3013 – L’Union Européenne au Péril De La Désunion …

Introduction

1– L’EUROPE EXPERTE DU BARATIN ET DE L’AFFICHAGE2

2 — L’EUROPE CONFRONTÉE AUX PÉRILS PASSÉS ET FUTURS

3 — L’EUROPE DU RECOURS AU CHANTAGE À LA PEUR

4 — LE VIRTUEL ET LE RÉEL

Proche & Moyen-Orient – N°197 – 24/09/2018 – Guillaume Berlat
« On le sait …qu’il y a des conceptions différentes au sujet d’une fédération européenne dans laquelle…les pays perdraient leur nationalité nationale et au faute d’un fédérateur…la fédération européenne serait régie par un aréopage technocratique, apatride et irresponsable ». Et c’est en sautillant sur sa chaise qu’il déclare à propos de la solidarité en matière de défense européenne : « Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l’Europe ! l’Europe ! l’Europe ! … mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien ». Le général de Gaulle avait vu juste dès 1965 alors que l’on ne parlait que de communauté économique européenne (CEE) qui ne comptait que six membres et que la langue de travail était le français (certains ont trop tendance à l’oublier).

DE GAULLE-ALLOCUTION Le général de Gaulle

Aujourd’hui, faute de s’être livrée à un authentique exercice d’introspection après une série d’élargissements inconsidérés après la chute du mur de Berlin, l’Europe va mal, très mal1. Elle pourrait courir à sa perte à brève échéance, un phénomène de sdéénisation (celui de la SDN à la veille de la Seconde Guerre mondiale) est en marche.

Malgré cette réalité attristante, l’Europe excelle dans deux exercices, celui du baratin et de l’affichage. Cela la conduit naturellement tout droit dans le mur comme le démontrent amplement les périls passés et futurs auxquels elle est confrontée quotidiennement.

1– L’EUROPE EXPERTE DU BARATIN ET DE L’AFFICHAGE2

Face à l’évidence qui crève les yeux, y compris des malvoyants, ses plus zélés défenseurs s’évertuent à taire la supercherie que constitue l’Europe dans sa forme actuelle.

Une évidence évidente

Le moins que l’on puisse dire est que l’Union européenne (c’est-à-dire ses plus brillants sujets) est incapable de régler les problèmes qui seraient normalement de sa compétence :

  • les migrations,
  • la défense et la sécurité, le climat3,
  • le budget européen (mise en adéquation entre les objectifs affichés et les moyens à y consacrer),
  • l’avenir de l’Union après le « Brexit »4,
  • la nomination de ses commissaires (l’Allemagne qui est en position de force s’agite pour faire nommer Manfred Weber à la présidence de la commission européenne5),
  • une réponse concertée à la guerre commerciale lancée par Donald Trump,
  • la pollution de l’air (selon la cour européenne des comptes, la santé des citoyens n’est pas assez protégée6)….

Il n’existe aucune stratégie commune faute d’un accord a minima entre les membres de l’Union sur la finalité du projet européen.

  • Quel rapport existe-t-il entre l’Europe imaginée par Emmanuel Macron dans son discours de la Sorbonne et celle de Viktor Orban qui rallie de plus en plus de partenaires (en dépit de sa mise sur le grill par le parlement européen7) ?8

Pas grand-chose. Ni plus, ni moins. Cela pose problème mais cela ne dérange aucunement nos dirigeants qui font la roue du paon à Bruxelles. Le clivage de l’Europe est une réalité aveuglante quoi qu’en disent certains folliculaires idéologues9.

Plus on est faible dans les actes, plus on est fort en parole (pour ne pas dire en gueule). Surtout lorsque le fonctionnement interne de la boutique est problématique :

Martin Selmayr to be appointed new Secretary-General of the European Commission  Martin Selmayr

  • activités rémunérées de l’ex-président de la Commission Manuel Barroso & carambouilles autour de la nomination de l’ex-directeur de Cabinet de Jean-Claude Juncker, Martin Selmayr (de nationalité allemande, comme par hasard) au poste convoité de secrétaire général de la commission européennes comme le souligne la médiatrice européenne, Emily O’Reilly dans un rapport publié le 4 septembre 201810.

Une kolossale supercherie : les bobards sur les prétendues vertus de l’Europe

  • Que n’a-t-on entendu comme âneries au cours des dernières décennies ?

