2902 – Rencontre historique entre Vladimir Poutine et Donald Trump à Helsinki avec français.rt.com vidéos … & Le boxeur et le judoka par Jacques Sapir

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Rencontre historique entre Vladimir Poutine et Donald Trump à Helsinki

Vladimir Poutine a rencontré Donald Trump ce 16 juillet à Helsinki, en Finlande, pour leur premier sommet bilatéral. De nombreux dossiers diplomatiques étaient à l’ordre du jour de leur entrevue historique.

  • Tout en balayant une nouvelle fois les accusations d’ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine, Vladimir Poutine a déclaré qu’il voulait voir Donald Trump président car «il parlait de normalisation des relations russo-américaines».

     

  • Le président Donald Trump a qualifié de «désastre» l’enquête sur la supposée ingérence russe dans la présidentielle américaine, assurant en avoir parlé directement avec son homologue russe Vladimir Poutine. «Il n’y a eu aucune collusion. Tout le monde le sait […]. Nous avons mené une campagne remarquable et c’est la raison pour laquelle je suis président»», a déclaré le chef d’État américain lors de la conférence de presse commune avec son homologue russe.

    A ce propos, Vladimir Poutine a proposé à Washington d’interroger les Russes accusés d’ingérence.

  • Donald Trump a déclaré, en conférence de presse avec Vladimir Poutine, que leur rencontre d’aujourd’hui à Helsinki n’était qu’«un début» au développement des relations russo-américaines.

    Le président américain a en outre estimé que Vladimir Poutine était «un bon concurrent», ce qui, a-t-il tenu à préciser, était «un compliment»»

     

  • Pour Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie russe, les pourparlers Trump-Poutine se sont déroulés de manière «fantastique», «mieux que super».

     

  • Vladimir Poutine a déclaré, lors de sa conférence de presse commune avec son homologue américain, trouver les pourparlers avec Donald Trump «très réussis et très utiles». «Les pourparlers se sont tenus dans une atmosphère franche et de travail», a également rapporté le président russe.

    Entre autres dossiers, le maître du Kremlin a déclaré : «Nous sommes pour la prolongation de notre coopération dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et dans le domaine de la cyber-criminalité. Nos services spéciaux travaillent avec beaucoup de succès».

    Donald Trump a lui évoqué un dialogue «direct et ouvert» avec Vladimir Poutine.

  • Donald Trump a évoqué un «très bon début» après son tête-à-tête avec Vladimir Poutine.

    «Je pense que c’est un bon début. Très, très bon début pour tout le monde», a-t-il déclaré à des journalistes après deux heures de tête-à-tête. Les deux dirigeants ont ensuite accueilli leurs délégations respectives pour des discussions élargies avant une conférence de presse conjointe.

     

  • L’entretien en tête à tête entre Vladimir Poutine et Donald Trump s’est terminé. Les deux chefs d’Etat poursuivent leurs discussion avec les membres des deux délégations, puis doivent s’exprimer en conférence de presse.

     

  • Vladimir Poutine a fait part de son plaisir de rencontrer Donald Trump en Finlande. Il a rappelé qu’il avait des contacts réguliers avec son homologue américain et a estimé que le moment était venu d’évoquer «de manière plus détaillée» les relations bilatérales entre la Russie et les Etats-Unis. Donald Trump a lui félicité le président de la fédération russe pour le déroulement de la Coupe du monde de football et le parcours de la Sbornaïa dans le tournoi. Il a reconnu que les sujets à discuter étaient nombreux et a évoqué pêle-mêle : le domaine «militaire», les «missiles» et la «puissance nucléaire».

     

  • Donald Trump a dit son espoir d’aboutir à une relation «extraordinaire» avec Vladimir Poutine : «S’entendre avec la Russie est une bonne chose et pas une mauvaise chose.»

     

  • Donald Trump a annoncé que la rencontre servirait notamment à désamorcer les tensions entre les deux «grandes nations nucléaires», qui concentrent à elles deux «90% du pouvoir nucléaire» dans le monde.

