3012 – Pékin agacé par Trump l’iconoclaste. L’irrémédiable rapprochement sino-russe

 

27 septembre 2018 –  François Danjou – Question Chine

CHINE Le 28 juin,James Mattis secrétaire d_État à la défende de Trump était à Pékin avec le ministre de la défense chinois Wei Fenghe (à droite sur la photo).editorial_092018_

Le 28 juin, 3 mois avant les sanctions infligées à l’appareil de défense chinois par D. Trump, James Mattis secrétaire d’État à la défende de Trump était à Pékin avec le ministre de la défense chinois Wei Fenghe (à droite sur la photo).
Après le 21 septembre, Pékin a mis fin aux relations bilatérales militaires réduisant à néant la stratégie de Mattis cherchant par la multiplication des contacts de terrain et à haut niveau, le chemin d’une solution aux grands défis et désaccords stratégiques entre Pékin et Washington.
Les consultations planifiées ont été annulées et le Vice-amiral Shen Jinlong qui assistait à Rhodes Island au 23e symphosium sur la puissance maritime, a été rappelé.

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Avec le surgissement à Washington d’un président adepte du vandalisme diplomatique, bousculant les règles convenues des bienséances internationales, dynamitant au passage quelques hypocrisies commerciales qu’elles soient chinoises ou alliées, hanté par la menace de prolifération nucléaire posée par Téhéran et Pyongyang, enferré dans un bras de fer stratégique avec Pékin et, comme si le jeu n’était pas assez brouillé, acculé par le Congrès et ses propres alliés politiques à affronter Moscou, dont il voulait se rapprocher en niant urbi et orbi la cyber-ingérence électorale russe, le moins qu’on puisse dire est que les repères ordonnant la réflexion stratégique depuis la chute du mur de Berlin sont désaccordés.
Le défi est de taille et il est double : alors que, depuis les années 70, le contrôle de l’Eurasie par Washington s’articulait au rapprochement sino-américain prôné par Kissinger, l’affrontement en cours avec Pékin qui s’aggrave et s’enkyste, en même temps que s’exacerbe la phobie antirusse issue de la guerre froide, bouleverse l’ancien paradigme stratégique articulé à la « realpolitik » suggérant de chercher coûte que coûte des accommodements du long terme avec la Chine.

Tout ce passe comme si, à Washington, « America First » avait, au nom du déficit commercial abyssal du commerce , accéléré l’altération en cours depuis 20 ans de l’ancienne partition stratégique américaine des échéances lointaines, élaborée dans les années 70.

Accusé de ne respecter les lois du marché qu’à son strict avantage et de violer la propriété intellectuelle en captant par tous les moyens les technologies de pointe pour accélérer sa modernisation, le régime chinois qui, depuis le 19e Congrès agite officiellement le vieux thème de « l’altérité »[1*] est, dans l’esprit de la Maison Blanche, passé du statut de « partenaire potentiel en dépit des divergences » à celui de premier rival stratégique.

Sanctions contre l’appareil militaire chinois.

Le 20 septembre, en sanctionnant en même temps les appareils militaires chinois et russes pour avoir contourné l’embargo commercial infligé à Moscou en représailles de l’affaire ukrainienne et des cyber-ingérences russes dans la campagne présidentielle américaine de 2016, les États-Unis qui se prévalent de l’omnipotence du dollar, ont encore un peu plus cristallisé contre eux la connivence sino-russe qui murit progressivement depuis le milieu des années 90.

S’ajoutant à la montée aux extrêmes d’une guerre commerciale devenue une rivalité stratégique et un choc de cultures où les « caractéristiques chinoises » s’opposent au modèle occidental du droit et de la démocratie, la sanction touche un nerf sensible à Pékin.