— C’est grâce à la construction européenne que nous vivons en paix depuis 1956.

— C’est grâce au marché commun (CEE), puis à l’Union européenne (UE) que le niveau de vie des Européens connaît une croissance permanente, que le chômage recule.

— C’est grâce à la politique européenne de sécurité et de défense commune (PESDC) que les 28 comptent dans le concert des nations et que la sécurité, la paix, la concorde règnent dans le monde11.

— C’est grâce à un puissant service européen d’action extérieure (SEAE) que l’Europe est un acteur incontournable dans le concert des nations.

— C’est grâce à un euro fort que l’Europe s’impose dans le monde économique.

— C’est grâce à Schengen et à la liberté de circulation que ce traité organise que nous sommes protégés contre les intrusions extérieures de toutes natures.

— C’est grâce à un négociateur hors-pair (Michel Barnier) que le Royaume-Uni allait voir ce qui lui en coûtait d’avoir choisi le « Brexit » (« À l’intérieur, l’Angleterre passe son temps à réclamer des clauses d’exception. Est-elle à l’extérieur qu’elle quémande des clauses d’inclusion »)12.

— C’est grâce à une commission indépendante que l’intérêt général européen prévaut sur l’intérêt égoïste des nations13.

— C’est grâce à pareille commission que nous réagissons coup pour coup aux sanctions commerciales américaines (« Face au protectionnisme américain, Bruxelles agite un sabre en bois baptisé « loi de blocage »)14. Une maigre riposte qui entérine de facto un lien de vassalité »). « L’eurobéatitude court partout et transforme toutes les salles de presse en sacristies de la nouvelle religion »15. On ne saurait mieux dire !

Il est vrai que « l’Europe des somnambules »16 a encore de beaux jours devant elle à constater comment les nombreux périls auxquels elle est confrontée glissent sur elle comme un « grain » sur le ciré d’un marin breton.

La grande proposition pour sauver l’Europe vient du président de la Commission européenne, le luxembourgeois, Jean-Claude Juncker :

  • il prône la fin du changement d’heure en Europe17.

Son dernier discours sur l’État de l’Union excelle dans le style lamentations.

Par contre, rien en réaction contre les sanctions américaines injustes que risquent les entreprises européennes qui investissent en Iran !18 Nous faisons bloc avec Washington19.

france bernard_kouchner_0  Bernard Kouchner.

Heureusement que nous disposons des conseils toujours pertinents du responsable d’Affaires sans frontières, Bernard Kouchner.

Le père Thénardier ne trouve pas pieux pour stabiliser un continent à la dérive de faire « bouger les frontières » dans les Balkans20. Il est vrai qu’il a brillé de toute son incompétence lorsqu’il sévissait dans cette région au titre de l’ONU. Il ferait mieux de se taire.
  • Que fait l’Europe pour lutter contre les GAFAM délinquants sur maints dossiers (information, impôts)21 ?

Elle disserte à perte de vue22 ou pratique la diplomatie de l’incantation23. Par chance, le jour où le Parlement européen sanctionne Viktor Orban pour sa violation des valeurs de l’Union24, cet organe adopte la directive sur les droits d’auteurs25.

Force est de constater que face à l’Amérique de Donald Trump, l’Europe n’est qu’un vulgaire tigre de papier26 et qu’elle ne manie jamais le bâton des sanctions contre Washington.

2 — L’EUROPE CONFRONTÉE AUX PÉRILS PASSÉS ET FUTURS

Les faits sont têtus. Les mauvaises nouvelles ne cessent de s’accumuler sur le front européen qu’il s’agisse d’un passé récent ou d’un futur proche.

Les dernières élections législatives en Europe : la montée des populismes

Alors que les « vents mauvais » (les « passions tristes ») chers à Jupiter sont de plus en plus violents, les signaux forts chers aux stratèges de salon (le « boboland » technocratique bruxellois) sont de plus en plus évidents, chaque consultation électorale dans les États membres de l’Union donne lieu à un déploiement de mauvaise foi incommensurable.

Après le chœur pré-électoral des fédérastes agenouillés au pied du Dieu Europe, c’est au tour du chœur des pleureuses post-scrutin de prendre le relais médiatique.

C’est que les scrutins se suivent et se ressemblent. Autriche, Allemagne, Italie, Slovénie et Suède27voient les partis anti-européens (qualifiés injustement de « populistes ») relever la tête et entrer en force dans les exécutifs et les législatifs.

