2934 – La politique intérieure américaine mine la détente avec la Russie

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par Hannes Hofbauer*-  N° 18, 6 août 2018 –   Horizons et débats

Poule mouillée, menteur, traître. La presse américaine a cité une série de personnalités appartenant aux élites washingtoniennes ayant réagi de manière haineuse à la rencontre des présidents Donald Trump et Vladimir Poutine à Helsinki.

C’est le vétéran de la guerre du Vietnam John McCain qui fut, une fois de plus, le pire. Pour lui la conférence commune «fut l’une des représentations les plus éhontées de tous les temps d’un président américain. Selon McCain, jamais un président américain «ne s’est pareillement rabaissé devant un tyran».

D’un côté le traître, de l’autre le tyran – c’est ainsi qu’un des pires va-t’en-guerre caractérise les deux hommes se trouvant à proximité des déclencheurs d’armes nucléaires.

Avant même la rencontre, les médias destinés à la formation de l’opinion d’Outre-Atlantique, donc dans nos latitudes, avaient largement commenté le danger que Trump ne tienne pas la route face à Poutine.

  • Il était même possible qu’il réalise ce qu’il avait annoncé, c’est-à-dire d’en finir avec l’aventure américaine entreprise en violation du droit international en Syrie.
  • Et pire encore, il serait capable de faire face à la réalité et d’approuver l’intégration de la Crimée dans la Fédération de Russie.

Nous ne savons pas de quoi ont discuté les deux hommes dans leur entretien de plus de deux heures. On peut espérer qu’il s’agissait des grandes questions touchant à la paix du monde.

La politique et les médias occidentaux avaient d’autres préoccupations.

  • Ils se sont concentrés exclusivement sur un aspect secondaire, soit la politique intérieure américaine. Entretemps, depuis 20 mois, il s’y pose la question de savoir si des instances russes se sont immiscées dans l’élection présidentielle américaine de 2016 et si oui comment.
  • La rencontre Trump-Poutine a offert une belle opportunité pour réveiller l’intérêt déclinant du public dans cette affaire. Donc, ce fut une ruée, commençant par CNN et le «New York Times» en continuant le tour du monde, des centaines de médias ont saisi le sujet traité par l’enquêteur spécial Robert Muller.
  • Trois jours avant le sommet d’Helsinki, celui-ci a intenté une action en justice contre douze citoyens russes pour immixtion dans la campagne présidentielle, afin de mettre Trump sous pression.

 

Le sommet de Helsinki – un pas vers l’entente. (photo keystone)

Cette manœuvre est sans risque pour Muller du fait que les accusés pour espionnage ne peuvent pas être arrêtés aux États-Unis. Sans mise aux arrêts pas de déposition, et sans dépositions pas de questions sur les faibles reproches avancés.

Après que Trump se soit exprimé devant la presse internationale pour affirmer que le démenti de Poutine concernant les accusations d’immixtion dans les élections américaines avait été «solide et vigoureux», il ajouta, à sa manière, avoir pleine confiance tant dans les services secrets américains qu’en Poutine.

Instantanément la rage de l’establishment explosa pour le traiter de poule mouillée, de menteur, de traître.

Dans le domaine de la perfidie, on ne peut faire mieux que les médias face au comportement de Trump à Helsinki.

  • Donc, le président des États-Unis, élu conformément aux règles du pays, auquel les élites du pays reprochent d’avoir prétendument bénéficié de l’aide de la Russie, il y a deux ans, pour battre la candidate Hillary Clinton, a une rencontre avec un président russe élu selon les règles de son pays.

Le reproche venu de ses propres rangs: Trump persiste à dire que les élections étaient légitimes.

Que pouvait-il faire d’autre? Se ranger dans le chœur de ceux qui refusaient de considérer la défaite de Clinton comme le fruit de sa propre faiblesse, mais l’attribuaient à une manipulation russe.

S’il avait choisi cette voie, alors

  • 1    Trump aurait désavoué sa victoire électorale et aurait renoncé à la légitimité de son pouvoir;
  • 2    il aurait accordé au Kremlin tant d’influence dans le monde que ce dernier aurait pu tirer les ficelles au-delà de ses frontières et jusque dans le pouvoir militaire le plus fort du monde, les États-Unis;
  • 3    il aurait fait croire à la stupidité des électrices et électeurs américains, parce qu’ils auraient agi d’après les incitations russes et non pas selon leur propre volonté.

La vérité est que de l’avis des représentants de l’État profond des États-Unis, qui dévoile de plus en plus sa face hideuse, il se serait simplement produit une erreur lors des élections du 8 novembre 2016. La fausse personne a gagné.

On arriva tout juste à éliminer Bernie Sanders, proche du peuple, face à Hillary Clinton, mais lors des tentatives d’éliminer Donald Trump, l’establishment à failli.

Du coup, on se trouve, selon eux, devant un spéculateur immobilier incapable installé dans la Maison Blanche; une personne non embourbée dans le complexe militaro-industriel et ne connaissant pas les coutumes de Washington; pire encore, même au bout de deux ans, il a toujours la plus grande peine – et souvent après coup – à accepter ces coutumes.

Et rebelote! De retour aux États-Unis, il fit marche arrière. Lorsque Poutine a affirmé que ce n’était pas la Russie (qui s’était immiscée dans les élections américaines), lui Trump, aurait commis un lapsus dans sa réponse «Je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas la Russie» a-t-il écrit 24 heures plus tard, après avoir, lors de la conférence de Presse à Helsinki, dit le contraire: «Je ne vois pas pourquoi ce serait la Russie».

