2912 – Avant que le Golan ne redevienne syrien … propos prémonitoires du Dr Tayseer Maray & Rappel de la rencontre du 22 juin 2009 avec le Dr Tayseer Maray – Responsable de l’association Golan For Development

Il y a quelques années, j’ai choisi de me rendre en Palestine occupée, pour voir par moi-même une situation que les médias dominants me semblaient décrire de manière partiale et non équilibrée.

Depuis, rien n’a vraiment changé : les agresseurs sont toujours présentés comme les victimes et les résistants comme les coupables, dans la mesure où est répété ad nauseam, ‘le droit d’Israël à se défendre des attaques terroristes palestiniennes’…alors que manifestement, il y a bien un occupant (Israël) et un occupé (Palestine) qui ne fait qu’user de son droit à résister. N’importe quel enfant comprend aisément ce genre d’information. Et personne n’est dupe des mensonges du petit cercle politico-médiatique qui s’obstine à raconter le contraire et travestit la réalité. Dans leur arrogance, ceux qui le constituent ne se rendent même plus compte qu’ils se sont complètement décrédibilisés.

Dans la foulée, le projet sioniste qui prend l’eau de toutes parts, a révélé au fil du temps ses horribles fondements – racisme, vols, injustices, tortures, attentats, meurtres, apartheid, … – et est de plus en plus rejeté par tout citoyen animé des valeurs que constitue la déclaration universelle des Droits de l’Homme. Face à la complicité de nos États avec le régime sioniste, la campagne BDS illustre à elle seule la mobilisation qui anime la société civile pour que cesse cette imposture de nos États qui se targuent de leurs valeurs démocratiques mais collaborent avec un Etat aux pratiques terroristes.

Pour en comprendre les enjeux complexes, j’ai multiplié les voyages dans la région, entre 2001 et 2004 et en ai tiré un témoignage écrit (1) dont je vous livre ci-après un extrait à propos de l’occupation des hauteurs du Golan syrien, annexé en 1981 par Israël.

Le président Bachar al Assad a répété ces derniers mois que, tôt ou tard, le Golan redeviendrait terre syrienne. Les autorités israéliennes qui ont soutenu, formé et armé les mercenaires et les groupes terroristes ont perdu leur pari de renverser le président syrien, de démembrer et d’anéantir le pays. Et l’armée syrienne qui chaque jour récupère des pans de son territoire est maintenant aux frontières du Golan dont la bataille semble imminente.

Le plateau du Golan

Au vu de l’évolution de la situation ces dernières années et de la guerre menée sous de faux drapeaux par la coalition occidentalo-arabo-sioniste en Syrie, les propos tenus par le Dr Taiseer Maray sonnent comme une prophétie.

Dimanche 14.07.2002 :

« (…) Après le petit-déjeuner, nous envisageons la remontée de la vallée du Jourdain à l’Est du pays, en longeant la frontière jordanienne jusqu’à la frontière Nord, sur les hauteurs du Golan syrien. Il serait intéressant de rencontrer des Syriens qui, comme les Palestiniens, ont été envahis par l’armée d’Israël lors de la guerre de 1967. La journée sera longue. Maher, note chauffeur palestinien, estime la distance à 250 km. environ, jusqu’à la ville de Majdal Shams.

(…) Des colons se sont installés tout au long de cette vallée du Jourdain, fermiers pour la plupart. Il faut dire que sous cet aspect désertique se trouvent les nappes phréatiques les plus importantes du pays et qu’avec les moyens modernes, l’irrigation permet l’entretien des cultures. Les paysages se succèdent et ne varient guère au fil des kilomètres. De rares villages sont séparés les uns des autres par les cultures entrecoupées de zones désertiques. De temps à autre, nous apercevons quelques bédouins palestiniens et leurs troupeaux de chèvres et de dromadaires à la recherche d’une verdure bien pauvre. Les check-points sont rares et les contrôles s’y déroulent sans problème. Nous remontons lentement vers le lac de Tibériade.

