4568 – L’Afghanistan a droit à une chance !… par Karl Jürgen Müller – 31 août 2021

Après 40 ans de guerre, le pays martyrisé n’aspire qu’à une chose: la Paix

Horizons et débats N° 19/20, 31 août 2021 – par Karl-Jürgen Müller
Les 14 et 15 août 2021, des groupes armés communément appelés «talibans» ont envahi et pris le contrôle de la capitale afghane, Kaboul. Le président afghan Ashraf Ghani, en fonction jusqu’à ce moment, avait quitté le pays quelques heures auparavant. La prise de contrôle de Kaboul s’est faite en grande partie sans combat. La question de savoir si cela a mis fin à la guerre dans et contre l’Afghanistan, qui dure depuis plus de 40 ans, reste ouverte. La suite des événements dépendra également de la manière dont la communauté internationale réagira à la nouvelle situation en Afghanistan

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Le bilan de la guerre de l’OTAN de ces 20 dernières années est désastreux. Il n’existe pourtant pas de chiffres fiables. Ce qui est certain, c’est que non seulement plus de 3 500 soldats de l’OTAN et plus de 70 000 membres des forces de sécurité afghanes ont perdu la vie, mais aussi plus de 100 000 civils ont été tués ou blessés. A elle seule, la guerre des drones menée par les Etats-Unis, ces dernières années, a coûté la vie à des milliers de civils afghans, dont plus de 2 000 enfants.

 En avril 2021, l’institut américain Watson a calculé que le coût de la guerre pour les Etats-Unis seuls s’élevait à 2,26 billions de dollars.1 Presque personne ne parle de l’importance des souffrances causées aux populations afghanes. Une fois de plus, la triste vérité se confirme que toute guerre apporte des souffrances incommensurables aux êtres humains touchés. 

Quitter l’Afghanistan en toute hâte? 

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Tout le monde ne partage pourtant pas ce point de vue. Le 15 août, Norbert Röttgen (CDU), président de la commission des affaires étrangères du Bundestag allemand, a divulgué sur Twitter, à plusieurs reprises, ses vues déviantes, en y déclarant par exemple:

«Aujourd’hui, nous assistons à une cata-strophe non mesurable. Elle est la conséquence de la décision erronée des Etats-Unis de quitter l’Afghanistan à la hâte et de notre inactivité à la suite de cette décision – un échec de la part de l’Occident, avec des conséquences dramatiques pour l’Afghanistan et notre crédibilité.»

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Norbert Röttgen (CDU)


Mr Röttgen défend ainsi une position qui ne remet pas en cause la guerre en Afghanistan, mais sa fin. Il s’inquiète de la réputation et de la perte éventuelle de la position de pouvoir, occupée jusqu’alors par les États membres de l’OTAN, et non pas du fait que la réputation de l’OTAN est détruite depuis longtemps depuis que l’alliance militaire mène des guerres dans le monde entier en violation du droit international. Cette position va ensemble avec les images d’Afghans prenant d’assaut l’aérodrome de Kaboul, s’accrochant aux avions et voulant désespérément quitter le pays; elle inclut la concentration de nos politiques et de nos médias sur la question comment contribuer à ce que le plus grand nombre de personnes possible puisse quitter l’Afghanistan; elle inclut aussi les histoires d’horreur sur le nouveau pouvoir des talibans. 

Et si c’était une opportunité pour le pays?

Dans une autre perspective, la prise de pouvoir des talibans apparaît être une opportunité pour le pays. Ceux qui la partagent mettent en avant le raisonnement suivant: maintenant enfin, se présente une chance pour que les guerres dans et contre le pays, durant depuis plus de 40 ans, prennent fin et que le pays puisse suivre sa propre voie. 

photo Zabihullah Mujahid – le porte-parole des talibans, en conférence de presse le 24 août dernier. Photo AFP/ Hoshang HASHIMI


    Le porte-parole des talibansSabiullah Mujahid, a déclaré, lors de la première conférence de presse internationale des talibans à Kaboul, le 17 août 2021,2 que les talibans souhaitaient former un gouvernement fort et islamique auquel participeraient tous les partis et groupes sociaux, y compris les anciens ennemis des talibans.

Tous les collaborateurs du gouvernement précédent et des États occidentaux seront graciés, quel qu’ait été leur rôle. Mr. Sabiullah a notamment déclaré:

«Nous voulons vivre en paix. Nous ne voulons pas avoir d’ennemis internes ou externes.»

