2984 – Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, Moscou, 30 août 2018

Sergueï Lavrov lors d’une conférence de presse conjointe à l’issue de son entretien avec Walid Mouallem, vice-Président du Conseil des ministres et Ministre syrien des Affaires étrangères et des Expatriés, Moscou, 30 août 2018

RUSSIE 30.08.2018. ORG_DSC08218        

Mesdames et messieurs,
Nos pourparlers ont permis d’aborder tout l’éventail de notre coopération en politique étrangère. Ils ont été très utiles.
Bien évidemment, la situation en Syrie et autour a été au centre de notre entretien, tout comme la situation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord dans l’ensemble.
Nous avons constaté avec satisfaction que la majeure partie du territoire syrien avait été libérée des terroristes. Il reste encore à éliminer les foyers terroristes qui persistent, notamment dans la zone de désescalade d’Idleb. Il est inadmissible que les terroristes qui s’y sont retranchés – avant tout du Front al-Nosra – tentent d’utiliser cette zone de désescalade pour préparer des attaques contre les positions de l’armée syrienne et même pour tenter d’attaquer avec des drones le territoire de la base militaire russe de Hmeimim.
Nous avons échangé nos points de vue sur le déroulement des actions pour la séparation effective entre l’opposition armée disposée au dialogue avec le gouvernement syrien, d’une part, et les terroristes de l’autre. Nous avons évoqué les négociations qui se poursuivent à ce sujet entre la Fédération de Russie et la République turque.
Nos amis syriens ont évoqué leurs efforts pour organiser des trêves locales supplémentaires avec les groupes armés qui se trouvent à Idleb et voudraient prendre leurs distances du Front al-Nosra, ainsi que pour assurer la sécurité de la population civile dans cette zone de désescalade.
Mon homologue et moi avons réaffirmé notre attachement au lancement du processus de paix sur la base de la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies, ainsi qu’aux accords conclus entre les Syriens pendant le Congrès du dialogue national syrien de Sotchi.
Nous avons abordé les questions liées à la mise en place des conditions pour le retour au plus vite des réfugiés syriens et des déplacés internes à leur foyer. Le Ministre syrien des Affaires étrangères et des Expatriés Walid Mouallem a expliqué ce qui était entrepris par le gouvernement syrien pour permettre un tel retour en garantissant à ceux qui revenaient la sécurité et l’assurance d’une attitude non discriminatoire envers eux.
Nous sommes d’accord sur le fait qu’il est urgent de mobiliser la communauté internationale pour participer à la mise en place des conditions pour le retour des réfugiés, notamment grâce à l’aide humanitaire, à la contribution à la reconstruction de l’infrastructure socioéconomique, et à la mise en œuvre de projets garantissant des emplois aux personnes qui reviennent. La Russie est prête à accroître sa contribution pour remplir ces tâches. Ces questions seront prioritaires durant l’entretien de demain entre Walid Mouallem, vice-Président du Conseil des ministres et Ministre syrien des Affaires étrangères et des Expatriés, et le vice-Premier ministre russe Iouri Borissov, tous deux coprésidents de la Commission russo-syrienne pour la coopération commerciale, économique, scientifique et technique.
Nous pensons que d’autres pays également doivent participer activement à ces efforts. Nous impartissons un rôle particulier en ce sens à l’Onu, et aux structures qui travaillent dans le cadre de l’Organisation – les différents établissements spécialisés, les fondations, les programmes. Conformément à leurs documents statutaires, ils doivent participer activement au travail pour mobiliser l’aide internationale aux fins mentionnées.
Nous savons bien que le progrès dans le processus de paix syrien et la lutte contre le terrorisme, dans le règlement des problèmes humanitaires et la mise en place des conditions pour le retour des réfugiés, ne plaît pas à tout le monde. Des tentatives sont entreprises pour bloquer ces processus en utilisant différents provocateurs, y compris des extrémistes et les provocateurs connus qui se font appeler Casques blancs et sont connus pour mettre en scène de prétendus cas d’usage d’armes chimiques par le gouvernement syrien afin que les pays occidentaux aient un prétexte pour frapper la Syrie. Une nouvelle provocation est en cours de préparation afin de compliquer l’opération antiterroriste à Idleb. Faits en main, par le biais des ministères de la Défense et des Affaires étrangères, nous avons clairement et fermement mis en garde nos partenaires occidentaux contre ce « jeu avec le feu ».
Au lieu de poursuivre des projets géopolitiques unilatéraux, nous appelons tout les membres de la communauté internationale, y compris les pays arabes, l’Europe et les USA, à unir leurs efforts pour rendre la Syrie pacifique et stable. La stabilité de ce pays est primordiale pour garantir la sécurité et la prospérité de tout le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.
Nous sommes convenus de poursuivre la coordination de nos actions pour le processus de paix syrien et d’autres aspects de l’ordre du jour dans cette région fatidique pour le monde entier.

Question (adressée aux deux ministres): Que pensez-vous des déclarations « expressives » des USA vis-à-vis de la Syrie concernant l’usage de l’arme chimique?

Sergueï Lavrov (répond après Walid Mouallem): En ce qui concerne l’arme chimique et les menaces des USA et d’autres pays occidentaux, leur palmarès dans ce domaine est bien connu. Il est constitué des provocations qui ont été organisées pour obtenir un prétexte afin de frapper les positions de l’armée syrienne.

