3814 — France — 1/LE MONDE D’APRÈS ET SES TABOUS … 04/05/2020 … 2/QUE FAIRE DE LA DETTE ? … 26/04/2020 … Jacques Sapir

1/LE MONDE D’APRÈS ET SES TABOUS … 04/05/2020 …

2/QUE FAIRE DE LA DETTE ? … 26/04/2020 …

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1/LE MONDE D’APRÈS ET SES TABOUS

Cela va faire maintenant plus de 6 semaines que l’on entend parler du « monde d’après ». Certains diront qu’il ne faut pas faire confiance dans les politiciens du « monde d’avant » pour penser le « monde d’après ».

C’est oublier un peu vite que la France de l’après-guerre, celle des « Trente glorieuses » a été pensée et reconstruite en partie par des politiciens de l’avant-1939, et ce en dépit de l’important renouvellement de l’élite politique induit par la guerre et par la Résistance. Le problème n’est donc pas seulement celui d’un possible renouvellement de l’élite politique, renouvellement qui en tout état de cause ne pourrait être que partiel, que celui de la cohérence des propositions.

C’est sur cette cohérence, ou sur son absence, qu’il conviendra de juger le sérieux des discours sur le monde d’après.

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A/RELOCALISATION ET COHÉRENCE

Le principal thème qui structure ce discours sur le « monde d’après » est donc celui de la souveraineté économique, ou plus précisément de l’application de la souveraineté nationale dans le domaine de l’économie (1).

C’est un thème clef. Il marque, ou il prétend marquer, une véritable rupture avec l’idéologie de la mondialisation et du libre-échange qui constituait jusqu’alors l’un des points les plus centraux du crédo macroniste.

Ce terme de souveraineté économique implique aussi de prendre au sérieux la question de la stratégie en économie, un thème dont l’importance a été reconnue dans d’autres pays (2).

Ce thème s’enracine dans la compréhension de ce que le niveau de dépendance de la France pour des produits simples, mais vitaux, et que l’étiolement de son industrie ont produit une remise en cause de la souveraineté et de la sécurité de la population française.

On ne cesse donc d’entendre des politiques de tous bord, et pour certains cela prend l’aspect d’un réjouissant « chemin de Damas », appeler à relocaliser certaines productions.

Fort bien ; on peut les croire – ou ne pas les croire – sur parole.

Mais, qu’est-ce qu’impliquerait une relocalisation de certains produits et de certaines productions ?

Et c’est là le point véritablement crucial. On ne peut faire confiance à des personnes qui entonnent le nouveau crédo de la « relocalisation » que s’ils mettent en avant les moyens et les institutions qui seraient nécessaires à un tel objectif. C’est l’impératif de cohérence. Il est essentiel pour que la confiance, qui est à la base de la démocratie représentative, soit rétablie. Car, cette « société de défiance » dont les commentateurs politiques des différentes chaînes de télévision ne cessent de parler a des causes bien réelles :

l’écart, et parfois la contradiction, entre les paroles et les actes.

Il convient donc de mettre l’impératif de cohérence en tête des priorités.

Or, l’objectif de relocalisation de la production, et donc d’une part de l’industrie, implique que des changements majeurs soient effectués dans les prix et les coûts relatifs de ces productions entre la France et l’étranger afin de rendre rentable une production sur le territoire national. Ces changements ne pourront se faire dans le cadre de certaines des institutions existantes, qu’il faudra donc soit modifier soit abandonner.

Ces changements doivent aussi être intégrés dans une réflexion globale sur les priorités et les dynamiques de la production, réflexion qui exige que les mécanismes de la finance soient mis aux services de ces fins.

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B/L’IMPORTANCE DU TAUX DE CHANGE

Le taux de change joue un rôle clef dans le changement des prix et des coûts relatifs d’une production.

Un dépréciation du taux de change, en abaissant le coût des produits exportés et en augmentant celui des produits importés favorise en principe une relocalisation des productions. Il faut cependant considérer deux problèmes qui se présentent alors.

A – Quels sont les produits importés et exportés ?

Prenons le cas d’un pays qui n’importerait QUE des matières premières transformables qu’il ne produit pas lui-même et qui n’exporterait que des biens manufacturés, l’effet d’une dépréciation du taux de change consisterait dans la hausse des coûts du processus de transformation ; il faudrait que la baisse du prix des exportations les compensent.