     

  • Le premier sommet bilatéral entre Donald Trump et Vladimir Poutine à Helsinki a commencé.

  • La reporter de RT France, Vera Gaufman, présente à Helsinki pour couvrir le sommet, a capté le moment de l’arrivée du cortège présidentiel de Vladimir Poutine devant le palais présidentiel finlandais.

  • Vladimir Poutine a atterri à Helsinki pour ce premier sommet bilatéral avec Donald Trump. L’avion du président russe s’est posé à 11h (heure française) à l’aéroport international de la capitale finlandaise.

Donald Trump est lui arrivé ce 15 juillet au soir à Helsinki en Finlande, à la veille du premier sommet, très attendu, avec le président russe, Vladimir Poutine. Il a été accueilli, en compagnie de la première dame Melania Trump, par le président finlandais, Sauli Niinisto, au Palais présidentiel d’Helsinki.

Quelques heures avant le début de ce sommet historique, Donald Trump a signé une série de tweets dans lesquels il a notamment attribué la difficulté des relations russo-américaines à «la chasse aux sorcières» à laquelle se livrerait, selon lui, le FBI américain, dans le cadre de l’enquête sur la présidentielle américaine de 2016.

Après avoir déclaré il y a trois jours que Vladimir Poutine n’était pas un ennemi, il a classé ce 15 juillet la Russie parmi les «ennemis» des Etat-Unis. Pour l’occasion, des mesures de sécurité drastiques ont été mises en place dans la capitale finlandaise.

Dans la ville de Helsinki, historiquement associée à la neutralité diplomatique, en Finlande, les deux présidents devront s’atteler à réparer des liens mis à mal par le contexte géopolitique des dernières années et auront de nombreux dossiers à aborder sur le plan international.

De la situation en Ukraine aux sanctions économiques occidentales touchant la Russie, en passant par les dossiers syriens et iraniens, les points d’achoppements sont nombreux entre les deux pays.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov a pour sa part espéré que le sommet permettrait de désamorcer les tensions actuelles.

Les présidents russe et américain se sont déjà rencontrés lors d’autres sommets internationaux,

Lire aussi : Vladimir Poutine, ami ou ennemi du président américain ? La réponse de Donald Trump

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 Le boxeur et le judoka

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Jacques Sapir- –·Lundi 16 juillet 2018 – FACEBOOK
Les présidents Trump et Poutine se rencontrent aujourd’hui le 16 juillet à Helsinki.
Le lieux est symbolique : cette ville reste le symbole d’un (timide) rapprochement entre les puissances dites « occidentales » et l’URSS. Elle est aussi le symbole d’une reconnaissance de fait des réalités mondiales et le lieu de naissance de l’OSCE. Mais, tout le monde comprend bien que le monde actuel n’est plus celui de la fin des années 1970 et des années 1980. Les États-Unis d’Amérique n’ont plus la prééminence qui était la leur au début des années 1990, au moment ou l’on pouvait parler d’hyperpuissance[1], et l’URSS est morte et enterrée. Pourtant, cette rencontre, qui inquiète tant certains, va marquer l’avenir par la confrontation entre deux visions du monde.

La stratégie de Donald Trump

Donald Trump se rend à Helsinki porteur d’une stratégie. Ceux qui le considèrent comme un histrion, un clown, et qui le jugent sur l’apparence, se trompent profondément. La stratégie dont il est porteur, il l’applique certes par des moyens non-conventionnels, mais qui ne sont pas sans efficacité. Il se comporte comme un boxeur, un puncheur qui délivre coup après coup.

Mais, cette stratégie, quelle est-elle ?

Donald Trump a compris que la question des relations entre la Chine et les États-Unis était la grande question de la première moitié du XXIème siècle. Il sait aussi que la montée en puissance de la Chine est inexorable. Aussi, veut-il, dans un rapport de force qu’il cherche à construire, établir les bases d’un partage du monde avec les dirigeants chinois. Pour cela, il est prêt à sacrifier ses anciens alliés. Les pays de l’Union européenne en ont fait les frais.

