2849 – Donald Trump attaque la Chine sur la propriété intellectuelle… 6 articles

  1. Donald Trump attaque la Chine sur la propriété intellectuelle
  2. Washington s’inquiète des objectifs technologiques de Pékin
  3. «La Chine a frappé les États-Unis là où ça fait mal»
  4. Guerre commerciale: le choix de Bruxelles
  5. Comment la Chine a transformé le monde en deux décennies 
  6. La Nouvelle économie chinoise est parée pour le décollage

1- Donald Trump attaque la Chine sur la propriété intellectuelle

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Ram Etwareea – Publié vendredi 15 juin 2018 à 20:37.- LE TEMPS.CH

Les États-Unis accusent Pékin d’inonder son marché de contrefaçons et imposent des droits de douane punitifs sur les produits technologiques «made in China»

Cette fois-ci, les États-Unis lancent une offensive uniquement contre la Chine, qu’ils accusent de ne pas respecter la propriété intellectuelle et d’inonder leur marché de contrefaçons. Donald Trump a annoncé vendredi l’imposition des droits de douane punitifs à hauteur de 12,5 milliards de dollars sur des produits importés de Chine et ayant un composant technologique important sur le plan industriel.

 

Cette mesure entrera en vigueur le 6 juillet. Elle doit compenser le vol, estime Washington, de la propriété intellectuelle et des technologies américaines. Jusqu’à présent, la guerre commerciale déclenchée par les Etats-Unis concernait l’acier et l’aluminium et ciblait de nombreux pays, y compris leurs alliés traditionnels. En matière de propriété intellectuelle, l’Union européenne est sur la même longueur d’onde que les Etats-Unis: elle vient de déposer une plainte contre la Chine à ce sujet auprès de l’Organisation mondiale du commerce.

Commerce inéquitable

«Ma formidable relation avec le président Xi et la relation de notre pays avec la Chine sont importantes pour moi. Cependant, le commerce entre nos nations est très inéquitable»,

a déclaré Donald Trump dans un communiqué. Cette situation ne peut plus durer, selon Washington, notamment en ce qui concerne des pratiques jugées déloyales concernant l’acquisition de la propriété intellectuelle et de technologies américaines. Le président a prévenu qu’en cas de représailles chinoises, il prendrait de nouvelles mesures.

Les États-Unis craignent que la Chine ne réalise son ambition de devenir une puissance technologique. Le mois dernier, Wilbur Ross, secrétaire d’Etat au Commerce, avait déclaré que

«l’objectif de Pékin de devenir un acteur incontournable de la technologie mondiale était effrayant».

 Image associée                                        CHRISTOS CABOLIS

Les analystes sont perplexes par rapport à la stratégie américaine. Selon Christos Cabolis, professeur à l’IMD, école de management à Lausanne, le président américain est imprévisible et déroutant.

«Nous ne pouvons pas savoir s’il pratique son art de la négociation jusqu’au bout – pousser l’autre partie dans ses derniers retranchements, jusqu’à obtenir des concessions»,

explique-t-il.

Aide chinoise sur la Corée du Nord

Selon Christos Cabolis, l’offensive américaine est d’autant plus étonnante que les négociations entre Pékin et Washington en vue de trouver des compromis se poursuivent.

«Les Chinois ont largement contribué au succès du président américain sur le dossier de la Corée du Nord, rappelle-t-il. Ils ont aussi proposé d’augmenter substantiellement leurs importations venant des Etats-Unis.»

SOURCE/https://www.letemps.ch/economie/donald-trump-attaque-chine-propriete-intellectuelle


2 – Washington s’inquiète des objectifs technologiques de Pékin

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ATS – Publié mercredi 25 avril 2018 à 05:30, modifié mercredi 25 avril 2018 à 08:28.

Lors d’une conférence, le ministre américain du Commerce, Wilbur Ross, a commenté les plans de développement «Made in China 2025». Pour lui, ils fragilisent les droits de propriété intellectuelle américains

L’objectif de Pékin de devenir un acteur incontournable de la technologie mondiale est «effrayant». Les plans de développement, baptisés «Made in China 2025», fragilisent, selon le ministre étasunien du Commerce, les droits de propriété intellectuelle américains.

