3787 – 1/La Hongrie refuse la Convention d’Istamboul que voudrait imposer l’Union européenne 11 mai 2020… 2/La Roumanie à deux doigts de la violence politique 8 mai 2020… 3/La Roumanie, avant-garde de la dictature pseudo-sanitaire mondiale 4 mai 2020

  1. La Hongrie refuse la Convention d’Istamboul que voudrait imposer l’Union européenne 11 mai 2020

  2. La Roumanie à deux doigts de la violence politique 8 mai 2020

  3. La Roumanie, avant-garde de la dictature pseudo-sanitaire mondiale 4 mai 2020

     

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  1. La Hongrie refuse la Convention d’Istamboul que voudrait imposer l’Union européenne 11 mai 2020

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VisegradPost – Olivier Bault  – 11 mai 2020

HongrieLe parlement hongrois a adopté le 5 mai une résolution 115 voix pour, 35 contre et 3 abstentionspar laquelle il demande au gouvernement de Viktor Orbán de ne pas ratifier la Convention du Conseil de l’Europe sur

« la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique »,
appelée aussi Convention d’Istamboul. Une convention que la France a signée avec enthousiasme en 2014 et que le ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem avait même qualifiée de « levier formidable »
puisqu’elle est imprégnée d’expressions empruntées à l’idéologie du genre et demande aux États signataires de
« promouvoir les changements dans les modes de comportement socioculturel des femmes et des hommes en vue d’éradiquer les préjugés, les coutumes, les traditions et toute autre pratique fondés […] sur un rôle stéréotypé des femmes et des hommes ».

Le tout accompagné d’un nouvel abandon de souveraineté en faveur d’une commission internationale d’experts chargée d’en surveiller la mise en œuvre.

La résolution de l’Assemblée nationale hongroise intitulée

« Déclaration politique sur la défense des enfants et des femmes »
a été adoptée sur initiative du parti chrétien-démocrate KDNP, qui fait partie depuis 2010 de la coalition gouvernementale conduite par le Fidesz de Viktor Orbán. Par cette résolution, le parlement monocaméral hongrois a appelé le gouvernement à suspendre toute démarche visant à ratifier la Convention d’Istamboul que la Hongrie avait signé en 2014 et à agir pour empêcher l’Union européenne de ratifier cette convention.

Treize pays européens refusent toujours de signer la Convention d’Istamboul. Outre la Hongrie, il s’agit, dans l’ordre alphabétique, de l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Bulgarie, la Lettonie, le Liechtenstein, la Lituanie, la Moldavie, la Russie (qui ne l’a pas signée), la Slovaquie, la Tchéquie, l’Ukraine et le Royaume-Uni.

Outre le refus des aspects idéologiques de cette convention, l’Assemblée nationale hongroise a motivé son vote par le fait que la partie positive de ce texte international, c’est-à-dire celle qui concerne la protection des femmes et des enfants, n’apporterait rien de plus au droit hongrois.
En février dernier, c’était le parlement slovaque qui rejetait cette même convention, et ce pour le même type de raisons.

En septembre 2018, le Parlement européen adoptait au contraire une résolution en faveur de l’adhésion de l’Union européenne en tant que telle à la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique.

Les eurodéputés y allaient de leur propre interprétation de cette convention en expliquant que « le refus d’accorder des services liés aux droits et à la santé sexuelle et génésique, y compris la possibilité d’avortements sûrs et légaux, constitue une forme de violence à l’encontre des femmes et des filles ». C’est pourquoi le Parlement européen invitait « tous les États membres à garantir une éducation sexuelle complète, un accès aisé des femmes à la planification familiale et l’ensemble des services de santé génésique et sexuelle, y compris les méthodes de contraception modernes et l’avortement sûr et légal ».
La socialiste française Christine Revault d’Allonnes Bonnefoy, rapporteur du texte, s’était félicitée du fait que « maintenant, on peut considérer que l’avortement est un droit au niveau européen ».

Il faut pourtant reconnaître à la Convention d’Istamboul qu’elle n’évoque en l’occurrence, parmi les cas de violences faites aux femmes, que les situations d’avortements forcés et non pas l’absence d’accès à « l’avortement sûr et légal ».

Mais la résolution du Parlement européen donne déjà une idée de la manière dont la Convention sur les violences faites aux femmes pourrait être dévoyée sur le modèle de ce qui est arrivé à la Convention européenne des droits de l’Homme.