Li Shangfu             son Directeur Li Shangfu, au milieu

Infligée au département de l’équipement de l’Armée Populaire de Libération et à son Directeur Li Shangfu, pour, dit le texte, avoir développé des « transactions significatives avec Rosoboronexport », le principal exportateur d’armes russe qui en 2017 avait vendu à la Chine 10 chasseurs de combat SU-35 et, en 2018, des systèmes de missiles sol-air S-400, la condamnation publique américaine apparaît à Pékin comme une gifle et une ingérence inacceptable dans les affaires chinoises [1].

Alors que, depuis 30 ans et suivant la chute de l’URSS, l’exigence démocratique universelle est devenue le vecteur occidental, manipulé par la Maison Blanche et l’OTAN, d’une pression stratégique exercée par Washington sur Pékin et Moscou, la sanction du 21 septembre agit comme un précipité du rapprochement sino-russe qui s’affirme depuis l’établissement en 1996, sur les marches d’Asie Centrale communes à l’ancienne URSS et à la Chine, du « Groupe de Shanghai », devenu en 2001, l’Organisation de Coopération de Shanghai. [2*]

Si en 2010 l’analyse de QC spéculait encore les rivalités potentielles sino-russes, celles-ci ont été mises sous le boisseau lors de la dernière réunion de l’Organisation à Qingdao, le 4 mai dernier [3*]

chine-monde_062018_05  La place du 4 mai à Qingdao. Il n’est pas anodin de rappeler que Qingdao, ancienne colonie allemande avait, avec la concession du Shandong, été attribuée au Japon par le traité de Versailles
L’avenir dira comment évolueront les plaques tectoniques de la stratégie du monde mises à mal par Donald Trump, mais une chose est sûre, la sanction publique infligée à la Chine par Washington renforce encore la connivence sino-russe, menaçant de la rendre irrémédiable.

Le renforcement de l’alliance sino-russe.

chine gazoduc editorial_092018_09

La carte montre les gazoduc qui approvisionnent la Chine à partir de l’Asie Centrale et de la Russie avec deux tronçons l’un à l’ouest et l’autre à l’est par la Sibérie orientale. Le tronçon venant du Turkmenistan a été construit par la Chine au moment où le négociations sur le « contrat du siècle » entre Pékin et Moscou à 400 Mds de $ achoppaient sur le prix du m3 quand Moscou exigeait un tarif appliqué à la Chine de 350 $ les 1000 m3 alors que l’Ukraine les achetait à 247 $.

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La bascule stratégique dessine une situation contrastée avec, d’une part,

  • 1) les relations commerciales sino-américaines marquées par la quête technologique chinoise et un commerce bilatéral d’une ampleur gigantesque
    • (635 Mds de $ en 2017 dont un déficit de 375 Mds de $ au détriment des États-Unis),

récemment encore malmené par une nouvelle salve de tarifs douaniers américains qui passeront de 10% à 25% à la fin de l’année, entrés en vigueur le 24 septembre et frappant 200 Mds de $ d’exportations chinoises

(soit 40% de valeur totale des ventes chinoises à l’Amérique) ;

et, d’autre part,

  • 2) une relation sino-russe articulée à un commerce certes en augmentation de 20,8% en 2017 (source presse chinois), mais dont la valeur totale n’atteint que 84 Mds de $
    • (à peine plus de 13% du commerce sino-américain)

selon Moscou et Pékin la valeur des échanges atteindrait 100 Mds de $ en 2018 -, le tout sur fond d’une puissante dépendance chinoise au gaz russe qui, avec 38 Mds de m3 de livraisons annuelles

(contrat conclu en 2014 pour 400 Mds de $)

représentera à terme près de 29% du total des importations chinoises de gaz [2].

La référence à la dépendance énergétique chinoise autour d’une sévère controverse sur les prix, est essentielle.

