

2

Menace possible sur la vie privées des internautes Transmission en clair ou en version encryptée (hashée) des URL complètes ou du nom du domaine

3

Intention de tracer les utilisateurs Idem que 2 mais avec identifiant unique déterminé lors de l’installation de l’extension, ce qui impliquerait que les serveurs tiers pourraient retracer l’historique complet de navigation pour un utilisateur donné, même après déconnexion ou changement d’adresse IP

4

Malware Idem que 3 mais avec en plus, des éléments permettant d’identifier les utilisateurs (paramètres passés dans l’URL en mode GET, cookies, etc;)

À noter également que les extensions installées fonctionnent aussi en mode « navigation privée ».

J’examinerai donc à la loupe le contenu des données transmises par cet add-on aussitôt qu’il sera disponible, et publierai les résultats s’ils devaient poser problème.

Notes

  • [1]  L’Index librorum prohibitorum (Index des livres interdits), aussi appelé Index expurgatorius, Index librorum prohibitorum juxta exemplar romanum jussu sanctissimi domini nostri, est un catalogue instauré à l’issue du Concile de Trente (1545-1563). Il s’agit d’une liste d’ouvrages que les catholiques romains n’étaient pas autorisés à lire, des « livres pernicieux », accompagnée des règles de l’Église au sujet des livres. Le but de cette liste était d’empêcher la lecture de livres jugés immoraux ou contraires à la foi. Depuis la « Notification de la suppression de l’index des livres interdits », émise par le Vatican en 1966, cet index perd son caractère obligatoire et n’a plus valeur de censure, même s’il reste un guide moral.  (Source : wikipedia)
  • [2] Recours collectif : Action en justice ou une procédure qui permet à un grand nombre de personnes, souvent des consommateurs, de poursuivre une personne, souvent une entreprise ou une institution publique, afin d’obtenir une indemnisation financière. (Source : wikipedia)

liens[]

  1.    http://www.levilainpetitcanard.be/articles/thema/fact-checking-nique-ta-niouze_1924715164
  2.    https://fr.sputniknews.com/international/201701091029508545-fausses-nouvelles-lemonde-medias/
  3.    https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F32079

source/ http://www.levilainpetitcanard.be/articles/actu/decodex-quand-le-monde-se-fait-inquisiteur_821847835