Pire encore, ils ont le toupet de critiquer les errements et choix obstinés des technocrates apatrides bruxellois et de leurs homologues nationaux modèle crâne d’œuf de Bercy adeptes de l’économie qui gouverne le politique.

Et, après chaque scrutin, c’est la même chanson :

  • on n’avait rien vu venir, les citoyens ignares ne répondent pas à la question posée, c’est de la faute à la Russie qui a manipulé les électeurs (Cf. les sornettes que l’on nous sert sur les raisons du « Brexit »).

Mais, rien n’y fait. La mécanique folle tourne à plein régime comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Par ailleurs, les partis politiques (de droite et de gauche) sont totalement déboussolés sur la manière d’aborder sérieusement la problématique européenne28. Ils se divisent sur le cas Orban pour ce qui est des parlementaires appartenant au groupe du PPE, démontrant ainsi que le sujet fait aujourd’hui débat. Ce qui est une bonne chose.

Les prochaines élections au Parlement européen : un risque de tsunami

Depuis quelques semaines, le Dieu « pétoche » fait un retour en force remarqué tant il y a péril en la demeure. C’est que dans les officines eurolâtres éclairées, on commence à penser à la prochaine grande échéance européenne, à savoir le renouvellement du parlement bruxello-strasbourgeois (26 mai 2019) pour respecter des équilibres stupides qui n’ont plus de raison d’être.
Pour la petite histoire, cet aéropage a coutume de se réunir une semaine par mois à Strasbourg. Encore, une affaire qui coûte au contribuable européen « un pognon de dingue » ! Mais passons. Imaginons que ce théâtre de guignols vienne, pour une fois, à échapper au contrôle des trois grands partis traditionnels (droite, centre et gauche pour faire simple) et que les partis europhobes détiennent une majorité simple, voire une minorité significative de blocage !

Du rififi à OK Corral. Panique à bord surtout en France.

  • Fini le recasage des vieux et vieilles politicards (es) incasables.
  • Fini la manne financière pour les partis politiques.
  • Fini les voyages et autres amusements.
Vous imaginez cette chronique de la fin de l’ancien monde annoncée. Cela est impensable. Horresco referens ! Les résultats des derniers sondages ne sont pas encourageants pour les partis « mainstream » qui ne savent plus où ils en sont avec la finalité du projet européen, pas plus que sur ses modalités de mise en œuvre au quotidien.
  • Que faire lorsque l’on est au bout du rouleau et en manque d’arguments sérieux ?

Tenter de faire peur pour ramener à soi les brebis égarées. Et de mettre en garde contre les risques de manipulation des élections à travers la désinformation (celles des affreux nationalistes) et le renforcement de la cybersécurité (contre les méchants russes qui seraient capables de changer l’issue du scrutin en mettant un espion du KGB derrière chaque citoyen européen)29.
Moscou a bien fait élire Donald Trump et a fait pencher la balance en faveur du « Brexit ». À ce rythme, l’on va nous expliquer que si les Européens ne parviennent pas à s’accorder sur la question de la taxation des GAFAM, ce sera de la faute à la Russie30. À cet égard, un récent rapport conjoint du CAPS (MEAE) et de l’IRSEM (ministère des Armées) sur la désinformation et les « fake news » publié sur le site du Quai d’Orsay est confondant de naïveté ou bien de complicité avec la vulgate jupitérienne. Tout ceci n’est pas très sérieux, surtout lorsque l’on ne dispose comme arme de séduction massive que du chantage à la peur. Ce n’est ni en surjouant la confrontation avec un ennemi commode le populisme, ni en pratiquant la dictature de l’apparence et de l’immédiateté (Aurélie Filippeti dans son dernier ouvrage Les idéaux) que nous conjurerons le sort funeste qui est promis au paquebot Europe qui, tel le Titanic, fonce sur l’iceberg.

Tant que nous traiterons pas sérieusement les causes du mal, il y a de fortes chances que l’idéal européens des pères fondateurs ne s’évanouisse avant même que l’on ait pu le sauver.

3 — L’EUROPE DU RECOURS AU CHANTAGE À LA PEUR

Dès la période estivale, on s’emploie non à convaincre grâce à la logique chère à Descartes du bienfondé de l’orientation (plus précisément de la désorientation) actuelle de la construction européenne (plus exactement de la déconstruction) mais à jouer sur les peurs en agissant sur trois registres complémentaires.