Mao et Staline d320d620050624142348665 Mao et Staline

Elle renvoie en contrepoint aux spéculations sur les malentendus de la relation sino-russe qui, depuis la querelle entre Mao et Staline et le conflit frontalier de 1969, constitue la trame de nombreuses analyses sur la fragilité du rapprochement entre Moscou et Pékin.
Si les aigreurs n’ont pas disparu, la sanction infligée à la Chine par Washington qui touche aux émotions de l’orgueil chinois, agit comme un puissant anesthésique.[4*]
Un autre glissement est en cours qui bouscule les anciens paradigmes où, tout en se rapprochant l’un de l’autre, Moscou et Pékin gardaient l’œil fixé sur Washington, considéré par eux comme la référence indépassable de la situation stratégique globale.
Exprimant sous nos yeux des réactions indiscriminées de chambardement stratégique, au nom du retour de puissance et des intérêts de l’Amérique, la Maison Blanche produit, à Moscou et Pékin, un répulsif de nature à éradiquer l’arrière-pensée d’avoir toujours à intégrer dans leurs calculs l’obligation d’un compromis avec Washington.

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CHINE Geng Shuang dc-Cover-batn3fs221k5evi4qpkv31vv94-20170308114424.Medi  Geng Shuang 

Il est impossible de minimiser la force de la colère teintée d’humiliation ressentie par le régime chinois à l’annonce des sanctions décidées par Washington.

Le 20 septembre, le porte-parole du Waijiaobu Geng Shuang utilisait les termes d’un réel courroux pour exprimer « la forte indignation de la Chine », en réponse, dit-il, « aux actions déraisonnables de la partie américaine. »

Le 21 septembre un article du Quotidien du Peuple exhortait Washington à « immédiatement retirer les “soi-disant“ sanctions contre la Chine – 强烈 敦促 美方 立即 撤销 对中方 所谓 制裁 – » (…) « faute de quoi, les États-Unis devront en supporter les conséquences – 否 则 美方 将 不 得不 承担 所有 后果- »

USA terrybranstad  Terry Branstad

Le samedi 22 septembre le Waijiaobu convoquait l’Ambassadeur Terry Branstad, ancien gouverneur de l’Iowa, pour lui intimer la même injonction. En poste depuis décembre 2016, Branstad s’était, en mars 2018, déjà exprimé sur le sujet des taxes infligées aux exportations chinoises, dont il estimait à l’époque, dans la droite ligne de D. Trump, qu’elles devaient « inciter la Chine à corriger ses pratiques commerciales déloyales ».

En même temps, il avait prisé la rencontre entre le président Xi Jinping et Kim Jong-un, se félicitant publiquement que la Chine considère, à l’instar de Washington, que la dénucléarisation de la péninsule coréenne était une priorité pour Pékin, pourtant régulièrement accusé par D.Trump de ne pas en faire assez pour amener Pyongyang à résipiscence.[5*]

A l’époque, Branstad avait même évoqué la possibilité que Washington s’appuie sur ses lois de sécurité pour bloquer les investissements chinois dans des secteurs de hautes technologies tels que les semi-conducteurs.

Aujourd’hui, alors que la guerre commerciale s’est cristallisée en rivalité stratégique, l’ambassadeur convoqué – chose exceptionnelle – en même temps que l’Attaché militaire reçu par la Commission Militaire Centrale (CMC) qui accusa Washington de « violation flagrante des règles élémentaires des relations internationales, exprimant ses tendances exacerbées à l’hégémonie », n’a pu que constater que la fureur chinoise agissait comme le ciment de la relation entre Pékin et Moscou, tous deux mis dans le même sac des sanctions américaines.

La Maison Blanche a beau répéter en sous main que la sanction contre la Chine vise en réalité la Russie, le mal est fait. Par sa brutalité affichée à la face du monde où l’ambiguïté diplomatique visant à ménager des marges de négociation n’a eu aucune place, Washington a réussi conforter une alliance sino-russe qui couve depuis plus de 20 ans.

Et s’il est vrai que les stratégies de long terme de la Chine et de la Russie toujours empreintes d’une forte méfiance de Moscou et de quelques aigreurs chinoises à propos du prix du gaz sont loin d’être convergentes, pour le moment, l’ambiance n’est plus à la nuance. Ambigu et déséquilibré, traversé par les questionnements russes et les méfiances chinoises, le rapprochement s’est quand même sérieusement renforcé.

