2982 – La Chine souveraine en mer de Chine méridionale ?

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2/11/2018 – FEREY,* Simon – 7 Jours sur Terre

La mer de Chine du Sud est-elle chinoise ? Son nom pourrait le laisser penser, tout comme l’offensive chinoise pour asseoir sa souveraineté sur les îles et îlots en mer de Chine méridionale qui fait de la Chine le poids lourd mais contesté dans la région.

La situation

Pourtant, c’est une mer semi-fermée qui borde près d’une dizaine de pays d’Asie du Sud-Est comme le Vietnam ou les Philippines.

Les îles et îlots qui s’y trouvent sont au cœur du conflit qui oppose les pays de la région depuis des décennies dont la tendance lourde est un élargissement de l’influence chinoise.

La Chine revendique 80 % de la mer de Chine méridionale. Les revendications chinoises donnent lieu à des tensions avec les pays voisins qui revendiquent aussi des zones maritimes qui leur semblent légitimes et prévues par le droit international de la mer.

  • Ainsi, les îles Paracels font l’objet d’un conflit opposant la Chine au Vietnam.
  • Les îles Spratley sont quant à elles revendiquées par la Chine et les Philippines mais aussi la Malaisie, le Vietnam, Brunei et Taïwan.

La souveraineté sur les îles de la mer de Chine méridionale est un élément central de la stratégie chinoise d’élargissement de son territoire maritime.

En effet, la souveraineté sur une île, encore faut-il qu’elle soit habitable et dotée d’une économie propre, donne droit à une Zone Économique Exclusive (ZEE) de 200 milles marins tout autour de l’île, où s’exercent des droits souverains en matière d’exploration et d’utilisation des ressources.

La position chinoise

Pour consolider sa position, la Chine se base sur une carte datant de 1948 appelée « la ligne des neuf traits ».

Il s’agit de neuf points qui formeraient les frontières maritimes historiques de la Chine, s’étendant sur la grande majorité de la mer de Chine méridionale. La carte s’accompagne d’une note affirmant que

« la Chine a une souveraineté incontestable sur les îles de la mer de Chine méridionale et les eaux qui les bordent, a entière juridiction et jouit de tous ses droits souverains tant sur les eaux associées que sur le fond maritime et le sous-sol ».

Cette frontière ne laisse aux voisins de la Chine que quelques recoins maritimes bien inférieurs à leurs revendications. Toutefois, la ligne des neuf traits n’est pas reconnue par le droit international de la mer.

La grande muraille de sable

La stratégie chinoise vise donc à exercer sa souveraineté sur les îles de la mer de Chine méridionale pour élargir son influence et repousser ses frontières maritimes de manière compatible avec le droit international de la mer.

Généralement, le mode opératoire de la Chine est le suivant.

Dans un premier temps, la Chine occupe une île pour y exercer sa souveraineté. Ensuite, pour pouvoir prétendre à une zone économique exclusive autour de cette île, il faut qu’elle soit habitable et soit dotée d’une économie propre. Beaucoup d’îles et d’îlots étant inhabités, la Chine procède à la construction d’infrastructures permettant de donner droit à cette extension du domaine maritime. Il s’agit parfois de rochers transformés en îles artificielles pour permettre la construction d’infrastructures.

Par exemple, l’île de Fiery Cross ou Yongshu en chinois, dans l’archipel des Paracels était il y a quelques années constituée de quelques rochers. Elle accueille désormais une piste d’atterrissage et un port. Le processus est en marche depuis quelques années et permet à la Chine d’avancer ces pions en mer de Chine du Sud et d’exercer sa souveraineté sur ces confettis stratégiques.

L’expression « grande muraille de sable » est utilisée pour décrire le phénomène, s’apparentant à la grande muraille de Chine dans le domaine maritime par ses fonctions de frontière et de protection.

Enjeux et risques

Les enjeux ne sont pas seulement symboliques mais aussi économiques, géopolitiques et environnementaux.

La mer de Chine du Sud est le carrefour majeur de l’économie mondiale.

C’est un passage stratégique car il s’agit d’une autoroute maritime et commerciale de la mondialisation par son trafic et son poids économique.

  • A titre d’exemple, son poids commercial est trois fois plus important que le canal de Suez.
  • De plus, la mer de Chine méridionale dispose de ressources exceptionnelles en poissons mais aussi en pétrole et en gaz dans son sous-sol.

D’un point de vue géopolitique, la mer de Chine méridionale représente pour la Chine un atout considérable pour assurer son indépendance et le renforcement de ses positions vis-à-vis des États-Unis. Exercer sa souveraineté sur la mer de Chine du Sud, c’est se libérer du contrôle américain et de ses alliés.

La Chine se trouve bloquée à l’est par ses voisins dans la mer de Chine orientale, c’est à dire le Japon et la Corée du Sud, qui sont des alliés des États-Unis, ces derniers disposent d’ailleurs de plusieurs bases militaires dans ces deux pays.

La mer de Chine méridionale constitue alors une voie vers l’indépendance. Cette politique maritime d’expansion est d’ailleurs renforcée par le « collier de perles » c’est à dire des bases navales disséminées depuis la mer de Chine du Sud jusqu’à l’océan indien pour assurer son indépendance maritime et commerciale.

Les risques environnementaux sont déjà une conséquence bien réelle de la construction d’îles artificielles et d’infrastructures. Les îles et îlots forment bien souvent des écosystèmes fragiles comme des atolls ou des récifs de coraux, dont la préservation est pourtant prévue dans le droit international de la mer.

Les coraux contribuent au bon fonctionnement des océans, c’est aussi le lieu de reproduction de nombreuses espèces de poissons. Leur disparition engendrerait des effets dramatiques dans l’une des mers où l’on trouve le plus de vie et parmi les plus poissonneuse au monde. La Chine a déjà perdu 80% de ses récifs coralliens au cours des dernières décennies.

corail recif recifimp  CORAIL Les récifs coralliens subissent des pertes encore plus importantes que les forêts.IMG_9  Les récifs coralliens subissent des pertes encore plus importantes que les forêts.

La Chine toute puissante ?

Les revendications en mer de Chine méridionale ont fait l’objet d’une plainte de la part des Philippines à la Cour permanente d’arbitrage de La Haye en 2016.

La Cour a dévoilé son verdict sur le conflit maritime qui oppose la Chine et les Philippines dans l’archipel des Spratley en affirmant qu’

« il n’y a aucun fondement juridique pour que la Chine revendique des droits historiques sur des ressources dans les zones maritimes à l’intérieur de la ligne aux neuf traits ».

Suite à l’arbitrage de la Cour, la Chine n’a pas reconnu le verdict affirmant que

«la décision des juges est nulle et non avenue».

L’arbitrage en faveur des Philippines semble plus symbolique que concret, la Chine poursuivant ses activités dans la même direction.

Les tensions restent vives en mer de Chine méridionale entre la Chine et ses voisins mais aussi avec les États-Unis qui soutiennent les revendications des pays de la région comme le Vietnam ou les Philippines.

Ouvrant la voie à une escalade des tensions ou un renforcement de la souveraineté chinoise en mer de Chine méridionale qui s’accompagne de nouvelles responsabilités ?

FERREY,* Simon
Diplômé de la maîtrise aux Hautes Études Internationales (HEI) de l’université Laval, à Québec, Simon se passionne pour la diplomatie. Ses domaines de prédilection sont l’environnement et la Francophonie. Dans le cadre de sa maîtrise, il s’est penché sur la question de la protection des océans. Il a aussi effectué un stage à l’ambassade du Canada en Argentine comme chargé de la Francophonie.