Le retour des idiots utiles sur la scène médiatique : les pseudo-intellectuels au service de la doxa officielle

Au fil des semaines, nous découvrons dans les colonnes débats ou idées de nos journaux favoris quelques mises en garde de vieux chevaux de retour sur les dangers de l’aventurisme extra-européen et sur les bienfaits permanents d’une Union européenne nous protégeant de tous les maux de la terre, une sorte de vaccin nous prémunissant contre tout… mais surtout contre rien.

L’Union fait la force nous répète-t-on à longueur de colonnes.

Le président de l’IFAS appelle à un sursaut commun de l’Europe malmenée par Donald Trump et Vladimir Poutine. Raccourci assez simpliste31. C’est un philosophe universitaire qui supplie les Européens « d’oser affirmer une identité européenne commune »32. Vaste programme aurait dit le général de Gaulle en son temps. Un tissu de platitudes (« tant que l’Europe n’existera pas, il sera impossible d’endiguer en son sein les crispations nationalistes et les tentations xénophobes ») d’un penseur qui n’a jamais assisté à une quelconque réunion européenne où la procédure l’emporte sur la substance. C’est un chercheur sérieux qui demande à l’Europe de faire de la politique, ce qu’elle n’a jamais fait33. Il nous dit des choses étonnantes si les mots ont encore un sens (« Une chose est certaine : il ne peut y avoir de projet européen sans récit et sans symboles »).

  • Pense-t-on que l’on va régler des problèmes sérieux en chevauchant des chimères ? C’est à mourir de rire si l’on prend conscience de l’ampleur de la crise européenne.

Une chercheuse chinoise (dépendant du ministère du commerce à Pékin) en appelle « la Chine et l’Europe doivent marcher dans la main dans la main »34. Pour sympathique quelle soit, cette démarche ne manque pas de sel de la part de la représentante d’un pays qui a beaucoup à se faire pardonner en matière de commerce international.

france Etienne Balibar,838_balibar  Etienne Balibar,

Quant au philosophe et professeur, Etienne Balibar, il propose un « droit international de l’hospitalité » qui semble décalée par rapport aux craintes des peuples35. Il oublie que les États de l’Union européenne sont loin d’être unanimes sur la question de l’accueil des migrants sur leur sol comme le démontrent les non résultats du conseil informel de Salzbourg (19-20 septembre 2018)36. À titre d’exemple, une majorité de Français (54%) est opposée à l’accueil par la France d’une partie des migrants recueillis en Méditerranée, selon un sondage Ifop pour Atlantico publié le 18 août 2018. C’est quatre points de plus qu’en juin et sept points de plus qu’il y a un an, signe d’une évolution de l’opinion française sur ce sujet.

Manifestement, nos brillants intellectuels ne comprennent rien au monde dans lequel ils évoluent. Intelligence et bon sens ne sont pas nécessairement synonymes dans les relations internationales.

france L'écrivain Lionel Duroy. © Hannah Assoulineduroy_c_hannah_0  L’écrivain Lionel Duroy. © Hannah Assouline

On fait appel à un journaliste, Lionel Duroy qui supplie le président de la République : « Mobilisez les maires et les préfets pour que nous soyons le premier pays de l’Union européenne à montrer le chemin. Ordonnez que désormais tous nos ports soient ouverts aux réfugiés et nous leur ouvrirons nos villes, nos villages, nos maisons »37. Ce bon apôtre devrait se souvenir de ce qu’il est advenu en 2017-2018 au projet humaniste d’Angela Merkel de 2015 d’ouverture aux migrants. Il y a matière à réflexion sur l’AFD et sur Chemnitz.

