3604 – Les transformations de la politique étrangère dans toute l’Asie.

INTRO Les transformations de la politique étrangère dans toute l’Asie.

1/ Le Pakistan renforce ses liens militaires avec l’Iran et garde l’Inde à l’œil par M. K. Bhadrakumar,* Inde

2/ L’avertissement des États-Unis pourrait être une ingérence inutile dans la souveraineté du Pakistan par Zamir A. Awan,* Islamabad

3/ La fin provisoire d’une farce électorale dans l’Hindou-Kouch! par Matin Baraki

4/ Afghanistan – là aussi rien que des mensonges de la part de l’OTAN par Willy Wimmer

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INTRO – Les transformations de la politique étrangère dans toute l’Asie.

Actuellement, quand on parle de l’Asie centrale et orientale en Europe, on pense souvent d’abord à la Chine.

Même l’OTAN, lors de la réunion de ses chefs d’État et de gouvernement à Londres les 3 et 4 décembre 2019, s’est occupée de ce grand et puissant pays asiatique et a inclus un passage significatif dans sa déclaration finale, rendant désormais officiel pour tous les États membres de l’OTAN ce qui se prépare depuis belle lurette contre la Chine:

«Nous reconnaissons que l’influence croissante et les politiques internationales de la Chine présentent à la fois des opportunités et des défis que nous devons affronter ensemble dans un climat d’alliance.»

Mais il y a aussi beaucoup d’autres choses importantes à signaler.

Les ramifications et les transformations dans la politique des États d’Asie centrale et orientale ne sont guère traitées en profondeur dans la grande majorité des médias européens.

«Horizons et débats» tente donc aussi souvent que possible de faire entendre des voix asiatiques portant un regard inhabituel et inconnu, pour la plupart d’entre nous, sur les événements politiques qui s’y déroulent en nous invitant à nous pencher de plus près sur ce qui s’y passe.

Il y a plus de dix ans, Kishore Mahbubani a publié un livre au titre significatif: «Le défi asiatique» (Fayard 2008). C’est une raison suffisante pour se faire une idée de cette région du monde qui ne se caractérise plus par la recherche de la domination mais par la volonté de saisir et de comprendre – tel un premier pas vers de futures relations d’égalité et d’équité

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1 – Le Pakistan renforce ses liens militaires avec l’Iran et garde l’Inde à l’œil

M. K. Bhadrakumar, Inde maxresdefault M. K. Bhadrakumar

par M. K. Bhadrakumar,* Inde – Indian Punchline – Horizons & Débats

le général Qamar Bajwa, YqtgYabjaWMVoLu-800x450-noPad  le général Qamar Bajwa,

Malgré une faible couverture de la part des médias pakistanais, la visite de deux jours du chef de l’armée, le général Qamar Bajwa, en Iran représente une accélération du rythme des échanges militaires entre les deux pays.

L’aura conférée à cet événement par la partie iranienne est résolument politique, le chef de l’armée pakistanaise ayant rencontré

  • le président Hassan Rohani,
  • le ministre des Affaires étrangères Javad Zarif
  • et le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale Ali Sham-khani,
  • en plus de ses entretiens avec son hôte, le chef d’état-major des Forces armées iraniennes Hossein Baqeri.

La sécurité des frontières et la lutte contre le terrorisme sont les principales préoccupations de l’Iran.

Lors de ses entretiens, Bajwa a longuement évoqué les problématiques régionales et s’est même attardé sur la «coopération sur les grands enjeux du monde musulman» entre les deux pays. Les comptes-rendus iraniens ne font pas mention de la question du Cachemire ou des tensions entre l’Inde et le Pakistan, mais il est inconcevable que le général Bajwa ait évité le sujet.

Missile pakistanais Shaheen II shaheen2  Missile pakistanais Shaheen II

En réalité, au moment même où le général Bajwa était en route pour Téhéran le 18 novembre, le Pakistan procédait au tir d’essai du missile balistique sol-sol Shaheen-1, un jour après que l’Inde a effectué la première nuit d’essai de son missile Agni-II.

