2793 – Chine… Visite de Li Keqiang au Japon. Les lignes bougent-elles ?

17 mai 2018 –  François Danjou – Question Chine

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Après le sommet trilatéral Pékin, Tokyo, Séoul du 9 mai, Li Keqiang a effectué en visite officielle au Japon jusqu’au 12 mai, à l’invitation de Shinzo Abe.

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D’une durée de 3 jours, la visite officielle de Li Keqiang au Japon, la première depuis 7 ans, a coïncidé avec la rencontre tripartite du 9 mai entre Tokyo, Pékin et Séoul dont le rythme annuel était interrompu depuis décembre 2015 à la suite des refroidissements entre Pékin et Tokyo autour de querelles de souveraineté sur l’îlot Senkaku (Diaoyu Tai en Chinois).

Confirmant un dégel des relations diplomatiques en Asie du nord-est, le sommet à trois marqua aussi la première visite d’un président sud – coréen à Tokyo depuis six années.

L’accélération des contacts a été favorisée par les changements rapides des relations de Pyongyang avec Pékin et la perspective du sommet Trump – Kim Jong-un à Singapour, le 12 juin.

Si les trois se sont une nouvelle fois accordés sur l’objectif de « dénucléariser » la péninsule, ils ne sont pas parvenus à un consensus sur le rythme du processus.

Ce désaccord entre le Japon intransigeant véhiculant la philosophie de Washington prônant le préalable d’un démantèlement complet et irréversible et, d’autre part, les vues de Pékin à qui Séoul semble emboîter le pas, partisan de négociations longues et progressives , marqué par des concessions réciproques par étape, trace déjà les prémisses d’une fracture en amont de la rencontre de Singapour.

D’autres désaccords à peine voilés ou déjà exprimés par Pyongyang sont aussi accumulés au grand jour ou sous la surface. Enfin, à l’heure de la mise en ligne de cette note, la crispation de Pyongyang qui se raidit après l’annonce des manœuvres des forces conjointes en Corée du sud, remet en cause la rencontre de Singapour. (Pour la détails voir la note de contexte).

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Le point d’orgue de la visite officielle de Li Keqiang à Tokyo – 11 années après celle de Wen Jiabao qui suivait celle de Shinzo Abe en Chine les 8 et 9 octobre 2006, lors de son précédent mandat (lire[1] : Relations Chine-Japon. Les non-dits de l’irrationnel.) fut, sans conteste, la ferme volonté du premier ministre japonais qui joua de l’émotion suscitée par les souvenirs du passé de réconciliation, d’ouvrir la voie à un apaisement des tensions alors que les relations du Japon avec les États-Unis sont passablement brouillées.

Une fêlure dans la relation Washington – Tokyo.

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La rebuffade tarifaire infligée au Japon par D. Trump a laissé des traces. Tokyo a en effet été traité comme la Chine, alors que Washington protège ses alliés Européens, Canadien, Sud-coréens, Mexicains et Brésiliens.

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La première cause des agacements réciproques entre Tokyo et Washington est sans doute l’obsession du déficit commercial de la Maison Blanche taxant les exportations japonaises d’aluminium et d’acier autant que les chinoises quand l’Union européenne, l’Australie, le Brésil, le Canada, le Mexique, la Corée du sud et le Canada bénéficient de mesures d’exemption.

JAPON USA president-americain-Mike-Pence-ministre-Finances-Taro-Aso-Tokyo-18-avril-2017_0_729_505   Le vice-président américain Mike Pence et le ministre des Finances Taro Aso

Même s’il est probable que l’ostracisme de Trump à l’égard du Japon sera probablement atténué par des négociations tarifaires en cours entre le vice-président Mike Pence et le vice-premier ministre Taro Aso, il n’en reste pas moins vrai que la rebuffade infligée à Shinzo Abe lors de son voyage à Washington en avril a laissé des traces.[2]

Autre incertitude japonaise : en dépit de la promesse de la Maison Blanche d’évoquer à Singapour avec Kim Jong-un la question des Japonais enlevés par les Nord Coréens dans les années 70 et 80, Tokyo reste inquiet que la rapidité des changements survenus dans la relation Pyongyang – Washington n’entraîne des concessions américaines menaçant les intérêts de sécurité de l’archipel. A Tokyo on craint en effet que l’intransigeance de Trump à propos des missiles balistiques intercontinentaux nord-coréens passe par pertes et profits la menace posée par les armes à portée intermédiaire de Pyongyang, ayant plusieurs fois survolé Hokkaido en 2017 (29 août, 15 septembre).

