2761- Corée du Nord. Entre « fatalisme proliférant » et optimisme raisonnable …&… Le brouillard stratégique de la relation Tokyo

1/- Corée du Nord. Entre « fatalisme proliférant » et optimisme raisonnable

2/-Le brouillard stratégique de la relation Tokyo – Pékin – Washington

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1/- Corée du Nord. Entre « fatalisme proliférant » et optimisme raisonnable

1er mai 2018 –  Jean-Paul Yacine – Question Chine

Le site d’expériences nucléaires effondré de Pyongyang. A l’automne 2017, Pyongyang avait démenti une information japonaise ayant signalé l’effondrement de site, faisant état de 200 morts. Des analyses non confirmées estiment que la catastrophe serait due à la puissance des explosions nucléaires.

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L’image ci-joint est une photo satellite commentée des environs de la montagne Mantap diffusée par le site américain C. News d’après une information passée inaperçue de la TV japonaise datant de l’automne 2017, faisant état de l’effondrement du site de tests nucléaires nord coréen de Punggye-ri, à une centaine de kilomètres de la frontière chinoise.

Autrement dit, la séquence que vit la péninsule coréenne depuis mars 2018 était dans les tiroirs de Kim Jong-un depuis 5 mois, délai après lequel il a annoncé qu’il « tirait l’échelle » de ses provocations apocalyptiques.

Les services chinois dont les sismographes surveillent la situation géologique de la Corée du Nord comme l’huile sur le feu, étaient au courant et on peut conjecturer qu’ils ont suggéré à Kim de renoncer à son arsenal nucléaire.

En même temps, Xi Jinping qui ne nourrit pas pour son voisin une affection débridée, mais ayant, à la chinoise et contrairement à nos exécutifs extravertis obsédés par la morale et la transparence, gardé une placidité marmoréenne, l’a invité à Pékin pour, tout en lui redonnant de la face, rappeler à son hôte venu en train blindé sorti d’un roman de John le Carré, qu’il exigeait le démantèlement de son programme nucléaire.

En arrière plan, Xi gardait en tête le risque de prolifération nucléaire au Japon, sa bête noire.

Simultanément, s’affichant avec son turbulent voisin, le n°1 chinois signifiait à Washington qu’il n’était pas question que la Chine dont l’influence culturelle et stratégique sur la péninsule pèse depuis des siècles, soit marginalisée dans le processus qui s’annonce.

Des raisons d’espérer.

Le 27 avril, Kim Jong-un et Moon Jae-in ont signé la « déclaration de Pan Mun Jon pour la paix, la prospérité et la réunification ». C’est la première fois qu’au cours d’un sommet inter-coréen Pyongyang promet de dénucléariser.Mais la route vers un traité de paix reste encore longue. Et la réunification à laquelle la Chine est opposée improbable.

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Après avoir tout de même propagé l’idée que la nucléarisation de la Corée du nord était désormais « inéluctable », les experts en passivité fataliste dont il faudra un jour analyser les racines suicidaires, continuaient, en dépit des évidences, à expliquer que Kim Jong-un, désormais maître du feu nucléaire, était en position de force et réagissait « rationnellement » à la « folie » de Trump.

En réalité, les événements qui se déroulent depuis le printemps 2018, ayant pris de court nombre d’observateurs, montrent que les provocations guerrières de la Maison Blanche,

tirant profit du narcissisme de Kim Jong-un

– un défaut que Donald l’iconoclaste perturbateur, adepte des « tweets » connaît bien -,

l’ont poussé à la faute en l’incitant à augmenter inconsidérément la puissance de ses tests nucléaires probablement à l’origine de la destruction de son « jouet » nucléaire, son atout maître qu’il a dilapidé.

La chance qui sourit aux audacieux, la fragilité géologique de la région, la crainte chinoise d’un dérapage nucléaire japonais ajoutées à l’inexpérience juvénile et bornée de Kim Jong-un, ont servi la Maison Blanche.

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S’il est vrai qu’un nouveau coup de théâtre est toujours possible, il faut reconnaître qu’après la rencontre Moon – Kim du 27 avril – 3e sommet de l’histoire entre le Nord et le Sud assorti de la promesse renouvelée de Kim de stopper (et pour cause) son programme nucléaire -, la situation n’a jamais été aussi proche d’une solution pacifique de la question nord-coréenne restée en suspens depuis 1953.

En effet, les deux autres rencontres coréennes au sommet, jalons des précédentes embellies avec Kim Dae-jung en 2000 et son successeur Roh Moo-hyun en 2007, n’avaient pas évoqué l’abandon du programme nucléaire par Pyongyang.

Quoi qu’en disent les fatalistes nous sommes donc clairement dans une situation nouvelle.

Moon Jae-in ayant rempli son office « d’ouverture de route », la suite appartient à Washington et à Pyongyang,

Pékin, à l’écoute tente de rester dans la boucle, tandis que Tokyo est en embuscade sur le mode intransigeant.

Les racines des méfiances.