En juillet 2018, la Cour constitutionnelle bulgare avait interdit la ratification de cette convention du Conseil de l’Europe qui imposerait au pays de reconnaître juridiquement l’existence d’un « genre » différent du sexe biologique et sortant de l’altérité homme-femme.

Dans une déclaration publiée en septembre 2018, les évêques catholiques de huit pays d’Europe centrale demandaient aux gouvernements

« de refuser la ratification du protocole d’Istamboul ou de retirer leur signature » en se disant « inquiets de la diffusion de l’idéologie du genre qui se cache aussi dans la Convention d’Istamboul ». « Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour aider l’Europe à revenir à ses racines naturelles et chrétiennes. Ses institutions, y compris ses tribunaux, doivent respecter l’autonomie des pays d’Europe centrale et orientale dans la sphère culturelle et éthique. Les décisions supranationales qui imposent, parfois indirectement, des solutions contraires aux constitutions et aux cultures des différents pays sont source de graves inquiétudes car elles approfondissent le sentiment d’aliénation et agissent contre l’intégration », pouvait-on lire dans la déclaration des évêques d’Europe centrale.
Une alternative à la Convention d’Istamboul est apparue en Pologne, la Convention sur les droits des familles, mais elle n’a pas su s’imposer faute de soutien du gouvernement et du parlement polonais qui ne sont pas revenus sur la ratification en 2015 de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique. Ceci alors que le PiS, qui était à ce moment-là dans l’opposition, avait protesté contre la ratification d’un texte qu’il estimait imprégné d’idéologie du genre.

La ratification par l’Union européenne de la Convention d’Istamboul reste un objectif déclaré de la Commission européenne présidée par l’Allemande Ursula Von der Leyen. L’UE ne peut toutefois pas ratifier une convention refusée par une partie des États membres.


Olivier Bault
Français installé en Pologne depuis le début des années 1990, Olivier Bault est le correspondant à Varsovie du Visegrád Post et du quotidien Présent. Journaliste indépendant suivant attentivement l’actualité polonaise et européenne, il publie également en langue polonaise dans l’hebdomadaire polonais Do Rzeczy et en langue anglaise sur le site kurier.plus de l’Institut de coopération polono-hongroise Wacław Felczak.

source/https://visegradpost.com/fr/2020/05/11/la-hongrie-refuse-la-convention-distamboul-que-voudrait-imposer-lunion-europeenne/

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2/La Roumanie à deux doigts de la violence politique

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Roumanie – Dès l’accession (d’une rapidité certes surprenante), en 2014, de Klaus Iohannis à la plus haute responsabilité de l’État roumain, ses détracteurs ont usé et abusé contre lui du qualificatif « nazi ». Dans la plupart des cas, de façon assez stupide : ceux qui l’employaient, ne sachant guère ce que recouvre le terme, se contentaient de faire ainsi méchamment allusion à l’origine ethnique de Klaus Iohannis , issu d’une minorité de langue allemande -les « Saxons » de Transylvanie – de ce pays multiethnique qu’est la Roumanie. Des liens familiaux ont aussi été mis en exergue –les Saxons ayant, dans les années 1930 et pendant la Seconde Guerre mondiale, bien souvent cédé aux sirènes de l’hitlérisme – , liens familiaux dont Klaus Iohannis n’est bien entendu pas responsable.

Et si on a certes pu relever chez lui des propos suggérant un certain antisémitisme, ce dernier est trop répandu en Roumanie pour qu’on puisse en tirer quelque conclusion que ce soit quant aux phobies supposées dudit Klaus Iohannis, et encore moins quant à leur origine.

Il existe néanmoins une affinité grandissante entre le discours politique de Klaus Iohannis et certains thèmes de l’idéologie de l’Allemagne hitlérienne – affinité dont il est probable que Iohannis lui-même n’ait pas conscience, ce dernier ne semblant pas briller par sa culture historique ou philosophique.

Bref retour en arrière :

Dès la campagne menant à sa première élection, Klaus Iohannis – suivi en cela par la quasi-totalité de la « droite » roumaine rassemblée autour de lui – a systématiquement évacué la politique de son discours électoral.