Enfin, la brutalité de la volte-face nord-coréenne et la réaction immédiate de Trump ont pris à contrepied la posture intraitable de Tokyo échaudé par la permanence de la menace et dont la stratégie reste articulée à la prudence et aux sanctions (le premier survol de l’archipel par un missile Taepodong-1 date de 1998).

En fond de tableau pourtant, la crainte de l’opinion d’un glissement fatal vers une guerre entraînée par l’alliance avec Washington. En janvier 2018, un sondage révélant que 85,5% des personnes interrogées par un sondage disaient craindre un enchaînement catastrophique, jetait une lumière crue sur les inquiétudes et le malaise stratégique pesant à Tokyo.

Tel est le contexte des ambiguïtés et des contradictions, en partie générées – mais pas seulement – par l’imprévisibilité de D. Trump, entourant le dialogue Washington-Tokyo mais dont les stratèges japonais savent bien qu’au-delà de l’affichage des rigidités tarifaires et de l’intransigeance stratégique, les États-Unis sont en même temps animés par la volonté dictée par le poids de la réalité chinoise, de protéger leur relation avec Pékin.

Le souvenir ému des embellies de l’histoire

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Audience de Li Keqiang avec l’Empereur du Japon, Akihito, le 10 mai. A cette occasion, les deux ont évoqué la visite en Chine du jeune empereur en 1992. A cette occasion il avait exprimé des regrets officiels au Grand Palais du Peuple. Beaucoup de Chinois continuent à penser que ces contritions ne sont pas sincères.

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En plus des échanges ayant évoqué la participation plus active de Tokyo aux « Routes de la soie chinoise » [1], venant d’ailleurs en contrepoint des efforts de Shinzo Abe pour persuader – en pure perte – Trump de revenir sur l’abandon du Transpacific Partnership, deux événements du voyage de Li Kiqiang en Chine méritent attention :

  1. l’audience avec l’Empereur Akihito
  2. la rencontre avec les témoins survivants ou leurs descendants de la signature de l’accord du « traité de paix et d’amitié » conclu il y a 40 ans.

Articulés à des moments de réconciliation restés dans l’histoire comme des jalons d’espérance, leur mémoire confère au rapprochement en cours une puissance d’émotion dont il est impossible de nier l’importance dans l’actuel contexte d’ébranlement de la situation stratégique de l’Asie du Nord-est.

Le 10 mai, Li Keqiang était reçu en audience par l’Empereur Akihito dont l’abdication prévue le 30 avril 2019 contre l’avis de Shinzo Abe, participe peut-être de la lente normalisation de la monarchie se débarrassant de ses attributs métaphysiques dont on se souvient qu’ils furent consubstantiels de la naissance au XIXe siècle du nationalisme agressif de l’Ère Meiji, elle-même articulée à une version revisitée du Shintoïsme érigé en religion d’État expurgée des apports du Bouddhisme et du Taoïsme.

Depuis son voyage en Chine en 1992, dont il a évoqué le souvenir avec le Premier Ministre [3], l’actuel Empereur est bien considéré par les Chinois qui reconnaissent la sincérité de ses efforts pour apaiser le souvenir des atrocités de la guerre commises au nom de son père Hiro Hito.

Même si la direction chinoise continue parfois d’affirmer que les excuses japonaises « ne sont pas sincères », tout le monde à Pékin se souvient que le 23 octobre 1992 au Grand Palais du Peuple, Akihito avait exprimé sa contrition en des termes sans équivoque : « Au cours de la longue histoire des relations entre nos deux pays, il y eut une période malheureuse durant laquelle mon pays infligea de grandes souffrances au peuple chinois pour lesquelles j’éprouve une profonde tristesse ».