«Ils ont été l’atelier manufacturier du monde, maintenant, leur vision est d’être le centre technologique du monde»,

a assuré mardi Wilbur Ross lors d’une conférence d’industriels à Washington.

Les plans dévoilent la stratégie de Pékin qui vise à dominer «toutes les industries de pointe», allant de l’espace aux télécommunications en passant par les voitures électriques et la robotique.

 «Ce qu’ils essaient de faire, c’est de collecter d’immenses excédents commerciaux à partir des produits industriels conventionnels d’aujourd’hui […] et de les investir dans la recherche sur les semi-conducteurs et autres»,

a poursuivi le secrétaire au Commerce.

«C’est un énorme problème […] qui ne va pas disparaître comme cela», a-t-il ajouté.

Un accord à trouver

Il a prévenu également que les industriels chinois examinaient les brevets déposés par les Américains pour les déposer ensuite en Chine, empêchant les véritables créateurs de ces nouvelles technologies de les exploiter commercialement en Chine.

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 Mardi 24/O4/18, le président Donald Trump, qui est engagé dans un bras de fer avec Pékin sur l’ampleur du déficit commercial américain avec la Chine, a indiqué qu’une délégation ministérielle de haut niveau, conduite par le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, allait se rendre en Chine dans les jours qui viennent pour trouver «un accord» sur le commerce.


source/ https://www.letemps.ch/monde/washington-sinquiete-objectifs-technologiques-pekin


3 – «La Chine a frappé les États-Unis là où ça fait mal»

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Ram Etwareea – Publié mercredi 4 avril 2018  modifié vendredi 6 avril 2018

Ancien diplomate américain et désormais professeur à Genève, Richard Baldwin estime que le président Trump se trompe dans sa stratégie protectionniste mais qu’il peut encore sortir gagnant de cette crise. Comme le président Reagan, en son temps, contre le Japon

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Œil pour œil, dent pour dent.

Quelques heures après la publication par l’administration Trump d’une nouvelle liste de produits chinois qui seraient frappés par des droits de douane punitifs, Pékin a donné la réplique mercredi. C’est désormais l’escalade dans la guerre commerciale entre les deux premières puissances.

Le montant cumulé des produits visés par des mesures anti-dumping des deux côtés atteint 100 milliards de dollars. L’an dernier, les échanges entre les premières puissances commerciales totalisaient 580 milliards.

Avec sa propre liste de produits américains qu’elle entend cibler, Pékin a frappé fort.

Le soja américain par exemple, dont elle est le premier client, serait surtaxé de 25%. En 2017, elle en avait acheté pour 14 milliards de dollars.

Les avions Boeing, qui constituent plus de 50% de la flotte civile en Chine, sont aussi visés.

Richard Baldwin, ancien diplomate américain et professeur d’économie à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève, offre une perspective historique à cette crise et affirme que des voix de l’économie américaine feront entendre raison au président Donald Trump.

«La Chine ne veut pas de conflit parce que le système commercial actuel lui sied bien. Mais elle ne se laisserait pas faire», dit-il.
 Le Temps: Y a-t-il des précédents à la crise actuelle?

Richard Baldwin:

Dans les années 70-80, les États-Unis accusaient le Japon de concurrence déloyale et avaient surtaxé ses exportations, notamment des voitures. Et effet, les supermarchés japonais discriminaient les produits étrangers en les exposant dans des espaces limités. Les présidents Reagan et Bush étaient des libéraux et avaient réussi à transformer le conflit en opportunité en négociant un plus grand accès au marché japonais pour les produits américains. L’administration Reagan avait aussi réussi à obtenir un accord de restriction volontaire des exportations automobiles.
Qu’en est-il des mesures protectionnistes en 1929?
Les États-Unis avaient imposé des droits de douane sur les produits agricoles à l’importation dans le but de protéger ses agriculteurs. Ses partenaires avaient immédiatement pris des mesures de rétorsion. Ce conflit commercial avait sans doute exacerbé la Grande Dépression. En 1933, les États-Unis ont réalisé leur tort et conclu des accords bilatéraux pour réduire les droits de douane.