(…) Le paysage devient moins aride. Nous roulons dans ce qui était la Syrie avant qu’Israël ne l’envahisse. De temps à autre, la route traverse un hameau en ruines, criblés d’impacts de tirs qui attestent de la violence des combats. Décidément, du Nord au Sud et d’Est en Ouest cette terre est un champ de batailles. Les constructions sont un peu différentes des maisons palestiniennes, mais le résultat est le même…

La frontière du Sud Liban n’est pas loin. Ici et là, nous découvrons le long de la route, des pièces d’artillerie abandonnées, canons pointés vers la plaine en contre-bas. La vue est magnifique. Les lacets, les collines et les vallées sont magiques ! Maher, imperturbable et souriant, pousse son mini-bus toujours plus loin sur ces routes superbes. Tout est calme et seul le bruit de notre véhicule vient troubler la paix environnante.

Enfin, nous atteignons les contreforts de Majdal Shams. Les rues sont très raides. Le village est accroché aux flancs du Golan. Maher le traverse par ses ruelles escarpées et s’arrête à la sortie. Il pointe du doigt le passage avec la Syrie : à environ 300 m. dans la montagne, un poste de contrôle désert. A l’occasion, les familles situées de ce côté de la frontière vont à la rencontre des leurs, vivant de l’autre côté, pour se crier les nouvelles comme ça, de loin…

Ensuite, Maher nous emmène au Centre Hospitalier du village. Nous y sommes reçus par son Directeur, le Docteur Taiseer Maray. Nous nous serrons dans son petit bureau, où il nous donne des explications précieuses sur cette partie du territoire dont peu de médias se font l’écho :

…depuis ’48 les Israéliens n’ont eu de cesse d’étendre leur domination sur la région.  Ils ont envahi de plus en plus de territoires. A ce jour, ils occupent 1.200 km² de terres syriennes. Sur la route, vous avez vu quelques vestiges des villages conquis. Il y en avait plus de 130 dans le Golan. En ’67, les forces israéliennes les ont détruits pour la plupart. Aujourd’hui, il n’en reste que 6 ! La technique est décrite par Moshe Dayan lui-même : les chars avançaient en territoire syrien pour y provoquer une réaction. Dès que les coups de feu de la résistance commençaient, les chars chassaient les habitants des villages, et le terrain conquis le restait…

A entendre la description de cette technique, rien n’a changé : les colons continuent à faire de même. Ils provoquent les Palestiniens jusqu’au moment où ceux-ci réagissent, et ensuite, appellent l’armée en renfort pour être ‘protégés’ de l’agression de ces terroristes arabes.

Taiseer continue :

– …à l’époque, il y avait à peu près 130.000 habitants dans les villages. Après le coup de force de l’armée israélienne, il n’en est resté qu’environ 6.000, les autres ayant fui vers Damas. Depuis, ils sont environ 18.000 dans ces six villages, et plus de 30 colonies se sont installées dans les places laissées vides, peuplées d’environ 18.000 colons…

Au-delà de sa fonction de médecin, Taiseer Maray s’occupe de différents projets de développement dans les secteurs de l’agriculture et de l’éducation. Par ce biais, il est en contact régulier avec les Palestiniens et les soutient par différents canaux. Il nous informe de la problématique de l’eau, enjeu majeur pour la contrée :

– …les fleuves Tigre et Euphrate qui prennent leurs sources en Turquie, sont de véritables réservoirs pour la région. De même, on peut dire que le Golan est considéré comme un château d’eau. Depuis toujours, il y a des pénuries à certaines périodes de l’année. Tous les ans, les hauteurs du Golan sont enneigées. Les habitants de la région qui connaissaient ce phénomène avaient construit d’énormes réservoirs qui captaient les eaux de pluie et de ruissellement, pour les périodes de sécheresse prolongée. Mais une loi de la Knesset les a interdits. Il faut dorénavant une kyrielle d’autorisations et de documents administratifs pour pouvoir en construire de nouveaux. Le comble étant les taxes prohibitives qui grèvent ces citernes, vu que l’eau tombe du ciel sur la terre… d’Israël ! Partout, son captage est l’objet de tension entre parties. Environ un tiers de la consommation d’eau en Israël provient du Golan. Israël, conscient des enjeux, a la main mise sur sa gestion et sa distribution. Toute la politique d’occupation en est imprégnée. Ils en contrôlent environ 90% que ce soit ici, dans la Bande de Gaza ou en Cisjordanie. Il semble même que des travaux de pompage très sophistiqués leur permettent de capter l’eau de nappes phréatiques situées en territoire jordanien…