Pékin et Moscou contre Washington.

Alors que Xi jinping, reçu par Vladimir Poutine assistait au 4e forum économique de l’Est à Vladivostok, du 11 au 13 septembre, l’Armée Populaire de Libération participait avec 3200 hommes aux exercices monstres de la manœuvre Vostok-2018 (11 au 17 septembre) qui mit sur le terrain 300 000 hommes, 36 000 chars de combat et 1000 aéronefs. Du point de vue de Moscou et de Pékin la démonstration de force est une riposte à la longue série d’exercices de l’OTAN organisés sur les marches de la Russie, en Europe de l’Est et dans les parages des pays baltes en 2018.[6*]

Dans le même temps, alors que la Russie espère une augmentation des investissements chinois que jusqu’à présent Pékin a cantonné aux secteurs de l’énergie, V. Poutine annonçait dans un conférence de presse commune à Vladivostok que les deux allaient augmenter l’usage de leurs monnaies nationales dans leurs transactions commerciales.

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A Pékin les élites intellectuelles du Parti voient dans les discordances américaines évoquant sans cesse la destitution du Président, la confirmation que la démocratie est porteuse de chaos, à mille lieues de « l’harmonie » politique suscitée par le système despotique dont elles ne cessent de faire l’éloge.
A Moscou, les commentateurs agacés par les sanctions relèvent à l’instar de Poutine, il y a quelques mois, « le préoccupant manque de professionnalisme de l’exécutif américain » et la cacophonie d’une situation où le Congrès se mettant en travers de sa stratégie de rapprochement avec Moscou, oblige le Président à exercer des représailles indirectes en faisant un détour par la Chine.

 

RUSSIE Alexandre Loukine 1022956941  Alexandre Loukine 

En juin dernier, Alexandre Loukine [3], signait un article dans la Revue de la Défense Nationale faisant l’historique du rapprochement sino-russe depuis la chute de l’URSS dont il précisait qu’il avait été accéléré par la politique américaine « hostile aux deux pays, cristallisant les intérêts communs, toujours plus nombreux entre Russie et Chine ».

Au milieu de propositions suggérant que « les États-Unis et leurs alliés abandonnent le monopole d’interprétation du droit international auquel ils s’étaient habitués depuis l’effondrement de l’Union soviétique », il affirmait que « l’ancrage asiatique de la Russie, qui procède à la fois de ses intérêts réels et d’une réaction à l’attitude hostile de l’Occident, était largement irréversible. »

Précisant sa pensée, il ajoutait sèchement que « si quelqu’un, à Washington, pensait que les États-Unis pouvaient utiliser la Russie comme un pion dans leur confrontation avec la Chine, il se fourvoierait cruellement. »

CHINE le vice-amriral Shen Jinlong 55c2e826-d8c7-11e6-bbb7-6a43a6f882fe_1280x720 le vice-amriral Shen Jinlong 

Si les relations de Washington avec Moscou se sont crispées depuis l’entrisme de l’OTAN dans la pré-carré russe après la chute de l’URSS, celles avec Pékin ne sont pas plus brillantes, ponctuées par un bras de fer douanier sur fond de rivalités culturelle et stratégique globales. Après la nouvelle des sanctions américaines contre le département de l’équipement, la CMC rappela aussitôt le vice-amriral Shen Jinlong qui participait à un séminaire naval avec les États-Unis et annula toutes les rencontres militaires planifiées en 2018.

Dans le même temps, le ministère du commerce, choqué par la nouvelle salve de taxes touchant 200 Mds d’exportations chinoises, annulait sa participation à une négociation qu’il avait d’abord acceptée.

Incompréhensions et nationalismes.

Au point où en est aujourd’hui la querelle douanière entre Pékin et Washington dilatée en une rivalité stratégique, les obstacles à une conciliation ne sont plus seulement techniques. Ils sont aussi exacerbés par l’orgueil national.

