4120 – Suisse – 1/Petite révolution pour les bibliothèques suisses — 2/Carnets de Darwin «volés», originaux de Newton découverts … heurs et malheurs des manuscrits scientifiques

1/Petite révolution pour les bibliothèques suisses

2/Carnets de Darwin «volés», originaux de Newton découverts … heurs et malheurs des manuscrits scientifiques

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1/Petite révolution pour les bibliothèques suisses

Après cinq ans de gestation, le premier réseau de bibliothèques à l’échelle nationale a officiellement vu le jour ce lundi. Le Swiss Library Service Platform rassemble désormais 470 établissements à travers le pays

Etienne Meyer-Vacherand – Publié dimanche 6 décembre 2020 à 19:00

Si vous êtes un usager régulier des bibliothèques, vous avez peut-être noté des difficultés à utiliser certains services depuis quelques jours ou reçu un message vous invitant à créer un nouveau compte d’utilisateur.
Ces petits désagréments sont dus à l’entrée en fonction ce lundi 7 décembre de la plateforme Swisscovery du premier réseau national de bibliothèques, le Swiss Library Service Platform (SLSP).
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Ce projet initié en 2015 par 15 établissements rassemble les catalogues de plus de 470 bibliothèques scientifiques suisses.
«Elles ont toutes une vocation scientifique, mais au sens large, précise Thomas Marty – directeur de SLSP SA. Nous avons par exemple les Archives de la ville de Genève ou la bibliothèque de la communauté de culte israélite de Zurich. Ce sont donc des bibliothèques qui ont un caractère scientifique mais qui accueillent un public qui n’est pas uniquement composé de chercheurs et d’étudiants.»
D’autres bibliothèques devraient être intégrées dans les deux-trois ans à venir, notamment celles de l’administration fédérale et la Bibliothèque nationale.

Plusieurs milliards de références

La création de ce réseau national met fin à la cohabitation en parallèle de certains réseaux régionaux.
«Nous passons à une plateforme de service de nouvelle génération, unique et nationale, qui permet d’accéder à la fois aux ressources papier et électronique depuis la même interface, détaille Marie Fuselier – directrice de la division de l’information scientifique à l’Unige. Et qui ouvre des possibilités de prêt à travers toute la Suisse.»
Swisscovery, c’est la création d’un catalogue pour les bibliothèques scientifiques de 40 millions de livres, séries, revues et documents divers et surtout de plus de 3 milliards d’articles électroniques.
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«L’Université de Genève s’est fortement investie dès le début de ce projet. Nous aurons des frais d’exploitation plus ou moins équivalents à ce que nous avions dans RERO [Réseau des bibliothèques de Suisse occidentale ndlr], mais avec un niveau de service supérieur, ajoute Marie Fuselier. C’était une des conditions de l’engagement de l’université dans le projet.»
Cette dernière est l’une des 15 institutions fondatrices du projet, dont elles sont aussi aujourd’hui les actionnaires.
https://blog.bge-geneve.ch/wp-content/uploads/2020/11/plateformecig700.gifLe budget annuel du SLSP sera compris entre 9 et 10 millions de francs, financé par les contributions des bibliothèques membres. Le montant de ces contributions dépendra du nombre d’équivalents temps plein employé par chacune. «Ce modèle sera réexaminé durant les deux premières années pour être éventuellement adapté en 2023», précise Thomas Marty. Cette méthode de financement permet de prendre en compte l’hétérogénéité des bibliothèques du réseau. C’est aussi pour pouvoir intégrer leurs différentes structures, privé ou publique, que le SLSP a pris la forme d’une société anonyme à but non lucratif.

Des réseaux en évolution

Barrières linguistiques, technologies différentes en usage, transfert des données… Il a fallu surmonter de nombreuses difficultés pour mettre en place ce réseau national dont l’idée n’est pas nouvelle.
«En 2014, il y a eu une fenêtre d’opportunité pour initier le projet puisque, côté alémanique, il y avait un rapprochement des réseaux existants. Et côté romand, le canton de Vaud avait décidé de se retirer du réseau RERO», rappelle Thomas Marty. Ces différents éléments ont permis l’initiation de ce projet, qui aura mis six ans à aboutir.
Avec le départ des bibliothèques universitaires vers le SLSP, le Réseau des bibliothèques de Suisse occidentale prépare sa transformation pour se recentrer sur les bibliothèques publiques, en prenant la forme d’une fondation.
«Actuellement, ce réseau est le fruit d’une convention entre des cantons, la ville de Genève et des institutions fédérales, tandis que la fondation RERO +, créée par les cantons du Jura, de Neuchâtel et du Valais, ainsi que la ville de Martigny, deviendra un centre de compétences qui vendra ses services aux bibliothèques», précise son directeur, Miguel Moreira.
Cette nouvelle fondation devrait travailler en collaboration avec le SLSP, mais à la différence de ce dernier, le RERO développe actuellement une solution en accès libre, quand les logiciels du réseau national ont été fournis par la société Ex Libris.
Pour sa part, le réseau Renouvaud, mis en place par le canton de Vaud après sa sortie du RERO, continuera d’exister plus ou moins dans sa forme actuelle.
«Les outils utilisés par le SLSP sont les mêmes que ceux que nous avons mis en place en 2016, souligne Jeannette Frey présidente de Renouvaud et directrice de la BCU de Lausanne. Il est certain que nous allons travailler ensemble, mais cette intégration pourra prendre plusieurs formes. Il faut laisser du temps à nos collègues pour apprivoiser ces nouveaux outils.» Plutôt associé au calme, le monde des bibliothèques suisses devrait encore connaître quelques remous.