A moins de pouvoir SUBSTITUER une partie des matières premières importées (cas du développement de l’énergie nucléaire en France face au renchérissement des prix du pétrole). Il faut donc calculer la part du coût des importations dans les exportations pour se prononcer. Bien sûr, quand on importe des biens manufacturés.

Dans le cas de l’économie française, les études montrent qu’une dépréciation est effectivement avantageuse.

B – La dépréciation doit-elle concerner le taux de change nominal et le taux de change réel ?

Le taux de change réel correspond au taux de change nominal PLUS l’écart d’inflation entre le pays concerné et ses partenaires commerciaux. On peut y ajouter l’écart entre la productivité nationale et celle des partenaires quand on veut comparer le taux de change réel sur des produites comparables. Ainsi, pour un taux de change réel « neutre », il peut être nécessaire de baisser le taux de change nominal si l’inflation nationale se trouve être supérieure à celles des principaux pays partenaires.

Il convient donc de distinguer une dépréciation du taux de change réel, qui a pour but de rétablir – ou d’établir – la compétitivité du territoire national pour des productions données de la dépréciation du taux de change nominal qui vise à garantir que cette compétitivité soit maintenue dans le temps.

Mais, cette dépréciation implique de modifier les institutions monétaires existantes.

La France doit donc retrouver sa souveraineté monétaire le plus rapidement possible. Or, cela se heurte à de mauvais souvenirs.

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C/L’AMPLEUR DE LA DÉPRÉCIATION

La France garde un mauvais souvenir des deux « dévaluations » de 1981, 1982 et 1983. Mais, cela ne doit pas faire oublier que d’autres dévaluations, ou dépréciations, de la monnaie ont été particulièrement réussies. Celle de 1969 est un exemple d’une réussite notable (3).

Michel Aglietta et Camille Baulant insistent sur le fait que la dévaluation de 1969 a été « l’instrument d’une politique de modernisation industrielle pour renforcer l’économie française dont l’ouverture augmentait très vite » (4). Or, la dévaluation de 1969 de -11% a été d’une ampleur notablement plus forte à celles de 1981, 1982 et 1983 (5). Telle est sans doute ce qui explique le succès dans un cas et l’échec dans l’autre. De plus, en 1969, la dévaluation du 9août s’était combinée avec une réévaluation du Mark allemand en octobre 1969 d’au moins 8,5% (6).

L’écart entre les deux pays avait été d’environ 20%.

La France avait dévalué (ou déprécié) sa monnaie plusieurs fois sous la quatrième République.

  • (a) Les deux premières dévaluations sont nécessaires du fait de la guerre et de l’inflation qu’elle avait entraînée.
    • La première date du 6 septembre 1944, où Pierre Mendès France, le Ministre des finances de l’époque, dévalue le franc de 13 % par rapport à l’or (qui était légalement la base de référence).
    • Puis, le 26 décembre 1945 René Pleven procède à une dévaluation de 60 % par rapport au dernier cours de 1940. Ce même jour d’ailleurs la France ratifie les accords de Bretton Woods et fait sa première déclaration de parité au Fonds monétaire international (FMI). Cette dévaluation dope les exportations mais contribue aussi à engendrer une forte inflation.
  • (b) Le 20 janvier 1948 une nouvelle dévaluation est décidée par René Mayer et elle se monte à 80 % (7).
  • (c) Le 20 septembre 1949 une nouvelle dévaluation de 22,27 % est décidée par le gouvernement de Henri Queuille. Elle sera la dernière des dévaluations rendues nécessaires par la guerre, l’occupation qui entraîna un pillage de 8% du PIB par l’Allemagne de 1942 à 1944, et les besoins immédiats de la reconstruction (8).
  • (d) Le 10 août 1957 Félix Gaillard, alors président du Conseil, impose une taxe de 10% sur les importations et une subvention de 10% aux exportations. Ceci revient à une dévaluation déguisée qui sera « légalisée » en juin 1958. Elle est rendue inévitable par les effets de la « crise de Suez » qui constitue le premier « choc pétrolier » qu’a connu l’économie française.
  • (e) Sous la cinquième République, cette dévaluation de Félix Gaillard sera consolidée par une dévaluation de 17,55 % décidée le 29 décembre 1958, et qui consolide le commerce extérieur français. Avec cette dévaluation est introduit le « nouveau franc » qui restera en vigueur jusqu’à l’introduction de l’euro (9).