Précieux compléments d’informations ! Taiseer illustre ses propos à l’aide de graphiques et de chiffres tirés de son ordinateur. Puis, il aborde d’autres aspects de la colonisation :

– …depuis plus de 20 ans, Israël s’est efforcé de convaincre les populations du Golan d’accepter la citoyenneté israélienne. Les soldats faisaient du porte à porte pour en persuader les habitants. A l’époque, ils avaient imposé un couvre-feu de 6 mois, et arrivaient avec des documents préparés où il suffisait d’apposer sa signature pour devenir citoyen israélien. Peu de Syriens acceptèrent, et ils furent pris en grippe par les autres qui avaient résisté. Aujourd’hui, ils sont plusieurs centaines à redemander leur citoyenneté syrienne… Par ailleurs, Israël nous a imposé son système, dès ’67. Nos élèves sont obligés d’apprendre l’hébreu, la religion juive, la géographie et l’histoire d’Israël. Nos propres enseignants ne peuvent donner de cours universitaires, de peur ‘d’inoculer’ les valeurs syriennes dans la tête des étudiants. Ce sont des professeurs israéliens qui sont en charge…

Cela balance le refrain des représentants israéliens qui assènent à longueur d’ondes, que l’enseignement palestinien est tendancieux. Si c’est le cas, il n’est pas le seul semble-t-il :

– …tout cela nous conduit à dire qu’Israël n’est pas tellement soucieux de la paix. Ce que veut Israël, c’est une domination sur les territoires conquis. C’est une paix qui ne serait qu’un calme pour mieux contrôler ce qu’ils ont volé à d’autres. Il faut ajouter que, tant qu’Israël voudra faire de son pays un État religieux, ce sera incompatible avec un État démocratique. Si le but ultime est de créer un État juif, les problèmes se succéderont les uns aux autres… A terme, une guerre avec la Syrie semble inévitable…

Incontournable, à ce stade de son intervention, Taiseer nous dit :

– … les Américains qui veulent à tout prix s’ériger en gendarme du monde, sous prétexte d’imposer ‘leur’ démocratie partout, sont surtout intéressés au maintien de leur domination par la force militaire, thèse intégrée par Israël. Il faut bien se rendre compte que ce ne sont pas les pays riches qui aident les pays pauvres, mais que ce sont ces derniers qui fournissent l’essentiel de leur bien-être aux premiers… Enfin, si l’Histoire nous démontre que tôt ou tard, toute occupation militaire se termine, Israël devrait profiter de sa supériorité militaire pour conclure un processus de paix, tant qu’il est dans une position de force. Car l’Histoire nous apprend aussi que, toute puissance est renversée un jour…

Nous en resterons-là avec Taiseer Maray. Son exposé nous a donné un autre angle de vue de la situation dans le pays. Au moment de se quitter, il nous dit, l’air entendu :

–  …ce sont les ténèbres maintenant, ce qui veut dire que l’aube approche… »

Daniel Vanhove

18.07.18

(1) ‘Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes’– 2004 – Ed.M.Pietteur – Extraits

*Daniel Vanhove est Observateur civil et auteur. Son dernier ouvrage La Démocratie Mensonge – 2008 – Ed. Marco Pietteur – coll. Oser Dire.


Rencontre avec le Dr Tayseer Maray – Responsable de l’association Golan For Development du 22 juin 2009

Plateau du Golan

Nous avons ici une clinique ouverte en permanence, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Nous avons 10 médecins spécialistes et du matériel moderne de haute technologie. Nous avons aussi une nursery et une salle de spectacle pour théâtre, concerts, et formations de jeunes.

Lorsque nous avons démarré en 1993, la médecine israélienne nous offrait 1 médecin pour 8000 habitants. Aujourd’hui, nous avons 1 médecin pour 800 habitants, ce qui est la meilleure proportion au monde. (1000 personnes par médecin en Europe, 1400 en Israël)

Mon parcours.

En 1978, je quittais l’école secondaire et voulait étudier à l’université à Damas. L’armée israélienne acceptait mon séjour à Damas à condition que je devienne un informateur auprès de leur service d’espionnage. Ayant refusé, j’ai étudié dans une université israélienne, cinq ans à Haiffa., 5 ans à Jérusalem, 1 an à Copenhague et 1 an à Los Angeles.