L’agence de presse iranienne IRNA a pris note du fait que le tir de Shaheen-1

«visait à tester l’état de préparation opérationnelle du Commandement des forces stratégiques de l’armée, assurant au Pakistan un niveau ‹minimal crédible de dissuasion›».1

Dans un tweet, le porte-parole de l’armée pakistanaise a indiqué que le général Bajwa et le président Rohani avaient discuté «de l’état de la sécurité régionale et de questions d’intérêt mutuel».

le président Rohani MjAxOTA5OTM1ZmYyNTgzMWZlOTM3YWUzYzBmZjc4NDU3Y2IwYWE le président Rohani

Selon l’agence iranienne IRNA, le général Bajwa a annoncé à Rohani que le Pakistan était prêt à renforcer les relations bilatérales «dans tous les domaines». Rohani a également salué le rôle du Pakistan en faveur de la paix régionale et qualifié les relations entre les deux nations musulmanes d’«atout inestimable» devant être mises à profit pour continuer à stimuler leur coopération.

Les comptes-rendus iraniens ont cité les propos du général Bajwa, selon lesquels le Pakistan et l’Irak étaient confrontés à «des menaces communes et partageaient des intérêts communs», appelant à une coopération et à une interaction étroites.

Un commentaire de l’IRNA a souligné que

«dans les dernières années, Téhéran et Isla-mabad avaient assisté à des échanges d’im-portance capitale entre hauts responsables militaires, et [que] la récente visite du chef de l’armée pakistanaise en Iran démontrait la volonté des deux parties de consolider leurs liens militaires par une diplomatie active».
Pakistan Chief of Army Staff (COAS) General Qamar Javed Bajwa (L) Major General Mohammad Bagheri (R) 4bsnb48782542c1jej5_800C450  Pakistan Chief of Army Staff (COAS) General Qamar Javed Bajwa (L) Major General Mohammad Bagheri (R)

L’agence de presse semi-officielle FARS a rapporté que le général Bajwa et le général Baqeri avaient examiné

«différentes questions allant de la coopération en matière de sécurité à l’évolution de la situation régionale en passant par le maintien d’une sécurité durable dans la région» et avaient «étudié les moyens de renforcer et de revigorer les relations dans le domaine de la défense».

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L’amiral Shamkhani, qui est subordonné au guide suprême Ali Khamenei, a notamment appelé à «l’expansion totale des liens» avec le Pakistan «afin d’assurer la sécurité au niveau régional».

De même, le ministre des Affaires étrangères Zarif et le général Bajwa

«ont discuté d’un grand nombre de sujets, concernant notamment les relations politiques, économiques et militaires» de l’Iran et du Pakistan, ainsi que la «coopération régionale et l’évolution de la situation dans la région, y compris en Afghanistan»

Les commentateurs iraniens soulignent unanimement le fait que Téhéran s’attend à ce que l’Iran et le Pakistan amorcent une nouvelle phase dans leurs relations.

La visite du général Bajwa s’inscrit dans l’intensification des rencontres entre hauts représentants des deux pays commencée il y a deux ans, depuis le voyage inédit du général en 2017, qui était la première visite d’un chef de l’armée pakistanaise depuis plus de vingt ans.

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Lors de sa visite de 2017, le général Bajwa avait indiqué à Rohani que le Pakistan était résolu à étendre ses liens avec l’Iran dans tous les domaines, et qu’il espérait que les deux voisins pourraient collaborer en faveur de la paix et de la sécurité régionales.

Par la suite, les changements géopolitiques qui ont marqué la région ont agi en catalyseur et donné un nouvel élan à leur relation. Parmi eux, c’est le «virage vers l’Arabie saoudite» opéré par Delhi dans sa stratégie de conduite habituelle consistant à ne pas se mêler des discordes et des rivalités entre les pays du Golfe dans une perspective de neutralité bienveillante.

Au moment où les tensions entre les États-Unis et l’Iran commençaient à s’intensifier, le gouvernement de Modi s’est conformé sans ménagement au diktat de Washington préconisant de rompre tous liens avec l’Iran, en mettant fin aux importations de pétrole depuis ce pays.

L’attitude pusillanime des dirigeants soi-disant nationalistes de Delhi a pris Téhéran par surprise.