A Hokkaido, la mémoire du traité de paix et d’amitié.

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Le 23 octobre 1978, à l’occasion de sa visite au Japon où il fut accueilli par le premier ministre Fukuda (photo), Deng Xiaoping a officialisé le traité de paix et d’amitié. A l’époque il avait rencontré l’Empereur Hirohito que Mac Arthur, nommé proconsul et « shogun transitoire » après la défaite du Japon, avait absout des crimes de guerre de l’armée nippone.

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La deuxième séquence émotion du voyage de Li Keqiang eut lieu à Hokkaido où Shinzo Abe avait organisé une rencontre avec les acteurs, les témoins et leurs descendants du traité de paix et d’amitié signé le 12 août 1978 à Pékin par Huang Hua ministre des Affaires étrangères chinois et Sunao Sonoda, vice-ministre des AE japonais. Il entra en vigueur le 23 octobre 1978, lors de la visite officielle de Deng Xiaoping au Japon. Il était l’aboutissement d’un processus lancé 6 ans plus tôt lors de la visite en Chine du PM Kakuei Tanaka, à l’invitation de Zhou Enlai.
Le communiqué commun signé ce jour affirmait que le Japon reconnaissait le gouvernement de Chine continentale comme le seul légitime, Taïwan étant une partie du territoire chinois et disait en substance, pour les points les plus importants, vouloir « mettre fin à la situation anormale des relations entre Pékin et Tokyo ».
Surtout il exprimait la décision de la Chine de ne pas réclamer des dommages de guerre au Japon et la volonté conjointe des deux de ne pas rechercher une hégémonie régionale.
Voulant ménager Washington, les termes de la déclaration ajoutaient que le traité n’était pas dirigé contre « une tierce nation ».

A Hokkaido, où Shinzo Abe qui multiplia les attentions à l’égard de son hôte, avait organisé la cérémonie souvenir, se retrouvèrent l’ancien premier ministre du parti libéral démocrate Yasuo Fukuda (septembre 2007 à septembre 2008), Yohei Kono, libéral démocrate ancien président du parlement (2003 – 2009), Hiroyuki Sonoda, fils de l’ancien ministre des Affaires étrangères Sunao Sonada (nov. 1977 à dec. 1978) l’un des principaux artisans du traité de 1978, Hirofumi Nakasone, fils de l’ancien premier ministre (de 1982 à 1987).

Quelques avancées concrètes.

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Li Keqiang et Shinzo Abe ont promis de mettre en place un mécanisme de contact destiné à mieux gérer les contentieux de souveraineté dont il faut se souvenir qu’aucun n’est réglé.

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La visite de Li Keqiang fut aussi l’occasion de signer une lettre d’intention envisageant la mise sur pied d’un mécanisme de contacts directs pour gérer au mieux les différends de souveraineté maritimes et aériens en mer de Chine de l’Est.

La promesse touchant au cœur des querelles de souveraineté entre les deux pays, notamment à propos de la Zone d’identification aérienne chinoise [4] et de l’îlot Senkaku, vint au milieu de l’énoncé par les deux parties d’une série de secteurs de coopération possibles allant de la sécurité sociale aux services financiers et commerciaux en passant par l’environnement, la médecine, l’aide aux personnes âgées et la coopération dans le secteur des hautes technologies.

Parmi les avancées les plus concrètes de la visite, notons – facilités accordée par Pékin qui ne manqueront pas d’attirer l’attention de Washingtonl’ouverture par la Chine d’un quota de 200 Mds de Yuan (31,36 Mds de $ – 24 Mds d’€ -) au titre des Investisseurs Institutionnels Etrangers Qualifiés en Renminbi

(sigle anglais RQFII – Renminbi Qualified Foreign Institutionnal Investors. En Chinois « 人民币合格境外机构 投资者- Renmenbi hege jengwei jigou touzi zhe – »

A quoi s’est ajouté l’accord des deux pour ouvrir à brefs délais un mécanisme de garantie des taux de change entre le Renmibi et le Yen japonais

(currency swap – 货币互换 – huobi hu huan – )

et l’ouverture à Tokyo d’une banque de compensation du Renminbi, dont la première aux États-Unis a été ouverte en 2016 [2].

