4901 – Yémen … Les bombes saoudiennes tombent et les lobbyistes « passent le balai » 21 Avril 2022 Par Nick Cleveland-Stout, Taylor Giorno, Hayden Schmidt sur Les Crises & Responsible Statecraft

Arabie Saoudite, Guerre au Yemen, USA


Les bombes saoudiennes tombent sur le Yémen, les lobbyistes de Washington « blanchissent » les dégâts. Le Royaume a dépensé 100 millions de dollars au cours de la guerre de 7 ans pour vous faire croire qu’ils sont tous pour la « paix. »


Source : Responsible Statecraft, Nick Cleveland-Stout, Taylor Giorno, Hayden Schmidt
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
Red Crescent medics carry a body of the victim of Saudi-led airstrikes on a Houthi detention centre in Dhamar, Yemen, September 1, 2019. REUTERS/Mohamed al-Sayaghi

Des médecins du Croissant-Rouge portent le corps d’une victime des frappes aériennes menées par l’Arabie saoudite sur un centre de détention houthi à Dhamar, au Yémen, le 1er septembre 2019. REUTERS/Mohamed al-Sayaghi

Le 26 mars marque le septième anniversaire de la désastreuse guerre au Yémen, qui a fait près d’un demi-million de morts. La coalition dirigée par l’Arabie saoudite, qui combat les rebelles houthis, a récemment intensifié ses attaques dans ce conflit déstabilisant qui, avant la guerre en Ukraine, était la pire crise humanitaire au monde.
Tout au long de la guerre, les arguments saoudiens ont « blanchi » les faits sur le terrain. Le Royaume a dépensé plus de 100 millions de dollars en lobbyistes et en spécialistes des relations publiques aux États-Unis pour y parvenir et pour maintenir les ventes d’armes.
Selon un mémoire du Dr Annelle Sheline, chargée de recherche sur le Moyen-Orient à l’Institut Quincy, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a effectué plus de 24 600 raids aériens depuis le début de la guerre en 2015, ce qui souligne la nature asymétrique de la guerre menée au Yémen. Dans son mémoire, Sheline note que plus de 9 000 civils yéménites ont été tués dans des raids aériens de la coalition saoudienne, contre 59 civils saoudiens tués par des attaques transfrontalières des Houthis – ce qui met un terme au récit selon lequel, d’une manière ou d’une autre, cette guerre est justifiée au nom de l’autodéfense.
Le Yemen Data Project – une organisation à but non lucratif qui recueille des données sur la guerre au Yémen, a constaté que la coalition dirigée par l’Arabie saoudite avait effectué environ 700 frappes aériennes en février 2022. Le rythme des bombardements du mois dernier a été plus élevé que n’importe quel mois depuis 2018.

Cependant, la plupart des Américains sont béatement ignorants des transgressions saoudiennes au Yémen et ailleurs, et c’est voulu.