La vérité se laisse plier… même dans la grande politique.

Un dernier mot encore à propos de la causa prima transparente de la politique intérieure américaine.

En tant qu’observateur attitré on se permet de se demander s’il y a vraiment quelqu’un à Washington qui croit que Trump n’a pas été élu par le corps électoral américain, mais par le Kremlin russe.

Il est indéniable que les services secrets de l’étranger sont actifs, vu de leur pays de base, à l’étranger. Cela correspond à leur mission. Notamment aux États-Unis, une telle chose devrait se savoir, surtout après que James Clapper, qui fut longtemps coordinateur des services secrets, a reconnu en 2017, lors d’une audition au Sénat, que selon ses notes les États-Unis se seraient, depuis la Seconde Guerre mondiale, immiscés dans des élections à l’étranger au moins une fois l’an en moyenne.

S’emporter parce que d’autres font la même chose ne peut être expliqué que par l’intervention (prétendue) de la Russie touchant aux intérêts suprêmes du pays.

Le contraste entre les élites de Washington et Vladimir Poutine ne pourrait être plus grand: alors que les unes – auxquelles Trump ne semble toujours pas avoir accès – s’énervent depuis des mois suite à une prétendue manipulation électorale, Poutine se présente totalement détendu.

Questionné par l’animateur de Fox News au sujet de ce qu’il pensait de l’accusation portant sur douze espions russes, le président russe a répondu:

«Cela ne m’intéresse pas du tout. Il s’agit en fait de jeux politiques internes aux États-Unis. Ne prenez pas les relations entre les États-Unis et la Russie en otage pour des litiges politiques internes. […] Rien ne permet à la démocratie américaine d’être fière. Le fait d’utiliser des poursuites judiciaires à des fins de rivalités politiques est inacceptable.»

Une telle réaction aurait relevé le prestige des représentants politiques et médiatiques de Washington.    •

Première parution: www.rubikon.news  du 19/7/18

(Traduction Horizons et débats)

Les guerriers du tapis vert cherchent avidement la confrontation

«Les deux hommes les plus puissants du monde se rencontrent, parlent tête à tête de quelques-uns des sujets les plus urgents du moment et se mettent d’accord sur un certain nombre de sujets, pouvant ainsi éventuellement entamer une détente dans la nouvelle guerre froide. On serait donc tenté de s’attendre à des commentaires certes réservés mais positifs. Un aperçu des réactions suite au sommet d’Helsinki du 16 juillet montrent cependant à quel point l’idée de lire des journalistes constructifs, voire même objectifs, est naïve de nos jours. Les éditoriaux du 17 juillet critiquent cette rencontre avec une agressivité massive à peine croyable. Les guerriers du tapis vert cherchent avidement la confrontation tout en refusant le dialogue. L’état des médias est déplorable. […] Tentez donc vous-mêmes de trouver sur les grands sites d’information des articles neutres sur ce que les présidents Poutine et Trump ont discuté à Helsinki. Vous allez échouer, comme j´ai moi-même échoué sur ce point dans mes recherches pour cet article. Cependant, vous allez rencontrer des commentaires forts, imbus d’arrogance et d’ignorance, et tous similaires. Quiconque a du mal à tituler nos grands médias de ‹presse alignée› devrait chercher refuge en son for intérieur pour quelques jours – car un tel point de vue ne peut plus être maintenu après la lecture des ‹commentaires du sommet› […].»

Source: Jens Wernicke: Die «bizarre Putin-Trump-Horrorshow» – der Gipfel von Helsinki zeigt, in welchem erbärmlichen Zustand unsere Medien sich befinden [«L’étrange spectacle d´horreur Poutine-Trump» – le sommet d’Helsinki révèle dans quel état déplorable se trouvent nos médias]. http://www.nachdenkseiten.de du 17/7/18. Jens Wernicke écrit régulièrement des articles pour ce site et fait partie de la rédaction.

(Traduction Horizons et débats)


 

Attaques hystériques suite à la simple perspective d’une détente

«L’ensemble des médias ‹libéraux› et de l’establishment politique du monde occidental montre ouvertement son âme militariste et autoritaire avec les attaques hurlantes et hystériques à la simple perspective d’une politique de détente avec la Russie. La paix doit être une chose terrible …; une nouvelle course aux armements, injectant littéralement des billions de dollars dans le complexe militaro-industriel et tuant des centaines de milliers de personnes dans des guerres par procuration, semble par contre correspondre à l’attitude ‹libérale›. […] Les bellicistes, atterrés par la défaite de leur maître-tueuse Hillary voient maintenant leurs pires craintes se réaliser. Leur plus grande crainte est l’éclatement de la paix et des accords internationaux de contrôle des armements. C’est pourquoi l’establishment médiatique et politique a atteint actuellement un pic d’hystérie sans précédent. La quête de la paix est une ‹haute trahison›, et les représentants de la fausse gauche sont totalement mis à nu.»

Source: Craig Murray. «Kalter Krieg 2.0», www.rubikon.news  du 19/7/18. Craig Murray a été ambassadeur britannique en Ouzbékistan de 2002 à 2004.

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SOURCE/ https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2018/n-18-6-aout-2018/la-politique-interieure-americaine-mine-la-detente-avec-la-russie.html

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