Au total, Li Keqiang appelant à préserver l’élan né de sa visite dans l’esprit du traité de paix et d’amitié signé il y a 40 ans, a noté que la relation des deux pays avait été ramenée sur la voie de la coopération et du dialogue. Avant de s’envoler vers Pékin à bord du B. 747 d’Air China, raccompagné par Shinzo Abe, il a laissé entendre que le chemin était désormais tracé pour la visite de Xi Jinping à Tokyo.

Un paysage stratégique en mouvement.

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Le 12 mai à Hokkaido, Shinzo Abe et son épouse saluent Li Keqiang à son départ du Japon.

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Ce n’est pas la première tentative de rapprochement sino-japonais. Ni la première fois que les deux célèbrent le souvenir du traité de paix.

Mais cette fois, la conjonction de l’ébranlement stratégique en cours dans la région, l’obsession commerciale de la Maison Blanche focalisée sur la réduction des déficits commerciaux mettant à mal la connivence stratégique avec Tokyo déjà malmenée par les tensions autour du stationnement des forces américaines, les inquiétudes japonaises face au positionnement de Washington dessinent un paysage propice au resserrement des liens.

Rien n’est acquis, et en sous-main les vieux démons des méfiances et des rancœurs sont toujours là, de même que continue à peser l’influence conservatrice du complexe militaro-industriel des alliances américaines.

L’attitude à venir de Tokyo, l’évolution des relations sino-japonaises et les réactions en retour de la Maison Blanche seront les meilleurs indicateurs d’une modification du paradigme stratégique de la région.

Celui-ci est pour l’instant suspendu à la réunion au sommet Kim Jong-un – Donald Trump prévue le 12 juin à Singapour, mais dont les prémisses sont déjà brouillées par l’organisation des manœuvres conjointes en Corée du Sud et les menace de Pyongyang de mettre fin au processus enclenché en mars.

NOTES de CONTEXTE.

1.-Tokyo, Séoul, Pékin. Les racines des sommets à trois.

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Le 9 mai lors de la reprise des rencontres à trois interrompues en 2015, les 3 ont réaffirmé l’objectif de dénucléarisation, mais n’ont pas réussi à s’accorder sur la démarche.

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Pour comprendre les tensions entre Tokyo, Séoul et Pékin qui depuis 2008 décidèrent d’organiser des sommets réguliers, interrompus en 2015 par les querelles de souveraineté en mer de Chine de l’Est entre Pékin et Tokyo, il faut remonter à la période des « Trois Royaumes » coréens Silla, Koguryo et Paekche, établis entre 57 et 18 av. JC.

Depuis cette période la péninsule subit l’influence de ses voisins. D’abord celle de la Chine des Tang venue au secours du Royaume du Silla, puis, à partir de la fin du XVIe siècle celle agressive du Japon, à laquelle répondirent les Ming prêtant main forte au Choson, suivis, dès le milieu du XVIIIe siècle, par la règle de plus en plus belliqueuse de la dynastie Qing.

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Au début de l’ère chrétienne le Koguryo, le plus vaste des 3 royaumes, s’étendait loin vers le nord englobant les actuelles provinces chinoises du Liaoning, du Jiling, du Heilongjiang et les confins orientaux de la Sibérie. Les deux autres, le Sila au Sud-est et le Paechke à l’ouest nettement plus petits ne couvrant que la partie la plus méridionale de l’actuelle Corée du sud, au-delà de la ligne Kunsan Pohang.

Les Tang : Première et brève intrusion militaire chinoise.

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La carte montre les 3 Royaumes coréens avant l’intervention des Tang en soutien du Silla contre le royaume du Koguryo. Après l’intervention ce dernier perdit la totalité de ses territoires situés dans la Chine actuelle.