A Pékin, attisée par le souvenir des humiliations subies par l’Empire au XIXe siècle, a surgi la vieille fierté nationale qui interdit au Parti garant de l’amour-propre national depuis 1949, de donner le sentiment d’une capitulation sous la pression.

Le 24 septembre, 3 jours après l’annonce des sanctions contre le département de l’équipement de l’APL, Pékin a publié un « Livre Blanc » spécialement consacré à la querelle avec Washington, dont l’essentiel est une violente critique de l’administration Trump. Composé de 6 parties, le document qui exonère la Chine de ses responsabilités dans le contentieux, dénonce la brutalité de Washington dont il critique l’égoïsme articulé aux seuls intérêts de l’Amérique, « mettant en danger le commerce international et les principes du libre échange ».

La réalité est plus prosaïque : la charge brutale de D. Trump pose un risque existentiel au régime en menaçant ses réserves de change, matelas financier de sa réactivité socio-politique en cas de crise économique majeure. Pour autant, reconnaissant l’importance des relations bilatérales, le Livre Blanc affirme que la clé de l’apaisement est dans le retour de la confiance mutuelle. Nous en sommes encore très loin.

Alors que, désormais il est probable que les élites chinoises calculent les chances de réélection de Trump en 2020, la Maison Blanche, vivement critiquée par les Démocrates et une partie de l’opinion articule elle aussi sa stratégie à l’émotion nationaliste particulièrement bien perçue dans les fiefs électoraux du Président. Ainsi s’explique la charge lancée par D.Trump à l’Assemblée Générale des Nations Unies, le 26 septembre, par laquelle il accusait le Ministère des Affaires étrangères chinois de financer dans un journal de l’Iowa des publicités attaquant le politique de la Maison Blanche.

 

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Aux États-Unis, fleurissent les appréciations inquiètes sur les risques que les rivalités enkystées entre Pékin et Washington dégénèrent en conflit militaire ouvert, soit qu’elles se réfèrent au « piège de Thucydide » qui conduisit au premier conflit mondial, soit qu’elles évoquent l’enchaînement des crises économiques creuset des « émotions populistes et des solutions simplistes », mécaniques infernales à l’origine de la 2e guerre mondiale.

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Le 28 juillet Cheng Li, sinologue d’origine shanghaienne, Directeur d’études à la Brookings et Président de la Commission Nationale pour les relations sino-américaines, publiait avec Diana Liang, assistante de recherche à la Brookings[La Brookings Institution est un think tank américain ayant son siège à Washington] , une analyse pessimiste décrivant les difficultés pour Pékin et Washington de parvenir à un accord.[7*]

Après avoir rappelé que depuis l’entrée de la Chine à l’OMC en 2001, les États-Unis et la Chine se sont affrontés dans 35 querelles commerciales, le point de vue met l’accent sur les facteurs non économiques pouvant, cette fois, enkyster et aggraver la discorde entre les deux premières économies de la planète.
L’essentiel est articulé à l’analyse des émotions nationalistes qui, en Chine contraignent le Parti à ne pas donner à l’opinion l’impression qu’il « capitule sous la pression ». Celles-ci freinent tout compromis, en dépit des dommages déjà causés à l’économie chinoise par la guerre des taxes dont les effets sont, selon Cheng Li, toujours plus sensibles pour une économie en surplus commercial et dont l’un des moteurs de la croissance est l’export.