L’apparition des ambassadeurs de France à la clairvoyance rétrospective : le retour des vieux chevaux de retour

Comme si ce qui précède ne suffisait pas, l’on ressort de la naphtaline, quelques ambassadeurs de France retraités qui viennent ajouter leur voix au chœur des penseurs et autres fédérastes pour donner quelques judicieux conseils pour sortir de la crise.

france Gerard_ERRERA Gérard_ERRERA Notre ex-ambassadeur à l’OTAN, à Londres et ex-directeur des affaires politiques au Quai d’Orsay s’aperçoit aujourd’hui (ouf !) que « la maison européenne brûle » et en appelle à créer les « conditions d’une souveraineté européenne »38. Dans les différentes et hautes fonctions qu’il a occupées lorsqu’il était encore en activité que n’a-t-il fait pour faire avancer les dossiers de la monnaie, du budget, de la défense, de l’énergie ? La démarche de ce Monsieur l’Ambassadeur dignitaire de France en faveur d’une « souveraineté européenne » ne manque pas d’interpeller lorsque l’on sait qu’il a intégré une grande entreprise américaine le lendemain de son départ à la retraite !

france diplomate AVT_Bernard-de-Montferrand_5805                        Bernard de Montferrand est un diplomate français. Ancien ambassadeur de France en Allemagne, il est depuis 2010 président de Platform, regroupement des Fonds régional d’art contemporain

Quant à l’un (ci-dessus) de ses ex-collègues qui a terminé sa carrière à Berlin, il en appelle les Européens à construire une stratégie d’indépendance39.

Tout ceci est bien beau mais ce Monsieur l’Ambassadeur ne sait pas encore que les Européens n’ont jamais trop privilégié la voie de l’indépendance par rapport au grand frère américain, privilégiant la voie de la servitude volontaire.

Et, ce n’est pas près de changer dans un avenir proche, sauf surprise improbable.

allemagne Angela Merkel et sa ministre de la Défense, Ursula von der Leyen. Merkel-adoube-la-future-Mutti Allemagne Angela Merkel et sa ministre de la Défense, Ursula von der Leyen.
On le voit bien sur la question de la défense européenne sur laquelle Berlin privilégie toujours la voie de l’OTAN à la voie de l’Europe comme le rappellent régulièrement la chancelière, Angela Merkel et sa ministre de la Défense, Ursula von der Leyen.

Que ces hauts fonctionnaires n’ont-ils pas été plus courageux lorsqu’ils étaient en fonction !

Le courage n’a jamais été une vertu cardinale de cette vieille Maison des bords de Seine. Son Histoire du XXe siècle le prouve amplement. Ce que ne fait confirmer l’histoire plus récente du XXIe siècle avec un certain éclat… de rire.

La grande peur des politiques : une claque magistrale

france Richard Ferrand 15750805  Richard Ferrand

Quant aux hommes politiques, leur discours relève du degré zéro de la pensée à l’instar de Richard Ferrand qui estime que les électeurs auront le choix entre Macron et Salvini (les progressistes et les nationalistes) au prochain scrutin de mai 201940.

  • Quelle finesse de raisonnement attristante !

On sait où elle ne conduit déjà aujourd’hui. On ne sait pas encore où elle pourrait nous mener demain. Cessons de pratiquer le déni de réalité et la diplomatie de l’anathème41. Essayons de comprendre avant de dénoncer !42 On le voit aujourd’hui dans les sondages de popularité (plutôt d’impopularité) de l’exécutif empêtré dans les affaires

  • Nyssen et autres Kohler43
  • sans parler de la nomination insensée de Philippe Besson comme consul général à Los Angeles par concours de circonstance,
  • le départ de M. Hulot,
  • de Mme Flessel
  • et le roman sans fin de l’affaire Benalla44.

Preuve que l’Union européenne fait peur à nos dirigeants politiques, nous apprenons que « les états-majors politiques sont en panne de candidats de premier plan, qui redoutent de s’impliquer dans un scrutin à haut risque »45. Comme si le mot « Union européenne » était une sorte de casse-tête46, d’épouvantail, de gros mot inconvenant. À tel point, que les Républicains (Laurent Wauquiez47) et la République en marche en sont conduits à courtiser Michel Barnier, le « crétin des Alpes » qui ne parvient pas à se débarrasser du sparadrap du capitaine Haddock qui a pour nom « Brexit »48.

AUSTRIA-EU-SUMMIT  Theresa May

Sur ce sujet, les Britanniques mènent en bateau l’Union européenne et ses 27 passagers49.