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Mais, 7 siècles plus tard, la puissance militaire de la dynastie Tang changea la donne. Intervenant pour prêter main forte au Silla attaqué par le Koguryo, la Chine favorisa l’unification des trois royaumes dont les vaincus s’installèrent en Chine, en Mandchourie et le long du golfe de Bohai, dans l’actuelle région de Dalian. La partie nord du Koguryo fut attribuée aux Chinois, la partie sud au Silla.

Ayant perdu son influence en Corée dès la fin du VIIe siècle, repoussée par le Silla en 678, la Chine du Moyen âge divisée entre le sud, le nord et ses confins nord-ouest et nord-est assista à la création en 918 du royaume de Koryo – origine du nom Corée -, dans la région de l’actuelle ville frontière de Kaesong.

Se proclamant le successeur du Koguryo, le Koryo devenu « néo-confucéen » et harcelant les Bouddhistes, entreprit lui aussi l’unification du pays. En 1170, un coup d’État militaire changea la physionomie du royaume qui à partir de en 1231 résista 30 années à l’invasion des hordes mongoles qui attaquèrent également la Chine, le Vietnam et le Japon.

 

Les Ming parrains tutélaires. Le Japon agressif

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La statue de l’Amiral Yin Sun-shin à Séoul. Héros national, vénéré au même titre que Jeanne d’Arc en France, sa victoire maritime contre le Japon en 1593 symbolise toujours pour les Coréens la résistance à la règle brutale de Tokyo.

C’est à cette époque que les Ming pesèrent une nouvelle fois militairement sur le destin de la Corée. Suspectant que l’agression japonaise contre la péninsule était le préalable à l’invasion de la Chine, Wanli, 14e empereur de la dynastie Ming envoya en Corée un importante force expéditionnaire contre le Japonais Toyotomi Hideyoshi qui fut battu. Mais l’image d’une présence militaire chinoise plus douce que celle du Japon est surfaite. Au début du XVIIe siècle le Chosun se révolta contre les Ming qui, en Chine même, commencèrent à plier sous les attaques des Mandchous.

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En 1400, la dynastie chinoise des Ming née en 1368, après la chute des Mongols, assista à la création du Royaume de Choson qui régna 5 siècles jusqu’à l’occupation en 1910 du pays par le Japon, qui tirait profit de ses victoires contre la Chine en 1895 et contre la Russie en 1905.

Durant l’ère Chosun, où le Confucianisme remplaça le Bouddhisme, la société était dominée par une classe d’aristocrates héréditaires les Yangban – « les deux ordres » associant civils et militaires devenus confucéens orthodoxes, seigneurs féodaux qui contrôlaient tout le foncier. C’est durant cette période que le Roi Sejong (1418 – 1450) développa les sciences, la médecine, l’astronomie, l’étude de l’histoire et créa l’alphabet Hangul toujours en vigueur.

Le Chosun repoussa les attaques Japonaises à la fin du XVIIe siècle avec l’aide des Ming. Mais un demi-siècle plus tard, le Chosun et la Chine des Ming durent eux-mêmes accepter la règle des Mandchous. Ces derniers fondèrent la dernière dynastie chinoise des Qing (1644 – 1911) qui imposa un tribut à la Corée.

Par la suite les Qing s’appliquèrent à contrer la présence grandissante du Japon transformant progressivement la Corée en un enjeu d’influence.

 

Le durcissement chinois des Qing

A partir du milieu du XVIIIe siècle les ingérences administratives, commerciales et militaires des Qing se firent plus lourdes, accompagnées par le stationnement de forces d’occupation qui poussèrent le Royaume à signer des traités commerciaux avec les États-Unis, la France, le Royaume Uni, l’Allemagne et la Russie.

En 1894 une intervention militaire chinoise directe mit même fin à un coup d’État de réformateurs radicaux, et imposa la signature d’une convention garantissant l’équilibre sur la péninsule des influences chinoises et japonaises. Mais un an plus tard, la défaite chinoise contre le Japon scella le destin de la péninsule qui devint une colonie brutalement exploitée par l’armée et l’administration nippones.