Selon lui, ils ne veulent pas de problèmes avec la communauté internationale. Ils auront besoin de leur aide pour reconstruire le pays. Mais ils attendent également de la communauté internationale qu’elle respecte le droit des Afghans à gérer leurs propres affaires. Il insiste sur le droit des Afghans d’élaborer leurs propres politiques en fonction de leurs propres valeurs. En plusSabiullah a appelé ses compatriotes à ne pas quitter le pays, affirmant que leurs compétences étaient nécessaires.

Concernant les femmes du pays, le porte-parole des talibans a déclaré qu’ils respectaient les droits de la femme à condition qu’ils correspondent aux lois de la charia.

Le porte-parole des talibans affirmaient que les femmes continueraient à avoir accès à l’éducation, aux soins sanitaires et à d’autres domaines. Il n’y aurait pas de discrimination à l’égard des femmes.

Concernant les médias, Sabiullah sollicitait d’eux qu’ils pratiquent l’objectivité. Dans ce sens, ils seraient autorisés également à critiquer les procédés des talibans pour ainsi contribuer à les améliorer. Enfin, le porte-parole des talibans insistait sur ce point; en termes de maturité et de vision, il fallait se rendre compte de la grande différence entre les talibans d’aujourd›hui et ceux d’il y a 20 ans.

Ne pas s’empresser de qualifier les déclarations comme de la propagande

Il ne faut pas immédiatement considérer les déclarations des talibans comme de la pure propagande.

Foto: Barbara Frommann PHOTO de Conrad Schetter

Conrad Schetter – professeur d’études sur la paix et les conflits à l’Institut de sciences politiques et de sociologie de l’International Center for Conversionà Bonne, a déclaré, dans une interview accordée, le 16 août 2021, à la chaîne publique de la radiodiffusion suisse RTS («Echo der Zeit»)que les talibans essayaient

«d’instaurer la confiance depuis un ou deux ans. Même pendant les négociations avec les Américains, les talibans ont fait preuve de constance sur leurs positions. […] A maintes reprises, les talibans confirmaient qu’ils étaient prêts à répondre de leurs engagements. Ils veulent gagner la confiance de la communauté internationale. Ils veulent démontrer qu’ils sont prêts à gouverner.» 

«Les talibans veulent
diriger ce pays à long terme»

PHOTO  Matin Baraki, professeur


Le politologue d’origine afghane, Matin Baraki – professeur émérite à l’université de Marbourg, qui vit depuis de nombreuses années en Allemagne et dispose de bons contacts dans le pays (voir l’article en page 3 de cette édition), s’est vu demander, le 16 août, par le site allemand Hessenschau (http://www.hessenschau.de) s’il ne fallait pas s’attendre à ce que les talibans se vengent sur les forces locales, auxiliaires locaux des puissances occupantes. Sa réponse:

«C’est ce que disent nombreux médias. Mais il y a maintenant deux déclarations des talibans appelant les personnes qui ont travaillé pour l’armée allemande ou d’autres organisations étrangères à rester. Il s’agit là notamment de la main d’œuvre qualifiée dont l’Afghanistan a besoin. C’est pourquoi les talibans disent qu’ils ne leur feront pas de mal s’ils regrettent leur coopération avec le gouvernement. […] Nous ne savons pas si les talibans tiendront leurs promesses. Nous ne sommes pas des clairvoyants. Les talibans se préparent apparemment à gouverner ce pays à long terme. Pour y arriver, ils doivent s’entendre avec les gens qui l’habitent.» 

«Les talibans ne veulent pas
répéter leur triste destin»

Il est nécessaire d’étudier quelques médias en dehors de la mouvance pro-OTAN également. Par exemple, on pouvait lire sur la chaîne russe RT Deutsch le 16 août:

«‹La Russie ne croit pas que l’Afghanistan sous les talibans se transformera en une version de l’Etat islamique (EI).›

PHOTO L’envoyé spécial du Président russe pour l’Afghanistan Zamir Kabulov


Voilà ce qu’a déclaré lundi, à l’agence de presse Tass, l’envoyé du président russe en AfghanistanZamir Kabulov.

 ‹Non, je ne partage pas cette préoccupation›, a-t-il déclaré en réponse à une question à ce sujet, en ajoutant: ‹J’ai vu en réalité comment les talibans ont combattu l’EI; ils l’ont combattu avec acharnement, contrairement aux Américains et à l’ensemble de l’OTAN, y compris les dirigeants afghans, qui ont fui et qui ne se sont pas opposés à l’EI mais se sont pliés devant lui›. […]

L’envoyé du président a également préconisé une approche progressive de l’évolution de la situation en Afghanistan, affirmant que l’on

‹risquait fort de s’éloigner de la réalité si on se laissait diriger par une imagination débordante. […] Les talibans, selon ce qu’ils affirment, et je partage l’impression que c’est sincère, ne veulent plus répéter leur triste destin›.»

