4638 -Fret ferroviaire … le « train des primeurs » Perpignan-Rungis, emblème de la relance – par  Anne Lenormand – Localtis & AFP

https://www.trans-missions.eu/wp-content/uploads/2016/10/Logo_Localtis.pngPublié le 25 octobre 2021par  Anne Lenormand / Localtis avec AFP
Plan de relance,  Transport mobilité durable

Après deux ans d’interruption, le « train des primeurs » chargé de fruits et légumes méditerranéens a quitté Perpignan ce 22 octobre en direction du marché de Rungis, près de Paris. Venu assister à ce nouveau départ, le Premier ministre, Jean Castex, en a profité pour faire le point sur le plan de relance du fret ferroviaire initié par le gouvernement.

Suspendu à l’été 2019 faute de clients, le « train des primeurs », qui permet l’acheminement de fruits et légumes en wagons réfrigérés depuis le marché Saint-Charles de Perpignan jusqu’au marché d’intérêt national de Rungis, s’est de nouveau mis en branle ce 22 octobre. Pour l’occasion, Jean Castex avait fait le déplacement dans la capitale des Pyrénées-Orientales et s’est livré, dans un discours lyrique, à un éloge du fret ferroviaire qui fait l’objet d’une stratégie de relance nationale présentée en septembre dernier.

Le chef du gouvernement a regretté « les désinvestissements majeurs de la nation pendant des décennies », qui ont conduit au recul de la part du ferroviaire. En régional de l’étape, il a regretté les files de camions encombrant l’autoroute A9, qui mène à Perpignan et en Espagne.

« Devenu Premier ministre, par ailleurs depuis fort longtemps passionné par les questions ferroviaires sous tous leurs angles, je me suis dit : ‘si tu peux servir à quelque chose, si tu peux être utile, (…) il faut que tu répares cette insulte au bon sens et à l’avenir' » qu’a été l’arrêt du Perpignan-Rungis il y a deux ans, a-t-il déclaré. « Il y a une distorsion entre le rail et la route » qui est moins chère, a reconnu Jean Castex. « Il est justifié, puisque tel est notre choix politique, que de l’argent public vienne la rétablir. »

14 millions d’euros de subventions jusqu’en 2024

En substance, l’État a mis 14 millions d’euros sur la table pour subventionner jusqu’à fin 2024 la nouvelle liaison remise en place par Rail Logistics Europe, la filiale de fret ferroviaire de la SNCF qui a gagné un appel d’offres lancé en décembre. Le Premier ministre n’a pas manqué au passage de demander des efforts de compétitivité à la SNCF, espérant que ces subventions ne seront plus nécessaires à l’avenir.

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Programmés cinq fois par semaines pendant la saison des primeurs (de novembre à juillet), les trains du nouveau Perpignan-Rungis ont tous été loués par le chargeur Primever. Ils seront deux fois moins longs que leurs prédécesseurs, car une bonne moitié des wagons n’ont pas pu être sauvés. Ils transporteront néanmoins autant de fruits et légumes que 18 camions, apportant près de 10% des flux de fruits et légumes absorbés par Rungis.

Nouvelle « autoroute ferroviaire » entre Le Boulou et le port de Gennevilliers

Rail Logistics Europe va simultanément lancer en décembre une « autoroute ferroviaire » – chargeant des semi-remorques et des conteneurs sur des trains – entre Le Boulou (Pyrénées-Orientales) et le port de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) près de Paris. L’intérêt étant que cette liaison supplémentaire permettra d’acheminer des produits plus variés, surtout destinés à la grande distribution, et de charger des marchandises dans le sens inverse nord-sud, contrairement au train des primeurs qui rentre à vide.

Le train des primeurs ne devrait pas rouler au-delà de 2024 car les wagons réfrigérés seront alors complètement à bout de souffle. L’idée est de faire circuler à partir de 2025 une autoroute ferroviaire de Barcelone à Anvers qui s’arrêterait à Perpignan et Rungis. Un terminal digne de ce nom doit être construit d’ici là dans le marché de gros francilien, qui permettra d’accueillir trois trains par jour, venus d’horizons différents.

Un plan global d’investissement d’1,35 milliard d’euros en faveur du fret ferroviaire

Plus généralement, Jean Castex a rappelé lors de son déplacement à Perpignan que son gouvernement avait consacré un large volet à la relance du fret ferroviaire dans son plan de relance, au nom notamment de « l’enjeu planétaire et climatique ».

L’exécutif veut ainsi doubler la part du rail dans le transport de marchandises en France d’ici 2030, passant de 9% à 18%.