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Téhéran a fait part de sa profonde déception lorsque le gouvernement de Modi est même allé jusqu’à se rétracter de ses engagements concernant sa coopération avec l’Iran pour la construction du port de Tchabahar, qui doit jouer un rôle clé pour l’interconnexion et la sécurité régionales en lien avec la stabilité de l’Afghanistan.

La volte-face indienne concernant Tchabahar est devenue le symbole du revirement phénoménal de l’Inde en matière de politique régionale, qui vise à s’accorder avec la stratégie américaine à un moment critique où la méthode de «pression maximale» alimente les tensions dans le Golfe et s’accompagne d’une augmentation durable des déploiements militaires des États-Unis en Arabie saoudite, ce qui pourrait bien être un prélude à une confrontation avec l’Iran.

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Pour couronner le tout, la province iranienne de Sistan-et-Baloutchistan est également la cible de groupes terroristes qui seraient financés par l’Arabie saoudite.

Téhéran sent que le gouvernement de Modi se rapproche inexorablement de l’axe américano-israélo-saoudien, abandonnant la politique de neutralité traditionnellement adoptée par l’Inde dans le Golfe.

La franche amitié qui lie personnellement le Premier ministre Modi au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a dû sonner l’alarme à Téhéran.

Par ailleurs, le Pakistan suit de près la dégradation de la relation entre l’Inde et l’Iran et se rend bien compte que la stratégie indienne vieille de 40 ans tendant à considérer l’Iran comme un «deuxième front» est en train d’arriver à son terme.

En attendant, pour la première fois depuis la révolution islamique de 1979, le gouvernement iranien apprécie l’indépendance de la politique étrangère du Pakistan.

Téhéran doit logiquement considérer que les conditions sont favorables pour faire évoluer la coopération militaire irano-pakistanaise. Il est important de noter que le délai de cinq ans prévu par l’ONU pour l’embargo sur le commerce des armes avec l’Iran expire l’année prochaine, tandis que la limitation imposée aux activités liées aux missiles iraniens pour une période de huit ans prend fin en 2023.

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Bien entendu, Téhéran pourrait présenter un argument décisif en acceptant de soutenir le Pakistan sur la question du Cachemire.

En termes géopolitiques, le programme global de politique étrangère de l’Iran centré sur l’intégration eurasienne met Téhéran et le Pakistan plus ou moins sur la même longueur d’onde en matière de politique régionale.

iran Mohammad Djavad Zarif, 19921543  Mohammad Djavad Zarif, Ministre Affaires Etrangères d’Iran

Lors d’une récente rencontre à Téhéran avec un groupe d’écrivains et de journalistes indiens, Zarif a reconnu que les actions économiques et politiques des États-Unis avaient créé «une compréhension» entre la Chine, la Russie et l’Iran

«du fait que nous sommes tous des cibles (américaines)» et qu’il y avait «un point commun ressenti» par les dirigeants des trois pays. Bien entendu, Islama-bad en est bien conscient, ayant lui-même été une «cible».

•Source: Indian Punchline, 19/11/19(Traduction Horizons et débats)


1 ndt.: Principe fondé sur la doctrine nucléaire indienne excluant l’option de la première attaque et préconisant une riposte punitive en cas d’agression. https://en.wikipedia.org/wiki/Credible_minimum_deterrenc

M. K. Bhadrakumar a servi pendant environ trois décennies comme diplomate de carrière au ser-vice du ministère indien des Affaires étrangères. Il a été ambassadeur en ex-Union soviétique, au Pakistan, en Iran, en Afghanistan, en Corée du Sud, au Sri Lanka, en Allemagne et en Turquie. Ses textes traitent principalement de la politique étrangère indienne et des événements au Moyen-Orient, en Eurasie, en Asie centrale, en Asie du Sud et en Asie du Pacifique. Son blog s’appelle «Indian P unch line».

source page 3 https://www.voltairenet.org/IMG/pdf/HD_29_2019.pdf

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2 – L’avertissement des États-Unis pourrait être une ingérence inutile dans la souveraineté du Pakistan

Zamir A. Awan en chine b8aeed966f0c17c25d6c14  Zamir A. Awan

par Zamir A. Awan,* Islamabad – No 29, 6 janvier 2020  page 3 Horizons et débats

Il apparaît clairement que les États-Unis se sentent menacés par l’essor effréné de la Chine, et c’est pourquoi ils prennent toutes les mesures qui s’imposent pour juguler son développement rapide et appliquent une politique dite de «confinement» ou de «restriction de la Chine».