Ashraf Ghani voulait prendre la fuite

avec quatre voitures pleines d’argent

PHOTO Ashraf-Ghani EX PRÉSIDENT AFGHANISTAN


Le même site numérique cite également, le même jour, le porte-parole de l’ambassade russe à Kaboul, Nikitas Ichenko:

«Quant à l’effondrement du régime [d’Ashraf Ghani], il se caractérise le mieux par la façon dont M. Ghani a fui l’Afghanistan: avec quatre voitures pleines d’argent; ils ont ensuite essayé de le mettre dans un hélicoptère, mais tout n’y rentrait pas. Finalement, ils ont donc laissé une partie de cet argent sur la piste.» 

    Et encore:

«La Chine a appelé les […] talibans à prendre le pouvoir en Afghanistan de manière pacifique et sans heurts. La situation en Afghanistan a considérablement changé, et nous respectons la volonté et la décision du peuple afghan»,

a déclaré lundi, devant la presse à Pékin, Houa Chounaying, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, en ajoutant: 

«La fin de la guerre et l’instauration de la paix sont, ensemble, le souhait unanime de plus de 30 millions d’Afghans ainsi que l’attente partagée de la communauté internationale et des pays de la région.» 

Comment les pays de l’OTAN réagissent-ils?
Jusqu’àprésent, aucune leçon n’a été tirée de ce gâchis! 

Quelle a été jusqu’à présent la réaction des responsables dans la sphère d’influence de l’OTAN? A cette question, Matin Baraki répond:

«On ne peut pas, comme l’a dit le porte-parole de la CDU pour la politique étrangère, envoyer à nouveau la Bundeswehr en Afghanistan. J’en restais vraiment effaré. Sur quelle planète ces gens-ci ont-ils vécu ces 20 dernières années? Ils n’ont apparemment tiré aucune leçon du gâchis qui a été fait. 40 années de guerre, dont 20 sous la régie de l’OTAN et ensemble avec les forces armées allemandes, n’ont aucunement permis de résoudre le conflit. L’ancien chancelier Helmut Schmidt a déclaré, à l’époque déjà: Nous devrions enfin cesser de jouer au gendarme du monde. Je pense que nous devons laisser aux Afghans le soin de résoudre leurs problèmes. Ils feront un meilleur travail que l’OTAN ou les forces armées allemandes.»

Ils font toujours semblant
de n’avoir voulu que le meilleur.

. (Photo by Tobias SCHWARZ / AFP)  PHOTO  candidat à la chancellerie allemande – Armin Laschet

En effet, on a l’impression que pratiquement aucun des responsables de l’OTAN ne remet fondamentalement en cause sa guerre contre l’Afghanistan – tout en parlant de la «plus grande débâcle» de l’histoire de l’OTAN (pour reprendre les paroles du candidat à la chancellerie allemande, Armin LaschetCDUwww.zeit.de du 16 août 2021).

     Mr. Laschet veut «donner une chance à l’Afghanistan» avec une nouvelle mission «robuste» de la Bundeswehr pour reconduire en Allemagne non seulement les forces armées allemandes se trouvant sur les lieux encore, mais également les militantes féministes y luttant pour les droits des femmes.

PHOTO Mme Annalena Baerbock – candidate à la chancellerie allemande


Sur la même tonalité Mme Annalena Baerbock, candidate à la chancellerie allemande elle aussi (Bündnis 90/Die Grünen) qui revendique la reconduite immédiate en Allemagne des 10 000 soldats au moins appartenant aux forces locales et ayant soutenu, ces dernières années, la Bundeswehr allemande et «leurs partenaires de l’OTAN».

PHOTO la chancelière sortante – Mme Angela Merkel


    Et la chancelière sortante, Mme Angela Merkel, proteste toujours d’avoir agi pour le «bien» lorsqu’elle caractérise les événements en Afghanistan de la sorte:

«Pour ceux, nombreux, qui ont bâti en faveur du progrès et de la liberté, notamment les femmes, ce sont des événements amers.» (cité par www.spiegel.de du 16 août 2021)

PHOTO Le politicien américain néo-conservateur John Bolton


Le politicien américain néo-conservateur John Bolton couronne ce raisonnement euphémique en disant que l’Afghanistan va maintenant retomber «au 15ème siècle»  puisqu’avec les talibans on aurait affaire à un groupe pratiquant le «fanatisme religieux médiéval» (citation selon www.tagesspiegel.de du 16 août 2021). En date de ce même 16 août, la «Frankfurter Allgemeine Zeitung» commentait:

«Même 20 ans après le 11 septembre, le projet de ‹reconstruction de l’Afghanistan› ne faisait que commencer. Il n’était pas encore vital par lui-même.»