CHINE Zone de Xiong'an dans la province du Hebei b8aeed9905951a4af61f0e  CHINE Zone de Xiong’an dans la province du Hebei

Menaçant la stabilité politique interne tributaire de l’offre d’emploi et de la réussite des grands projets d’aménagement du territoire (Xiong’an, Grande baie de Zhuhai, couloir économique Pékin – Tianjin – Hebei) -, la guerre commerciale fragilise moins Washington que Pékin dont la croissance et les réserves de change reposent en partie sur une obédience à géométrie variable aux règles du marché et dont la capacités de riposte du tac au tac sont réduites par le moindre volume des exportations américaines vers la Chine. (Voir l’annexe QUI SUIT)

La réaction nationaliste chinoise n’incitant pas au compromis est encore aggravée par les analyses américaines de l’appareil de défense présentant la Chine comme une menace stratégique, tandis que le Parti considéra comme un affront que, dans son dernier discours à l’Union, Trump ait présenté la Chine et la Russie au milieu d’une liste « d’États voyous » et de groupes terroristes.

Aux États-Unis, des méfiances symétriques sont nées de l’impression que Pékin, appuyé par Moscou, jouait double jeu sur la question nord-coréenne, tandis qu’à Taïwan, le gouvernement démocratiquement élu subissait un harcèlement militaro-diplomatique sans précédent de la part du Continent. La réaction du Congrès votant le « Travel Act » qui augmentait le niveau politique des visiteurs officiels dans l’Île a ajouté de l’huile sur le feu.

Quant à la communauté d’affaires américaine, s’il est vrai qu’elle se plaint des mesures tarifaires augmentant le prix des exportations de sous-traitants délocalisés en Chine, elle reste globalement solidaire du bras de fer engagé par la Maison Blanche, jugeant préoccupante la trajectoire politique chinoise marquée par l’augmentation du poids du Parti dans les co-entreprises et par la loi sur la sécurité nationale restreignant l’utilisation d’Internet, censurant la presse, tandis que plane toujours l’intention, pour l’instant reportée suite aux protestations, d’obliger les acteurs étrangers à livrer leurs codes de cryptage internet à la sécurité publique.

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La dernière partie très pessimiste de l’article qui anticipait l’escalade en cours, exhortait les deux parties à considérer la possibilité d’un compromis pour éviter que « le conflit commercial ne dégénère en guerre réelle ».

omc Roberto Azevêdo2018_06_08_dg_eif_e  Roberto Azevêdo

Signe que, pour l’instant, l’affaire est dans une impasse, le 19 septembre Roberto Azevêdo, Président de l’OMC, – que D. Trump menace de quitter ce qui réduit à néant la portée de la proposition -, offrait que son organisation serve d’arbitre au conflit.

ANNEXE

Effets comparés de la guerre commerciale.

Le graphe montre la volatilité de la bourse de Shanghai avec notamment deux baisses brutales directement liées aux péripéties de la guerre des taxes. La première, en janvier 2018 (chute de 12% entre le 26 janvier 2018 et le 9 février 2018) correspondant à la première salve de taxes imposées aux panneaux solaires fabriqués en Chine. La 2e , 4 mois plus tard (chute de 15% entre le 21 mai et le 6 juillet 2018) correspondant aux premières menaces de la Maison Blanche d’élargir l’application des droits de douane à 100 Mds de $ d’exportations chinoises.

Entre le 26 janvier et le 27 septembre 2018, la bourse de Shanghai a perdu 21%. Compte tenu de l’enchevêtrement entre les affaires et le pouvoir à quoi s’ajoute le rôle omnipotent attribué au n°1 du Parti, l’impact politique des secousses est plus fort que dans une démocratie occidentale où les variations du marché ne sont pas directement associées à l’exécutif.

 

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Malgré un rebond de +5% sur le Continent et de +1,8% à Hong Kong depuis la mi-septembre, les bourses de Shanghai et de Hong Kong sont respectivement en recul de 13 et 14% depuis janvier 2018.

En même temps, toujours depuis janvier le Yuan accuse une baisse de 14% par rapport au $.

Les pressions à la baisse qui augmentent les tendances au repli dans la finance grise et aggravent l’endettement des collectivités locales, pourraient déclencher une fuite des capitaux et déstabiliser le marché immobilier dont la sensibilité politique est extrême.

Surtout la réduction des surplus commerciaux chinois, objectif de Trump, placera sous forte contrainte les réserves de change – matelas de sécurité financière en cas de crise de liquidités -.