J’ai travaillé ensuite pendant 5 ans comme biologiste dans un institut de recherche en Israël (Migal), où j’ai eu de nombreuses discussions politiques avec de grandes divergences. De telle sorte que j’ai démissionné avant d’être mis à la porte.

Depuis 1996 je travaille dans ce village et dans cette organisation (créée en 1991) pour le développement du Golan.

L’histoire.

L’histoire ne peut être négligée. Elle doit servir à planifier l’avenir. Nous ne pouvons rien changer au passé, mais nous pouvons en tirer des leçons pour le futur.

Un proverbe arabe dit que vous devez vous préoccuper plus de votre voisin que d’un frère qui vit loin de vous.

Je m’intéresse beaucoup à Israël, car Israël est mon voisin. Dans la vision européenne, Israël est un petit pays menacé par un immense entourage arabe et hostile.

J’ai eu la chance de vivre à l’intérieur de la société israélienne et de découvrir l’histoire réelle telle qu’elle a été publiée par ceux connus sous le nom de « nouveaux historiens ». La lecture de ces livres nous apprend qu’Israël a commis de multiples « mauvaises actions ». Ce que nous venons de voir à Gaza n’est qu’une confirmation de ce qui s’est passé en 48, en 67.

Le Golan a toujours été convoité par Israël. On trouve des traces de cela à partir des documents sionistes de 1919. Dès la création d’Israël, l’eau du Golan était en ligne de mire pour alimenter les régions arides du sud. En 48, beaucoup de dirigeants israéliens voulaient déjà occuper le Golan. Mais le Golan syrien n’a jamais fait partie de la Palestine et les dirigeants israéliens ont eu peur de la réaction internationale devant une attaque de la Syrie.

Vous avez sûrement entendu qu’Israël à pris les hauteurs du Golan parce que les Syriens utilisaient ces hauteurs pour bombarder les kibboutz israéliens installés à leur pied. En 1979 un journal israélien publiait une interview du général Moshe Dayan, réalisée en 1973 et publiée après la mort de Dayan avec l’autorisation de sa fille. Dayan reconnaît que les incidents avec la Syrie étaient provoqués à plus de 80 % par les kibboutz et l’armée israélienne et que le but de la conquête du Golan n’était pas la sécurité mais bien l’eau et les terres. Les observateurs de l’ONU ont relevé 78 incidents entre Syrie et Israël de 48 à 67. Selon l’ONU, 72 furent provoqués par Israël, 2 par la Syrie, et 4 sont d’origine indéterminée.

Dès que le Golan fut conquis en 1967, les arabes furent progressivement expulsés et les colons vinrent s’installer. Un plan israélien publié en 68 projetait 50000 colons en 1977. Mais en 77, il n’y en avait que 3500. Avant 67, il y avait 220 villages et 130 000 habitants. Après la guerre de 67, il ne resta que 5 villages dans le nord du Golan avec 6200 habitants. Tous les autres villages furent détruits et les habitants expulsés.

Dr Tayseer Maray

Le Golan fut occupé en 30 heures. Mais cela ne suffit pas pour expulser 124 000 habitants. Le « nettoyage » du Golan demanda deux mois à l’armée israélienne. Les israéliens forcèrent les habitants à signer un accord « volontaire » de départ avant de les expulser. Quelques habitants des villages voisins vinrent se réfugier chez nous pendant les combats, car mon village, situé dans la haute montagne, était à l’abri des combats. Plus tard, des soldats vinrent leur dire de rentrer dans leur village mais ils en furent expulsés. Ces syriens chassés du Golan, nous ne les appelons pas « réfugiés » mais « personnes déplacées ».

Nous sommes maintenant 30 000 syriens habitant au Golan. En Syrie, il y a environ 450 000 personnes originaires du Golan et descendants.

Parmi les 6000 syriens restant au Golan, il n’y avait que des paysans. Les hommes qui travaillaient en Syrie n’ont pas eu l’occasion de revenir. Dès le début de l’occupation la résistance s’organisa et la répression aussi. Près d’un millier de personnes furent envoyées en prison. Mon père côtoya le père d’Asel Asleh en prison dans les années 70. Environ 50 % de la population active fut mise en prison.

L’annexion du Golan pose un problème à Israël. Pour Gaza et la Cisjordanie, l’argument israélien est que ces régions n’ont jamais fait partie d’un état mais ont toujours été occupées. Ce n’est pas mon opinion, mais c’est le discours israélien.