Ces dévaluations, et la comparaison entre celle de 1969 et celles, ratées, de 1981, 1982 et 1983, nous montre deux choses.

Tout d’abord qu’un événement grave s’est toujours accompagné d’une dépréciation importante de la monnaie, qu’il s’agisse de la seconde guerre mondiale, de la crise de Suez ou des événements de Mai 1968.

La gravité de la crise qui s’annonce nécessitera certainement un ajustement monétaire important.

Ensuite, il est clair que pour être réussie un dépréciation du taux de change vis-à-vis de nos partenaires doit atteindre AU MOINS 15% et probablement doit se situer entre 20% et 25%.

C’est le minimum si l’on veut que le changement des prix relatifs entre produits importés et produits fabriqués sur le territoire national produise ses effets. A l’inverse, des dévaluations de 60% à 80% engendrent quant à elles des effets négatifs en terme de « bouffée inflationniste ».

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D/LA DÉPRÉCIATION DU TAUX DE CHANGE SUFFIT-ELLE ?

Pourtant, pour efficace qu’elle soit, une dépréciation de la monnaie nationale peut ne pas suffire.

Elle constitue, en effet, un instrument trop général (elle affecte TOUS les prix des produits importés et fabriqués sur le territoire national de manière égale) et elle ne permet pas la mise en place d’une politique industrielle ciblée. Or dans la logique de reconstruction d’un secteur industriel puissant capable d’assurer à la France sa souveraineté économique, des choix de priorités devront être fait.

Dès lors, s’il ne peut compter QUE sur l’instrument du taux de change, un gouvernement sera incité, afin de préserver une branche ou un secteur particulier, à TROP déprécier la monnaie afin de maintenir la compétitivité internationale du dit secteur.

Ce point est important quand on se souvient des conséquences inflationnistes de dépréciations monétaires de plus de 60%.

Cela incite à regarder les « Vertus du protectionnisme » pour reprendre le titre du remarquable ouvrage d’Yves Perez (10). Dans ce livre, Perez montre deux choses qui sont de la plus haute importance.

D’une part, que le protectionnisme a constitué un très efficace instrument de gestion des crises du passé, pour une économie française qui était, déjà, une économie des plus ouverte. En analysant les réactions à la crise des années 1880, à celle de 1929, mais aussi aux chocs survenus dans l’après-1945, il montre que la France a su mettre en œuvre des stratégies protectionnistes qui étaient aux antipodes des stratégies libre-échangistes et « mondialistes ».

D’autre part, il montre aussi que ces mêmes stratégies, loin de conduire à un quelconque « repli » d ‘économie française ont été à la source de ce qu’il appelle la « résilience » de la France dans la compétition économique mondiale.

Ces stratégies expliquent très largement le maintien d’une bonne compétitivité de l’économie française alors même que le pays souffre de l’absence d’avantages comparés dans les divers secteurs qui furent les moteurs de la croissance mondiale.

Il montre aussi que la crise de la compétitivité générale française (et sa réduction à quelques secteurs) provient essentiellement du démantèlement de ces stratégies protectionnistes, démantèlement qui a commencé dans les années 1980.

Ce point est extrêmement important. Une partie de la désindustrialisation française proviendrait de la soumission à un cadre international qui s’avère alors contradictoire aux intérêts de l’économie – et des travailleurs – du territoire national.

On voit bien comment la soumission des élites économiques françaises aux théories du libre-échange a empêché la mise en place de stratégies industrielles, soit pour permettre de constituer des branches innovantes soit pour garantir la survie sur le territoire d’activités en déclin (11) mais dont on considère qu’il est stratégiquement nécessaire de maintenir un pôle afin de pouvoir répondre de manière efficace à une situation d’urgence.

C’est ce que nous avons vu avec l’industrie textile française et la production des masques lors de la crise sanitaire du Covid-19.

Des stratégies protectionnistes sont donc nécessaires non pas à la place mais en complément des dépréciations monétaires.

Elles doivent s’inscrire dans une logique de long terme, qui vise à développer ou à préserver certains secteurs considérés comme essentiels, et l’on peut penser ici à la production des principes actifs de l’industrie pharmaceutique.