Du fait de cette stratégie, les États-Unis s’opposent à la «Nouvelle route de la soie» (BRI = Belt and Road Initiative), une initiative chinoise monumentale dans le cadre de laquelle des investissements de plusieurs milliers de milliards de dollars sont prévus dans le monde entier.

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Plus de 160 pays, régions et organisations internationales ont reconnu la BRI et environ 90 pays y participent.

Certains d’entre eux en tirent déjà profit. Le Pakistan est l’un des principaux bénéficiaires de la BRI.

Le Corridor économique Chine-Pakistan (CECP) est l’un des six corridors prévus dans le cadre de cette initiative.

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Le CPEC est l’un de ses projets phares et est considéré comme un modèle par le reste du monde, son succès représentant celui la BRI. Il revêt donc une importance majeure pour les gouvernements du Pakistan comme de la Chine.

Néanmoins, en raison de leur politique antichinoise, les États-Unis s’opposent également au CECP, en se servant de l’Inde et d’autres pays.

Le gouvernement indien a attribué un budget colossal de 500 millions de dollars américains à sa célèbre agence de renseignement «RAW» en vue de saboter le CECP et de prendre pour cibles des citoyens chinois et leurs avoirs au Pakistan.

Mais c’est bien la première fois qu’un diplomate américain haut gradé comme Alice Wells, la Secrétaire d’État assistante pour l’Asie du Sud, a déclaré lors d’une conférence le 21 novembre que le Corridor économique Chine-Pakistan, d’une valeur de 60 milliards de dollars américains, ne profiterait qu’à Pékin.

Alice Wells, la Secrétaire d’État assistante pour l’Asie du Sud, 20180730012708724Alice Wells, la Secrétaire d’État assistante pour l’Asie du Sud, Alice Wells, la Secrétaire d’État assistante pour l’Asie du Sud

«Les États-Unis ont mis le Pakistan en garde concernant les risques à long terme pour son économie s’il participait à l’énorme projet d’infrastructure de la Chine, et lui ont suggéré de se tourner vers le modèle commercial américain à la place.» Elle a ensuite insisté sur le fait que les Pakistanais devraient se pencher sur les détails exacts des contrats signés avec la Chine dans le cadre du CECP.

Et c’est vrai: le peuple du Pakistan devrait connaître tous les accords passés avec d’autres pays et organisations internationales, en particulier en ce qui concerne leurs aspects économiques, politiques et stratégiques.

Il devrait connaître l’accord récent qui a été signé avec le FMI et ses modalités politiques contraignantes.

Le Pakistan était du côté des Américains pendant la guerre froide, et le peuple pakistanais devrait savoir quels étaient alors leurs accords exacts.

  • Le Pakistan s’est rallié aux États-Unis dans sa guerre contre le terrorisme, et les Pakistanais sont curieux de connaître tous les détails de leur entente avec les États-Unis.
    • Le Pakistan a-t-il servi les intérêts des Américains durant les sept dernières décennies pour rien?
    • Quels étaient les accords entre les gouvernements pakistanais et américains pour des services aussi longs?
    • Pourquoi les États-Unis ont-ils soudainement changé leur politique en 2011 et se sont-ils alliés à l’Inde ?
    • pourquoi se déclarent-ils «Partenaire privilégié pour la défense» de l’Inde et soutiennent-ils ce pays politiquement et diplomatiquement contre le Pakistan?
    • Pourquoi ont-ils fourni à l’Inde les armes et les technologies les plus récentes, étendu son programme économique et fiscal et lui ont-ils donné l’accès à des technologies interdites et sensibles?

Dans les faits, l’Inde est devenue le principal bénéficiaire de l’assistance américaine, derrière Israël. En réalité, les États-Unis ont fait un virage à 180 degrés et, non contents de refroidir leurs relations avec le Pakistan, ils ont choisi de s’en détourner complètement.