Mais le Golan est un morceau de la Syrie ! Donc les israéliens ont voulu « nationaliser » les arabes du Golan. Ils leur ont proposé d’opter pour la nationalité israélienne. Les arabes refusèrent et depuis les années 70, Israël exerce des pressions. Les arabes se réunirent et décidèrent de punir ceux qui accepteraient la nationalité israélienne en les boycottant.

On ne leur parlait plus, on refusait de les servir dans les magasins. Certains furent quittés par leur femme. Un assureur, collaborateur des israéliens et ayant opté pour la nationalité israélienne a perdu tous ses clients. 95 % des arabes du Golan n’ont pas la nationalité israélienne. Bien sûr, ils ne peuvent avoir la nationalité syrienne. Ils ne disposent que d’un laisser-passer.

L’occupation

L’occupation n’est pas seulement militaire. Tous nos droits sont violés. Notre terre, notre eau, notre santé, notre éducation, tout est un outil politique contre notre peuple. Un permis de bâtir sera accordé ou non selon votre sympathie ou antipathie envers Israël.

De 1977 à 1981 nos étudiants purent aller à l’université de Damas. Depuis 1989 cette autorisation est de nouveau en vigueur. Mais en fait, seuls les enfants des collaborateurs bénéficient de ce droit. De même, pour les visites de familles en Syrie. Ma mère n’a pu rendre visite à sa famille à Damas à cause de moi et de mon action contre l’occupation.

Toutes les activités qui peuvent être dites « humanitaires » sont utilisées comme moyen de pression par Israël.

Notre organisation cherche à développer une forte économie, un efficace système de santé, une excellente éducation, car c’est la meilleure résistance.

Notre programme scolaire doit être le programme israélien. Dans nos écoles, nous devons apprendre l’hébreu et les textes sionistes ainsi que des textes qui présentent les conflits juifs – arabes d’un point de vue peu équitable vis à vis des arabes.

Nous pouvons enseigner notre littérature arabe qui parle de nature, d’amour etc.. Mais les textes de poètes qui parlent de résistance à l’occupation française sont interdits.

Ils veulent nous faire subir un lavage de cerveau qui efface notre culture.

La plupart de nos professeurs ne disposaient pas d’un qualification suffisante. Un professeur peu compétent est mieux disposé à obéir aux ordres. Dans les années 80, nous avons écrit à l’UNESCO pour nous plaindre de la qualité de notre enseignement où des jeunes sortant du secondaire devenaient directement professeur dans le secondaire.

Craignant une enquête internationale, Israël a mis sur pied un programme de formation des enseignants, étalé sur deux ans. Mais la plupart des enseignants ont reçu leur qualification après deux semaines.

Moi-même, diplômé universitaire en biologie, je me suis présenté 5 années de suite pour enseigner dans l’école du village où il n’y avait pas de professeur biologiste. Non pas que j’aime enseigner, mais pour tester les israéliens. Cinq fois, j’ai été refusé. Je pouvais enseigner dans une université israélienne mais pas dans une école secondaire au Golan.

J’ai une belle histoire à vous raconter à propos de l’eau et de la terre.

Avant 67, nous allions facilement en Palestine. Nous allions vendre nos fruits à Haiffa.

Après 67, nous cultivions le plus de terre possible pour éviter les confiscations. Israël déclarant terre appartenant à l’état tout terre non utilisée.

Mais au début des années 80 nous manquions d’eau pour irriguer nos terres, toutes les ressources d’eau étant confisquées par Israël. Notre population a alors construit de grands réservoirs métalliques (1000 m³) pour stocker l’eau pendant la saison des pluies et l’utiliser en saison sèche.

Les Israéliens mécontents décrétèrent à la Knesset (après deux années de discussion) que chaque réservoir nécessitait cinq autorisations :

  1. la première de l’autorité militaire;
  2. la deuxième du service de protection de la nature,
  3. la troisième de l’autorité du plan,
  4. la quatrième de l’autorité locale
  5. la cinquième de l’autorité nationale de l’eau.