Ces politiques protectionnistes peuvent aussi être un instrument visant à attirer sur le territoire national des techniques et technologies nouvelles en leur offrant un « marché protégé ».

La constitution de ces « marchés protégés » joue d’ailleurs un rôle essentiel, comme le montre bien Yves Perez, pour la régulation de la balance commerciale d’une économie non dominante (12).

Rétablir des formes de protectionnisme apparaît donc comme une nécessité si l’on veut être cohérent avec l’objectif de relocalisation de certaines industries et de souveraineté économique.

Cela impliquera, aussi, que des formes particulières d’organisation de l’économie soient mises en place afin d’assurer une cohérence entre les effets sur les prix relatifs et la création de dynamiques industrielles. Ces institutions pourraient aller de l’organisation de formes administrées du crédit à la mise en place de modes de planification de l’économie.

Mais, rétablir un cadre protectionniste, dénoncer alors des accords comme les derniers traités de libre-échange signés par l’Union européenne, ne pourra pas ne pas avoir de conséquences profondes et sur l’UE et sur la manière dont on devra penser l’insertion internationale de la France.

On voit bien que ce qui est en cause est l’institution même du « marché unique », qui est en réalité antérieur au traité de Maastricht (et à ses avatars). Il y a aujourd’hui peu de responsables politiques en France qui soient capables de la penser, et encore moins de le dire.

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E/LA DÉPRÉCIATION DE LA MONNAIE ET LA QUESTION DE L’EURO

Le retour à la souveraineté monétaire implique donc que l’on pense la dissolution de la zone Euro ou la sortie unilatérale de la France de cette zone.

Si question de la compétitivité-coût, si elle est loin d’épuiser la question reste néanmoins fondamentale.

Les études du FMI réalisées ces dernières années sur le commerce extérieur posent à nouveau le problème de l’Euro, et donc celui d’une sortie de ce dernier accompagnée de l’éclatement de l’Union Économique et Monétaire (13).

Il convient alors d’envisager les conséquences économiques de la nouvelle situation.

L’écart potentiel à l’intérieur de la zone Euro est considérable. Celui avec l’Allemagne apparaît d’ailleurs bien dans ces études.

L’économie française souffre d’une surévaluation liée à l’existence de l’Euro que l’on peut estimer entre 26% et 43% avec l’Allemagne.

Cela est dû à la fois à la surévaluation générale impliquée par l’existence de l’Euro, mais aussi à la sous-évaluation qu’entraîne l’Euro spécifiquement pour l’Allemagne ainsi que pour les Pays-Bas.

On voit que le montant de l’écart est tel qu’il ne peut être combattu par des changements dans la structure de la fiscalité (et de la parafiscalité) en France, car ces changements, comme le CICE, jouent au maximum sur 5% à 10% du coût.

Dans le cas d’une sortie de l’Euro ou d’une dissolution de ce dernier, les prix nominaux entre la France, l’Italie, l’Espagne et la Belgique et l’Allemagne seraient en forte variation, d’une moyenne de 23% à un maximum de 43%.

Cette variation serait due en priorité à la réévaluation du « nouveau Deutschemark » bien plus qu’à la dépréciation des monnaies des 4 pays considérés. Les taux de change entre ces 4 pays ne bougeraient que peu. Par rapport au « reste du monde » (i.e. la « zone Dollar » et les pays n’utilisant pas l’Euro), le décalage serait bien moindre, de 10% à 15% en moyenne.

On doit ici tenir compte de la différence entre la situation de la France et celle de l’Italie, l’Espagne et la Belgique. La France est un des pays les moins intégrés dans l’UEM. Elle ne réalise, en moyenne, que 55% de ses échanges avec les autres pays de l’UEM.

Par contre, le niveau d’intégration de l’Italie, de l’Espagne et de la Belgique est bien plus élevé, variant entre 65% et 70%.

Dans ces conditions, la hausse des prix (sur 18 mois) que provoquerait une dissolution de la zone Euro sur la France serait entre 3% et 4,5% (cumulés sur la période), hausse qui viendrait s’ajouter à l’inflation actuelle d’environ 1% (par an).

Pour l’Italie, le taux serait de 3,5% à 5,4% (toujours cumulé sur 18 mois).