En Hongrie, le FIDESZ au pouvoir se présente comme « de droite » ou « conservateur » (ajoutant éventuellement « illibéral » depuis 2015, à l’usage de publics plus initiés) ; que ces étiquettes soient appropriées ou non, elles ont le mérite de situer l’idéologie de ce parti de gouvernement sur un spectre idéel, où d’autres positions sont aussi possibles : l’opposition parlementaire au FIDESZ, par exemple, bien qu’essentiellement libérale à la Macron, est généralement nommée – et se nomme souvent elle-même – opposition « de gauche » (ou, de plus en plus, « écologiste » pour certains). Elle constitue donc une option politique, que les médias proches des partis de gouvernement ne recommandent naturellement pas à l’électorat, mais dont tout le monde reconnaît la dignité.

En Roumanie, dès sa campagne de 2014, non content de dénoncer la présence, dans les rangs de la « gauche » roumaine, de quelques personnalités soupçonnées de malversations, Klaus Iohannis a décidé de faire de ses adversaires « socio-démocrates » à vrai dire : populistes « le parti de la corruption », tandis que son propre camp (de facto libéral à la Macron) cessait de se définir comme la « droite » roumaine, pour devenir le camp « du travail bien fait ».

Ce remplacement relativement brutal ,  de la politique par la morale a été accompagné :

  • D’abord d’une exploitation médiatique assez malsaine de l’origine  du candidat, instaurant symboliquement une hiérarchisation géo-biologique de la population roumaine :
    • au Nord-ouest, les transylvains travailleurs, donc riches, cultivés et disciplinés ;
    • au Sud-est (à l’extérieur de l’arc carpatique), les valaques et moldaves, paresseux, voleurs, obscurantistes, portés au mensonge et à l’assistanat.
    • Ce discours a, en 2014 (et même encore un peu en 2019 !) séduit beaucoup d’électeurs issus de la minorité hongroise de Transylvanie. L’ironie du sort a voulu que Klaus Iohannis, élu grâce à eux, se soit ensuite avéré être le président le plus magyarophobe de l’histoire constitutionnelle roumaine (époque communiste comprise). Klaus Iohannis est en effet avant tout une marionnette de l’État profond roumain, lui-même inféodé à l’Empire occidental, qui n’accepte pas les velléités d’indépendance de la Hongrie de Viktor Orbán.
  • Puis, assez vite, d’une coloration de plus en plus biopolitique de ce moralisme. La Roumanie de Klaus Iohannis est devenue « la Roumanie propre », tandis que son adversaire socio-démocrate (en dépit du fait que son programme n’a plus rien de marxiste depuis trente ans) devenait « la peste rouge ». Dans les médias proches de la « droite » roumaine, il est depuis plusieurs années implicitement admis que les électeurs du Parti Social-Démocrate ne peuvent « commettre » un tel choix électoral qu’en l’absence de facultés intellectuelles appropriées – et, à chaque poussée électorale du PSD réapparaît l’idée de remettre en cause le suffrage universel, pour en exclure soit les non-diplômés (réputés idiots), soit les pauvres (scrutin censitaire), soit les vieux – soit toutes ces catégories à la fois (que le discours de la droite roumaine tend de toute façon à confondre).
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AJOUT SANS A PRIORI
D’une superficie de 237 500 km² (Royaume-Uni : 244 820 km²), la Roumanie (ou România) est limitée au nord par l’Ukraine, à l’est par la Moldavie et la mer Noire, au sud par la Bulgarie et à l’ouest par la Serbie et la Hongrie.
Afin d’aider à comprendre la partie historique qui suit, on peut consulter une carte représentant les huit provinces historiques de la Roumanie: la Bucovine, la Moldavie, la Dobroudja, la Munténie, l’Olténie, la Transylvanie, le Banat et le Crisana-Maramures.
Aujourd’hui, il est plus pertinent de ne retenir que trois grandes divisions territoriales: la Moldavie occidentale (avec la Bucovine), la Valachie (avec l’Olténie et la Dobroudja) et la Transylvanie-Banat (avec le Crisana-Maramures). La Moldavie, la Munténie et la Transylvanie existent depuis le Moyen Âge, alors que l’Olténie, le Banat et la Bucovine sont issus des grands bouleversements qui ont eu lieu au XVIIIe siècle; le territoire de la Crisana-Maramures correspond actuellement à une délimitation administrative. Le territoire de la Roumanie est partagé présentement en 40 départements (ou judeţe), excluant la ville de Bucarest (voir la carte des départements).