Après les tensions de l’année 2017, les experts sont sceptiques. Ici Kim Jong-un devant une tête nucléaire prête à être montée sur un missile. Le 29 mars un article du sud-coréen Choson Ilbo écrivait « Les propositions de Kim de dénucléariser par étape renvoient exactement aux erreurs que D. Trump avait promis de ne pas répéter ».

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Aux États-Unis, certains – pas forcément les plus conservateurs – craignent toujours un piège.

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C’est le cas de Douglas Paal, aujourd’hui vice-directeur des études du « Carnegie Endowment for International Peace », docteur en histoire de Harvard, ancien Directeur de l’Institut Américain de Taïwan (A.I.T), l’ambassade officieuse des États-Unis dans l’Île rebelle.

Dans un article paru le 20 avril dernier[1], il mettait en garde contre le risque « d’un accord piégé » avec Pyongyang favorisé par la soif de légitimité interne du Coréen Moon Jae-in et de Donald Trump qui pourraient, l’un et l’autre, être tentés, disait-il, de
« rechercher une caution publique de court terme au détriment des enjeux de sécurité à long terme ».
« Kim a t-il vraiment l’intention d’abandonner ses capacités nucléaires conquises de haute lutte, en échange d’un relâchement des sanctions imposées par D. Trump ? Ou s’agit-il d’une nouvelle manœuvre de déception dont le régime est coutumier ? ». Pire encore, « Kim n’est-il pas en train d’attirer D. Trump dans un piège exigeant la fin de l’alliance avec Séoul ? ».

Disant cela Paal exprimait une vague de scepticisme courant dans le cercle des experts de la Corée du Nord.

Ces risques existent en effet et les arguments de ceux qui les énoncent sont connus. Les plus crédibles font, par hypothèse, état de l’avancement du programme de Pyongyang, selon eux déjà arrivé à maturité et capable d’installer une tête nucléaire sur un missile intercontinental, dont aucune logique stratégique ne pourrait justifier l’abandon.

 

Le trou noir à Pyongyang et l’ambiguïté des puissants

Au-delà la propagande la situation réelle du pays et des rapports de forces sont mal connus.

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A ce stade, il est impossible de lever les doutes sur l’état réel de l’arsenal et sur la rationalité interne de l’appareil politique nord-coréen. Tout au plus peut-on constater que la plupart des analyses résignées ne tiennent pas compte de l’effondrement du site des tests et de ses conséquences sur l’attitude chinoise en réaction aux risques de contamination radiologique. De même, peu d’analystes soulignent la crainte chinoise d’une contagion de la prolifération au Japon.

Elles n’évoquent pas non plus le capital de reconnaissance que Kim Jong-un pourrait retirer d’un règlement avec les États-Unis de la question coréenne restée hors de portée de son père et de son grand-père.

Enfin, rares sont les arguments qui osent examiner, au-delà des apparences de la propagande, les vrais rapports de forces socio-économiques et politiques dans le trou noir de la situation intérieure nord-coréenne dont il paraît improbable que les tensions soient sans effet sur la stabilité du régime.

Depuis sa position tutélaire, Pékin observe les événements en répétant que la détente en cours depuis les JO d’hiver de février avait été obtenue grâce à l’éphémère moratoire accepté par les forces conjointes ayant décidé de retarder les manœuvres sur la péninsule. Solution que la Chine préconisait depuis mars 2017. Ce n’est qu’en partie vrai.

Il est en effet tout aussi raisonnable d’attribuer la volte-face de Kim Jong-un à l’accident géologique ayant en partie détruit le site de tests nucléaires de Punggye-ri, à quoi s’ajouta l’augmentation des pressions-sanctions chinoises. Cette « montée en gamme » de la Chine fut le résultat du battage public amplifié par les « tweets » de Trump qui, prenant le contrepied des diplomaties du silence feutré enseignées à Sciences Po, alternait par d’incessants contrepieds le chaud et le froid des satisfécits publics adressés à Pékin et des blâmes sans ménagement accusant la Chine de ne pas en faire assez.

Perspectives stratégiques de la région.

Parmi les 6 acteurs du dialogue à 6, seuls Pyongyang et Washington sont concernés pour la prochaine étape. Si tout le monde est d’accord pour une dénucléarisation, les intentions de chacun sont différentes.

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Si la détente se confirmait jusqu’à la signature d’un traité de paix mettant fin au conflit coréen – une perspective pour l’instant encore hypothétique -, Pékin qui craint une extension de l’influence américaine jusqu’à ses frontières, continuerait à s’opposer à une réunification des deux Corée aujourd’hui très improbable, non seulement du fait de l’opposition chinoise, mais également à cause du décalage politique et social entre les deux régimes.

A cet égard, rappelons que, dans le cas de l’Allemagne, la réunification fut favorisée par l’effondrement du sponsor soviétique. En Asie du Nord-Est, le sponsor est la Chine qui ne donne aucun signe d’effondrement, au contraire.

En même temps, si dans le meilleur des cas, la question nucléaire nord-coréenne était résolue le régime chinois arguerait avec Pyongyang de la disparition de la menace pour réclamer la dissolution de l’alliance militaire et le départ des Américains.

