4954 – Les USA.. l’OTAN.. l’Union Européenne.. l’Ukraine et la Russie … avant le 24 février 22 – Karl-Jürgen Müller – Horizons & Débats -24.05.22

 Que s’est-il passé avant le 24 février 2022?
par Karl-Jürgen Müller – N° 11, 24 mai 2022 Horizons & Débats

Depuis que la guerre existe, on a toujours accusé l’ennemi des pires atrocités: Confrontés aux déclarations sur le plan politique, c’est ce que nous devons garder à l’esprit. Mais l’escalade dans le dénigrement de l’ennemi se fait toujours au détriment de la paix. Par conséquent, ceux qui aspirent à la paix devront se tourner vers d’autres voies.
En comparant les déclarations actuelles de la Russie, de l’Ukraine et même celles de nos propres pays, on s’aperçoit que la Russie est beaucoup moins agressive que l’Ukraine ou les pays occidentaux, ce qui pourrait indiquer une porte laissée ouverte par la Russie à une solution négociée, alors qu’en revanche le camp occidental, c’est-à-dire les pays de l’OTAN et leurs alliés – et cela inclut certains courants d’opinion en Suisse – ont jusqu’à présent tous misé sur la guerre.
Lors du Bal de la Presse du 29 avril, l’ambassadeur ukrainien en Allemagne – Andrei Melnyk, a une fois de plus démontré à quel point nos pays se situent du côté de la guerre et quel rôle moteur y jouent nos médias. Il suffit pour cela de rappeler le contenu de son tweet du 30 avril:

l’ambassadeur ukrainien en AllemagneAndrei Melnyk

«Chers journalistes allemands, un grand merci pour votre indéfectible engagement. Ce n’est qu’avec votre aide et votre soutien que l’Ukraine pourra gagner cette guerre.»
   Mais il faut également citer la réponse tweetée d’un certain Uwe Schmidt:
«Vous, Monsieur Melnyk, vous êtes un homme politique. Vous avez reçu de votre président la mission de vous procurer de l’argent et des armes. Quand un politicien comme vous remercie des journalistes, cela devrait alerter les journalistes indépendants: Vous, les  journalistes, vous seriez-vous laissés embrigader à des fins politiques?»
Où sont les analyses rigoureuses?
Le citoyen, lui, voudrait bien que soient menées des analyses rigoureuses sur les causes et les véritables raisons qui ont conduit à la guerre en Ukraine. Dans l’esprit d’une paix équitable, en effet, il est nécessaire d’en déterminer les causes et les circonstances, non seulement en termes abstraits, mais aussi sur le plan concret.

https://www.touteleurope.eu/wp-content/uploads/2022/02/armee-ukraine-contre-separatistes-1024x683.jpg La guerre en Ukraine


 Le grand problème, lorsqu’on cherche à déterminer les véritables raisons et origines d’une guerre, c’est que la plupart des documents nécessaires à un tel travail de recherche ne sont pas encore disponibles. Ne serait-il donc pas normal d’être plutôt réticent à porter des jugements définitifs sur les raisons et le déroulement d’une guerre, et encore moins sur ceux qui en ont été responsables, alors même que celle-ci fait rage?

Les éléments dont on dispose à ce jour
On connaît cependant déjà un peu mieux la guerre en Ukraine, ses causes et ses raisons. Voici quelques pistes à suivre, qui devront faire l’objet d’études approfondie.
1o Un conflit aux dimensions mondiales
On ne peut pas évaluer correctement la guerre en Ukraine si on la réduit à un conflit russo-ukrainien. Au contraire, il s’agit de la montée en puissance fatale d’un conflit qui dure depuis de nombreuses années entre les Etats-Unis, l’OTAN et l’UE d’une part, et la Russie – mais pas seulement la Russie – d’autre part.
Malgré tout ce qui a pu être dit et espéré dans le monde entier, la Guerre froide n’a pas vraiment pris fin en 1990/1991. Dans ces années-là, justement, le gouvernement américain et ses alliés ont cherché à diriger et contrôler la Russie – le plus grand pays du défunt bloc soviétique, encore doté de l’arme nucléaire – et même à l’affaiblir encore plus («la stratégie de choc») en l’intégrant dans la globalisation néolibérale, en exploitant ses matières premières et, au besoin, en la faisant éclater en plusieurs morceaux. Un discours occidental empreint de préjugés à l’encontre de la Russie («l’ennemi russe») se développait, bien avant le 24 février 2022, en une véritable campagne de dénigrement, renouant plus ou moins directement avec la rhétorique occidentale de la Guerre froide.
2o D’alliance défensive, l’OTAN est devenue offensive
https://media1.ledevoir.com/images_galerie/nwd_1138989_916857/image.jpg OTAN «Nous déployons pour la première fois la Force de réaction au titre de la défense collective pour éviter des débordements sur le territoire de l’Alliance», a précisé Jens Stoltenberg. CF/ https://www.ledevoir.com/monde/europe/679839/l-otan-deploie-sa-force-de-reaction-prete-a-reagir-apres-l-invasion-de-l-ukraine