Theresa May confirme qu’elle ne fera aucun compromis pour le « Brexit », ce qui ne constitue une surprise que pour les eurobéats qui n’ont encore rien compris à la marche en crabe de l’Union européenne et à la force de la diplomatie britannique, si affaiblie soit-elle50. Comme disait le général de Gaulle en son temps, les faits sont têtus. Aussi têtus que les Britanniques le sont depuis la nuit des temps. Nous ferons mieux de nous en souvenir51.

france Jean-Luc Mélenchon1157961-000_19e0wt  Jean-Luc Mélenchon

Lors de la rentrée de son mouvement (la France insoumise), le 25 août 2018 à Marseille, Jean-Luc Mélenchon instruit un procès en règle contre l’Union, menaçant Jupiter d’une « raclée démocratique » lors des prochaines élections européennes de mai 2019.

Même si le propos est souvent excessif, il n’en comporte pas moins quelques vérités bien senties sur les maux de l’Europe de 2018.

  • Pendant le bras de fer entre la Commission européenne et le gouvernement italien sur la question des migrants52, à quoi s’amuse Bruxelles ?

À réfléchir à l’avenir de l’Europe, certainement pas.

Au grand mercato (certains évoquent le jeu des chaises musicales) des grands postes qui vont se libérer dans les prochains mois !53

  • Quand nos dirigeant seront-ils à même d’accepter le remplacement par la confrontation d’idées à la disqualification par anathème ?

« Dès lors, la politique n’est plus un jeu d’invectives dans lequel chacun – l’ouvert, le fermé ; le gentil, le méchant – tient son rôle. C’est pauvre pour l’intelligence et dangereux pour la démocratie »54. Quelle paresse intellectuelle qui nous conduit lentement mais sûrement vers le gouffre jupitérien !

france Boualem-Sansal-e1509180318164  Boualem Sansal,

Cerise sur le gâteau comme le souligne justement Boualem Sansal, auteur de 2084, La fin du monde : « Oui, l’Europe a peur de l’islamisme, elle est prête à tout lui céder » (Le Figaro, 31 août 2018). Il n’y a rien à ajouter de plus sur le sujet.

4 — LE VIRTUEL ET LE RÉEL

Hannah-Arendt  Hannah Arendt

La « vérité des faits » chère à Hannah Arendt sera toujours plus forte que le caractère aléatoire des témoignages d’europhiles convaincus et obtus. Ces derniers n’ont qu’une expression rituelle à la bouche reprise du préambule du traité fondateur de 1957 : « Une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens » alors même que l’union est de plus en plus distendue pour ne pas dire désunie.

Ce que l’on désigne sous le vocable de la diplomatie du mantra. Conjurer le sort par des formules sacramentelles qui ne trompent personne hormis les croyants de la religion européenne ne mène pas loin !

Condamner la Hongrie est excessif sur le fond, inefficace sur la forme, et contre-productif sur le long terme !55 De fait est-ce que la pensée d’Aristote s’applique à l’Union européenne : « Le tout est plus que la somme de ses parties » ?
Aujourd’hui plus qu’hier, on peut en douter ! La crise migratoire conjuguée aux foucades anti-européennes de Donald Trump servent de révélateurs aux insuffisances et aux dérives d’une Europe en rade. Une Europe au péril de l’Union (le terme de désunion serait plus approprié) de plus en plus libre qu’elle est, avant une éventuelle séparation de corps, voire à un divorce en bonne et due forme.

« Paralysée face à la montée des périls, l’Union européenne doit cesser d’être son meilleur ennemi »56.

Tous les chemins ne mènent plus… à Rome dont la photo du traité s’efface avec le temps qui passe (Gérard Bellec).