Notons que, sur ce point, le comportement de Trump ne se distingue de celui d’Obama que par sa brutalité.

La demande des États-Unis que les pays européens accroissent leur contribution à l’OTAN est ancienne, et elle avait été portée à de nombreuses reprises par l’administration démocrate d’Obama, voire même les administrations précédentes (Bush et Clinton).
De même, la politique économique de l’Allemagne était déjà sur la sellette du temps d’Obama. Le changement est ici que Donald Trump met les pieds de le plat et les pays européens face à leur responsabilité. Il prend le risque de fracturer l’OTAN pour obtenir satisfaction.
Pour l’heure ceci lui a plutôt réussi, et les pays européens se sont tous, à un degré ou à un autre, inclinés devant les États-Unis lors du sommet de l’OTAN les 11 et 12 juillet derniers.

Mais, l’accord que Trump cherche à obtenir de la Chine lui commande aussi de neutraliser la Russie.

Il sait que cette dernière n’a plus les moyens de la défunte URSS. Alors, il alterne les menaces (que ce soit sur le pétrole, sur le gaz, sur la relation de la Russie avec l’Iran) avec les sourires et les promesses. Les États-Unis continuent d’acheter à la Russie des moteurs-fusées sans lesquels leur programme spatial serait compromis. C’est une politique classique de la carotte et du bâton, une stratégie qui n’exclut pas d’ailleurs la reconnaissance par les États-Unis d’une « sphère d’influence » à la Russie[2].
Mais, si la stratégie de Donald Trump a pour l’instant fonctionné en raison même de sa simplicité, il se pourrait qu’elle échoue ici ; car elle se trompe fondamentalement d’époque. Nous sommes entrés dans le monde multipolaire souhaité, il y plus de cinquante ans par le général de Gaulle, et ce monde exige sans doute plus de subtilité que ce que révèle la politique de Washington pour l’instant. Il n’est pas sûr non plus que Donald Trump ait réalisé la nécessaire articulation entre les objectifs de court terme et de long terme. Surtout, son slogan de campagne, refaire des États-Unis un « grand » pays (Make America Great Again) se heurte à une impossibilité. Il peut, incontestablement, renforcer la puissance des États-Unis, mais pas revenir trente ans en arrière[3].

Le jeu de Vladimir Poutine

Vladimir Poutine, quant à lui, cherche à défendre tant les intérêts de court que de long terme de la Russie.
Les intérêts de court terme sont évidents : il y a le problème de la sécurité de la Russie mais aussi celui du développement économique.
Mais il y a aussi une vision de long terme. La Russie, et il faut comprendre ici que ce que l’on appelle la « politique de Poutine » est en réalité une politique faisant la quasi-unanimité des dirigeants actuels, a fait le deuil de son statut de grande puissance.
Elle a aussi compris que le XXIème siècle ne serait pas celui d’une ou deux « hyperpuissances » mais de puissances plus ou moins importantes, plus ou moins fortes, qui seraient dans une relation à la fois de concurrence et de coopération.
Mais, pour cela, il faut un cadre international. Or, les actions des États-Unis depuis le milieu des années 1990 ont surtout conduit à l’éclatement de ce cadre et du droit international.
Le discours de Vladimir Poutine lors de la conférence de Munich sur la sécurité internationale le 10 février 2007 en témoigne[4]. La position de la Russie n’a pas depuis varié.
Il convient donc de relire avec attention ce texte, car il constitue une définition précise de la représentation russe des relations internationales. Deux points importants s’en dégagent,
  • la constatation de l’échec d’un monde unipolaire
  • et la condamnation de la tentative de soumettre le droit international au droit anglo-américain :

J’estime que le modèle unipolaire n’est pas seulement inadmissible pour le monde contemporain, mais qu’il est même tout à fait impossible.