Dans les années 1990, les dirigeants politiques russes ont été incapables de s’opposer à la volonté de puissance des Etats-Unis et de leurs alliés, alors même qu’à l’époque pourtant, la Russie considérait que l’élargissement de l’OTAN vers l’Est était une menace à son encontre tout comme à celle de la paix et qu’il était l’expression d’un plan américain de domination mondiale; toutefois elle était alors dans l’incapacité d’y faire opposition. C’est bien plus tard, en 1999, lors de la guerre d’agression de l’OTAN contre la Serbie(la nouvelle stratégie de l’OTAN ayant été mise au point pendant ce conflit), que le gouvernement russe a compris que l’OTAN était devenue une alliance d’agression au service des projets américains de domination mondiale. L’élargissement de l’OTAN à l’Est était un élément essentiel de ce projet de domination.
3o 20 ans de résistance de la Russie

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En l’an 2000, le président Poutine, nouveau dirigeant politique de la Russie, s’est efforcé de reconstruire le pays après les désastreuses années 1990 et de réduire l’influence des Etats-Unis dans le pays. De plus en plus, il s’est opposé à la politique d’expansion mondiale des Etats-Unis et a fait renaître les capacités militaires russes, en particulier suite à la résiliation par les Etats-Unis d’importants accords de contrôle des armements. En matière de politique étrangère, la Russie a également renforcé ses relations et son influence au cours des 20 dernières années: en Afrique, au Proche-Orient, en Asie centrale et dans la partie orientale de l’Asie.
Tandis que, lors des deux guerres de Tchétchénie, le gouvernement américain – ainsi que des  islamistes de différents pays – s’était alors rangé aux côtés des adversaires de la Russie, le gouvernement russe a tout de même apporté son soutien aux Etats-Unis et leurs alliés lors de l’invasion de l’Afghanistan en 2001. Mais lors de la guerre menée par les Etats-Unis et leur «coalition de volontaires» contre l’Irak en 2003, la situation avait déjà évolué considérablement. A l’époque, la position russe bénéficiait encore du soutien des gouvernements allemand et français. En 2007 lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, le discours de Vladimir Poutine a été le point de départ d’une offensive critique franche et radicale de la Russie contre la politique étrangère américaine.Poutine y a évoqué la quête des Etats-Unis en vue de la «domination mondiale monopolistique», la jugeant être «inacceptable du monde entier». Il a critiqué l’élargissement de l’OTAN vers l’Est et mis l’OTAN en garde contre une «utilisation incontrôlée de la force armée». L’OTAN aurait «manqué aux garanties qui nous [la Russie] ont été assûrées […]». Le système de défense antimissile que les Etats-Unis prévoient de mettre en place en Europe constituerait également une menace pour la Russie.
Parallèlement, le gouvernement russe s’est efforcé d’entretenir de bonnes relations avec les autres pays européens, l’UE et l’Allemagne en particulier. Les bonnes relations inter-états, recherchées par tous les pays européens, reposaient en grande partie sur le renforcement intensif des relations économiques. Le gouvernement russe avait même évoqué un espace économique commun allant de Lisbonne à Vladivostok.
4o Révolutions de couleur, ultra-nationalistes et nouveaux membres de l’OTAN

https://ichef.bbci.co.uk/news/640/cpsprodpb/15145/production/_123414368_nato_member_states_10jan_640_2x-nc.png