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En 1945, la défaite japonaise ouvrit une nouvelle période marquée par la séparation du pays en deux entités politiquement opposées, de part et d’autre du 38e parallèle. Après la guerre de Corée, déclenchée en juin 1950 contre le sud par Kim Il-sung à qui l’intervention massive chinoise du 31 octobre 1950 évita une défaite complète, la ligne de démarcation devint la ligne de partage des influences américaine et chinoise. La suite rattrape l’actualité.

Placé dès 1953 sous la pression des critiques occidentales qui stigmatisaient l’absence de démocratie et la priorité fortement militariste du régime laissant les populations dans le dénuement, le pays s’engage dans le développement d’un arsenal nucléaire et balistique pour tenir à distance une intervention militaire extérieure. Dans ce processus, le régime a bénéficié de l’aide de l’URSS, des transferts de savoir-faire de l’Indo-pakistanais Abdul Quadeer Khan et de la bienveillance chinoise.

 

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2.- A Singapour quelles perspectives de paix ?

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En Corée du sud, un soldat de l’alliance militaire Séoul – Washington passe devant une émission de la TV sud-coréenne rendant compte d’un nouveau durcissement de Pyongyang.

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Alors que le 16 mai, réagissant à l’organisation de manœuvres conjointes en Corée du Sud, baptisées « Max Thunder », Pyongyang annulait la rencontre Nord Sud à Panmunjom et menaçait d’en faire de même avec celle du 12 juin à Singapour entre Kim Jong-un et D Trump, les perspectives de paix s’éloignent à nouveau.

Raidissement nord-coréen.

coree nord Kim Kye Gwan alizadeh20130629072528750  Kim Kye Gwan

Commentant la réaction de Pyongyang, le vice-ministre des Affaires étrangères nord-coréen Kim Kye Gwan précisait que « si les États-Unis cherchaient par la pression à nous acculer à l’abandon unilatéral de notre arsenal nucléaire, nous ne serions plus intéressés par ce type de dialogue ».

Il rajoutait que les Nord-coréens avaient été choqués par les commentaires de Bolton, assimilant la Corée du nord au modèle libyen ou iraquien. « Le fait de comparer le destin de notre “noble Nation“ à celui de l’Irak ou de la Libye m’indigne et nourrit mes doutes sur la sincérité des États-Unis ». Objectivement il n’a pas tort.

Tout indique en effet que Pyongyang n’a pas aimé le ton triomphaliste de certains proches de Trump à la Maison Blanche. Le fossé entre les attentes de Pyongyang et celles de Washington reste à l’évidence très large, sur fond de pessimisme de nombre d’experts.

Scepticismes

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Le raidissement de Kim Jong-un en amont de la rencontre de Singapour est une réaction directe à l’organisation d’une puissante manœuvre aérienne des forces conjointes chasseurs furtifs F-22 (photo).

Quel que soit l’angle de vue, il est clair la démonstration de forces de l’alliance – dont le nom lui-même « Max Thunder » est une provocation – à moins d’un mois de la rencontre Kim – Trump constitue une bévue qu’il faut attribuer aux insistantes rémanences des complexes militaro industriels américain et sud-coréen

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coree transfuge photo_2_thae_young-ho_0  Entretien avec Thae Young-ho, ancien diplomate nord-coréen passé au Sud

Le 14 mai, lors d’une conférence de presse à Londres Thae Yong-ho ancien n°2 de l’ambassade nord-coréenne au Royaume Uni, transfuge réfugié en Grande Bretagne en 2016, expliquait que Pyonyang n‘abandonnerait jamais complètement son programme nucléaire.

Sa bonne volonté exprimée en mars, n’était selon lui qu’une tactique, alternant les tensions extrêmes et les apaisements soudains diffusant, par contraste, le sentiment que le régime est prêt à des concessions.