Pendant que la Knesset préparait ces règlements, nous avions construit 650 réservoirs. Finalement Israël a accepté le fait accompli. Les paysans durent payer des amendes (1000 à 2000 $) mais les paysans purent garder leurs réservoirs. Seuls quelques uns furent détruits. Ce qui est amusant, c’est que les israéliens nous ont demandé d’inscrire des numéros sur les réservoirs et de les équiper de compteurs d’eau. Ils voulaient nous faire payer pour l’eau de ces réservoirs une redevance à la compagnie nationale de l’eau, affirmant que la pluie tombant sur l’état d’Israël appartient à la compagnie nationale de l’eau.

Dans les années 90, nous avons créé une coopérative pour la distribution de l’eau et Israël nous vend chaque année 3 millions de m³ . Les discussions pour le paiement de l’eau des tanks (que nous avons toujours refusé) ont reprises.

  • Nous sommes 21 000 arabes et recevons 3 millions de m³.
  • Les colons israéliens sont 18 000 et reçoivent 30 millions de m³.
  • Nous payons 3.5 shekel pour 1 m³. Ce qui est très coûteux et menace la rentabilité de l’agriculture.
  • Les colons payent 0.90 shekel/m³.

Voilà quelques exemples. Je pourrais encore citer une dizaine de discriminations.

La paix.

La condition pour la paix est la reconnaissance par Israël de sa responsabilité dans la tragédie du Moyen-Orient. Cette reconnaissance signifiera qu’Israël est prêt à compenser les dommages.

Les palestiniens ont le droit de créer un état, avec Jérusalem est comme capitale. Il faut reconnaître les droits des réfugiés. Le Golan doit être rendu à la Syrie. Les syriens doivent pouvoir retrouver leur terre.

Les israéliens doivent reconnaître le dommage causé, non seulement le dommage financier mais aussi le dommage moral.

Je n’ai pas de problème avec les juifs, ni avec les musulmans. Ils ont toujours cohabité dans le Moyen-Orient. Je crois que le problème vient de la volonté de vouloir créer un état juif.

  • Un état musulman ne peut être démocratique.
  • Un état chrétien ne peut être démocratique.
  • Un état juif ne peut être démocratique.
  • Un état ne peut être basé sur la religion, ou sur la race, ou sur le sexe.
  • On voit maintenant apparaître des états qui discriminent entre les hommes et les femmes.

Le racisme est un mal envahissant. Quand je travaillais en Israël, j’ai malheureusement constaté du racisme entre juifs d’ethnies différentes. Le racisme et le fascisme doivent être combattus sous toutes leurs formes.

30% de l’eau consommée en Israël provient du Golan. Cela ne signifie-t-il pas qu’Israël en rendra jamais le Golan à la Syrie ?

Je ne dis pas qu’Israël n’a aucun droit sur l’eau du Golan. C’est un bien que nous devons partager avec Israël, la Syrie, le Liban, la Jordanie, la Palestine. La question est de savoir comment nous allons partager cette ressource en la consommant intelligemment et avec le respect des autres. Aujourd’hui, Israël gaspille l’eau alors que des villages syriens proches d’ici souffrent de sécheresse. De même, Israël gaspille l’eau dans la vallée du Jourdain.

Il n’y a pas de situation de paix, car il n’y a pas d’accord équitable entre Israël et ses voisins. Israël investit dans la guerre, mais non dans la paix. S’ils investissaient dans la paix, ils gagneraient au change.

Israël n’accepte pas l’égalité. Pas même entre citoyens israéliens car les arabes israéliens sont discriminés en Israël.

Comment obtenir la paix si vous ne respectez pas les droits des autres ?

Quand Israël parle de paix, cela signifie en fait occupation.

L’an dernier, j’ai reçu un juif venant d’Amérique du Sud. Il me parlait de ce qui est arrivé aux juifs durant la seconde guerre mondiale. Pour moi c’est un problème humain. Pas un problème juif. Je suis contre tous les massacres, contre ce qui se passe au Soudan, etc.… Je rejette les attentas suicides comme je rejette le massacre de Gaza. Si nous croyons en la dignité de l’homme, nous devons rejeter tous les massacres, quelle que soit la religion ou la couleur de la peau.