En 2008, l’OTAN encouragea deux autres pays limitrophes de la Russie – l’Ukraine et la Géorgie –  de déposer des demandes d’adhésion même si, dans un premier temps, aucune négociation n’a été engagée en raison de l’opposition de l’Allemagne et de la France. Quelques années auparavant, les dirigeants politiques de la Géorgie (2003) et de l’Ukraine (2004) avaient été renversés par des «révolutions de couleur». Les nouveaux gouvernements empruntaient immédiatement une attitude pro-occidentale et hostile à la Russie. En Ukraine, Viktor Iouchtchenko, fraîchement élu à la présidence, encouragea les mouvements nationalistes ukrainiens et, en 2010, promut Stepan Bandera «héros national ukrainien». Pendant la Seconde Guerre mondiale, Bandera se battit contre le pouvoir soviétique, occasionnellement aux côtés de l’armée allemande, et son Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) participa activement au massacre de juifs ukrainiens.
Quant au gouvernement russe, il manifesta clairement son opposition à l’adhésion de la Géorgie et surtout de l’Ukraine à l’OTAN. Lors du court conflit armé géorgien de 2008, la Russie a prouvé – comme par la suite en soutenant militairement le gouvernement syrien – qu’elle était prête à recourrir, en cas de confrontation avec une politique américaine dirigée contre la Russie, aux forces militaires en dehors de ses frontières aussi.
5o L’Ukraine – instrumentalisée par la politique étrangère des USA
https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2017/02/4a43574a-8be0-4cef-ac30-4ebfd8e88093/1136_la_revolution_orange_000_par2004112382936hdf.webp Viktor  Iouchtchenko et Yulia Timochenko lors d’un rassemblement devant la Maison du Parlement ukrainien à Kiev, le 23 novembre 2004. © AFP / VIKTOR DRACHEV – Aujourd’hui dans Affaires Sensibles, retour sur la « révolution orange » ukrainienne de 2004.

Dans les années 90, l’Ukraine était déjà instrumentalisée par les Etats-Unis dans le but d’affaiblir la Russie. En témoignent les thèses de Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller américain en matière de sécurité. Dès les années 1990, les Etats-Unis ont tenté de faire entrer l’Ukraine dans leur sphère d’influence et ont dans ce but procédé à des investissements massifs. Le pays lui-même, après son accession à l’indépendance en 1991, n’a pas pu se relever économiquementfait qui est encore valable à ce jour –  bien qu’il soit riche en bonnes terres agricoles et doté d’un fort potentiel industriel. La corruption dans le pays a toujours constitué un problème majeur et, associée au déclin économique, elle a largement contribué au mécontentement de la population envers ses dirigeants politiques, qu’ils soient pro-russes ou pro-occidentaux. Ce mécontentement a été le point de départ de la politique de subversion occidentale, tant en 2004 lors de la «Révolution orange»
(d’énormes manifestations ont conduit à un nouveau scrutin présidentiel et Viktor Ianoukovitch, plutôt favorable à la Russie et élu au premier tour, a été remplacé par Victor Iouchtchenko, plutôt favorable aux Etats-Unis),
qu’en 2013/2014 lors des manifestations du Maïdan
https://img.lemde.fr/2014/03/11/37/0/1024/512/1440/720/60/0/ill_4380936_149f_000_dv1685096.jpg  qui ont conduit à la violente destitution du président Ianoukovitch élu en 2010.
En 2014 surtout, l’implication des Etats-Unis, et désormais de celle de l’Union Européenne, dans le coup d’Etat était manifeste. L’objectif était de mettre en place un gouvernement pro-occidental et antirusse. Le «partenariat oriental» avec l’Ukraine, prévu par l’Union européenne, visait également à exclure la Russie et partant, à l’affaiblir. Le nouveau gouvernement ukrainien érigea même des monuments au nationaliste ukrainien Stepan Bandera, baptisant des rues à son nom.
La position fortement antirusse du nouveau gouvernement, les discriminations, les menaces de violence et les réelles exactions à l’encontre de la majeure partie de la population russophone, surtout dans l’est et le sud du pays, ont conduit les habitants de la péninsule de Crimée à se déclarer indépendants lors d’un référendum et à demander – avec succès – leur intégration dans la Fédération de Russie. Dans les oblasts de Donetsk et de Louhansk, après que des manifestations pacifiques aient été violemment réprimées, les manifestants contestataires ont pris les armes et, depuis le printemps 2014, les conflits armés se sont enchainés, causant la mort d’environ 14 000 civils. La grande majorité d’entre eux ont été tués par les tirs ukrainiens ciblant les régions qui aspiraient à l’autonomie.
6o Non-respect des accords de Minsk
https://cdni.russiatoday.com/rbthmedia/images/all/2016/09/05/peace_talks_in_minsk_rtr4p7ib_b.jpg Accords de Minsk… Minsk-1 n’a pas apporté la paix dans le Donbass : tout au long de l’automne 2014, aucune des parties n’a complètement cessé les hostilités. 