Il y a aussi eu la guerre des bananes, de coton, de l’acier ou encore celle entre Boeing et Airbus…

Bien sûr. Mais dans tous ces cas, les Etats concernés avaient engagé les procédures établies à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). On ne peut pas donc vraiment parler de guerre. Le conflit Boeing contre Airbus était différent dans la mesure où les deux entreprises étaient clairement subventionnées par les deniers publics. Dans la première crise de l’acier en 2002, l’OMC a condamné les Etats-Unis, qui ont alors fait amende honorable.
Aujourd’hui, la guerre est bel et bien engagée, n’est-ce pas?
Nous sommes effectivement au début d’une guerre commerciale. Mais celle-ci est différente de celle des années 80. Parce que désormais, la chaîne de production est mondiale. Les États importent pour pouvoir exporter. Sans les pièces importées à bas prix de Chine ou d’Inde, les exportations américaines ne seront pas compétitives. C’est pourquoi il y a une limite à toute guerre commerciale.

Comment interprétez-vous les mesures de rétorsion chinoises annoncées mercredi?

Après la publication de la liste américaine, c’était normal que Pékin révèle aussi la sienne. Les autorités chinoises ne se laisseront pas faire, mais cela ne veut pas dire qu’elles cherchent la bagarre. Au contraire. Le système actuel leur sied bien et elles ont intérêt à le maintenir. En publiant sa propre liste, la Chine a voulu se mettre dans une position d’égal à égal pour commencer tout dialogue avec les États-Unis. Mais elle a frappé là où ça fait mal aux États-Unis.
Il est intéressant de noter qu’elle a ciblé des produits sensibles, comme le soja, qui est produit dans les Grandes Plaines, au centre des États-Unis. Électorat acquis au président Trump et au Parti républicain, les agriculteurs seraient frappés de plein fouet si la surtaxe chinoise devenait effective. Les Chinois ont en tête les élections de mi-mandat dans quelques mois et jouent une carte qui peut faire mal aux républicains. Une victoire des démocrates serait de mauvais augure pour l’administration Trump. Pékin espère aussi que des voix se lèvent aux Etats-Unis et contestent la stratégie belliqueuse de leur président.

 

L’administration Trump sera-t-elle forcément perdante?
Le président américain a tout faux dans sa stratégie. Il réalise que l’économie s’enfonce dans le déficit et dans la dette. Il use du protectionnisme pour réduire les importations, et par conséquent, le déficit. Le président Trump ne réalise pas que le déficit est le résultat de sa propre politique d’expansion économique et monétaire. Les États-Unis consomment plus qu’ils ne produisent et s’enfoncent ainsi dans la dette.
Vous êtes pessimiste…
Non. On peut d’abord espérer que le président Trump ne fera pas exactement tout ce qu’il a dit. Par exemple, il avait fait comprendre que tous les exportateurs d’acier seront touchés par les mesures antidumping. Par la suite, il a admis des exceptions. Dans le même registre, il voulait cibler la Chine. Mais il a fini par réaliser que la Chine n’est pas parmi les plus grands exportateurs.
Quel pourrait être alors l’épilogue de cette crise?
Je suis plutôt optimiste. L’administration Trump vient de négocier un accord avec la Corée du Sud, qui a accepté d’ouvrir davantage son marché aux produits américains. Elle pourrait faire de même avec la Chine. Les Chinois ne veulent pas être humiliés par les États-Unis, mais accepteraient d’acheter plus de produits américains. Donald Trump pourrait ainsi sortir gagnant. Comme le président Reagan à l’époque.

SOURCE/https://www.letemps.ch/economie/chine-frappe-etatsunis-ca-mal

4 – Guerre commerciale: le choix de Bruxelles

Ram Etwareea – Publié vendredi 6 avril 2018 modifié vendredi 6 avril 2018

ÉDITORIAL. L’Union européenne a fait le choix de s’allier avec Donald Trump. Comme les États-Unis, elle affirme que la Chine ne respecte pas les règles internationales

Que peut faire l’Union européenne (UE) alors que les deux puissances commerciales, les États-Unis et la Chine, sont engagées dans une guerre commerciale dont il est difficile de prédire l’issue? Elle ne peut pas, en tout cas, se permettre de n’être qu’un spectateur passif. Quand les éléphants se battent, ce sont les petits qui se font écraser.