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Dans ces circonstances, leur amitié vieille de 70 ans a été ignorée, mettant le Pakistan dans une grave situation de crise.

Alors que le Pakistan traversait la pire crise économique de son histoire et souffrait d’une pénurie d’électricité, les États-Unis ont ignoré ses intérêts et se sont rangés aux côtés de l’Inde.

Il était donc naturel que lorsque la Chine a lancé son programme BRI en 2013, le Pakistan l’ait bien accueilli et l’ait immédiatement rejoint. Aujourd’hui, le CECP est signé et le peuple pakistanais en récolte les fruits.

Toute critique émise par les Etats-Unis sera rejetée par la Chine comme par le Pakistan. Le Pakistan est un État souverain; il a le droit de décider de tisser des relations avec n’importe quel pays si cela correspond à ses intérêts nationaux. L’ingérence des États-Unis et leurs avertissements sont inutiles et inacceptables selon toutes les normes du monde civilisé.

•Source: https://orientalreview.org/2019/11/28/the-us-warning-may-be-unnecessary-interference-in-pakistans-sovereignty

/(Traduction Horizons et débats)Le Pakistan renforce ses liens militaires avec l’Iran et garde l’Inde à l’œil par M. K. Bhadrakumar,* Inde

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3 – La fin provisoire d’une farce électorale dans l’Hindou-Kouch!

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par Matin BarakiNo 29, 6 janvier 2020  page 4 Horizons et débats

Le 22 décembre 2019, presque trois mois après l’élection présidentielle en Afghanistan, le président sortant Ashraf Ghani a été déclaré vainqueur.

President-Ashraf-Ghle président sortant Ashraf Ghani ani-Announces-Peace-Plan-At-Geneva-Conference-At-Geneva-Conference-On-Afghanistan  le président sortant Ashraf Ghani

Ghani aurait remporté 50,64% des voix lors des élections du 28 septembre, selon la Commission électorale indépendante au titre de résultat préliminaire. D’après elle, Ghani aurait obtenu la majorité absolue nécessaire pour une victoire au premier tour de scrutin.

Son concurrent le plus prometteur, le chef du gouvernement Abdullah Abdullah, aurait atteint 39,52%. Il avait déjà annoncé à l’avance qu’il ne reconnaîtrait pas les résultats.Le 30 décembre 2018, la soi-disant Commission électorale indépendante en Afghanistan avait reporté de trois mois l’élection présidentielle prévue pour avril 2019.

Elle a fixé la nouvelle date du scrutin au dimanche 20 juillet 2019, comme l’a annoncé le chef de la Commission électorale Abdul Badi Sajjad aux journalistes de Kaboul. Cependant, les élections pour élire le nouveau président ne devaient pas avoir lieu avant le 28 septembre 2019.

Le mandat du président sortant Ashraf Ghani ayant expiré depuis longtemps, il travaillait sans mandat valide. Comme la population n’attendait à juste titre rien de ces élections, elle ne se souciait pas de savoir si elles auraient lieu ou non et si un seigneur de la guerre ou une marionnette américaine siègerait à l’avenir dans le palais présidentiel.

D’une part, on savait que les États-Unis allaient décider du prochain président afghan, et d’autre part, il n’aurait de toute façon rien à dire. C’est ainsi que l’on pouvait décrire l’atmosphère générale. Cette attitude fataliste des citoyens est, entre autres, le terreau des opérations réussies des talibans dans de grandes parties du pays.

Ils sont tolérés ou protégés par la population, voire les bienvenus. Les Afghans en ont assez des bureaucrates corrompus au sein de l’État, de l’administration, de la justice, de l’armée et de la police, tous littéralement incorporés par les chefs de guerre et leur entourage, ainsi que par les Afghans américains et européens.

Le 28 septembre 2019, le vote a enfin eu lieu.