Par le biais de deux accords conclus à Minsk, la capitale du Belarus (Minsk I en septembre 2014 et Minsk II en février 2015), on a tenté de parvenir, au sein de l’Etat ukrainien, à un cessez-le-feu dans l’est de l’Ukraine ainsi que d’accorder l’autonomie aux zones des oblasts de Donetsk et de Louhansk qui la souhaitaient.
Les deux accords n’ont toutefois pas été mis en œuvre, le gouvernement ukrainien refusant de négocier directement avec les représentants de Donetsk et de Louhansk et les qualifiant de «terroristes». Le gouvernement de Kiev a fait obstacle à la modification de la Constitution qui avait été convenue ainsi qu’aux élections dans les régions du pays en quête d’autonomie.
Les autorités ukrainiennes ont publiquement déclaré ne pas vouloir respecter les Accords de Minsk, bien que le Conseil de sécurité des Nations unies ait également entériné ces accords et les ait ainsi déclarés conformes au droit international. La Russie a toujours exigé le respect des Accords de Minsk, les gouvernements français et allemand – tous deux à l’origine de Minsk II – s’étant officiellement engagés en faveur du respect de ces accords. En revanche, à l’automne 2021, le gouvernement russe a rendu public un échange de correspondance montrant que ni la France ni l’Allemagne s’engageaient à voir ces accords respectés. Apparemment, c’était surtout le gouvernement américain qui avait activement soutenu le refus du gouvernement ukrainien de se conformer aux accords.
7o L’Ukraine devient de facto membre de l’OTAN

Sans en être membre officiellement, l’Ukraine s’est peu à peu quasiment agglomérée à l’OTAN. Les centres de formation de l’OTAN pour l’armée ukrainienne, les armes fournies par l’OTAN à l’Ukraine, les manœuvres effectuées en commun avec les pays de l’OTAN, y compris en Ukraine même, et la participation ukrainienne aux interventions militaires de l’OTAN en sont la preuve évidente. En 2021, les Etats-Unis ont continué d’apporter leur soutien moral et matériel à l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN et à une alliance spécifiquement rapprochée entre les Etats-Unis et l’Ukraine.La Charte de partenariat stratégique entre les Etats-Unis et l’Ukraine signée le 10 novembre 2021 en est un bon exemple. En décembre 2021, la Russie exigea un accord écrit stipulant que l’Ukraine ne deviendrait pas membre de l’OTAN, ce qui fut rejeté ensemble par les Etats-Unis et par l’OTAN.
8o La Russie, l’Ukraine et les intérêts russes en matière de sécurité
Jusqu’au 21 février 2022, le gouvernement russe a donc tenté de trouver une solution diplomatique au conflit en évoquant à diverses reprises et de manière détaillée l’importance des relations russo-ukrainiennes passées et présentes, en soulignant de même les menaces que l’Ukraine, et en particulier la présence sur son territoire de forces ultranationalistes, faisait peser sur la population ukrainienne d’origine russe, sur les citoyens russes et sur la Russie elle-même. En plus, il insista derechef sur les «lignes rouges» à ne pas dépasser, en présentant deux projets d’accords et bien plus encore. Ni le gouvernement américain, ni l’OTAN ne se sont montrés disposés à faire des concessions sur les points essentiels (du point de vue russe) des projets d’accords présentés. La Russie n’a cessé de faire valoir que ses propositions d’accord ne visaient pas plus loin que l’uniformisation sécuritaire garantie depuis de nombreuses années par les traités de l’OSCE pour tous les Etats membres de l’OSCE, comme le prévoit d’ailleurs la Charte des Nations unies. Bien au contraire, le gouvernement américain et l’OTAN ont persisté dans leur soutien à un prétendu droit de chaque Etat à décider librement de ses alliances.
 La Conférence sur la sécurité qui s’est tenue à Munich le week-end du 18 au 20 février 2022 a renforcé la position des Etats-Unis et de l’OTAN, le président ukrainien recevant dès lors la garantie d’un soutien inconditionnel et la perspective de voir son pays se doter à nouveau de l’arme nucléaire à laquelle il avait renoncé en 1994.