 
Tout cela face à la nouvelle Guerre froide géopolitique qui se poursuit. «L’Afghanistan: le flirt dangereux de Poutine avec les talibans», ainsi a titré le quotidien suisse «Luzerner Zeitung» un de ces articles dans son édition du 16 août tandis que, le même jour, Spiegel online s’est exprimé de la sorte:

«L’Afghanistan. La Chine veut des ‹relations amicales› avec les talibans.» 

On pourrait savoir mieux 

PHOTO «Neue Zürcher Zeitung», quotidien


C’est ainsi que l’on crée des détournements des faits, à savoir les supprimer, les nier ou les ignorer. Mais on pourrait en savoir mieux, en effet, puisque les faits sont connus depuis des années. Dans son édition du 17 août, la «Neue Zürcher Zeitung», quotidien généralement favorable à l’OTAN, a enquêté sur les causes de l’effondrement de l’État afghan en peu de jours. Les réponses présentées sont connues depuis des années. Le journal déclare:

«Si l’on veut comprendre pourquoi l’Afghanistan s’est effondré en deux semaines, il faut regarder 20 ans en arrière et se souvenir de l’esprit qui régnait à l’époque. Et quel a été l’impact de l’Occident. […] Ce qui a mal tourné ces dernières années occupera les historiens pendant longtemps encore.»

L’Occident et la corruption en Afghanistan 

PHOTO «Neue Zürcher Zeitung», quotidien


A cet égard, la «Neue Zürcher Zeitung» met l’accent sur le problème de la corruption flagrante et la responsabilité de l’Occident dans ce domaine. Le problème réside, ainsi que le révèle le quotidien zurichois, dans les milliards d’argent de la soi-disant aide, milliards qui se sont pulvérisés dans les mauvaises poches, et ceci sous les yeux des donateurs. Les Etats-Unis eux-mêmes enquêteraient sur le problème depuis des années – sans aucune conséquence.

En mars 2021, un rapport de l’inspecteur général spécial pour la reconstruction de l’Afghanistan (Sigar-Special Inspector General for Afghanistan Reconstruction a déclaré:

«Comme on le sait depuis longtemps, l’aide étrangère a faussé l’économie afghane et exacerbé le problème de la corruption.» Le journal commenteque «des millions de dollars d’aide au développement ont afflué en Afghanistan» en ajoutant qu’actuellement, 14 millions d’Afghans ne mangent pas à leur faim» pour arriver au constat que «pendant des années, l’Occident a soutenu un gouvernement de kleptocrates». La corruption en Afghanistan «a fini par être si répandue que les gens ne pouvaient pas faire authentifier un document, ni obtenir une carte d’identité sans payer un pot-de-vin». La conclusion de l’auteur: «Les Afghans ont donc assez d’un Etat qui était plus une façade qu’une institution.»

 «Nous avons tué un incroyable nombre d’êtres humains dont aucun, autant que je sache ne s’est avéré être une menace»

PHOTO le général américain Stanley McChrystal


C’est ainsi que l’article résumé cite le général américain Stanley McChrystal à propos de la guerre américaine. La citation date de 2009, et les choses ne se sont pas améliorées depuis. Au contraire, comme l’affirme l’article cité:

«Des civils ont été tués lors de raids nocturnes, puis lors d’attaques de drones.» Le résultat a été «l’aliénation de la population afghane vis-à-vis des troupes étrangères».

Le journal évoque également les Afghanistan Papers publiés en 2019 (voir encadré page 2):

«Dans ces documents, d’anciens soldats racontent que les mauvaises nouvelles et les critiques n’étaient guère estimées au quartier général de Kaboul.»

PHOTO le secrétaire d’État américain Antony Blinken


Même après l’invasion de Kaboul par les talibans, le secrétaire d’État américain Antony Blinken parlait toujours de la «guerre contre le terrorisme». Antony Blinken a maintenu l’image hypocrite de la mission américaine en Afghanistan comme «réussie».

Ce qui renchérit le point final à tout cela: presque en même temps que le désastre de l’OTAN en Afghanistan, le citoyen américain Daniel Hale, ayant déjà attiré l’attention sur les conséquences dévastatrices de la guerre des drones américaine. En tant que lanceur d’alerte en 2015, il a été condamné à 45 mois de prison aux Etats-Unis. Daniel Hale a déclaré au public que 90 % des victimes des drones sont des civils – plusieurs milliers de personnes. 