Le bulletin de vote contenait les noms de 18 candidats.1

  • Parmi eux se trouvaient des chefs de guerre et des criminels de guerre tels que Gulbuddin Hektmayar, Ahmad Zia Masud et l’Afghan américain Ashraf Ghani.
  • Quatre candidats avaient retiré leur candidature en faveur des plus performants.
    • En principe, ils se sont vendus parce que les candidats prometteurs Ghani et Abdullah
      • Abdullah leur ont promis des postes.
      • Cela fut également le cas lors de toutes les élections précédentes depuis 2004.
      • En 2019, 13,5 millions de personnes avaient le droit de vote.
      • Sur ce nombre, 9,6 millions se sont inscrits, mais seulement 2 millions ont participé au vote.
      • Cela ne représente que 16,6% des personnes ayant le droit de vote.

afghanistan 1 2980579 Gulbuddin Hektmayar

Ahmad Zia Masud 2007-06-Afghanistan-9994  Ahmad Zia Masud

Afghanistan's President Ashraf Ghani speaks during a live TV broadcast at the presidential palace in Kabul  l’Afghan américain Ashraf Ghani

Suite aux nouveaux contrôles, la Commission électorale a révisé à la baisse le nombre de votes exprimés, le ramenant à 1,9 millions.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA VOIR SUR http://www.jordimagraner.com/hindoukouch.html

  • 1 Seuls 19% des électeurs inscrits, soit «moins de 5% de la population», se sont rendus aux urnes.
  • 2 Le futur président du pays du Hindou-Kouch n’a donc pas de légitimité. Un résultat préliminaire devait être annoncé le 19 octobre.
    • Les observateurs sur place sont d’avis qu’on voulait gagner du temps afin de poursuivre la falsification, tout comme par le passé. Dans la nuit du 20 au 21 octobre, «des membres d’une unité spéciale de la police ont eu accès au bâtiment du Centre de données de la Commission électorale».
  • 3 Il s’agirait d’une tentative de manipulation de l’élection d’Ashraf Ghani.
    • Des fraudes électorales ont été signalées en sa faveur dans 16 circonscrip-tions.
      • Par exemple à Kaboul 130 000,
      • à Paltya et Paktika 150 000,
      • à Kandahar 50 000,
      • à Logar 60 000,
      • à Khost 70 000,
      • à Kapisa 5000,
      • à Nangrahar 100 000,
      • à Laghman 3000,
      • à Kunar 20 000,
      • à Helmand 8000,
      • au Nuristan 120 000,
      • à Zaboul 10 000,
      • dans les districts de Herat 50 000,
      • dans le Ghurband 10 000,
      • à Kunduz 2000 voix.
  • 4 En Afghanistan, la tendance de ces dernières années aurait été négative, comme l’a déclaré, dans un langage plutôt diplomatique,

AFGHANISTAN AFF. ETRANGERES Rangin Dadfar Spanta ... 85738-ministre-afghan-affaires-etrangeres-rangin  Rangin Dadfar Spanta

  • l’ancien ministre afghan des Affaires étrangères Rangin Dadfar Spanta sur les ondes du Deutschlandfunk.
    • Dans le cadre des élections présidentielles actuelles, il s’attend également à un «grand nombre de falsifications organisées»
  • 5 en faveur d’Ashraf Ghani. Il n’est donc pas surprenant que les favoris Ghani et Abdullah aient eux-mêmes parlé de fraude électorale avant même les élections.

Amrullah Saleh, à Kaboul, en Afghanistan, le 13 septembre.  Amrullah Saleh

Le chef du service secret mal famé d’Hamed Karzaï, tortionnaire et candidat actuel au poste de vice-président d’Ashraf Ghani, Amrullah Saleh, avait rendu visite à la présidente sortante de la Commission électorale indépendante Hawa Nuristani à son domicile privé à la mi-octobre, accompagné de ses plus proches collaborateurs Asadullah Khaled et Hamdullah Muheb.

Hawa Nuristani D_ghfHvWsAAIqCx  Hawa Nuristani

Elle aurait subi des pressions pour manipuler les résultats des élections en faveur d’Ashraf Ghani. Cela a provoqué une tempête d’indignation dans les médias sociaux afghans.