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Le volet spécifique du plan de relance destiné aux investissements dans le réseau pour le fret ferroviaire s’élève à 250 millions d’euros.
Mais « en additionnant les financements de l’État déjà prévus par la loi d’orientation des mobilités ainsi que les cofinancements attendus de l’Union européenne, des collectivités territoriales et de différents acteurs du fret ferroviaire, c’est au total une programmation d’opérations d’investissement de 1 milliard d’euros consacrée spécifiquement au fret ferroviaire, indique le gouvernement. En complément, le plan de relance comprendra également 210 millions d’euros pour financer les surcoûts liés à une meilleure prise en compte par SNCF Réseau des circulations fret lors des travaux menés sur le réseau ferré, ainsi qu’un montant de 140 millions d’euros pour financer des projets des ports maritimes à vocation ferroviaire. »

Le programme global d’investissement atteint donc 1,35 milliard d’euros, qui se répartissent en huit axes.

Installations terminales

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250 millions d’euros sont destinés aux installations terminales. Vingt opérations ont d’ores et déjà été retenues en 2021, pour un montant total de 104 millions d’euros, dont 8 terminaux multimodaux (par exemple, le terminal de Calais Turquerie, pour un montant de 33 millions d’euros) et 12 installations terminales embranchées (ITE), qui permettent la desserte ferroviaire directe de sites d’activité.

Cinquante autres projets – 15 terminaux multimodaux, 8 cours de marchandises et 27 ITE – ont aussi été identifiés pour un montant total de 214 millions d’euros.

Une enveloppe de 160 millions d’euros est destinée aux voies de service et installations de tri de wagons. Cette année, trois opérations sur les voies de service (Miramas, Gevrey et Perrigny) ont déjà été retenues pour un montant total de 13,4 millions d’euros et une mise en œuvre prévue de 2021 à 2023.

Améliorations de gabarit sur le réseau ferré national et les ports fluviaux

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250 millions d’euros sont en outre destinés à l’amélioration de gabarit sur le réseau ferré national et les ports fluviaux.

Dix-neuf opérations ont été identifiées (par exemple la mise au gabarit de tunnels vosgiens) pour un montant total de 202 millions d’euros.

Côté fluvial, six opérations ont d’ores et déjà été retenues cette année pour un total de 15 millions d’euros (dont une sur le port Edouard Herriot à Lyon, d’un montant de 7,5 millions d’euros et une mise en service en 2024), tandis que dix-sept autres opérations à venir ont été identifiées pour un montant de 36 millions d’euros.

Le quatrième axe du plan prévoit 50 millions d’euros pour les trains lourds et longs – une première opération a été validée (études et travaux de modernisation de la voie d’accès à l’ITE Miramas Clésud pour la rendre apte aux trains longs) pour un montant de 4,1 millions d’euros et six autres opérations identifiées (par exemple sur l’axe Dijon-Saint-Jean-de-Maurienne ou l’axe Atlantique) pour un total de 20 millions d’euros.

Modernisations des lignes capillaires fret

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La modernisation des lignes capillaires fret va bénéficier de 205 millions d’euros. En 2021, près de 39 millions d’euros d’opérations (études et travaux) sur sur ces lignes ont été engagés.

Neuf lignes (trois en Auvergne-Rhône-Alpes dont la ligne Volvic-Le Mont Dore pour 6,7 millions d’euros, deux en en Centre-Val de Loire dont la ligne Orléans-Voves pour 8 millions d’euros, deux en Nouvelle-Aquitaine et deux en Grand Est) bénéficient d’un financement en 2021.

Pour 2022 les besoins identifiés à ce stade s’élèvent à 145 millions d’euros. 85 millions sont destinés à l’axe « digitalisation » et 205 millions visent l’atténuation des impacts des travaux sur les circulations des trains de fret.

Aménagements ferroviaires dans les grands ports maritimes

Enfin, il est prévu d’engager près de 140 millions d’euros pour financer quatorze projets portant sur des aménagements ferroviaires dans les sept grands ports maritimes.

Parmi ces opérations figurent notamment, pour le grand port maritime de Dunkerque, un projet permettant de faciliter et accélérer le chargement et déchargement des trains en allongeant la longueur des voies à proximité du terminal conteneur et d’éviter de couper les trains lors des opérations de manutention.

Le grand port maritime de Marseille va aussi bénéficier d’aménagements ferroviaires à Mourepiane tandis que celui du Havre va pouvoir optimiser des interfaces ferroviaires sur Port 2000 (développement de voies ferroviaires sur l’espace portuaire, mise en place de portique ferroviaire).

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Les ports français – de la réforme à la relance rapport du Sénat du 26.10.2021

cf/ https://www.senat.fr/rap/r10-728/r10-72832.html