https://www.defense.gouv.fr/sites/default/files/styles/16_9_md/public/ministere-armees/Situation%20en%20Ukraine%20le%201er%20juin.jpg?h=94838b5b&itok=GIc0kxrx

Situation en Ukraine le 1er juin – © Ministère des Armées  sur https://www.defense.gouv.fr/ukraine-point-situation

9o Une attaque ukrainienne potentielle sur la Crimée et le Donbass?
Il est plus que probable que, comptant sur le soutien inconditionnel du gouvernement américain et l’appui d’autres pays de l’OTAN, comme par exemple la Grande-Bretagne, le gouvernement ukrainien était en train de planifier une attaque militaire contre la Crimée – un territoire que la Russie considère comme faisant partie de son territoire national – ainsi que  de s’en prendre aux deux régions de Donetsk et de Louhansk, qui aspirent à l’autonomie et où vivent plus de 500 000 citoyens russophones.
En mars 2021, un décret enjoignait le gouvernement ukrainien à la réintégration de la Crimée dans l’État ukrainien. Et bien que le président français Macron, tout comme le chancelier allemand Scholz se soient publiquement engagés, lors de leurs visites à Moscou en janvier et février 2022, pour que le gouvernement ukrainien se rallie enfin aux accords de Minsk, c’est exactement le contraire qui s’est produit dans la réalité. Dans la zone de contact avec les régions de Donetsk et Louhansk, l’armée ukrainienne a procédé à une forte mobilisation de troupes – plus de 100 000 hommes selon les estimations russes. Sur la ligne de front située entre les territoires aspirant à l’autonomie et le reste de l’Ukraine, le cessez-le-feu, de plus en plus fragile, n’a été établi que le jour suivant la visite du chancelier allemand qui s’était engagé en faveur du respect des Accords de Minsk; ce cessez-le-feu a d’ailleurs été rompu à de multiples reprises, surtout du côté ukrainien.
Les autorités de Donetsk et de Luhansk ont commencé à évacuer la population civile. La Russie ayant reconnu ces deux régions en tant que républiques indépendantes, le 21 février, il y a eu ensuite concentration de tirs à l’arme lourde en direction des nouvelles républiques.

Attaque ou défense?
Dans nos pays et ceux voisins, la Russie est presque unanimement perçue comme coupable d’une agression armée à l’encontre de l’Ukraine, contraire au droit international. Cette formulation s’accompagne souvent d’adjectifs comme par exemple «brutale», «cruelle» ou «délirante».
Dans l’édition 28/29 d’Horizons et débats du 21 décembre, Jochen Scholz, ex-lieutenant-colonel de la Bundeswehr, posait ainsi la question: «Qui est l’agresseur?» Si l’on considère les points présentés ci-dessus, il y a donc de bonnes raisons de qualifier l’action militaire de la Russie en Ukraine de guerre défensive, dénomination qui ne relève guère de la pure propagande russe. Actuellement, ce genre de débat de fond ne peut être traité ouvertement et de façon approfondie dans notre pays et ses voisins. Il serait pourtant primordial pour tous les esprits concernés d’entreprendre de réelles démarches de recherche de la vérité et de pouvoir se distancier ainsi, étayés par les faits, de la pure propagande de guerre. Ce qui sera une contribution considérable en faveur de la paix. •

https://www.zeit-fragen.ch/fr/archives/2022/no-11-24-mai-2022/les-usa-lotan-lunion-europeenne-lukraine-et-la-russie.html