«Ce n’est donc pas la guerre qui peut apporter la paix, mais la justice seule»

En octobre 2001, Jürgen Rose, alors officier actif dans les forces armées allemandes, a prononcé un discours lors d’une manifestation pour la paix à Stuttgart, donc peu après le début de la guerre de l’OTAN contre l’Afghanistan. Il l’avait intitulé «Croisade contre le terrorisme?» Ses paroles d’antan sont toujours d’actualité. C’est par une citation de ce discours que cet article se clôt:

«Ce n’est donc pas la guerre qui peut apporter la paix, mais la justice seule. Dans une modification de la célèbre devise romaine, notre devise doit donc être celle-ci: si vous voulez la paix, servez la paix! Ce combat pour la paix doit être mené pour les âmes et les cœurs des personnes dans les pays islamiques – il reste inconcevable que les bombes et les roquettes mènent au succès dans ce domaine. Chaque bombe sur l’Afghanistan accroît de façon incommensurable la haine et le ressentiment contre les Etats-Unis dans le monde musulman. […] Les nations civilisées de ce monde ne doivent pas tomber dans le piège de la terreur et de la contre-terreur. Face à l’horrible catastrophe de New York et de Washington, celles de la famine et de la misère des réfugiés qui s’annoncent en Afghanistan, au moins aussi horribles, elles devraient plutôt consacrer toute leur énergie à améliorer les conditions politiques, économiques et sociales intolérables dans cette région du monde.» •


https://watson.brown.edu/costsofwar/figures/2021/human-and-budgetary-costs-date-us-war-afghanistan-2001-2021
Transcription de la conférence de presse (en anglais): https://www.veteranstoday.com/2021/08/17/ transcript-of-the-talibans-first-news-conference- in-kabul/

Les «Afghanistan Papers» – à ne jamais oublier!

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mw. Les «Afghanistan Papers» ont été publiés1dans «The Washington Post» le 9 décembre 20191 et ont fait l’effet d’une bombe à l’échelle internationale. Ils contenaient des centaines d’entretiens avec des responsables militaires et civils de haut rang sur la guerre en Afghanistan, sur la base desquels John Sopko, Special Inspector General for Afghanistan Reconstruction (SIGAR), avait rédigé un rapport au nom du Congrès américain. Les résultats des entretiens ont été si désastreux que le gouvernement américain a voulu garder le rapport secret. Cependant, le journaliste Craig Whitlock a lutté pendant des années pour la publication des documents et a finalement réussi.

L’indignation des médias du monde entier après le rapport du «Washington Post» a été grande. Der Spiegel,par exemple, a écrit: «Un rapport de 2 000 pages démontre comment le gouvernement et l’armée américains ont systématiquement enjolivé le conflit. Maintenant le dossier a été publié – grâce à une plainte.» Au sujet du résultat des entretiens, le magazin allemand écrit: «Pas un seul des généraux ou des hauts fonctionnaires ne croyait réellement à un déroulement positif de l’opération ou même à une victoire pendant leur déploiement. Pourtant, ils ont tous affirmé publiquement le contraire.»2Comme les personnes interrogées partaient du principe que leurs déclarations ne seraient pas rendues publiques, elles ont parlé ouvertement.

Der Spiegel cite ainsi quelques déclarations de décideurs:

  • Général Douglas Lute, conseiller principal des présidents George W. Bush et Barack Obama sur l’Afghanistan: «Nous n’avions pas de compréhension de base sur l’Afghanistan – nous ne savions pas ce que nous faisions. Nous n’avions pas la moindre idée.»

  • Dan McNeill, commandant des forces américaines en Afghanistan (2003/2004 et 2007/2008): «On a beaucoup parlé, mais il n’y avait pas de plan. J’ai essayé de définir ce que ‹gagner› signifiait, mais personne n’a pu me le dire.»

  • Michael Flynn, lieutenant général en Afghanistan, ensuite conseiller à la sécurité nationale du président Donald Trump: «Nous n’avions aucune idée de ce qu’était notre travail.»

Un an et demi seulement se sont écoulés depuis la publication des «Afghanistan Papers». Tant de souffrance et de destruction, tant de morts et de blessés, la destruction de l’Afghanistan et de son peuple – tout celà oublié déjà?

1«U.S. officials misled the public about the war in Afghanistan», ds.: «Washington Post» du 09/12/19
2Koelbl, Susanne. «Geheimbericht zum US-Einsatz in Afghanistan. Der Krieg und die Lügen», ds.: Spiegel du 11/12/19

https://www.zeit-fragen.ch/fr/archives/2021/n-1920-31-aout-2021/lafghanistan-a-droit-a-une-chance.html