2911 – Le conflit commercial entre les Etats-Unis et l’Union européenne par J. SAPIR & La trêve commerciale entre Washington et Bruxelles reste à concrétiser -AfP-

Jacques Sapir ·  Mercredi 25 juillet 2018
Le mercredi 25 juillet doit se tenir à Washington une réunion entre M. Juncker et le Président Donald Trump.
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Cette réunion doit être consacrée essentiellement aux problèmes commerciaux. En effet, la guerre commerciale semble menacer entre les États-Unis et l’Union européenne.
Les attaques du Président des États-Unis, M. Donald Trump, contre l’Allemagne ont pu surprendre. Elles s’inscrivent, cependant, dans un contexte marqué par le lourd déficit commercial des États-Unis par rapport à l’Allemagne.
Au-delà, cette question a bien une dimension politique. Il est clair que le Président des États-Unis veut s’attaquer à tous les pays, de la Chine à l’Allemagne, qui pratiquent une politique mercantiliste de faits sous les oripeaux du Libre-échange.

Mais, le problème se pose de savoir pourquoi c’est l’Union européenne qui est impliquée et non l’Allemagne.

On peut penser que les institutions de l’UE permettent ici à l’Allemagne de s’avancer masqué. D’où la réaction de Donald Trump.
  • De fait, l’Union européenne pèse-t-elle encore quelque chose à l’aune de la politique de Donald Trump ?

 

  • Car, sa politique est désormais ouvertement concentrée sur la Chine. Et surtout, le temps des grands accords de libre-échange n’est-il pas décidément révolu?

La décision du gouvernement italien qui a affirmé ne pas vouloir ratifier le CETA, l’accord entre l’UE et le Canada, semble le prouver.

Un conflit latent

Le conflit commercial entre les États-Unis et l’Union européenne ne saurait surprendre. Il est latent depuis de nombreuses années.

L’Union européenne a une balance commerciale massivement positive. Pourtant, il convient de savoir que cette situation recouvre une ambiguïté certaine. Quand on amalgame les pays de l’Union européenne, c’est un peu comme si on additionnait des pommes et des carottes, des oranges et des bananes.
En fait, ce qui se cache derrière ces statistiques globales, c’est bien le poids, mais aussi la stratégie, de l’Allemagne. Ce dernier pays souhaite avancer caché derrière l’Union européenne, car il ne veut pas assumer ses responsabilités, que ce soit au sein de l’UE (via une Union de transferts) ou au niveau international.
Or, la monnaie de ce pays, grâce à l’Euro, est en réalité sous-évaluée d’au moins 15%.
En effet, si l’Allemagne avait gardé le Deutschemark le taux de change avec le Dollar américain serait au minimum de 1,35 USD (et au maximum de 1,50 USD) alors qu’il n’est que de 1,17 USD avec l’Euro[1].
Cette sous-évaluation de la monnaie allemande par rapport au Dollar joue un rôle important dans l’évolution de la balance commerciale des États-Unis
De ce point de vue, Donald Trump a raison de considérer que l’Allemagne est en position de concurrence injuste vis à vis des États-Unis. Mais, ce faisant, l’Allemagne est un problème non seulement pour les États-Unis mais pour l’ensemble des pays de l’UE.

Un problème politique

Mais, derrière ce problème, réel et évident, de la sous-évaluation de la monnaie allemande, se dresse un problème politique.

En décidant d’engager le combat contre l’Union européenne en générale, et contre l’Allemagne en particulier, Donald Trump bouscule les équilibres qui s’étaient formés depuis le début des années 2000.

Très clairement, l’UE est devenue marginale désormais en comparaison avec la Chine. Donald Trump l’a compris, et il le signifie brutalement aux Européens.

Lors des discussions qui auront lieu le 25 juillet à Washington entre le Président de la Commission Européenne, M. Jean-Claude Juncker et Donald Trump, la question qui sera indirectement posée sera de savoir si l’Union européenne et les États-Unis peuvent encore dialoguer. Car, l’UE se présente affaiblie avant tout par la politique allemande qui cherche à tirer le plus grand profit des institutions européennes sans en payer le prix. Si des discussions utiles devaient avoir lieu, elles devraient réunir Mme Angela Merkel et Donald Trump. Il est clair que ce qui est en cause, c’est bien la politique mercantiliste qui est menée par l’Allemagne, et son coût pour les Etats-Unis.

Avant que l’Union Économique et Monétaire ne soit en place, donc avant l’Euro, ce conflit avait déjà eu lieu.

Que l’on se rappelle les multiples réunions qui eurent lieu de 1973 à 1990, et dont certaines avaient abouti à des modifications importantes des parités de change. Mais, ceci ne peut plus avoir lieu, du moins tant que survivra l’Euro. Au passage, on voit ici ce qu’il coute à l’Union européenne de s’être engagée dans cette aventure mortelle de la monnaie unique.

La monnaie ou les taxes douanières

Comme la question ne peut plus, du moins pour l’instant, se régler par la fluctuation des taux de change, elle se réglera nécessairement au niveau des droits de douane. Et l’on constate ici que l’on ne peut avoir simultanément le libre-échange et des systèmes empêchant la fluctuation des taux de change pour la monnaie de chaque pays. Mais, ceci va faire éclater encore un peu plus le cadre du libre-échange. Or, ce cadre avait été mis en place largement à l’instigation des États-Unis.

La contestation du libre-échange est aujourd’hui une réalité, que ce soit aux États-Unis, et Donald Trump en donne l’exemple, mais aussi au sein de l’Union européenne.