Dans de nombreux cas, les frappes aériennes saoudiennes responsables de la mort de civils ont été précédées ou suivies de points de discussion des lobbyistes saoudiens vantant les améliorations du ciblage, l’engagement des Saoudiens en faveur de la paix ou les efforts humanitaires saoudiens au Yémen. Depuis des années, le lobby saoudien a amassé une armée de lobbyistes, dont d’anciens membres du Congrès, qui présentent la guerre au Yémen comme une mission humanitaire. Le 20 janvier 2022, par exemple, Tripp Baird de Off Hill Strategies a distribué une lettre aux bureaux du Congrès qui pointait du doigt les rebelles houthis pour justifier l’escalade. Baird a fait le lien avec une conférence de presse au cours de laquelle Ned Price, le porte-parole du département d’État, a condamné les attaques des Houthis pour justifier leur réponse massivement disproportionnée.
« Les Houthis soutenus par l’Iran sont responsables de la prolongation des souffrances du peuple yéménite », insiste leur courriel. Baird a conclu la lettre en décrivant l’Arabie saoudite comme « déterminée à instaurer une paix durable au Yémen ». Le lendemain, l’Arabie saoudite lançait une attaque aérienne contre un centre de détention à Saada, qui a fait 91 morts parmi les civils, dont trois enfants qui jouaient dans un champ voisin.
La bombe à guidage laser utilisée dans cette attaque a été fabriquée par Raytheon Technologies. Quelques jours à peine après l’attentat, le 5 janvier, le PDG de Raytheon a célébré la montée des tensions au Moyen-Orient lors d’une conférence téléphonique sur les résultats avec les investisseurs en déclarant : « Nous voyons, je dirais, des opportunités pour les ventes internationales. »
L’équipe de lobbyistes de Raytheon n’a pas peur de saisir ces opportunités. D’après les informations qu’elle a fournies au quatrième trimestre dans la base de données Senate Lobbying Disclosure, Raytheon a dépensé 2,7 millions de dollars pour faire du lobbying auprès du Congrès sur toute une série de questions, notamment contre une résolution conjointe qui désapprouverait la vente de produits fabriqués par Raytheon au Royaume [saoudien, NdT].
Il ne s’agit pas d’une anomalie. Le 12 mars 2021, une frappe aérienne a tué 18 personnes dans un quartier résidentiel de Maqbanah. Le 15 mars, soit trois jours plus tard, le cabinet Hogan Lovells a distribué des lettres réaffirmant « l’engagement inébranlable du Royaume pour parvenir à la paix au Yémen », dont beaucoup ont été envoyées par l’ancien sénateur Norm Coleman. Ce même jour, les frappes aériennes ont connu un pic notable, avec 178 raids aériens et jusqu’à 12 à 15 frappes par raid.
Quelques semaines plus tard, le 7 mai 2021, une frappe aérienne a touché une zone résidentielle, tuant 11 civils à Sirwah. Le 11 mai 2021, Hogan Lovells a distribué une lettre affirmant que l’Arabie saoudite soutenait une « résolution pacifique du conflit au Yémen ». Même pas une semaine plus tard, une frappe aérienne sur un centre médical a tué sept autres civils.
Les lobbyistes au service de l’Arabie saoudite ont régulièrement diffusé des informations prétendant que le Royaume souhaitait la paix, alors même que les frappes aériennes meurtrières s’intensifiaient, et ils ont trouvé une oreille attentive à Washington. Alors que le président Biden a un jour qualifié l’Arabie saoudite de « paria », son administration a récemment approuvé de nouvelles ventes d’armes au Royaume et aux alliés de la coalition comme les Émirats arabes unis. Des déclarations comme celle de Price sont toutes les munitions dont les lobbyistes ont besoin pour faire valoir leurs arguments au Capitole et auprès de l’administration.
Alors que le septième anniversaire de la guerre approche samedi, l’Arabie saoudite veut que vous pensiez qu’elle n’est pas l’agresseur, et elle a payé grassement pour faire passer ce message aux États-Unis. Mais la réalité est très différente du tableau brossé par ces lobbyistes, car les raids aériens de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite ont tué des milliers de civils, détruit des infrastructures et prolongé le blocus au cœur d’une crise humanitaire qui a fait près d’un demi-million de morts. Aucune somme d’argent ou aucun lobbyiste ne peut changer cette réalité, mais mettre fin au soutien américain à la campagne dirigée par l’Arabie saoudite au Yémen le peut.


Source : Responsible Statecraft, Nick Cleveland-Stout, Taylor Giorno, Hayden Schmidt, 25-03-2022 https://responsiblestatecraft.org/2022/03/25/saudi-bombs-drop-on-yemen-dc-lobbyists-whitewash-the-damage/

https://www.les-crises.fr/yemen-les-bombes-saoudiennes-tombent-et-les-lobbyistes-passent-le-balai/


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Responsible Statecraft est le magazine en ligne du Quincy Institute for Responsible Statecraft. Il publie des contributeurs et des journalistes extérieurs ainsi que des analyses, des opinions et des nouvelles du personnel pour promouvoir une vision positive et non partisane de la politique étrangère américaine et critiquer les idéologies et les intérêts qui ont embourbé les États-Unis dans des guerres contre-productives et sans fin et ont fait le monde Moins sécurisé.