Ceci constituerait un « pic d’inflation », mais qui resterait transitoire, comme le montre l’évolution actuelle des prix au Royaume-Unis après une dépréciation de la Livre Sterling de près de 26% en un an (14).

Quant aux prix des carburants, rappelons que ceux-ci sont payés en Dollars des Etats-Unis et que les taxes représentent une grande partie du prix à la pompe. De plus, ils ont considérablement baissé ces dernières semaines et ils devraient rester sous le 50 dollars le baril au moins jusqu’à la fin de 2021. Même pour le carburant le moins taxé, et compte tenu du montant de ces taxes, la hausse ne serait que 1/3 du montant de la dépréciation vis-à-vis de la zone Dollar, soit environ 5%…

Les effets sur l’accroissement des exportations, et donc la croissance du PIB, seraient quant à eux bien plus spectaculaires.

On peut estimer cet accroissement à +2,25% / + 3,5% du PIB. Ce type d’accroissement est exactement ce qui convient à la France dans la période actuelle. Nous aurions bien là l’équivalent du « choc de compétitivité » tant cherché par les gouvernements successifs de ces dernières années via des baisses de cotisations (les « charges »), et qui ne s’est jamais manifesté.

Cet accroissement du PIB engendrerait une baisse importante du chômage avec naturellement des effets positifs sur l’UNEDIC et les régimes de retraites, qui permettrait de réduire progressivement les cotisation patronales et salariales, perpétuant alors le « choc de compétitivité » dans les années suivant la sortie de l’Euro.

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F/RETOUR SUR LA QUESTION DE LA COHÉRENCE

Il faut donc revenir sur cette fameuse question de la cohérence entre les objectifs affichés dans les discours et les moyens nécessaires. La chanson que l’on entend depuis ces dernières semaines, y compris chantée par le Président de la République, M. Emmanuel Macron, veut que tout doive changer dans le monde d’après, y compris eux-mêmes.

Or, tant que des positions claires n’auront pas été prises sur la question de la souveraineté monétaire, et donc de la dissolution de la zone Euro, et sur celle du protectionnisme, cette chanson restera incohérente face aux réalités auxquelles l’économie française est confrontée.

Et, de cette incohérence, naitra un sentiment de défiance toujours renouvelé qui finira par paralyser l’action du Président et de son gouvernement.

A moins qu’il ne se décide à aller plus loin dans le tournant autoritaire qui a été prix ces dernières années et considérablement amplifié au nom de l’urgence sanitaire. En ce cas, le monde d’après se révèlerait le monde d’avant, mais en pire.

Et l’explosion sociale, si elle se produisait – et l’on peut penser qu’elle se produirait en effet – emporterait tout sur son passage y compris la vie de ceux qui nous dirigent.



NOTE
1. Sapir J., ОСНОВЫ ЭКОНОМИЧЕСКОГО СУВЕРЕНИТЕТА И ВОПРОС О ФОРМАХ ЕГО РЕАЛИЗАЦИИ [Les Bases de la Souveraineté Économique et la question des formes de sa mise en œuvre] in Problemy Prognozirovanija, 2020, n°2, pp. 3-12.
2. Sapir J., Отзыв на книгу В.Л. Квинта «Стратегия глобального рынка: теория и практические применения». in Экономика и промышленность [Recension de l’ouvrage de V.L. Kvint, La Stratégie du Marché Mondial : Théorie et applications pratiques in Economie et Industrie], Vol. 12, 2019, n°3, pp. 377-383.
3. Blancheton B. et C. Bordes, « Débats monétaires autour de la dévaluation du franc de 1969 » in Revue Européennes des Sciences Sociales, XLV-137, 2007, pp. 213-232.
4. Aglietta, M. et Baulant, C., « Le franc : de l’instrument de croissance à la recherche de l’ancrage nominal », inDu franc Poincaré à l’Ecu, CHEFF, pp. 503-553, 1993
5. Respectivement 3%, 5,75% et 4,25%.
6. Buffet P., « Les réévaluations du mark dans la conjoncture allemande » in Economie et statistique, n°9, Février 1970. pp. 21-35.
7. Caron F., « Le plan Mayer : un retour aux réalités : trois personnalités de l’après guerre face à l’action (1945-1946) », in Histoire, économie et société, n 3, 1982.
8. Mérigot J-G. et Coulbois P., « Le problème monétaire français depuis la fin du deuxième conflit mondial », in Revue économique, vol. 1, n° 3, 1950.
9. Eck J-F., Histoire de l’économie française : de la crise de 1929 à l’euro, Paris, Armand Colin, mai 2009, 1 re éd., 366 p.
10. Perez Y., Les Vertus du Protectionnisme – Crises et mondialisation, les surprenantes leçons du passé, Paris, L’Artilleur, 2019.
11. Okimoto D., with T. Sugano, F. B. Weinstein, M. T. Flaherty Competitive Edge: the Semiconductor Industry in the U.S. and Japan, Stanford, Stanfod University Press, 1984
12. Perez Y., Les Vertus du Protectionnisme, op.cit., pp. 193-202.
13. Voir http://www.imf.org/…/Issues/2017/07/27/2017-external-sector… et http://www.imf.org/…/…/31/2016-External-Sector-Report-PP5057
14. https://fr.news.yahoo.com/inflation-stable-en-grande-bretag…