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1) Les variétés septentrionales : le daco-roumain (qui est devenu le roumain officiel et le moldave officiel) ainsi que l’istro-roumain (considéré comme éteint†). Il s’agissait d’une langue intermédiaire entre le romanche, le ladin et le frioulan des Alpes, et les langues latines orientales telles le daco-roumain, l’aroumain et le mégléno-roumain.
Le daco-roumain constitue la variété la plus importante parmi les langues roumaines. Il est localisé dans l’actuelle Roumanie, en Moldavie et dans les zones limitrophes de la Serbie, de la Bulgarie, de la Hongrie et de l’Ukraine. Le daco-roumain est généralement fragmenté en deux grandes variétés dialectales: le moldave (à l’est et dans quelques enclaves en Ukraine) et le transylvanien (à l’ouest). Toutefois, d’autres découpages sont possibles où ces dialectes empruntent leurs noms à diverses régions de la Roumanie: Maramures, Crişana, Banat, Monténie, Olténie. Ainsi, les variétés septentrionales (« graiurile nordice ») comprennent le maramuréchois (« Maramuresean »), le transylvanien (« Ardelenesc »), le moldave (« Moldovenesc ») et le banatéen (« Banatean »).
Les différences linguistiques sont peu importantes et tous les locuteurs se comprennent aisément. Un mot sur le transylvanien; parmi les quelque 7,7 millions de Transylvaniens, plus de 5,6 millions (72,7 %) parlent le transylvanien; cette variété est parlée quasiment par tous les roumanophones transylvaniens, même par les enfants qui n’apprennent le roumain littéraire qu’à l’école. Il n’y a que les gens d’origine moldave ou valaque qui ne parlent pas le dialecte transylvanien.
Quant à l’istro-roumain, il est aujourd’hui disparu, car le dernier locuteur est décédé en 2006. Il a été pratiqué au cours de la dernière décennie par un millier de locuteurs dans la région de Učka Gora (Slovénie).
2) Les variétés méridionales (valaque): les variétés méridionales (« graiurile sudice ») comprennent le monténien (« Muntenesc »), l’olténien (« Oltenesc ») et le dicien (« Dician »). Le valaque set de base à la langue littéraire au sud). †

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On distingue une variété de roumain parlée plus au sud de la Roumanie, notamment en Bulgarie, en Macédoine, en Albanie et en Grèce : il s’agit de l’aroumain, du mégléno-roumain et du macédo-roumain.
L’aroumain est une langue apparentée au roumain, mais il n’est intelligible qu’à 20 % tout au plus pour un locuteur du roumain (daco-roumain) et réciproquement. Cette langue est parlée par environ 250 000 locuteurs au nord de la Grèce, au sud de l’Albanie, à l’est de la Serbie, en Bulgarie et en république de Macédoine. L’aroumain est appelé familièrement macédo-roumain en Roumanie, mais il n’est ni officiel ni reconnu par les scientifiques.
Quant au mégléno-roumain, il est parlé par une communauté musulmane d’environ 15 000 locuteurs localisés au nord-est de Salonique (Grèce) et au sud de la Bulgarie.
Pour ce qui est du macédo-roumain, il s’agit de l’aroumain parlé en Macédoine, ce qui implique des variantes très mineures entre l’aroumain et le macédo-roumain.
En daco-roumain, les différences régionales sont faibles et n’empêchent aucunement une totale compréhension mutuelle. Les différences entre ces variétés régionales sont extrêmement mineures: elles consistent essentiellement à quelques dizaines de mots régionaux et quelques différences d’ordre phonétique. On estime qu’environ 4 % du lexique serait différent entre la Transylvanie, la Moldavie (y compris la Moldavie occidentale roumaine) et la Valachie. Voici quelques exemples, fournis par M. Spiridon Manoliu, et préconisés par la république de Moldavie (pour la variété moldave):

cf/ http://www.axl.cefan.ulaval.ca/europe/roumanie.htm

 

C’est ici qu’apparaît un trait spécifiquement est-européen de ce discours d’extrême-droite, dont on trouvera aussi des équivalents en Ukraine (chez les « ultras »), ou encore en Pologne (chez les adversaires du PiS), mais qui a naturellement de quoi surprendre l’observateur d’Europe occidentale : son caractère « progressiste ».