  • 6 En outre, 53006 bureaux de vote, soit plus d’un tiers du nombre total, n’ont pas été ouverts, car l’État n’aurait soi-disant pas pu garantir la sécurité, bien que plus de 100’000 soldats, policiers et agents des services secrets aient été déployés et que 20 000 à 30 000 autres étaient en réserve
  • 7 Certains observateurs sur place ont considéré que les bureaux de vote sont restés fermés dans les circonscriptions où Abdullah, le concurrent du président en fonction Ghani, aurait pu obtenir une majorité des voix. «Les élections présidentielles en Afghanistan du samedi [28 septembre] ont claire-ment échoué».
  • 8  Toutefois, les candidats les plus prometteurs, Ghani et Abdullah, se sont les deux déclarés vainqueurs immédiatement après les élections. Bien que les résultats définitifs des élections ne soient pas encore connus, Amrullah Saleh se comporte comme s’il avait déjà été élu vice-président. La campagne électorale de Ghani a coûté à elle seule 180 millions de dollars.
    • Qui a financé cela, d’où vient tout cet argent, alors que des millions d’Afghans végètent dans la misère, se demandent de nombreuses personnes dans les médias sociaux.
    • Le plan initial était d’annoncer les résultats préliminaires le 27 octobre.
    • Cette date fut reportée au 14 novembre.
    • Finalement, le porte-parole de la Commission électorale indépendante annonça que les résultats définitifs ne seraient pas publiés avant le 6 décembre.

Zalmai Khalil-zad USA 20190208_zalmay_khalilzad_ftz_4681-event  Zalmai Khalil-zad Américain 

    • Le diplomate américain Zalmai Khalil-zad est arrivé à Kaboul fin octobre et s’est entretenu avec
      • Abdullah Abdullah,
      • l’ancien président Hamed Karzai
      • et d’autres chefs de guerre tels Mohammad Atta Noor,
      • Mohammad Junos Qanuni,
      • le dirigeant chiite Mohammad Mohaqeq
      • et l’ancien conseiller à la sécurité d’Ashraf Ghani, Mohammad Hanif Atmar.
    • Les observateurs soupçonnent que le futur vainqueur des élections et la répartition des postes aient alors été négociés.
      • Quel est le bilan réel des mandats de Ghani, cet ancien haut fonctionnaire de la Banque mondiale?
      • Comme on le sait, il n’a presque rien à dire en dehors de Kaboul, et il contrôle encore moins le pays.
      • Les seigneurs de la guerre font ce qu’ils veulent.

En termes de taux d’analphabétisme, l’Afghanistan se classe au deuxième rang mondial. Le pays est considéré comme le moins approprié pour les investissements étrangers.

En ce qui concerne la corruption, l’Afghanistan se classe fièrement au 172e rang sur 180 pays.

Le pays est le numéro un mondial en termes de production de drogues, d’insécurité pour les femmes et les journalistes.

  • Plus de 72% des femmes ont des problèmes de santé mentale.
  • Environ trois millions de personnes sont toxicomanes, y compris des enfants.
  • Comme en Syrie, de nombreux jeunes Afghans, issus principalement de la classe moyenne, quittent leur pays.

L’Afghanistan perd ainsi les forces indispensables à la reconstruction.

Environ 75% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Malgré des milliards de dollars d’aide, l’Afghanistan est endetté à hauteur de plus d’un milliard de dollars.

Les talibans se déplacent dans l’Hindou-Kouch comme des poissons dans l’eau. C’est là que réside leur force. Que nous les aimions ou non, ils sont la seule force armée organisée luttant sans merci contre l’occupant en payant cela de leur vie. Il n’y aura pas de paix sans leur participation adéquate au processus politique. Ils contrôlent environ 60% du pays et sont capables de mener à tout moment n’importe quelle opération militaire, même dans la zone sécurisée de Kaboul, où sont situés d’importants organes étatiques, les diplomates, les organisations internationales, les services de renseignements occidentaux et le siège de l’OTAN.

Dans les zones contrôlées par les talibans, ils ont depuis belle lurette créé des structures quasi-étatiques fonctionnant mieux que l’administration de Kaboul.Selon les informations de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), le nombre de civils tués par les frappes aériennes américaines au cours des neuf premiers mois de 2017 augmenta de 52% par rapport à 2016.