Global current account imbalances were broadly unchanged in 2016, with minor shifts adding to the reconfiguration under way since 2013. The fall in commodity prices, uneven cyclical recoveries in systemic economies, and differences in policy responses contributed to the rotation of imbalances. Curre…
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Global current account imbalances were broadly unchanged in 2016, with minor shifts adding to the reconfiguration under way since 2013. The fall in commodity prices, uneven cyclical recoveries in systemic economies, and differences in policy responses contributed to the rotation of imbalances. Curre…
Global current account imbalances were broadly unchanged in 2016, with minor shifts adding to the reconfiguration under way since 2013. The fall in commodity prices, uneven cyclical recoveries in systemic economies, and differences in policy responses contributed to the rotation of imbalances. Curre…

SOURCE/https://www.facebook.com/jacques.sapir/posts/1932077630255479?__tn__=K-R

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2/QUE FAIRE DE LA DETTE ?

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Il est aujourd’hui clair que l’endettement de la France augmentera dans des proportions importantes du fait de la crise économique engendrée par le COVID-19. Comme, de plus, le PIB devrait baisser de -8% à -13%, le ratio « DETTE/PIB » devrait monter à 115-120%, voire plus, d’ici à la fin de l’année. Il est donc normal que la question de la dette préoccupe les esprits, même si on peut discuter de la pertinence réelle de cette question. Mais, les réponses que l’on veut y apporter sont diverses.

Trois réponses se dégagent :

  1. une ANNULATION d’une partie de la dette (autrement dit un DEFAUT),
  2. la transformation de cette dette en DETTE PERPETUELLE, une solution défendue aujourd’hui tant à gauche qu’à droite,
  3. enfin la MONETISATION de cette dette.

1 – L’ANNULATION DE LA DETTE.

Certains considèrent, compte tenu des conditions d’émissions de cette dette et du rôle joué par les taux d’intérêts dans les années 1990 à 2010 dans son gonflement, qu’elle est largement « illégitime ». Ils en déduisent la nécessité de l’annuler, en tout ou partie, ce qui revient à dire qu’ils préconisent un DEFAUT, partiel ou global, sur la dette. De tels défauts sont assez fréquents dans l’histoire économique.

  • Si la France a peu utilisée cette méthode (le dernier défaut étant celui de 1812),
    • la Prusse et l’Allemagne ont fait défaut 5 fois depuis 1800 (2 fois pour la Prusse et 3 fois pour l’Allemagne),
    • l’Autriche (et l’Autriche-Hongrie) 8 fois,
    • le Royaume-Uni 4 fois,
    • l’Espagne 9 fois.
  • Une annulation est donc possible ; elle n’est cependant pas souhaitable. En effet, une large part des bons du Trésors (titres de dettes) sont détenus directement et surtout indirectement par les particuliers dans des SICAV, les Fonds en Euro et dans les assurances-vie qui constituent aujourd’hui un des produits d’épargne les plus utilisés avec 1656 milliards d’euros pour 2017.
  • Les 5 premiers groupes de banque-assurance français représentent près de 64% du montant total des assurances-vie.
  • Une ANNULATION de la dette reviendrait à détruire ce capital et mettrait les banques et les assurances dans une situation tellement critique que tout gouvernement serait contraint de se porter à leur secours. Une partie de la dette serait immédiatement recréée. On oublie trop souvent que les titres de dettes jouent un rôle central dans la liquidité des institutions financières, ce qui interdit, de fait, de les annuler. Cette destruction du capital provoquerait de plus un effet très négatif sur les épargnants qui réduiraient massivement leur consommation pour chercher à reconstituer leur épargne détruite. Les conséquences macroéconomiques (dépression) seraient importantes.