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Kelley Beaucar Vlahos est directrice éditoriale de Responsible Statecraft et conseillère principale au Quincy Institute. Auparavant, elle a été pendant trois ans rédactrice en chef du magazine The American Conservative, où elle rapportait et publiait régulièrement des articles sur la sécurité nationale, les libertés civiles, la politique étrangère, les anciens combattants et la politique de Washington depuis 2007. De 2013 à 2017, Vlahos a été directrice des médias sociaux et rédactrice en ligne chez WTOP News à Washington, DC. Elle a également passé 15 ans en tant que journaliste politique en ligne pour Fox News au bureau de la chaîne à Washington DC, ainsi que correspondante à Washington pour le magazine Homeland Security Today. Suivez-la sur Twitter @VlahosAtQuincy.

Ben Armbruster est le rédacteur en chef de Responsible Statecraft. Il a plus d’une décennie d’expérience de travail à l’intersection de la politique, de la politique étrangère et des médias. Ben a précédemment occupé des postes de direction et de rédaction chez Media Matters, ThinkProgress, ReThink Media et Win Without War. Son travail a été publié dans The Guardian, Salon, The Globe Post, LobeLog et d’autres médias. Il est titulaire d’un baccalauréat ès arts en histoire de l’Université de l’Ohio et d’une maîtrise ès arts en relations internationales du King’s College de Londres. Suivez-le sur Twitter @benjamina.

Jim Lobe est conseiller principal et collaborateur à la rédaction de Responsible Statecraft. Il a été chef du bureau de Washington d’Inter Press Service (l’autre IPS) de 1980 à 1985, puis de 1989 à 2015. Mieux connu pour sa couverture de l’influence du mouvement néoconservateur sur la politique étrangère américaine, il a dirigé LobeLog.com, qui se concentre principalement sur la politique américaine au Moyen-Orient depuis 2007. En 2015, LobeLog est devenu le premier blog à remporter le prix Arthur Ross Media Award de l’American Academy of Diplomacy pour des reportages et analyses distingués sur les affaires étrangères. Fier natif de Seattle, Jim est diplômé avec la plus haute distinction en histoire du Williams College et a obtenu un diplôme en droit de l’Université de Californie à Berkeley (Boalt Hall). Suivez-le sur Twitter @LobeLog.

Eli Clifton est conseiller principal au Quincy Institute et journaliste d’investigation itinérant pour Responsible Statecraft. Eli se concentre sur l’argent dans la politique et la politique étrangère américaine. Il a précédemment travaillé pour l’American Independent New Network, ThinkProgress et Inter Press Service. Clifton est co-auteur du rapport du Center for American Progress Fear Inc.: The Roots Of the Islamophobia Network In America. Eli a été membre du Nation Institute et du Type Media Center. Son travail a été publié sur le bureau de Téhéran de PBS/Frontline, The Intercept, le South China Morning Post, Right Web, LobeLog, Salon, Huffington Post, le Daily Beast, Slate, Gawker et ForeignPolicy.com. Eli est titulaire d’une licence du Bates College et d’une maîtrise en économie politique internationale de la London School of Economics. Vous pouvez le suivre sur Twitter @EliClifton.

Sam Fraser est rédacteur en chef adjoint chez Responsible Statecraft et associé en communication au Quincy Institute for Responsible Statecraft. Il est titulaire d’un B.A. en relations internationales du Claremont McKenna College. Ses études là-bas se sont concentrées sur la politique étrangère américaine et l’Amérique latine, et il a mené des recherches sur le terrain sur les droits de l’homme et la justice transitionnelle en Argentine. Il a également étudié la question de l’impunité des responsables de la politique étrangère américaine pour sa thèse de premier cycle intitulée « The Catastrophe Artists: Understanding America’s Unaccountable Foreign Policy Elite ». Vous pouvez le suivre sur Twitter @sansfraser.

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