Lorsque Donald Trump a annoncé, le mois dernier, sa décision de frapper l’acier et l’aluminium importés d’une taxe punitive, l’UE s’est naturellement enflammée.

Elle a expédié ses émissaires à Washington pour l’enjoindre de ne pas s’engager dans cette voie unilatérale. Et Bruxelles a montré les dents, menaçant de répliquer. Cette page est maintenant tournée. Les exportations européennes, comme celles d’autres pays, y compris la Suisse, échappent à la colère du promoteur d’«America First».

Pékin affûte ses armes

La Chine, premier producteur d’acier mais exportateur mineur aux États-Unis, demeure néanmoins plus que jamais dans le collimateur américain. Dans la nuit de jeudi à vendredi, le président Trump a tiré une nouvelle salve. En face, Pékin affûte ses armes.

Dans cette situation, les Européens peuvent choisir entre deux voies.

  1. Répondre positivement à l’appel de la Chine pour «agir ensemble contre le protectionnisme américain».
  2. Ou s’allier avec Donald Trump.

 

En réalité, le choix est déjà fait. Comme Washington, Bruxelles se plaint aussi de la Chine, qui ne respecte pas les règles internationales. L’UE a apporté son soutien cette semaine à une plainte américaine contre la Chine à l’Organisation mondiale du commerce, liée à la propriété intellectuelle. Les visites, prévues à la fin d’avril, du président français Emmanuel Macron et de la chancelière allemande Angela Merkel à la Maison-Blanche devraient permettre de se serrer les coudes.

Enfin, l’alliance de l’UE et de Washington pourrait redonner vie au projet d’accord transatlantique de libre-échange que le président Trump, dès son élection, avait relégué aux oubliettes.


SOURCE/https://www.letemps.ch/opinions/guerre-commerciale-choix-bruxelles


5 – Comment la Chine a transformé le monde en deux décennies 

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Frédéric Koller – Publié mercredi 21 mars 2018

En 1998, la Chine était un pays émergent parmi d’autres. Vingt ans plus tard, c’est la deuxième puissance mondiale. Histoire d’une transformation à la fois banale et extraordinaire

A l’échelle planétaire, la grande histoire de ces vingt dernières années n’est pas le retour (balbutiant) de la Russie, la lutte (mal circonscrite) contre le terrorisme, l’élargissement (fragile) de l’Union européenne ou le déclin (supposé) des États-Unis.

C’est l’émergence économique, puis l’affirmation politique de la Chine.

Il n’est pas un continent, pas un pays qui n’aura échappé à l’impact commercial de son retour sur le devant de la scène mondiale. Pékin a été l’acteur clé de l’ère de la globalisation ouverte au lendemain de la chute du Mur et que les États-Unis tentent aujourd’hui de refermer.

Cette histoire est à la fois extraordinaire et banale. Banale, car la Chine n’a fait que suivre le chemin de nombreux pays asiatiques qui, un peu plus tôt, ont connu en l’espace d’un quart de siècle des transformations tout aussi radicales: Japon, Corée du Sud, Singapour, Taïwan ou Thaïlande.

D’autres exemples existent ailleurs, à commencer par la renaissance de l’Europe de l’Ouest au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, qui ne fut pas moins spectaculaire. Il n’y a pas de miracle chinois, ou alors c’est un miracle bien partagé.

Ce qui rend si particulier le cas chinois, c’est tout simplement la taille du pays. La nation la plus peuplée transforme le monde par l’effet démultiplicateur de l’ampleur de son marché et de son 1,3 milliard de consommateurs.

C’est ainsi que, depuis des années,

  • le cours des matières premières est dicté par l’appétit des Chinois,
  • que les indices du développement humain (pauvreté, éducation, santé, etc.) sont déterminés par les progrès enregistrés par les autorités chinoises
  • et que l’environnement est principalement impacté par la pollution du «made in China».

 

La Chine embrasse le monde

Pour devenir l’usine du monde à l’aube du XXIe siècle, la Chine a bénéficié de plusieurs facteurs: la paix, la stabilité politique, l’ordre libéral international et l’action de L’État comme agent de la transformation économique. En 1998, cela n’allait pas de soi.