2. LA TRANSFORMATION EN DETTE PERPETUELLE.

Le mécanisme est simple en apparence. La dette n’est jamais remboursée, mais elle engendre tous les ans un flux de richesse pour les détenteurs. Cette solution a été proposée tant par des élus LR que par des élus de gauche.

  • Mais, qui accepterait de détenir des titres « perpétuels » alors que les taux d’intérêt sont aujourd’hui très bas ?
    • Certainement pas le grand public, qui exigera un taux réel positif. Or, si un tel taux était pratiqué, il aboutirait à ALLOURDIR le fardeau des intérêts.
    • Et, si ces titres doivent être détenus par des institutions bancaires à des taux négatifs, ils deviennent alors équivalents à un impôt sur les banques et assurances. Je n’y suis pas opposé, mais alors pourquoi faite compliqué (des titres perpétuels, à taux négatifs, que les banques et assurances sont OBLIGES de souscrire) alors que l’on peut faire beaucoup plus simple, par une taxation ? La solution serait, alors, que la Banque Centrale, soit la BCE si l’on estime que l’on doit rester dans l’euro, soit la Banque de France, si l’on estime que l’on doit revenir au franc, doive racheter ces titres. Mais, cela s’appelle de la MONETISATION de la dette tout simplement. L’idée de la dette perpétuelle est donc soit terriblement couteuse pour le gouvernement (si l’on veut des taux réels positifs), soit impraticable, soit tout simplement inutile.

3. LA MONETISATION de la DETTE.

Cette solution est à la fois la plus simple et la plus sage. Compte tenu des circonstances exceptionnelles que provoque l’épidémie du Covid-19, le plus simple consisterait à décider que la Banque Centrale puisse acheter DIRECTEMENT au Trésor (et non sur le marché secondaire), la TOTALITE des bons du Trésor émis pour une période allant de 18 mois à 3 ans, puis qu’elle s’engage à en acheter régulièrement entre 30% et 50%.

  • C’est le système qui fonctionnait jusqu’au années 1970. Ce système a été modifié par la loi de 1973, et rendu impossible avec l’indépendance de la Banque Centrale et le traité de Maastricht au début des années 1990.

J’avais voté contre ce traité à l’époque, et en pleine connaissance de cause.

  • Alors, on sait que la charte de la BCE lui interdit de procéder à de telles opérations.

La réponse serait soit de changer la charte (ce qui, je le conçois, est difficile car il faut l’unanimité des pays membres de l’euro) soit de sortir de l’euro pour retrouver la liberté de manœuvre nécessaire.

Et c’est là que l’on voit la réalité du problème : les « solutions » de l’annulation ou de la transformation en dette perpétuelle ne sont formulées QUE pour éviter de poser la véritable question qui doit être aujourd’hui posée :

  • faut-il rester dans l’euro, avec l’ensemble des conséquences que cela entraine ou faut-il en sortir.

C’est uniquement parce que les femmes et les hommes politiques de notre pays, de la droite à la gauche, se refusent de regarder cette vérité en face, que l’on est obligé de discuter de formules alambiquées ou très dangereuses (comme l’annulation).

C’est uniquement parce que les femmes et les hommes politiques de notre pays n’ont pas le courage de dire aux Français « oui, nous nous sommes résignés à des politiques d’austérité et vous devrez payer, directement et indirectement par la désindustrialisation de notre pays, pour notre inconséquence ».

4. IL FAUT CESSER DE TOURNER AUTOUR DU POT.

On comprend bien que la crise économique, redoutable, que va engendrer l’épidémie du Covid-19 va conduire à ré-ouvrir le débat sur l’euro. Faisons le de manière claire, mais évitons de tomber dans ces « solutions » qui apportent plus de confusion que de remèdes aux maux auxquels nous devons faire face.

Un peu de courage de la part des femmes et des hommes politiques qui prétendent nous représenter serait pourtant la moindre des choses que nous sommes en droit d’attendre.


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