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Par comparaison, la bourse de New-York a gagné +6,9 % depuis octobre 2017 en dépit d’une secousse à la baisse de 11% début février 2018, tandis que tous les indicateurs (productivité, emploi, revenus moyens, PNB/hab, croissance) sont à la hausse.
Mais pour Washington, le point noir dangereux, portant un risque de contagion globale, est le taux d’endettement générant une charge de la dette de 520 Mds de $ annuels pouvant induire un assèchement des liquidités aggravé par l’augmentation des taux décidée par la réserve fédérale.

La question des bonds du trésor américain.

Les deux graphes de l’AFP montrent à gauche les principaux détenteurs de bonds du trésor américains en janvier 2018.

Avec 1065,8 Mds de $ le Japon talonnait la Chine avec 1168,2 Mds de $, soit 19% de la dette extérieur américaine.

A droite le graphe montre que depuis 2011 la valeur de la dette américaine détenue par la Chine est stable autour d’une moyenne de 1100 Mds de $. Selon les experts financiers chinois eux-mêmes, l’administration en charge des actifs financiers continuera à faire confiance à la fiabilité et à la liquidité des bonds du trésor américains en dépit de leur faible rapport de 3% essentiellement parce qu’ils sont des titres obligataires garantis par l’État américain.

Pour élargir la perspective et anticiper les risques globaux que Pékin mesure comme la Banque fédérale américaine, il faut ajouter que le niveau d’endettement des États-Unis à 21000 Mds de $ (doublement en 10 ans durant la présidence Obama et accéléré par D.Trump) oblige la « FED » a émettre de la dette pour payer les charges de l’emprunt à hauteur de 500 Mds de $ par an.

La tendance pose, compte tenu de la prévalence du dollar, un risque majeur à l’équilibre des finances mondiales. Il s’agit là du principal talon d’Achille américain Au-delà de l’embellie en cours, décrite plus haut, selon les économistes les plus sérieux aux États-Unis, les politiques de relance menées par Trump et ses prédécesseurs élargissent le déficit à un niveau insupportable.

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S’il est vrai que la réduction par la Chine de son stock du bonds du trésor (-2,4% depuis entre août 2017 et juillet 2018 tombé de 1200 à 1171 Mds de $) pourrait aggraver une crise de liquidités dont la perspective est réelle, l’impact de représailles chinoises agissant sur ses créances américaines serait loin d’être décisif puisque l’exposition à la Chine ne représente que 19% de la dette extérieure qui, elle-même, ne compte que pour 42% de la dette totale estimée à 21 000 de $ en 2017.

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Le 5 juin dernier, le South China Morning Post (SCMP) publiait une longue analyse confirmant que l’administration en charge des 3000 Mds de $ de réserves de change de la Chine – 国家 外汇 管理局 – resterait fidèle à la fiabilité des bonds du trésor américains dont la liquidité était bien meilleure et plus sûre que n’importe quel autre investissement au monde.

Ce choix fut renforcé par la crise boursière de 2014 entraînant un regain de prudence dans la gestion des réserves de change en prévision d’une crise de liquidités globale, principale crainte des économistes chinois et occidentaux.

CHINE Wang Yongzhong, thumb_215_215_100Cette perception de la fiabilité des bonds du trésor américains dont le risque est nul, rejoint l’analyse de Wang Yongzhong, chercheur émérite à l’Institut des études politiques et économiques internationales de l’Académie des Sciences Sociales à Pékin : « les bonds du trésor américains sont des actifs globalement sûrs et privilégiés par la plupart des pays en cas de crise financière et commerciale globale ».
Li Jie, à la tête de l’institut de recherche d’économie de Pékin est sur la même ligne : « face à la brutale augmentation des taux par la réserve fédérale, la Chine doit se constituer un matelas de liquidités en cas de crise pour stabiliser le Yuan. Et il n’existe aucun actif financier plus liquide que les bonds du trésor américains ».
Plus encore, alors que pour la première fois depuis 2001 la Chine accuse un déficit budgétaire et que sa dette extérieure atteignait 1700 Mds de $ à la fin 2017 (tout de même 5 fois moins que la dette extérieure américaine), la liquidité des bonds du trésor américains constitue aux yeux des économistes chinois une assurance n’ayant pas d’équivalent sur le marché.