C’est en effet une rhétorique d’extrême-droite (hostile à la démocratie, anti-égalitariste, construisant « l’ennemi intérieur », etc.) qui puise moins sa légitimité dans un passé plus ou moins mythique que dans une certaine vision (eugéniste et technologiste) de l’avenir. Ce pourquoi elle réussit en même temps à être favorable au multiculturalisme, à l’agenda LGBT etc.. On reconnaît là un thème majeur de l’idéologie américaine, effectivement très présente en Roumanie, à la fois par les canaux culturels ordinaires (actifs aussi en Europe de l’Ouest), et, de façon plus directe, par la propagation cancéreuse des sectes néo-protestantes pilotées depuis les États-Unis d’Amérique.

Le dénouement (en cours) :

Une fois instruit de ces éléments, on comprend mieux pourquoi, dans la Roumanie de Klaus Iohannis, la « crise du Covid » ne pouvait que dégénérer.

Apparemment, pourtant, tout s’est passé comme ailleurs : sortant d’une insouciance coupable, le gouvernement est d’abord surpris par une menace mal connue, et médiatiquement grossie par la « communication de crise » du gouvernement chinois ; il surréagit donc, et – étant, comme presque partout ailleurs en Europe, à peu près dénué de moyens d’action technique au terme de décennies de saccage néo-libéral du secteur public trouve une solution techniquement peu convaincante, mais spectaculaire, dans la folie suggérée à Boris Johnson (vite imité par Macron) par le gourou Neil Ferguson : le confinement. Jusqu’ici, rien de très surprenant, vu de France, d’Italie, de Suisse ou même de Hongrie.

Mais voilà : en Roumanie, « l’idéologie Covid » se superpose si parfaitement à celle du régime Iohannis qu’elle le mène tout naturellement à ses dernières conséquences. J’ai déjà évoqué ailleurs le premier acte du drame, à savoir la transformation rapide, en mars-avril 2020, de cette démocratie  en dictature militaire. J’ai aussi évoqué les amendes – d’un montant record en Europe – infligées à la pelle pour les moindres infractions à des règles de confinement particulièrement absurdes et liberticides.

Ces amendes sont très vite devenues une des premières recettes fiscales de l’exsangue État roumain.

Or ce 6 mai, la Cour Constitutionnelle roumaine a frappé ces amendes d’illégalité. Elle reproche notamment au décret qui les institue de ne pas définir avec assez de précision les conditions de constatation du délit, ouvrant ainsi un espace d’arbitraire policier que tout le monde a, en effet, pu constater. Amis français : à bon entendeur…

Sans attendre, Klaus Iohannis a, dès le 7 mai, a consacré une allocution télévisée au commentaire de cette décision et de la situation du pays. Confondant allègrement communication de crise et discours de campagne, il a désigné deux ennemis de la « Roumanie propre » qu’il pense incarner :

  • un appareil judiciaire dont il laisse entendre qu’il serait secrètement complice du PSD (que cet appareil judiciaire a pourtant fort sévèrement puni à l’époque où ce parti était présidé par Liviu Dragnea, aujourd’hui incarcéré), et
  • à nouveau, le PSD lui-même. Bien qu’en charge du gouvernement – dirigé par son acolyte Ludovic Orban –, et en dépit du fait que le PSD a approuvé au parlement les pouvoirs exceptionnels confiés audit gouvernement au début de la « crise sanitaire », Iohannis avait déjà, le 29 avril, accusé (sans le moindre fondement) le PSD de « vouloir vendre la Transylvanie aux Hongrois ». Cette fois-ci, plaçant carrément PSD et Covid19 sur le même plan, il donne au discours biopolitique de l’extrême-droite libérale au pouvoir en Roumanie sa forme achevée, parfaite et probablement définitive. La métaphore dangereuse de la « peste rouge » est devenue hallucination en bonne et due forme.

