1448 – Syrie … la Paix se négocie sans Washington !

1/ – En Syrie, la paix en passe de devenir réalité

2/ – La Russie, l’Iran et la Turquie dessinent l’après-guerre en Syrie

3/ – A cause du Pentagone, la Maison Blanche est exclue des négociations internationales sur la Syrie


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1/ – En Syrie, la paix en passe de devenir réalité

29 décembre 2016 Kommersant[1]

La Russie et la Turquie ont intensifié leurs efforts de règlement du conflit syrien axés sur la cessation immédiate des hostilités sur l’ensemble du territoire du pays en guerre.

La préparation de l’accord entre Damas et les groupes d’opposition, dont Moscou et Ankara pourraient être garants, a été annoncée hier par le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu. Si les parties hostiles parviennent à établir une trêve, elles pourraient passer à l’étape suivante et entamer des consultations politiques sur l’organisation de la Syrie d’après-guerre à Astana.

Le plan de règlement

La déclaration du ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu concernant cette nouvelle chance de réconciliation en Syrie a été précédée par la publication par l’agence turque Anadolu, de l’annonce selon laquelle Moscou et Ankara cherchaient à élargir la trêve déjà établie à Alep [2] à l’ensemble de la Syrie.

Selon l’agence Anadolu, après les accords de cessez-le-feu dans les quartiers est d’Alep et la fin de l’évacuation des civils et des combattants de l’opposition [3], Ankara et Moscou ont élaboré un plan qui prévoit l’élargissement de la trêve à l’ensemble du pays. La chaîne de télévision Al-Jazeera a, par ailleurs, annoncé que certains groupes de l’opposition syrienne armée avaient déjà donné leur feu vert à la trêve.

Après la publication par l’agence de la fuite sur la préparation d’un plan de paix par Moscou et Ankara, le ministre turc [4] des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu a rapidement confirmé que les diplomates des deux pays avaient achevé la préparation d’un accord de trêve censé créer les conditions pour le lancement d’un processus politique.

Les positions des parties

Cependant, malgré un rapprochement rapide des positions de la Russie et de la Turquie sur la Syrie [5], observé ces dernières semaines, la question de l’organisation après-guerre du pays suscite toujours des divergences.

L’annonce faite par Mevlüt Çavuşoğlu hier laisse entendre que l’opposition syrienne n’accepterait jamais que le président Bachar el-Assad [6] reste au pouvoir. « Un processus de transition politique impliquant sa participation est impossible », insiste le ministre turc.

Face aux annonces par la presse et les responsables turcs d’un plan de paix déjà élaboré par Moscou et Ankara, la réaction de la Russie est beaucoup plus prudente. Néanmoins, le porte-parole du président russe Vladimir Poutine [7] Dmitri Peskov confirme :

« En effet, nous menons des consultations avec nos homologues turcs et discutons sur les différentes modalités d’un éventuel dialogue qui pourrait avoir lieu à Astana ».

Rappelons que les parties au conflit devraient se réunir au Kazakhstan durant la deuxième quinzaine du mois de janvier. 

Même s’il serait prématuré de parler d’une nouvelle étape dans le règlement syrien, l’initiative de Moscou et d’Ankara n’est pas passée inaperçue en Occident.

Le porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères Sebastian Fischer a déclaré que Berlin soutiendrait une trêve nationale en Syrie, mais précise que les résolutions du Conseil de sécurité de l’Onu [8&8′] doivent servir de base au règlement, quels que soient les membres du futur processus politique en Syrie.

Une coopération plus efficace

« Si l’information sur le plan élaboré par la Russie et la Turquie est confirmée, cela signifie que ces deux pays jouent désormais un rôle central dans le redémarrage du processus de paix en Syrie »

explique au journal Kommersant Vladimir Sotnikov, directeur de recherche à l’Institut des études orientales de l’Académie russe des sciences [9].

Pour lui, cet accord viendrait poursuivre les accords conclus dans le cadre des négociations tripartites entre les ministres des Affaires étrangères russe, turc et iranien, qui se sont tenues à Moscou le 20 décembre dernier.

Vladmir Sotnikov estime que l’approche adoptée par Moscou, qui négocie le sort de la Syrie avec Ankara et Téhéran, est plus viable que les accords précédents entre la Russie et les États-Unis [10].