Le lendemain Kim Hyun-wook de l’académie nationale des affaires étrangères de Séoul, moins pessimiste et reprenant l’idée d’une « tactique », analysait le raidissement nord-coréen comme un chantage en amont de la rencontre : « Il semble que Kim Jong-un après avoir été poussé par les circonstances à accepter l’exigence américaine du préalable de dénucléarisation, tente maintenant de modifier sa posture après que ses relations avec Pékin soient revenues à la normale ».

Confirmant la rivalité entre Washington et Pékin de part et d’autre du 38e parallèle, il ajoutait « nous sommes revenus sur la voie étroite des rivalités diplomatiques sino-américaine sur la péninsule ».

Perplexités et doutes.

Aux incertitudes nord-coréennes qui nourrissent les pessimismes, s’ajoutent celles sur les concessions que Washington serait disposé à accorder et celles sur les arrière-pensées chinoises. Considérant que les États-Unis sont des intrus dans zone, la Chine tirera profit de la séquence pour réclamer le démantèlement des alliances et le départ des forces américaines ;

A l’inverse, les complexes militaro industriels sud coréen et américain sont articulés au réseau des bases et des alliances – réponse à la menace – dont ils diront qu’ils ne sont pas négociables ;

COREE NORD Le leader nord-coréen Kim Jong Un 06148936e2eb4685eaf7832b589c8  Le leader nord-coréen Kim Jong Un 

Sans compter que l’intransigeance affichée de Trump et de Tokyo qui, avant toute chose et en préalable, exigent les démantèlements nucléaires et balistiques, est une position exactement inverse de celle du schéma des concessions réciproques et symétriques au fil des étapes proposées par Kim Jong-un avec la caution probable de Xi Jinping qui, pour l’heure, ne s’est cependant pas exprimé sur le sujet.

Enfin, les dernières inconnues qui s’ajoutent à la sommes des incertitudes nord-coréennes dont la moindre n’est pas l’état des forces politiques internes et le pouvoir réel de Kim sur l’armée, concernent la capacité de la Maison Blanche à résister au lobby des militaires dont les soucis de sécurité ne sont pas seulement la Corée du nord, mais également la Chine.

Cette dernière sera partagée entre

  • 1) Le souci réel de ne pas laisser proliférer Pyongyang, par crainte d’une contagion japonaise ;
  • 2) La volonté de rester dans le jeu sans cependant apparaître comme un perturbateur – rôle qu’elle s’efforcera d’attribuer à l’intransigeance de Washington – ;
  • 3) L’arrière pensée opportuniste de saisir l’occasion du processus pour affaiblir les alliances américaines de la zone.

CHINE La Chine dans son environnement géostratégique. qi6chine

 

Notes :

[1Sur ce sujet la position du premier ministre s’est assouplie. Tokyo accepte désormais de considérer la participation japonaise « projet par projet » et à la condition de leur « transparence » et d’un garantie de leur équilibre financier.

[2Plus d’une cinquantaine d’instituts monétaires dans le monde ont intégré le Renminbi dans leurs réserves qui, depuis octobre 2016, fait partie du « panier de devises » définissant la valeur des « droits de tirage spéciaux » du FMI, actif de réserve comptable que les banques centrales peuvent négocier entre elles. Il reste que la monnaie chinoise non convertible ne comptait encore que pour 1,1% des réserves mondiales à la fin 2017 (parts du $ : 63,5% ; de l’€ 20% ; du Yen japonais 4,52% ; de la £ 4,49% ; du $ canadien 1,77%).

LIENS

  1. https://www.questionchine.net/relations-chine-japon-les-non-dits-de-l-irrationnel
  2. https://sansapriori.net/2018/05/05/2761-coree-du-nord-entre-fatalisme-proliferant-et-optimisme-raisonnable-le-brouillard-strategique-de-la-relation-tokyo/
  3. https://www.questionchine.net/les-braises-mal-eteintes-des-rancoeurs-sino-japonaises
  4. https://www.questionchine.net/la-zone-d-identification-aerienne-chinoise-symbole-de-souverainete-et-de-rivalite

SOURCE/https://www.questionchine.net/visite-de-li-keqiang-au-japon-les-lignes-bougent-elles?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+questionchine+%28QuestionChine.net%29&artpage=3-3

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