Nous avons maintenant près de 3000 diplômés d’université. Trop par rapport à nos besoins. Nos jeunes peuvent aller étudier en Syrie et revenir. Les passages de frontière sont autorisés sauf exception. Moi- même j’ai pu visiter mes frères à Damas l’an dernier. Mais un étudiant qui épouse une femme habitant en Syrie ne peut amener sa femme au Golan. Nous venons de vivre le cas d’un couple marié au Golan, parti étudier en Syrie où ils ont eu un enfant. Après leur retour avec l’enfant, l’autorité israélienne a décrété que l’enfant né en Syrie devait retourner en Syrie. L’affaire est en ce moment plaidée en justice.

Nous refusons d’user de passeport pour aller en Syrie. Cela signifierait que la Syrie est un pays étranger.

Israël nous donne le statut de « résident permanent ». Mais si nous sortons du pays et menons une activité politique de résistance, nous pouvons perdre le droit de revenir.

Un de mes amis, vivant aux États-Unis et travaillant à « Human Rights Watch » a perdu sa qualité de résidence et ne peut plus venir ici que pour deux mois, comme touriste.

Un état druze ?

En 1968, des israéliens rencontrèrent les dirigeants de nos villages pour leur proposer la création d’un état druze qui s’étendrait au Liban. Ils nous proposaient des armes pour conquérir un état druze. Mais les druzes ne forment pas un peuple ! C’est une religion, en fait une variété d’islam. Nous avons refusé cette proposition. L’un des nôtre a écopé de 20 ans de prison pour avoir dévoilé ce projet aux syriens.

De même, en 1992, Israël a tenté de créer au Liban un état chrétien maronite.

Ils agissent , aujourd’hui de la même façon en Irak. Il y a environ 300 compagnies israéliennes à l’œuvre en Irak. Je ne dis pas qu’il n’y pas de mésentente entre chiites et sunnites, mais Israël attise le feu. Si le Moyen-Orient pouvait devenir un ensemble d’états religieux, ce serait une justification pour l’état juif.

La stratégie d’Israël a deux volets :

  1. en premier la création d’un état militairement puissant ;
  2. en second, la division des adversaires.

Cette division se réalise à tous les niveaux :

  • séparation de la Cisjordanie de Gaza et de Jérusalem ;
  • séparation des musulmans , des chrétiens et des druzes.
    • Malheureusement, les druzes vivant en Israël ont subi un lavage de cerveau pour les convaincre qu’être druze signifie ne pas être arabe et former un peuple différent.

Pour ma part, j’ai plus de contacts avec les juifs et les arabes des territoires occupés qu’avec les druzes d’Israël. Nous, nous sommes syriens et hors du cadre d’Israël.

Les druzes ont résisté à toutes les occupations. Dans ma famille, certains furent exécutés par les turcs, d’autres par les français. Et lors de la grande révolte de la Syrie contre les français en 1925, le chef de la révolte était druze.

Comment expliquez-vous l’implication des druzes d’Israël dans l’état et dans l’armée israélienne ?

On pourrait s’étendre longuement. Mais je le répète, ils ont subi un lavage de cerveau. Nous aussi, Israël veut nous convaincre que nous sommes un peuple à part, séparé des autres. Voyez les titres de nos livres scolaires : histoire pour les druzes, anglais pour les druzes, hébreu pour les druzes.

  • On peut admettre un livre d’anglais pour arabophones.
  • Mais que signifie un livre d’anglais pour druzes ?
  • En 1977, nous avons même eu un livre de mathématiques pour druzes.
  • Et partout, ils affirment que les druzes forment un peuple valeureux, courageux, distinct des arabes.

J’ai vécu à Jérusalem dans un quartier juif sépharade. On y parlait plus l’arabe que l’hébreu. On y écoutait la musique arabe classique. On y mangeait la cuisine arabe. Je parlais mieux l’hébreu qu’eux. Ces gens ont aussi subi un lavage de cerveau pour les persuader qu’étant juifs, ils ne sont pas arabes. La religion ne forme pas un peuple.

écrit le 22/06/2009

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source/ https://unvoyageenpalestineoccupee.wordpress.com/2009/06/22/rencontre-avec-le-dr-tayseer-maray-responsable-de-l%E2%80%99association-golan-for-development/

Une réflexion au sujet de « 2912 – Avant que le Golan ne redevienne syrien … propos prémonitoires du Dr Tayseer Maray & Rappel de la rencontre du 22 juin 2009 avec le Dr Tayseer Maray – Responsable de l’association Golan For Development »

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