L’Italie, par la voix du gouvernement de Giuseppe Conte, a clairement indiqué qu’elle se refuserait à ratifier le CETA, ce traité entre l’Union européenne et le Canada. Ce faisant, elle enterre aussi l’accord signé récemment entre l’Union européenne et le Japon. Il faut en prendre acte. Le temps des grands accords de libre-échange est révolu. Les discussions du 25 juillet devront en tirer toutes les conséquences.
(Ce texte est la version française d’une note rédigée pour le Club Valdaï en anglais – http://valdaiclub.com/a/highlights/eu-and-united-states-best-enemies/- en en russe – http://ru.valdaiclub.com/a/highlights/es-ssha-luchshie-vragi/ )

La trêve commerciale entre Washington et Bruxelles reste à concrétiser

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Par AFP/L’Express,  publié le , mis à jour à

Washington – Donald Trump semble avoir entendu les mises en garde contre sa politique commerciale agressive en acceptant une trêve avec l’Union européenne, qui suscite néanmoins des interrogations et qui doit encore se concrétiser par un véritable accord.

« Nous avons eu une longue session de négociation hier. Nous avons défini les contours d’un accord et, désormais, nous allons les transformer en un véritable accord« , a déclaré le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, sur la chaîne américaine CNBC, au lendemain d’une réunion entre le président américain et le chef de l’exécutif européen, Jean-Claude Juncker.

Washington et Bruxelles ont désamorcé mercredi la crise née des tarifs douaniers imposés par les Etats-Unis, annonçant leur volonté de supprimer la quasi totalité des tarifs douaniers et une série de décisions dans l’agriculture, l’industrie et l’énergie. Ces mesures doivent toutefois être formalisées. 

Alors que l’Union européenne est, depuis le 1er juin, sous le coup de taxes douanières punitives américaines de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium, ce qui avait mis le feu aux poudres entre les États-Unis et l’Europe, Steven Mnuchin a reconnu que « le premier dossier » à régler était précisément celui concernant l’acier et l’aluminium.

Il a également confirmé qu’il n’y aurait pas de taxes douanières sur le secteur automobile européen pendant les négociations. La Maison Blanche avait chargé, fin mai, son ministre du Commerce de déterminer l’opportunité d’imposer des taxes supplémentaires allant jusqu’à 25% sur l’automobile.

Ce compromis est intervenu alors que de plus en plus d’entreprises américaines, à l’instar du fabricant d’électroménagers Whirlpool ou le premier constructeur automobile General Motors, ont enregistré des centaines de millions de dollars de coûts supplémentaires dans leurs comptes du deuxième trimestre en raison de la guerre commerciale.

Mardi, l’administration Trump a aussi dû consentir à une aide d’urgence de 12 milliards pour compenser les pertes de revenus des agriculteurs. 

Jeudi, Donald Trump devait d’ailleurs se rendre dans l’Iowa, l’Illinois et le Missouri à la rencontre d’agriculteurs et d’industriels.

La trêve annoncée mercredi soulevait des espoirs jeudi, en particulier à Berlin, mais aussi des interrogations à Paris.

L’Allemagne, dont les excédents commerciaux records et l’industrie automobile sont dans le collimateur de la politique protectionniste du président américain, a fait état de son satisfecit, jugeant « constructif » le résultat de la rencontre Trump-Juncker.

– Soulagement et scepticisme –

« Non seulement la menace des tarifs douaniers automobiles est écartée mais nous nous sommes aussi mis d’accord pour travailler ensemble contre les pratiques commerciales injustes et pour une réforme de l’OMC« , Organisation mondiale du Commerce, a réagi le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas. Le secteur automobile emploie quelque 800.000 personnes en Allemagne.

« C’est très important que l’UE et les États Unis coopèrent en matière commerciale et ne s’opposent pas l’un à l’autre« , a estimé de son côté le Premier ministre néerlandais libéral, Mark Rutte.  

Soulagement également du côté des milieux d’affaires. « La raison a prévalu (…) Eliminer les tarifs douaniers et les autres barrières au commerce et à l’investissement est bénéfique pour les entreprises et les citoyens des deux côtés de l’Atlantique« , a commenté le Français Pierre Gattaz, président de l’organisation patronale européenne BusinessEurope.

En revanche, Paris a demandé des « clarifications« , par la voix de son ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, dans un entretien à l’AFP. « Une bonne discussion commerciale ne peut se faire que sur des bases claires et ne peut pas être conduite sous la pression« , a-t-il mis en garde.

Pas question, a-t-il rappelé, d’un accord commercial global USA-UE, comme l’avait évoqué Steven Mnuchin à l’issue de la réunion du G20 Finances de Buenos Aires.

« Nous ne voulons pas entrer sur la négociation d’un grand accord dont nous avons vu les limites avec le TTIP« , l’accord dont les discussions entre Bruxelles et l’administration de Barack Obama avaient échoué il y a deux ans, a prévenu le ministre français.  

Alors que Donald Trump a annoncé que l’Union européenne allait importer « beaucoup de soja«  américain, dont 94% de la production est génétiquement modifiée, Bruno Le Maire a exigé que l’agriculture « reste en dehors du champ des discussions« .  

« Nous avons des normes sanitaires, alimentaires et environnementales élevées et des règles de production auxquelles nous sommes attachés parce qu’elles garantissent la protection et la sécurité de nos consommateurs« , a-t-il insisté.

Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a, lui, estimé que le résultat de la rencontre Trump-Juncker était un « bon signe«  pour résoudre le conflit mais qu’il était « trop tôt«  pour présager des résultats.


source / https://www.lexpress.fr/actualites/1/monde/accord-trump-juncker-l-ue-partagee-entre-satisfecit-allemand-et-lignes-rouges-francaises_2027855.html