Guillaume Berlat
24 septembre 2018

1 Phlilippe Bénéton, Repenser l’Europe, La Croix, 17 septembre 2018, p. 27.
2 Guillaume Berlat, L’Europe du baratin, www.prochetmoyen-orient.ch , 5 mars 2018.
3 Patricia Joly, L’Europe accusée d’incurie sur le climat, Le Monde, 16 août 2018, p. 5.
4 Philippe Bernard, Brexit : « Chacun doit faire une partie du chemin », Le Monde, 19 septembre 2018, p. 4.
5 Cécile Ducourtieux, L’Allemand Manfred Weber veut succéder à Juncker, Le Monde, 6 septembre 2018, p. 4.
6 Stéphane Bandard, Pollution de l’air : l’Europe défaillante, Le Monde, 12 septembre 2018, p. 5.
7 Cécile Ducourtieux, Hongrie : le vote historique du Parlement européen, Le Monde, 19 septembre 2018, p. 23.
8 Jean-Baptiste Chastand, Comment Macron et Orban veulent incarner deux Europes opposées. L’Europe face au clivage Macron-Orban, Le Monde, 7 septembre 2018, pp. 1 et 2.
9 Éditorial, Europe : Orban lâché par ses alliés, Le Monde, 14 septembre 2018, p. 21.
10 Agence Reuters, Les procédures n’ont pas été suivies pour la nomination de Selmayr, 4 septembre 2018.
11 Claude Angeli, La fin d’un rêve franco-allemand de Macron, Le Canard enchaîné, 19 septembre 2018, p. 3.
12 Jacques Julliard, Chers amis anglais, Marianne, 10-16 août 2018, p. 6.
13 Thierry de Montbrial/Thomas Gomart (sous la direction de), Notre intérêt national. Quelle politique étrangère pour la France ?, Odile Jacob, 2017.
14 Renaud Dély, Trump et le tigre de papier européen, Marianne, 10-16 août 2018, p. 4.
15 Philippe de Villiers, Le moment est venu de dire ce que j’ai vu, Albin Michel, 2016, p. 239-240.
16 Guillaume Berlat, L’Europe des somnambules, www.prochetmoyen-orient.ch , 8 janvier 2018.
17 Cécile Ducourtieux, Jean-Claude Juncker prône la fin du changement d’heure en Europe, Le Monde, 1er septembre 2018, p. 5.
18 Sylvie Kauffmann, L’affaire iranienne qui ne passe pas, Le Monde, 30 août 2018, p. 21.
19 Alain Frachon, Iran, vent de tourmente, Le Monde, 14 septembre 2018, p. 21.
20 Jean-Baptsite Chastand/Marc Semo, Balkans : Bernard Kouchner veut « bouger les frontières », Le Monde, 7 septembre 2018, p. 4.
21 Éditorial, Google, Facebook : menaces sur l’information, 12 septembre 2018, p. 23.
22 Fabrice Fries (propos recueillis par François Bougon et Alexandre Piquard), « Les GAFA doivent accepter un partage de la valeur », Le Monde, Économie & Entreprise, 12 septembre 2018, p. 7.
23 Jean-Noël Tronc, Droit d’auteur : nos eurodéputés doivent voter pour l’Europe de la création, Le Monde, 12 septembre 2018, p. 21.
24 Cécile Ducourtieux, Le Parlement européen sanctionne Orban, Le Monde, 14 septembre 2018, p. 2.
25 Damien Leloup/Martin Untersinger, L’Europe adopte la directive sur les droits d’auteurs, Le Monde, Économie & Entreprise, 14 septembre 2018, p. 8.
26 Jack Dion, Face à Trump, l’Europe est un tigre de papier, Marianne, 31 août-6 septembre 2018, p. 60.
27 Frédéric Faux, L’extrême droite ne parvient pas à bouleverser le paysage politique, Le Figaro, 10 septembre 2018, p. 9.
28 Marion Mourgue, Les juppéistes planchent sur l’Europe sans se mettre d’accord, Le Figaro, 10 septembre 2018, p. 8.
29 Jean-Pierre Stroobants, Bruxelles s’inquiète des risques de manipulation des élections, Le Monde, 6 septembre 2018, p. 4.
30 Jean-Pierre Robin, La vraie puissance appartient aux Gafam, pas à Donald Trump , Le Figaro, 10 septembre 2018, p. 23.
31 François Géré, Assaut général contre l’Union européenne, Le Monde, 9 août 2018, p. 21.
32 Claude Obadia, Oser affirmer une identité européenne commune, Le Monde, 12-13 août 2018, p. 23.
33 Christian Lequesne, L’Europe doit refaire de la politique, Le Monde, 12-13 août 2018, p. 23.
34 Yao Ling, Guerre commerciale : la Chine et l’Europe doivent marcher main dans la main, Le Monde, 16 août 2018, p. 21.
35 Etienne Balibar, Pour un droit international de l’hospitalité, Le Monde, 17 août 2018, p 23.
36 Gabriel Grésillon/Catherine Chatignoux, Brexit, migrations : les Européens prisonniers de leurs contraintes politiques, Les Échos, 21-22 septembre 2018, p. 10.
37 Lionel Duroy, « Soyez Churchill, soyez de Gaulle, monsieur le Président, plutôt que Chamberlain », Le Monde, 20 septembre 2018, p. 21.
38 Gérard Errera, En Europe, la maison brûle, Les Échos, 18 juillet 2018, p. 8.
39 Bernard Faubournet de Montferrand, Face à l’Amérique de Trump, construire dans la durée une stratégie d’indépendance, Le Figaro, 26 juillet 2018, p. 19.
40 Éditorial, Macron face à l’axe Salvini-Orban, Le Monde, 1er septembre 2018, p. 17.
41 Ivan Rioufol, Le mur des bernés, Le Figaro, 21 septembre 2018, p. 19.
42 Bertrand Mathieu, Crise des démocraties en Europe : comprendre avant de dénoncer, Le Figaro, 20 septembre 2018, p. 16.
43 Bonne rentrée Jupiter, Marianne, 24-30 août 2018, p. 1.
44 Benalla les rend nerveux, Le Canard enchaîné, 19 septembre 2018, p. 2.
45 Olivier Faye/Astrid de Villaines, Européennes : les partis cherchent toujours leur tête de liste, Le Monde, 21 août 2018, pp. 1 et 6.
46 S.Q., Européennes. Le casse-tête, Marianne, 23-30 août 2018, p. 14.
47 Laurent Wauquiez (propos recueillis par Marion Mourgue), « Emmanuel Macron conduit la France dans le mur », Le Figaro, 25-26 août 2018, p. 4.
48 Olivier Faye, Michel Barnier très courtisé, à la fois par LR et LRM, Le Monde, 21 août 2018, p. 6.
49 Éric Albert/Cécile Ducourtieux, Quatre mois pour trouver un accord sur le Brexit. Le compte à rebours s’accélère pour parvenir à un accord sur le divorce, Le Monde, Économie & Entreprise, 2-3 septembre 2018, pp. 1 et 3.
50 Cécile Ducourtieux/Jean-Pierre Stroobants, Brexit : les Vingt-sept ne cèdent rien à Theresa May, Le Monde, 22 septembre 2018, p. 5.
51 Éditorial, Brexit : l’art du deal, Le Monde, 22 septembre 2018, p. 24.
52 Anne Rovan, Bruxelles balaie les « menaces italiennes », Le Figaro, 25-26 août 2018, p. 7.
53 Anne Rovan, Coup d’envoi du grand jeu des chaises musicales européennes, Le Figaro, Économie, 25-26 août 2018, p. 23.
54 Vincent Trémolet de Villiers, Une droite qui pense ?, Le Figaro, 25-26 août 2018, p. 1.
55 Renaud Girard, Ne soumettons pas l’Europe à la noire dialectique « progressistes »/ « nationalistes », Le Figaro, 18 septembre 2018, p. 17.
56 Patrick Saint-Paul, L’Europe dans les limbes, Le Figaro, 20 septembre 2018, p. 1.