« Les Américains ont montré qu’ils ne maîtrisaient pas bien la situation en ce qui concerne les groupes d’opposition syriens qu’ils soutiennent de telle ou telle manière. En revanche, la Turquie et l’Iran sont tout à fait capables d’influencer efficacement les forces sous leur contrôle »

précise l’interlocuteur de Kommersant.

Le texte est publié en version abrégée. Le texte intégral en russe est disponiblesur le site de Kommersant [11].


[1] http://fr.rbth.com/author/Kommersant

[2] https://fr.rbth.com/international/2016/12/14/alep-liberee-que-compte-faire-la-russie_657953

[3] https://fr.rbth.com/tag/opposition

[4] https://fr.rbth.com/tag/turquie

[5] http://fr.rbth.com/syrie

[6] https://fr.rbth.com/tag/Bachar+el-Assad

[7] https://fr.rbth.com/tag/Vladimir+Poutine

[8] https://fr.rbth.com/tag/onu

[8′] https://fr.rbth.com/international/2016/12/21/a-lonu-russie-et-occident-trouvent-un-terrain-dentente-sur-alep_664818

[9] https://fr.rbth.com/tag/science

[10] http://fr.rbth.com/tag/etats-unis

(11] http://www.kommersant.ru/doc/3184754


source/ http://fr.rbth.com/international/2016/12/29/en-syrie-la-paix-en-passe-de-devenir-realite_671583


2/ – La Russie, l’Iran et la Turquie dessinent l’après-guerre en Syrie

22 décembre 2016 Nikolaï Litovkine

Pour les orientalistes russes, les trois pays sont las des combats et résoudront le problème seuls, sans attendre que les acteurs occidentaux et les autres pays du Proche-Orient règlent leurs litiges internes.

Sergey Shoygu
Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou lors d’une réunion avec le ministre turc de la Défense Fikri Isik. Moscou, Russie. Crédit : Vadim Savitsky/RIA Novosti

Le 20 décembre, à Moscou, les ministres de la Défense de la Russie, de l’Iran et de la Turquie ont évoqué leurs actions conjointes après la libération d’Alep[1], deuxième ville de Syrie.

Les spécialistes des trois pays travaillent actuellement sur le document final, la « Déclaration de Moscou sur les mesures immédiates visant à promouvoir le règlement de la crise syrienne », a indiqué le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou.

Par ailleurs, malgré la volonté de mettre rapidement fin aux opérations [2] militaires en Syrie, chaque acteur a sa propre vision de la résolution de la crise et de l’organisation future du pays.
Et de fait, il faudra visiblement construire un nouvel État très prochainement.
 

« Les opérations militaires dureront à peu près un an, ensuite les traits du futur État syrien commenceront à s’esquisser »

nous explique Vladimir Evseïev, expert militaire et directeur adjoint de l’Institut des pays de la CEI.

Il estime que le pouvoir sera redistribué entre le président et le premier ministre et que les prérogatives de ce dernier seront élargies. Une partie des territoires obtiendra également davantage de droits et d’autonomie par rapport au centre.

Par ailleurs, l’État restera républicain et non fédéral.

Position de la Russie

Moscou veut stabiliser la situation dans la région et limiter sa participation au conflit, estiment les experts.

« La Russie soutient la tenue d’élections dès la fin de la crise et la création d’une +feuille de route+ pour la reconstruction de la Syrie[3]. Nous continuerons à impliquer les agglomérations dans le processus de paix et à créer des corridors permettant aux combattants de quitter les lieux »

explique Evseïev.

Les experts s’accordent à dire que le principal objectif de la Russie n’est pas uniquement d’assurer la sécurité, mais également la reconstruction du pays. Cependant, Moscou ne veut pas le faire seul, et cherche donc à partager ce fardeau avec d’autres pays.

« Nous voulons également nous établir dans la partie orientale de la Méditerranée. Actuellement, nous avons une base aérienne à Hmeimim[4] en Syrie, le point de ravitaillement logistique et technique de Tartous deviendra prochainement une véritable base navale »

 ajoute Evseïev.

Position de la Turquie

Pendant les négociations de Moscou, le ministre turc de la Défense Fikri Isik a qualifié l’opération de libération de l’est d’Alep des mains des combattants de « très réussie ».

Cependant, plusieurs experts russes sont sceptiques quant au soutien que la Turquie apporte à l’opération à Alep.

Dans un entretien avec le quotidien Vzgliad, Semion Bagdassarov, directeur du Centre d’étude du Proche-Orient et de l’Asie centrale, précise que des formations pro-turques ont participé à la défense de d’Alep-Est et que ce sont les Turcs[5] qui ont organisé les contre-attaques depuis Idlib et Homs, ainsi que les tentatives de rompre le blocus d’Alep.