Les normes du commerce mondial décidées à Genève vont devenir le manuel de la transformation économique de la Chine…
Au lendemain du massacre de Tiananmen (l’écrasement du mouvement démocratique chinois) en 1989, la stabilité politique et la paix intérieure semblaient des leurres. Le masque finirait bien par tomber, celui d’un pouvoir en décrépitude, inadapté au mouvement de l’histoire imposé, pensait-on alors, par le marché et la démocratie. Non seulement le Parti communiste est parvenu à s’adapter aux transformations économiques dont il avait perdu un temps la maîtrise, mais il a réussi à imposer les termes d’un nouveau contrat social avec la population. A cette paix interne – garantie par la contrainte d’un parti unique – se conjugue un environnement international lui aussi pacifié en regard des désastres à répétition du XXe siècle.
Cette paix et cette sécurité ont été grandement facilitées par l’ordre international assuré par le système onusien, les États-Unis et leurs alliés occidentaux. L’adhésion de la Chine à l’OMC, en 2001, marque un tournant. Les normes du commerce mondial décidées à Genève vont devenir le manuel de la transformation économique de la Chine. Et jusqu’à aujourd’hui, Pékin doit bien reconnaître que la Pax Americana, assurant la sécurité des grandes voies du commerce mondial, l’a parfaitement servi. C’est en s’inscrivant dans l’ordre mondial libéral que le Parti communiste s’est réinventé.

Le retour de l’idéologie

Cela n’aurait toutefois pas été suffisant. La réussite du modèle chinois tient tout autant d’un pilotage de l’État dont les priorités ont permis le décollage de l’ensemble du pays.

  • En 1998, par exemple, c’est le contrôle de sa monnaie par Pékin qui stoppera l’effet de contagion de la crise asiatique qui menaçait la finance mondiale.
  • Ce capitalisme d’État n’a, là encore, rien d’original. C’est la voie privilégiée de la modernisation en Asie comme dans une partie de l’Europe (songez à la France gaulliste).
  • Mais alors que l’État, tout en gardant le contrôle macroéconomique, se retirait peu à peu d’un certain nombre de secteurs économiques, misant sur une forme de libéralisation, on assiste ces dernières années à un mouvement inverse.
Aujourd’hui, la réussite chinoise pourrait être menacée par l’hubris de son propre chef. Actant la puissance retrouvée de son empire, Xi Jinping remet le parti – et l’idéologie – au cœur de toute chose, l’État devenant un supplétif. Pour parachever l’œuvre, il compte désormais redéfinir les normes internationales.

SOURCE/https://www.letemps.ch/opinions/chine-transforme-monde-deux-decennies


6 – La Nouvelle économie chinoise est parée pour le décollage

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David Liao, président directeur général de HSBC Chine – Publié lundi 4 septembre 2017

La construction de la Nouvelle économie chinoise ne se fera pas sans l’aide et l’expertise internationales. Il y a là, sans nul doute, une chance à saisir
La Chine travaille d’arrache-pied à faire émerger une nouvelle version de son économie, centrée sur les industries de pointe et capable de rivaliser avec les plus grands au niveau mondial.
Le moment est propice à cette transition majeure, alors même que le produit intérieur brut de la Chine se stabilise après le ralentissement des dernières années. Les investissements dans le secteur privé, en baisse depuis 2011, reprennent enfin et viennent soutenir la relance de nombreux secteurs, des matériaux à l’industrie manufacturière en passant par les services.
Depuis le début 2016, en effet, des réformes structurelles ambitieuses ont poussé les entreprises d’État à redoubler d’efficacité, optimisant la capacité et l’effet de levier tout en promouvant un renouvellement des technologies, des secteurs et des produits.
Toutes ces initiatives viennent à point nommé renforcer le plan Made in China 2025 pour les industries manufacturières de pointe, ainsi que les projets d’une Nouvelle économie innovante, destinée à diversifier les fronts de croissance.