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source/ https://prochetmoyen-orient.ch/lunion-europeenne-au-peril-de-la-desunion/

2 réflexions au sujet de « 3013 – L’Union Européenne au Péril De La Désunion … »

  1. […] 28 SEPTEMBRE 2018 SANSAPRIORIEUROPE & FRANCE, GEOPOLITIQUE, POLITIQUE INTERNATIONALE, SOCIÉTÉALLEMAGNE;, ANGÉLA MERKEL, AUTRICHE, BERNARD DE MONTFERRAND, BERNARD KOUCHNER, BOUALEM SANSAL, BREXIT, BRUXELLES, CEE, CLIMAT, DÉFENSE, DONALD TRUMP, ELECTIONS LÉGISLATIVES, EMMANUEL MACRON, ETIENNE BALIBAR, GÉNÉRAL DE GAULLE, GÉRARD ERRERA, GUILLAUME BERLAT, HANNAH ARENDT, ITALIE, JEAN CLAUDE JUNCKER, JEAN LUC MÉLENCHON, LIONNEL DUROY, MARTIN SELMAYR (ALLEMAGNE), MATTEO SALVINI, MIGRATIONS, ORBAN VICTOR, PARLEMENT EUROPÉEN, PESDC, POPULISME, PROCHETMOYEN-ORIENT.CH, RICHARD FERRAND, RUSSIE, SCHENGEN, SDN, SEAE, SLOVÉNIE, STRASBOURG, SUÈDE, THERESA MAY, UE – EUROPE, URSULA VON DER LEYEN […]

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