Bagdassarov énumère les principaux objectifs de la Turquie dans le conflit syrien :

  • renverser Bachar el-Assad ;
  • créer un pseudo-État ayant sa capitale dans l’ouest d’Alep, État qui sera sous son contrôle ;
  • détruire la place d’armes créée par les Kurdes syriens.

Il n’exclut pas que Moscou [6] puisse accepter la création de ce pseudo-État, mais craint que celui-ci ne combatte perpétuellement Damas « avec tous les problèmes qui en découlent ».

Cet avis ne fait pas l’unanimité chez les experts russes.

Sergueï Droujilovski, professeur du département des études orientales du MGIMO, nous explique que la position d’Ankara a beaucoup évolué au cours des six derniers mois, suite au coup d’État avorté, et les autorités officielles ont même trouvé des points de convergence avec l’Iran [7], dont la position était autrefois diamétralement opposée à leur.

« Bachar el-Assad représente la communauté alaouite du pays (près de 10% de la population), alors que 12 à 15 millions d’Alaouites vivent en Turquie. Les conflits internes ont poussé Recep Erdogan à changer sa politique concernant la Syrie et une partie de la population chiite de son pays »

précise l’expert.

Position de l’Iran

Pour l’Iran, il est important qu’Assad reste, estime Sergueï Droujilovski, professeur du département des études orientales du MGIMO.

« Un autre président changera radicalement la politique syrienne à l’égard de Téhéran »

explique-t-il.

La position de la Syrie à l’égard d’Israël [8] est un élément sensible pour l’Iran, nous explique Nikolaï Sourkov, professeur associé du MGIMO et expert du Conseil russe des affaires internationales.

« Aujourd’hui, l’Iran a besoin d’une Syrie qui combattra Israël et qui permettra que les armes destinées au Hezbollah transitent par son territoire. Leur position consiste à dire que si quelqu’un doit remplacer Assad, il doit coopérer au maximum avec l’Iran »

précise-t-il.

Cependant, une influence directe de l’Iran sur la future politique de la Syrie n’est guère possible, estime Vladimir Evseïev.

« Pour le moment, l’Iran est un sponsor économique de la Syrie et ne joue qu’un rôle secondaire sur le plan militaire »

explique-t-il.


[1] https://fr.rbth.com/international/2016/12/14/alep-liberee-que-compte-faire-la-russie_657953

[2] https://fr.rbth.com/operation_russe_en_syrie

[3] http://fr.rbth.com/syrie

[4] http://fr.rbth.com/tech/defense/2015/11/30/huit-questions-sur-les-systemes-antiaeriens-de-la-rusie-en-syrie_545709

[5] https://fr.rbth.com/tag/turquie

[6] https://fr.rbth.com/tag/moscou

[7] https://fr.rbth.com/tag/iran

[8] https://fr.rbth.com/tag/Isra%C3%ABl


source/ https://fr.rbth.com/international/2016/12/22/la-russie-liran-et-la-turquie-dessinent-lapres-guerre-en-syrie_665346


3/ – A cause du Pentagone, la Maison Blanche est exclue des négociations internationales sur la Syrie


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Le 21 décembre 2016 – Source Moon of Alabama [1]

Le New York Times déplore aujourd’hui que les négociations internationales sur la situation en Syrie se poursuivent sans aucune participation américaine : la Russie, l’Iran et la Turquie se rencontrent pour des pourparlers en Syrie, sans les États-Unis. [2]

La Russie, l’Iran et la Turquie se sont réunis à Moscou mardi pour travailler à un accord politique qui mette fin à la guerre de près de six ans et trouver une solution au conflit qui serve leurs intérêts, en laissant les États-Unis de côté.

Le secrétaire d’État John Kerry n’a pas été invité. Les Nations Unies n’ont pas non plus été consultées.

Avec les forces pro-gouvernementales ayant fait des gains critiques sur le terrain […] 

(Note : La dernière phrase disait à l’origine, à juste titre, « les forces pro-syriennes… », pas « les forces pro-gouvernementales… » Elle a été modifiée après que j’ai noté[3] le changement de ton « pro-syrien » sur Twitter.)