Non seulement parce que, dans les conditions d’un leader unique, le monde contemporain (je tiens à le souligner : contemporain) manquera de ressources militaro-politiques et économiques. Mais, et c’est encore plus important, ce modèle est inefficace, car il ne peut en aucun cas reposer sur une base morale et éthique de la civilisation contemporaine[5].
Le second point suit dans le discours et se trouve exprimé dans le paragraphe suivant :
Nous sommes témoins d’un mépris de plus en plus grand des principes fondamentaux du droit international. Bien plus, certaines normes et, en fait, presque tout le système du droit d’un seul État, avant tout, bien entendu, des États-Unis, a débordé de ses frontières nationales dans tous les domaines, dans l’économie, la politique et dans la sphère humanitaire, et est imposé à d’autres États[6].
Ce passage montre que la position russe articule deux éléments distincts mais liés. Le premier est un doute quant aux capacités d’un pays (ici, les États-Unis sont clairement visés) à rassembler les moyens pour exercer de manière efficace son hégémonie.

C’est un argument de réalisme. Même le pays le plus puissant et le plus riche ne peut à lui seul assurer la stabilité du monde.

Le projet américain dépasse les forces américaines. C’est un constat sur lequel il y a peu à redire.
La Russie, quant à elle, a tissé ou s’est insérée dans un réseau d’alliance :
  • Organisation de Coopération de Shanghai,
  • BRICS,
  • relations bilatérales particulières.

Elle ne voudra, ni ne pourra, transiger sur ce point. En particulier, la relation avec l’Iran est d’une véritable importance stratégique pour la Russie. Il y a peu de chance qu’elle se plie ici aux volontés de Donald Trump.

Une France hors-jeu

Les deux hommes partagent le souci de leurs pays et une vision réaliste, à l’opposée des illusion de l’UE, de la politique internationale. Mais, ils s’opposent aussi sur des points essentiels.
Dans cette rencontre, qui est asymétrique car la Russie ne peut espérer l’emporter directement face aux États-Unis, l’essentiel pour Vladimir Poutine sera de conserver son autonomie d’action et de maintenir le cap sur la vision multipolaire du monde qu’il défend, en sachant que les États-Unis vont s’épuiser dans cette course à la puissance.
Cela peut imposer des compromis temporaires. Vladimir Poutine a suffisamment pratiqué le Judo pour le savoir : il faut souvent retourner la force d’un adversaire contre lui.
Il est clair que les résultats réels de ce sommet ne seront connus au mieux que dans quelques mois, et plus probablement ne se révèleront que dans les prochaines années.
Il faut se garder ici des analyses à l’emporte-pièce. Il est peu probable que ce sommet aboutisse à des gestes réellement spectaculaires et, sur le fond de ses positions, la Russie ne peut transiger.
Mais, ce que l’on peut d’ores et déjà regretter est que la France ne puisse plus, du fait de son alignement tant sur l’UE que l’OTAN, jouer le rôle qui était traditionnellement le sien.
  • Sans pouvoir au Moyen-Orient du fait d’une politique désastreuse,
  • en difficulté en Afrique sub-sahélienne où elle est dépassée par l’Allemagne,
  • silencieuse sur les questions de l’Océan Indien et de l’Asie du Sud-Est,

notre pays se condamne à une régression historique que ne saurait faire oublier la victoire de dimanche soir en Coupe du Monde…

Notes
[1] Ce terme vient d’Hubert Védrine, qui fut ministre des Affaires étrangères de 1997 à 2002. Voir H. Védrine, Les Cartes de la France à l’heure de la mondialisation, Paris, Fayard, 2000.
[3] Voir Sapir J., Le nouveau XXIème siècle, Paris, 2008.
[4] On trouvera une traduction complète et fidèle de ce discours dans la revue La Lettre Sentinel, n° 43-44, janvier-février 2007, p. 24-29.
[5] La Lettre Sentinel, n° 43-44, janvier-février 2007, p. 25.
[6] La Lettre Sentinel, n° 43-44, janvier-février 2007, p. 25 sq.

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