Examinons, donc, l’impact de ces deux « calamités » sur la société roumaine :

Le bilan officiel du Covid19 est aujourd’hui en Roumanie de 888 morts, soit, en deux mois de décompte, 1.26 jour de mortalité générale. Cette situation est d’ailleurs générale en Europe post-communiste, pour, notamment, des raisons de faible longévité (notamment masculine), que j’ai analysées ailleurs. Rien n’indique donc que ce taux de mortalité soit à l’avenir susceptible d’une forte augmentation, ni dans des conditions de confinement actuelles, ni hors confinement (comme le suggère assez clairement l’exemple biélorusse, équivalent oriental de l’exemple suédois).
J’ai souvent évoqué dans ces chroniques le bilan des gouvernements du PSD de Liviu Dragnea (2016-2019), qui a notamment doublé les salaires de la fonction publique – et donc ceux des professions de santé, ralentissant ainsi l’exode des médecins roumains. Aussi léger que soit le bilan roumain de l’épidémie, on peut donc raisonnablement penser que, sans ces gouvernements, il aurait été un peu plus lourd.
Bien plus que par un Covid qui y tue bien moins que les grippes ordinaires, ou par la « peste rouge » du timide PSD, la Roumanie semble donc actuellement menacée par le délire autoritaire de Klaus Iohannis et de l’extrême-droite atlantiste qu’il incarne.
On ne compte plus les voies de faits commises par des membres des forces de l’ordre sur des passants circulant pourtant régulièrement. Il est aussi question de médecins – de toute évidence intimidés – refusant aux victimes de telles violences un certificat d’attestation qui leur est pourtant statutairement dû.
Sous prétexte de lutte contre les « fake news », le régime a fait fermer divers sites d’information hostiles à Klaus Iohannis, dont le site Justițiarul, auquel Klaus Iohannis porte une vieille rancune, pour avoir révélé l’un des aspects les moins reluisants de son ascension sociale au début des années 1990 : ses liens avec un réseau canadien de trafic d’enfants (le site étant censuré, impossible de fournir un lien, ndlr). Sur Internet, enfin, une armée de trolls (a priori issus des effectifs des services « secrets » – c’est-à-dire de la police politique roumaine, la plus nombreuse d’Europe) guette le moindre signe de scepticisme à l’égard du confinement, pour brutalement rappeler à l’ordre le « contrevenant », en évoquant les souffrances de parents placés en soins intensifs (à ceci près que la Roumanie n’a probablement pas assez de lits de soins intensifs pour héberger les parents de tous ces trolls).

Conclusion provisoire :

La question est maintenant avant tout de savoir dans quelle mesure l’État profond roumain conserve encore le contrôle du simulacre démocratique qu’il gère de plus ou moins près depuis l’assassinat du couple Ceauşescu.

Si tel est encore le cas, alors Klaus Iohannis est certainement très proche de sa fin politique, et servira de fusible. Ses charges exagérées contre le PSD peuvent dans ce cas avoir été mises en scène dans le but de doper a contrario la popularité de ce parti (désormais tout aussi contrôlé par l’État profond que le PNL de Iohannis), qui accèderait alors pacifiquement au pouvoir, « afin que tout change pour que rien ne change ».
Si, en revanche, Klaus Iohannis s’avérait être sincère dans le délire paranoïaque et eugéniste affiché par ses dernières interventions publiques, on pourrait désormais s’attendre au pire. Dans ce second cas, il serait tout aussi improbable de le voir finir son mandat (voire l’année) aux commandes de l’État roumain. Mais il risquerait alors, avant de quitter la scène de façon plus ou moins brutale, de laisser un bilan plus lourd que celui du Covid-19, voire (et ce n’est pas peu dire) plus lourd que celui du confinement.

Les points de vues exprimés dans cet article sont ceux de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement ceux de la Rédaction.

Modeste Schwartz
Ancien élève de l’École Normale Supérieure – rue d’Ulm et linguiste, il est également traducteur et auteur. Avec plus de quinze années passées en Roumanie et en Hongrie, Modeste Schwartz s’est spécialisé dans le suivi des politiques danubiennes.

source/https://visegradpost.com/fr/2020/05/08/la-roumanie-a-deux-doigts-de-la-violence-politique/


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3/La Roumanie, avant-garde de la dictature pseudo-sanitaire mondiale 4 mai 2020 par Modeste Schwartz

 

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Modeste Schwartz – – VisegradPost
Roumanie – Imaginez un stade couvert, aménagé en camp de réfugiés. Avec, pour principale originalité frappante par rapport aux installations habituelles du HCR (l’agence de l’ONU pour les réfugiés), des parois de carton séparant les lits les uns des autres, mais pas des couloirs d’accès, et sans plafond, si bien que chaque « chambre » reste parfaitement visible, aussi bien depuis lesdits couloir que depuis les tribunes.