La Russie a exclu les États-Unis de toute discussion à venir sur la Syrie, après que ceux-ci ont fait éclater un accord que Kerry, après avoir fait durer les négociations, avait finalement conclu avec le ministre russe des Affaires étrangères, M. Lavrov.

Dans une interview récente, Kerry reconnaît [4] que c’est l’opposition du Pentagone, pas de Moscou ni de Damas, qui a fait voler en éclat son accord avec la Russie sur la Syrie :

Il a eu récemment un différend, au sein de l’administration, avec le secrétaire à la Défense Ashton Carter. Kerry a négocié un accord avec la Russie pour faire des opérations militaires conjointes, mais l’accord n’a pas tenu.

« Malheureusement, nous avions des divisions au sein de nos propres rangs qui ont rendu sa mise en œuvre extrêmement difficile, a déclaré Kerry. Mais je crois en cet accord, je pense que cela peut fonctionner, aurait pu fonctionner. »

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L’accord de Kerry avec la Russie n’est pas « tombé à l’eau » tout seul. Le Pentagone l’a activement saboté, en attaquant intentionnellement et perfidement l’armée syrienne.

L’accord avec la Russie a été conclu en juin. Il prévoyait des attaques coordonnées contre ISIS et al-Qaïda en Syrie, tous deux désignés comme terroristes par deux Résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies qui appellent tous les pays à les éradiquer.

Pendant des mois, les États-Unis n’ont pas réussi à séparer leurs « rebelles modérés » formés, ravitaillés et payés par la CIA et le Pentagone d’al-Qaïda, bloquant ainsi l’accord. En septembre, l’accord a été modifié et s’est trouvé enfin prêt à être mis en œuvre.

Le Pentagone n’en voulait toujours pas [5], mais la Maison Blanche est passée outre :

L’accord que le secrétaire d’État John Kerry a annoncé avec la Russie, pour réduire le nombre de morts en Syrie, a creusé un fossé de plus en plus voyant entre M. Kerry et le secrétaire à la Défense, Ashton B. Carter, qui a de profondes réserves sur le projet de joindre les forces américaines aux russes pour cibler les groupes terroristes.

Carter fait partie des fonctionnaires de l’administration qui ont repoussé l’accord lors d’une conférence téléphonique avec la Maison Blanche la semaine dernière, au cours de laquelle M. Kerry, qui participait à la conférence depuis une installation sécurisée de Genève, a manifesté une contrariété de plus en plus grande. Le président Obama a finalement approuvé l’accord après des heures de débat, mais les responsables du Pentagone ne sont toujours pas convaincus.

[…]

« Je ne dis ni oui ni non », a déclaré le lieutenant-général Jeffrey L. Harrigian, commandant du Commandement central des Forces aériennes des États-Unis, à une conférence vidéo. « Il serait prématuré de dire que nous allons sauter dessus. »

Le général du CentCom a menacé de ne pas se conformer à la décision prise par son commandant en chef. Il n’aurait pas osé le faire sans l’accord du secrétaire à la Défense, Ash Carter.

Trois jours plus tard, les forces aériennes américaines de CentCom et des avions alliés danois[6] ont attaqué les positions de l’armée syrienne près de la ville assiégée de Deir Ezzor.

Trente-sept attaques aériennes qui ont duré une heure, ont tué entre 62 et 100 soldats de l’Armée arabe syrienne et fait beaucoup plus de blessés. Ces derniers tenaient une position défensive sur les collines surplombant l’aéroport de Deir Ezzor.

Peu de temps après l’attaque aérienne américaine, les forces d’ISIS ont pris d’assaut les collines et elles les tiennent toujours.

Le ravitaillement des 100 000 civils et soldats de Deir Ezzor est maintenant menacé, sinon impossible.

L’attaque de CentCom met ISIS en position de conquérir Deir Ezzor et d’établir la « principauté salafiste [7] » de leurs rêves dans l’est de la Syrie.

Dès le début de l’attaque américaine, le centre d’opérations syro-russe avait essayé de contacter l’agent de coordination du Commandement central des États-Unis pour stopper l’attaque. Mais cet officier était injoignable [8] et les militaires de CentCom qui ont reçu les appels russes, ont tout simplement raccroché :

Quand l’officier russe a réussi à joindre son contact – qui n’était pas à son bureau – et à lui expliquer que la coalition bombardait une unité de l’armée syrienne, « un bon nombres de frappes » avaient déjà eu lieu, a déclaré à la presse le porte-parole du Commandement central américain, le colonel John Thomas, au Pentagone, mardi.