  • 9 Le nombre des civils blessés ou tués augmenta au cours du 3e trimestre 2018 de 42%.
    • Avec près de 1200 morts et plus de 3100 blessés, on a enregistré en 2009 le plus grand nombre de victimes civiles en un trimestre depuis le début des statistiques de l’ONU.
  • 10 La majorité de la population afghane est complètement désillusionnée et n’a aucun espoir que le futur président puisse changer leur situation pour le mieux. Par conséquent, ils n’attendent pas les résultats définitifs des élections avec autant d’impatience que l’opinion publique internationale.
      • Ils disent ouvertement qu’ils ne se soucient pas de savoir quelle personne aura le droit de prochainement se nommer président d’Afghanistan. •

pays du Hindou-Kouch karakoram


  1. 1 Meier, Christian. «Beschädigte Wahlen». Frankfurter Allgemeine Zeitung du 1/11/19, p. 8
  2. 2 Reuter, Christoph et al. «Ein Friedhof für alle». Der Spiegel no 49 du 30/11/19, p. 8
  3. idem.
  4. 4 Message de Facebook sur «Unabhängige Kongresse der Jugend Afghanistans», le 16/10/19
  5. 5 Holl, Norbert. «Das Experiment ist gescheitert» (Interview). Deutschlandfunk du 28/9/19
  6. 6 cf. Krüger, Paul-Anton. «Abstimmung mit vollem R isi ko». Süddeutsche Zeitung du 28-29/9/19, p. 10
  7. 7 cf. Krüger, Paul-Anton: «Geringe Wahlbeteili-gung». Süddeutsche Zeitung du 30/9/19, p. 7; «Tote und Verletzte bei Präsidentschaftswahl». Spiegel Online du 28/9/19
  8. 8Corriere della Sera, Milan, 30/9/19
  9. 9 cf. «Immer mehr US-Bomben auf Afghanistan». dpa du 21/1/17
  10. 10 cf. «Afghanistan Immer mehr zivile Opfer». dpa du 17/10/19

Dr. phil. Matin Baraki est né en Afghanistan en 1947. Il y a travaillé comme enseignant avant d’al-ler vivre en Allemagne. Aujourd’hui, il est spécialiste pour l’Afghanistan et consultant en politique de développement. Il est membre du Zentrum für Konfliktforschung et chargé de cours en politique internationale à l’Université Philipps de Marburg.

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4/ Afghanistan – là aussi rien que des mensonges de la part de l’OTAN

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par Willy Wimmer, ancien Secrétaire d’État allemand – Horizons & Débats

Le 9 décembre 2019, le «Washington Post» a publié un article «hors-norme» provoquant un séisme politique. Pendant plus de trois ans, le journal a tenté obtenir par tous les moyens possibles l’autorisation de publier des documents gouvernementaux en vertu de la «Freedom of Information Act» [Loi sur l’accès à l’information]. Il s’agirait d’environ 2000 documents ayant pratiquement tous le même contenu:

1. Du premier au dernier jour, les présidents américains de Bush à Trump en passant par Obama ont déclaré que la guerre contre le terrorisme était gagnée ou sur le point d’être gagnée.

2. Du premier au dernier jour, toute personne utilisant cette affirmation pour apaiser l’opinion publique savait que de telles déclarations étaient des mensonges. Selon le journal, un général trois étoiles de la Maison-Blanche aurait déclaré que personne ne peut justifier le sacrifice de ses propres hommes et les énormes pertes au sein de la population civile afghane. Et pourtant, la guerre non seulement se poursuit, mais est menée de manière plus intensive sous la direction du président Trump, avec des troupes et des bombardements plus importants qu’à aucun autre moment auparavant. Selon le «Washington Post», les documents démontrent que dès le début les responsables étaient conscients, ou aurait dû l’être, du fait de l’impossibilité de gagner cette guerre. En tout cas, les présidents et les gouvernements le savaient depuis le début.

Donc, tout ce qui reste de la «guerre contre le terrorisme» est l’asservissement croissant de la population américaine elle-même.

Et n’était-ce pas précisément en fin de compte le véritable objectif des Talibans à de l’État islamique, créés par l’Occident et les États arabes? •

 

(Traduction Horizons et débat)

source page 4 https://www.voltairenet.org/IMG/pdf/HD_29_2019.pdf

 

 

 

 

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