https://consomarketing.files.wordpress.com/2017/09/panoptique-de-jeremy-bentham-6-638.jpg?w=960&h=1280&crop=1 cf/https://consomarketing.wordpress.com/2017/09/30/social-media-as-a-panopticon-experience/


Jeremy Bentham et Michel Foucauld en ont rêvé, Klaus Iohannis l’a fait : le Panopticon, cette prison où un seul homme peut en surveiller mille sans se lever de sa chaise, est aujourd’hui réalité. C’est devant ce genre d’installations que, depuis plusieurs jours, se fait quotidiennement photographier, à Bucarest comme à Cluj, le chef de la dictature militaire roumaine.
Ces installations, créées dans le cadre d’un partenariat entre sociétés multinationales (véritables propriétaires du bantoustan « RO ») et « État roumain », seraient destinées, lors du fameux « pic d’infection » que toute l’Europe post-communiste attend comme la venue du Messie, à héberger des « asymptomatiques », a priori internés de force, étant donné qu’on imagine mal un homme en bonne santé s’installer de bon gré dans un camp de réfugiés.
Bien entendu, le fameux pic n’arrivera jamais, pas plus en Roumanie que dans le reste du monde post-communiste, pour des raisons (essentiellement de moindre longévité) que j’ai déjà expliquées ailleurs. Mais comme ces camps sont de toute façon destinés à des asymptomatiques, la seule base légale de leur éventuelle détention sera le résultat d’un test… effectué par des services de ce même État qui les boucleront. Et eux-mêmes ne disposeront a priori d’aucun moyen de soumettre ce jugement expéditif à l’expertise d’un tiers.
En d’autres termes : pic ou pas pic, l’habeas corpus, en Roumanie, c’est fini pour de bon.
Parmi les nombreux seuils qualitatifs que cette innovation roumaine relègue dans le passé, mentionnons :
  • un seuil juridique : ayant déjà, dans toute l’Europe, notre sacro-sainte liberté de mouvement sur la conscience, la dictature covidienne envisage donc de remplacer l’arrêt domiciliaire par l’incarcération pure et simple. Cela permettra aux divers « gouvernements » dictatoriaux institués sous prétexte de Covid-19 d’enfin reconnaître l’inutilité du confinement, mais sans renoncer à leur narration hystérisante de base : si nous n’obéissons pas, nous allons tous mourir. Pour les grands retardataires, rappelons que le Covid-19 ne semble pas destiné en tant que tel à devenir visible dans les chiffres démographiques mondiaux de 2020. En Roumanie (longévité masculine moyenne : 71 ans – contre 80 en Italie…), le body count total du Covid-19 sur deux mois n’excède toujours pas le bilan de trois jours de mortalité générale en temps normal…
  • un seuil cognitif : en envisageant d’enfermer des « infectés asymptomatiques » dans ces camps gigantesques dénués de tout équipement médical, la junte de Bucarest reconnaît implicitement que l’énorme majorité des infectés jeunes et/ou sans maladies chroniques ne remarque même pas sa rencontre avec le virus. Et reconnaît donc implicitement aussi que, en-dehors des individus vulnérables (de plus de 65 ans et/ou malades), qui de toute façon ne sortent guère de chez eux (soit par conscience du danger, soit… par manque de mobilité autonome), les individus restés à l’extérieur ne courraient aucun risque extraordinaire à être infectés par les incarcérés. L’incarcération devient donc en elle-même la preuve de sa propre inutilité. Après suppression de la pensée logique, cela n’empêchera bien entendu pas des foules féminisées et hystérisées d’applaudir cette grandiose innovation au service de leur « sécurité ».
Évidemment, l’intense médiatisation de cette initiative due à un joint-venture militaro-corporatiste digne des riches heures de l’Amérique latine n’est elle-même probablement pas destinée à sauver l’insauvable popularité du fusible Klaus Iohannis, mais avant tout à tâter le terrain.
J’aurais donc tendance à la placer dans la même série qu’un autre événement plus récent, lui aussi trop intensément médiatisé en Roumanie pour ne pas avoir bénéficié de l’artillerie communicationnelle de l’État profond : les propos de l’ancien président Traian Băsescu, annonçant benoitement qu’à son avis, le confinement va probablement devenir annuel, voir – sous une forme quelque peu aménagée – permanent.
Là encore, c’est un fusible – et même un fusible usagé – qui s’exprime : ayant, au cours de ses deux mandats à la tête du pays (2004-14) expédié un job comparable à celui de Boris Eltsine en Russie ou de Ferenc Gyurcsány en Hongrie (politiques « de rigueur » criminelles, diminution des salaires et des retraites, saccage de la fonction publique, etc.), Traian Băsescu ne risque pas de jamais échapper vers le haut à la zone des 3%-5% où stagne, grâce à un reliquat d’électorat clientélaire, son parti de poche (le PMP – probablement avec un peu d’aide discrète du STS au décompte des voix). Et de tels propos risquent encore moins de regonfler sa popularité que les « selfies devant Panopticon » de Iohannis de relancer la sienne. Ils constituent donc de toute évidence un ballon d’essai, lancé – principalement sur les réseaux sociaux – pour tester la docilité d’une population qui subit déjà le confinement le plus féroce d’Europe, et paye déjà les amendes les plus lourdes (alors même qu’elle est en queue du classement européen des salaires).