Il est à noter que les incidents d’avril 2017 à Khan Cheikhoun et de 2018 à Douma, qui ont servi de prétexte pour lancer des frappes, n’ont toujours pas été définitivement clos au niveau des inspecteurs de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). Dans les deux cas, les normes et les procédures prescrites par la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC) ont été grossièrement enfreintes. Le rapport de l’OIAC sur l’incident d’avril 2018 à Douma n’a toujours pas été publié. Nous avons attiré plusieurs fois l’attention de nos collègues occidentaux sur le caractère inadmissible de la manipulation grossière de cette organisation internationale. Mais de telles tentatives de manipulation se poursuivent, voire s’intensifient.

Question: Que pensez-vous de la présence de militaires américains sur le territoire syrien?

Sergueï Lavrov: La présence des USA et d’autres pays occidentaux sur le territoire syrien est illégitime. Les Américains ont promis et déclaré publiquement à plusieurs reprises, notamment en la personne du Président américain Donald Trump, qu’ils quitteraient la Syrie. Mais finalement, à chaque fois, ils trouvaient de nouveaux prétextes pour rester.

  • Ils disaient d’abord qu’ils partiraient après la frappe contre Daech.
  • Puis un nouveau critère est apparu: la nécessité de stabiliser la situation générale dans le pays.
  • Maintenant on dit que les Américains resteront tant que le processus de « transition politique » ne sera pas lancé, voire terminé.

Tout cela ne montre pas nos partenaires américains sous un très beau jour. Ils nous avaient également promis à maintes reprises de supprimer la « zone de sécurité » illégalement et unilatéralement créée à al-Tanf et de garantir un accès de l’Onu et des organisations internationales au camp de réfugiés de Roukban, qui est activement utilisé par ce qu’il reste de Daech pour reprendre des forces, se rétablir et lancer des frappes contre les positions de l’armée syrienne.

Je voudrais noter que pendant nos derniers contacts avec les Américains se dessinait, semble-t-il, la compréhension du fait qu’il fallait ouvrir au plus vite le camp de Roukban et faire sortir les réfugiés sous l’égide de l’Onu pour qu’ils puissent regagner leur foyer. J’espère que cette compréhension sera réellement affirmée et mise en pratique.

La présence américaine en Syrie ne revêt pas seulement un aspect militaire. Tout en s’opposant fermement à l’implication de la communauté internationale dans la mise en place des conditions pour le retour des réfugiés sur la partie du territoire de la Syrie contrôlée par le gouvernement syrien, nos collègues américains aménagent activement la rive Est de l’Euphrate, y reconstruisent l’infrastructure, les réseaux socioéconomiques et créent même des organes pseudo-étatiques d’autonomie locale. C’est inquiétant et risque de diviser la Syrie, ce qui est absolument inadmissible et constitue une violation grossière de toutes les décisions du Conseil de sécurité des Nations unies, qui a exigé à maintes reprises de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie.

Je souligne une nouvelle fois que les actions unilatérales ne mènent nulle part. Les situations qui ont résulté de l’invasion de l’Irak et de l’agression contre la Libye devaient nous servir de leçon à tous. Les problèmes de la Syrie et de la région ne pourront être réglé que grâce aux actions collectives sans agenda voilé ni deux poids deux mesures. Nous restons disposés à un travail ouvert avec tous les acteurs de la communauté internationale sans exception et les pays de la région, bien sûr.

Question: Hier et aujourd’hui, vous avez parlé des efforts entrepris par les militaires russes et turcs pour préparer l’opération à Idleb et séparer les terroristes du Front al-Nosra de l’opposition armée prête à faire la paix. Y a-t-il des délais concrets de ce processus? Cela aura-t-il lieu avant ou après le sommet des trois pays garants en Iran?

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne les contacts russo-turcs, notamment pour régler les questions concrètes – la détente de la situation dans la zone de désescalade d’Idleb, l’opposition à l’usage de cette zone par les terroristes, notamment le Front al-Nosra, la mission de séparer l’opposition armée prête au dialogue avec le gouvernement syrien des terroristes -, les contacts se poursuivent ces jours-ci. Nous n’avons fixé aucun délai artificiel, mais cela doit être fait au plus vite. Dès qu’un accord sera convenu, je suis certain que vous en serez informés.

Question: Hier, vous avez rencontré votre homologue saoudien Adel al-Joubeir. La Russie joue-t-elle un rôle dans le rapprochement des positions de Damas avec d’autres pays arabes?

Sergueï Lavrov: Nous avons effectivement évoqué les problèmes de la région dans un contexte plus large. D’après les contacts avec le Ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Joubeir et mes  homologues d’autres pays de la région, il me semble qu’ils prennent de plus en plus conscience de la réalité – qui est que le gouvernement syrien garantit la souveraineté et les intérêts légitimes de la sécurité de son pays.

Nous prônons toujours l’unité de la famille arabe. Elle rencontre plus d’un problème aujourd’hui. Nous pensons que les pays arabes doivent eux-mêmes décider de comment ils doivent vivre dans leur propre région et contrer les tentatives entreprises par d’autres pays de manipuler leurs intérêts à des fins géopolitiques.


SOURCE/ http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/3332488

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