Notes :

[1] Les effets de la sanction interdisent à l’administration de Li Shangfu de solliciter des États-Unis des licences d’exportation et d’interagir avec le système financier américain. Le département de l’équipement militaire de l’APL et son chef figurent désormais sur un « liste noire » de 33 personnes et organisations liées au système militaire et aux renseignements russes.

Établie en vertu de la loi votée en 2017 visant à « riposter par des sanctions aux adversaires de l’Amérique – Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act – CAATSA – » dont l’objet cible aussi l’ingérence militaire russe en Ukraine et la participation de Moscou en soutien de Bashar el Asad à la guerre en Syrie, la liste qui tire profit de la prévalence du Dollar américain, pose Washington en arbitre stratégique, juridique et moral des relations internationales au moment même où Pékin qui rejette les « valeurs universelles », récuse ce rôle. Le rejet recoupe celui par Pékin de la présence militaire américaine en Asie et notamment en Mer de Chine du sud, sur la péninsule coréenne et au Japon.

[2] Pékin, devenu le premier consommateur d’énergie au monde et confronté aux défis de l’environnement, privilégie le gaz, « source propre » dont la Chine est le 6e producteur de la planète avec 150 Mds de m3/an. Mais l’augmentation rapide de sa consommation (+15% en 2017 à 237 Mds de m3) accélère les importations qui, selon les analyses de SIA Energy s’élèveront à 132 Mds de m3 en 2020 pour une consommation en croissance très rapide évaluée à 317 Md de m3 (+74% en 2 ans)

[3] Directeur du département des relations internationales de l’École des hautes études en sciences économiques de Moscou et du Centre d’études de l’Asie orientale et de l’Organisation de coopération de Shanghai auprès de l’Institut d’État des relations internationales de Moscou. Professeur titulaire à l’Université du Zhejiang et à l’Université du Nord-Ouest en Chine.

 

AUTRES LIENS*

  1. (Lire à ce sujet : Réflexions sur le mythe de l’altérité de la Chine.)
  2. (Lire à ce sujet : Où en est le nouveau « Grand Jeu » en Asie Centrale ?).
  3. (lire : Le G7 au Québec et l’OCS à Qingdao, les deux pôles rivaux du monde.)
  4. Lire :
    Chine-Russie, inquiétudes autour d’un authentique partenariat stratégique.
    Les malentendus de la relation Chine – Russie – Syrie.
  5. Voir à ce sujet notre dernier éditorial : Xi Jinping, D. Trump, Kim Jong-un, brutal retour aux réalités.
  6. https://www.nato.int/nato_static_fl2014/assets/pdf/pdf_2018_04/20180425_1804-factsheet_exercises_en.pdf

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vocabulaire >

Définition de l’altérité – Etymologie : du latin alter, autre.

En philosophie, l’altérité est le caractère, la qualité de ce qui est autre. C’est aussi la reconnaissance de l’autre dans sa différence, qu’elle soit ethnique, sociale, culturelle ou religieuse.

Le questionnement sur l’altérité conduit à s’interroger sur ce qui est autre (alter) que nous (ego), sur nos relations avec lui, sur les moyens de le connaître, sur la possibilité d’exister sans lui, s’il constitue une menace pour notre identité.

Dans le langage courant, l’altérité est l’acceptation de l’autre en tant qu’être différent et la reconnaissance de ses droits à être lui-même.

L’altérité se différencie de la tolérance car elle implique la compréhension des particularités de chacun, la capacité d’ouverture aux différentes cultures et à leur métissage.
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