Le président roumain Klaus Iohannis en visite dans le centre d’accueil Bucureștii Noi des patients légers du Covid-19, mis en place par le privé et des ONG, le 24 avril 2020. Photo : Facebook / Klaus Iohannis

 
Comparée à ces grands pas en avant de la « sécurité sanitaire », la fermeture par les autorités roumaines de divers sites de presse d’opinion (notamment proche du nationalisme orthodoxe) qui s’étaient rendu coupable de trop d’esprit critique concernant la narration covidienne prend vite une allure de fait divers.
On retrouve ici un trait saillant de la Roumanie post-1989, tel que je l’ai souvent relevé dans ces chroniques : paradis du retraitement de déchets toxiques, la Roumanie sert aussi de laboratoire à l’air libre, pour les tests grandeurs nature menant à la validation de diverses technologies (hard ou soft) jugées potentiellement dangereuses.
Cela va des « G » successives de la téléphonie mobile (qui apparaissent toujours en exclusivité européenne dans ce pays… le plus pauvre de l’UE) aux techniques d’ingénierie sociale covidienne actuellement en cours d’élaboration.
Et ce, parce que ce laboratoire présente, sur le plan politique, un risque d’explosion minimal : les Roumains n’ont aujourd’hui pour la plupart pas d’identité nationale
(tout au plus ethnique – fondée notamment sur la haine savamment entretenue de leurs voisins), ni – en dehors des dix milles patriciens aux commandes de la Securitate – d’identité de classe ; confrontés à la détérioration de leurs conditions de vie, le premier réflexe des Roumains jeunes et ambitieux est d’émigrer – en aucun cas de chercher à assumer des responsabilités collectives. Même leur identité religieuse – historiquement la seule à avoir montré une certaine efficacité mobilisatrice – est aujourd’hui compromise, à mesure, d’une part, que ce vieux pays orthodoxe devient (comme le Brésil et tant de pays du Sud)
néo-protestant ; d’autre part, du fait de la décrédibilisation accélérée d’une Église Orthodoxe Roumaine annexée par la Securitate, et qui, subséquemment, ne parvient même plus à produire un simulacre convainquant de résistance – que ce soit face à l’agenda LGBT ou, plus récemment, face à la dictature covidienne.
Enfin, pour ceux qui me soupçonneraient de grossir le trait, je ne résiste pas au plaisir de traduire un passage des propos susmentionnés du grand leader nationaliste roumain Traian Băsescu :
« Les Roumains sont une nation docile ; ils ne se sont pas révoltés quand, à l’époque de la crise de 2008-12, j’ai appliqué les mesures les plus dures du monde ; ils ne se révolteront donc pas non plus à présent, même soumis au confinement le plus dur de l’UE. »
Chiche ?

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Les points de vues exprimés dans cet article sont ceux de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement ceux de la Rédaction.
Modeste Schwartz
Ancien élève de l’École Normale Supérieure – rue d’Ulm et linguiste, il est également traducteur et auteur. Avec plus de quinze années passées en Roumanie et en Hongrie, Modeste Schwartz s’est spécialisé dans le suivi des politiques danubiennes.

source/https://visegradpost.com/fr/2020/05/04/la-roumanie-avant-garde-de-la-dictature-pseudo-sanitaire-mondiale/