Jusqu’à l’attaque, les parties syrienne et russe avaient, comme convenu avec Kerry, maintenu un cessez-le-feu pour permettre la séparation des « tachetés » 1 de la CIA et des forces d’Al-Qaïda. L’attaque aérienne de CentCom a mis fin [9] à l’accord entre Kerry et Lavrov :

A la réunion organisée d’urgence au Conseil de sécurité de l’ONU sur la question, les tempéraments étaient échauffés. Le représentant permanent de la Russie à l’ONU, Vitaly Chourkine, s’est interrogé sur le timing des frappes, deux jours avant que la coordination russo-américaine dans la lutte contre les groupes terroristes en Syrie, ne commence.

« Je n’ai jamais vu une manifestation aussi extraordinaire de l’emploi abusif de la force par les Américains », a-t-il dit, après avoir brusquement quitté la réunion.

Le Pentagone a lancé son enquête habituelle de blanchiment et un gros rapport [10] de synthèse (pdf) a été publié fin novembre.

Gareth Porter a quand même trouvé [11] quelques informations utiles dedans.

Le rapport, publié par le Commandement central des USA, le 29 novembre, montre que les officiers supérieurs du Centre des opérations conjointes des forces aériennes étasuniennes (CAOC) de la base aérienne d’al-Udeid, au Qatar, qui sont responsables de la décision de lancer le raid aérien de septembre à Deir Ezzor :

  • ont induit en erreur les Russes sur l’endroit où des États-Unis allaient lancer des frappes, pour que la Russie ne puisse pas avertir les troupes syriennes

  • ont ignoré les informations et analyses du renseignement les avertissant que les positions ciblées étaient celles du gouvernement syrien et non de l’état islamique

  • sont passés brusquement d’un processus de ciblage à une frappe immédiate, en violation des procédures normales de l’Armée de l’Air.

L’enquête a été dirigée par un général de brigade. Il était trop peu gradé pour enquêter sur le lieutenant général Harrington ou le défier. Le nom d’un co-enquêteur a été effacé du rapport et remplacé par la mention « information concernant un gouvernement étranger ». Cet officier était probablement danois.

Quatre jours après la publication officielle du rapport d’enquête, le gouvernement danois, sans donner aucune explication officielle, a retiré[12] son contingent aérien de toute opération ultérieure sous commandement américain en Irak et en Syrie.

Avec l’attaque de Deir Ezzor, le Pentagone a :

  • mis ISIS en position de remporter la victoire au siège de Deir Ezzor, où plus de 100 000 civils et soldats sont menacés d’être brutalement assassinés,

  • préparé le terrain pour l’établissement d’une « principauté salafiste » contrôlée par ISIS dans l’est de la Syrie

  • trompé un allié européen de l’OTAN et perdu sa coopération active sur la Syrie et l’Irak

  • fait éclater l’accord de Kerry avec la Russie pour une lutte coordonnée contre ceux que l’ONU qualifie de terroristes, en Syrie

  • provoqué l’exclusion des États-Unis des négociations internationales ultérieures sur la Syrie

Il est clair que l’officier étasunien responsable de l’attaque et de ses conséquences est le lieutenant général Jeffrey L. Harrigian qui s’était déjà prononcé publiquement contre l’accord que son commandant en chef avait accepté. Il avait probablement l’appui du secrétaire à la Défense, Ash Carter.

La Maison Blanche n’a pas réagi à cette insubordination ouverte de l’armée, qui sape sa diplomatie.

Emptywheel note[13] que, sur une autre question, la CIA est également en insurrection assez ouverte contre les décisions du président :

Cela m’inquiète que quelqu’un ait pensé que c’était une bonne idée de laisser fuiter des critiques sur un échange téléphonique [présidentiel] par l’intermédiaire du téléphone rouge.

On pourrait penser que ce dispositif repose sur la confiance que, même si la situation est fortement dégradée, deux dirigeants d’États disposant de l’arme nucléaire peuvent se parler franchement et directement.

Traduction : Dominique Muselet

Note :

[12] http://defense-watch.com/2016/12/03/danish-f-16s-to-stop-anti-isis-operations/

[13] https://www.emptywheel.net/2016/12/20/now-the-spooks-are-leaking-criticism-of-obamas-sole-use-of-the-red-phone/


source/http://lesakerfrancophone.fr/a-cause-du-pentagone-la-maison-blanche-est-exclue-des-negociations-internationales-sur-la-syrie