La définition chinoise de la Nouvelle économie

CHINE 3417295_3_9c95_le-premier-ministre-chinois-li-keqiang_9a72545de6928f02c47874bf3b146710  le premier ministre chinois Li Keqiang

Que recouvre ce terme de «Nouvelle économie»? Beaucoup de choses. Pour éclairer ce concept l’année dernière, le premier ministre chinois Li Keqiang évoquait non seulement les secteurs émergents comme le commerce électronique et le cloud computing (informatique en nuage), mais aussi la fabrication intelligente (smart manufacturing) ou la production personnalisée de masse.

Un tel développement devra s’appuyer sur l’esprit d’entrepreneuriat et d’innovation. Pour le secteur privé chinois, cela signifie un plus grand rôle à assumer en tant que locomotive de la Nouvelle économie, gage de croissance soutenue.

Certains entrepreneurs ont d’ores et déjà brillamment ouvert la voie. En avril, le créateur de l’application de messagerie Wechat, Tencent, est devenu la dixième plus grande société cotée en bourse au monde, suivie en onzième position du géant du commerce électronique Alibaba. Ces deux groupes se classent ainsi aux deux premiers rangs chinois en termes de capitalisation. Cette évolution montre bien que les grandes banques et entreprises énergétiques d’Etat sont en train de perdre leur position dominante sur l’économie chinoise.

Les champions de la Nouvelle économie sont d’ailleurs loin d’avoir épuisé leur potentiel de croissance. Les entreprises innovantes chinoises ont devant elles un marché aussi immense qu’enthousiaste.

 

Prenons Tencent, basée à Shenzhen. Fin juin mars, son application de messagerie WeChat/Weixin comptait plus de 960 millions d’utilisateurs actifs par mois, tandis que son application QQ, destinée à un public plus jeune, affichait 850 millions d’utilisateurs. Les consommateurs utilisent d’ores et déjà ces applications pour jouer en ligne, payer leurs factures et même gérer leurs finances. Mais de nouvelles façons toujours plus créatives de monétiser ces produits n’ont pas fini d’apparaître.

Les entreprises technologiques chinoises préparent également l’avenir. Elles s’imposent à l’avant-garde de l’intelligence artificielle, une technologie appelée un jour à révolutionner nos vies autant que l’électricité en son temps.

Les leaders du smartphone chinois

Question innovation, les sociétés de «hardware» chinoises ne sont pas en reste.

ZTE Corp et Huawei, les deux fabricants de smartphones de Shenzhen, sont aujourd’hui les deux premiers inventeurs mondiaux, avec à eux deux presque 8000 brevets déposés l’année dernière. Après avoir conquis le marché chinois des smartphones, leurs produits gagnent du terrain à l’étranger. Des fabricants tels que Huawei, Oppo et Xiaomi dévorent les parts de marché du Sud-Est asiatique à l’Inde.

Le potentiel est là pour qu’émergent d’autres géants technologiques à l’instar de Tencent ou Huawei, particulièrement dans le delta de la rivière des Perles, qui s’impose de plus en plus comme l’équivalent chinois de la Silicon Valley. Inspiré par l’exemple californien, Shenzhen met en place un écosystème d’investisseurs en capital-risque, d’accélérateurs et de transfuges des géants technologiques, prêts à créer la prochaine start-up qui va tout casser.

Dans sa dernière initiative en date pour accompagner cette transformation, le gouvernement chinois a lancé cette année un fonds de 100 milliards de yuans (14,6 milliards de francs) destiné à soutenir les cyberentreprises. A cela s’ajoutent les initiatives au niveau local, tel ce projet de la province de Guangdong de constituer des «clusters» ou «grappes industrielles» de «smart manufacturing» pour des domaines comme la robotique ou les dispositifs médicaux.

Sur le plan international

Les opportunités se multiplient aussi pour les investisseurs étrangers qui voudraient participer à cette Nouvelle économie. Par l’intermédiaire de la place boursière de Hongkong, les actions chinoises sont de plus en plus accessibles aux investisseurs étrangers.

La transformation économique de la Chine a l’avenir devant elle, et la construction de la Nouvelle économie chinoise ne se fera pas sans l’aide et l’expertise internationales. Il y a là, sans nul doute, une chance à saisir.


SOURCE/https://www.letemps.ch/economie/nouvelle-economie-chinoise-paree-decollage

 

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