https://www.letemps.ch/suisse/petite-revolution-bibliotheques-suisses

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La Bibliothèque Nationale Suisse

2/Carnets de Darwin «volés», originaux de Newton découverts: heurs et malheurs des manuscrits scientifiques

Des notes et croquis originaux de la main de Darwin auraient été dérobés à Cambridge, tandis que des exemplaires de la première édition d’un livre d’Isaac Newton ont été mis au jour au terme d’une enquête de dix ans menée dans 27 pays
Un exemplaire de la première édition de «Principia», d'Isaac Newton, au Caltech. — © Caltech ArchivesUn exemplaire de la première édition de «Principia», d’Isaac Newton, au Caltech. — © Caltech Archives

Fabien Goubet, avec AFP – Publié jeudi 26 novembre 2020 à 12:43

Il y a du grabuge dans le monde feutré des archives et des bibliothèques protégeant les originaux des plus grandes œuvres scientifiques. D’un côté, des carnets ayant appartenu au naturaliste Charles Darwin auraient été dérobés. De l’autre, on a mis la main sur d’inédites premières éditions du livre du physicien Isaac Newton – Philosophiae Naturalis Principia Mathematica.
L’Université de Cambridge a lancé mardi un appel pour retrouver deux carnets de notes de Charles Darwin qu’elle croit volés de sa bibliothèque, dont l’un contient son esquisse d’«arbre de la vie», devenu le symbole de sa théorie de l’évolution.
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Les conservateurs ont conclu après recherche que les carnets, signalés disparus pour la première fois en janvier 2001, ont probablement été volés, a indiqué la prestigieuse université anglaise sur son site internet.
Pendant de nombreuses années, les bibliothécaires ont cru que quelqu’un les avait replacés au mauvais endroit dans la bibliothèque, qui abrite environ 10 millions de livres, cartes, manuscrits et autres objets
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Cet appel à l’aide a été lancé le «jour de l’évolution» qui célèbre l’anniversaire de la première publication, le 24 novembre 1859, de L’Origine des espèces, ouvrage majeur des sciences modernes. Les carnets, dont la valeur est estimée à plusieurs millions de livres sterling, ont été ajoutés à la base de données d’Interpol sur les œuvres d’art volées.

Enquête à la Sherlock Holmes

Autre ouvrage scientifique majeur, estimé pour sa part dans une fourchette de 300 000 à 3 millions de dollars, le livre d’Isaac Newton Philosophiae Naturalis Principia Mathematica, plus communément appelé Principia, a au contraire fait l’objet d’une découverte. Deux historiens ont récemment retrouvé quelque 200 exemplaires de la toute première édition, doublant le nombre de copies répertoriées.

Andrej Svorencik et Mordechai Feingold

Mordechai Feingold, du Caltech à Los Angeles, et Andrej Svorencik, de l’Université de Mannheim en Allemagne, se sont livrés dix ans durant à une véritable enquête à la Sherlock Holmes. Ils ont retrouvé les copies de Principia dans 27 pays, dont 35 exemplaires en Europe de l’Est et même un déniché chez un libraire italien, et qui avait été volé en Allemagne un demi-siècle auparavant.

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L’analyse de ces vieux livres ne fait que commencer, mais elle révèle déjà une chose: que les exemplaires de la première édition de Principia semblent être passés entre les mains de multiples personnes, à en juger par les nombreuses et différentes annotations dans les marges. De quoi supposer que le livre de Newton, qui posa les fondements mathématiques de la mécanique newtonienne et de la loi universelle de la gravitation, était déjà un best-seller dès sa parution au XVIIe siècle, et non une rareté que seuls quelques érudits pouvaient se procurer.

https://www.letemps.ch/sciences/carnets-darwin-voles-originaux-newton-decouverts-heurs-malheurs-manuscrits-scientifiques