C’est précisément ce que craignait Paal dans son analyse.

Si Washington restait malgré tout accroché à ses bases en Corée et au Japon, comme c’est très probable, le discours de la Chine accuserait Washington, Séoul et Tokyo de maintenir une alliance militaire dirigée contre elle, destinée à bloquer sa montée en puissance. Dans ce triptyque d’alliance anti-chinoise, le maillon faible serait la Corée du sud. Le noyau dur serait le Japon que Trump a eu tort d’humilier en ne lui accordant pas la même exemption de taxes qu’à ses alliés occidentaux.

Mais on peut raisonnablement envisager que la Maison Blanche mettra un bémol à son radicalisme commercial contre Tokyo qui brouille l’alchimie de l’alliance (voir l’éditorial article suivant).

JAPON Shinzo Abe 20160601-shinzo-abe-tax-hike  Shinzo Abe

Mis sous pression par Shinzo Abe qui, humilié par la brutalité tarifaire de Trump, s’est récemment ostensiblement rapproché de la Chine, jusqu’à reprendre – il est vrai très prudemment et avec une très longue cuillère – les échanges militaires avec Pékin, interrompus depuis 2012, Donald pourrait rabaisser la barre de se exigences commerciales japonaises après l’avoir placée très haut.

Sur le reste qui nous occupe aujourd’hui Tokyo et Washington sont main dans la main. Contrairement à l’accord avec Téhéran, les deux disent que « la dénucléarisation doit être « complète, vérifiée et irréversible ». Une position dont Pékin a plusieurs fois répété qu’elle était aussi la sienne, y compris à Kim Jong-un, lors de son voyage à Pékin.

Quant au Japon, il reste très attentif à ce que ses intérêts de sécurité directs ne soient pas bradés par les États-Unis lors de la rencontre Kim – Trump.

A cet égard, l’inquiétude de Tokyo, s’est exprimée en avril dernier par un professeur d’études coréennes à l’université de Nagoya. Se félicitant d’abord que, lors de son voyage aux États-Unis, Abe avait rappelé à D. Trump les exigences japonaises à ne pas oublier lors de la rencontre au sommet avec Kim, il mettait en garde contre « l’imprévisibilité » du président américain.

La crainte de Tokyo est en effet que, dans les négociations, la Maison Blanche se focalise seulement sur la menace posée au territoire américain par les missiles balistiques à longue portée et fasse l’impasse sur l’arsenal à moyenne portée pouvant frapper l’archipel.

Enfin les dernières incertitudes et non des moindres s’ajoutant à l’imprévisibilité de Trump, au radicalisme sécuritaire Japonais, et aux ambiguïtés chinoises, renvoient à l’opacité du régime de Pyongyang et à la réalité des rapports de forces internes évoquées plus haut, entre d’une part la famille Kim et d’autre part l’armée et le parti des travailleurs forcément angoissés par le somme des inconnues que la volte-face du régime – si tant est qu’elle soit réelle – fait peser sur leur avenir.

Liens

  1. https://carnegieendowment.org/2018/04/20/by-sending-spy-to-north-korea-america-raises-stakes-high-pub-76144

SOURCE/https://www.questionchine.net/coree-du-nord-entre-fatalisme-proliferant-et-optimisme-raisonnable?artpage=2-2

Avec Shinzo Abe, et sur la photo, de gauche droite Moon Jae-in, Kim Jong-un, Trump et Xi Jinping sont les acteurs d’une situation stratégique en mouvement.

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En avril les médias du Japon où se trouvait une équipe de Question Chine, commentaient en boucle trois événements :

  1. La future rencontre entre Kim Jong-un et Donald Trump, précédée le 27 avril par la rencontre préliminaire entre Kim Jong-un et Moon Jae-in à Panmunjom, portant l’espoir d’un règlement de la question nucléaire nord-coréenne, 48 heures après la nouvelle rendue publique le 25 avril par l’Université des Sciences et de Technologies de Pékin, de l’effondrement du site de Punggye-ri à 100 km de la frontière chinoise provoqué par l’accumulation de tests nucléaires à forte capacité, dont le dernier avait 7 fois la puissance de l’explosion d’Hiroshima.
  2. La reprise des échanges militaires avec Pékin, interrompus depuis qu’en 2012 Tokyo avait « nationalisé » les Senkaku (Diaoyu Tai en Chinois). Concrétisée par la visite le 15 avril au Japon de 25 officiers de l’APL conduits par le Général Ci Guowei, n°2 du bureau de la coopération militaire internationale de la Commission Militaire Centrale, elle avait été décidée en janvier dernier par les deux ministres des Affaires étrangères, prudemment engagés sur la voie du réchauffement diplomatique en dépit des lourds contentieux de l’histoire [1]
  3. La visite aux États-Unis du 17 au 19 avril d’un Shinzo Abe affaibli par un scandale foncier et à la recherche d’un succès diplomatique pour redorer son blason.

CHINE 004BAL_9754-550          le Général Ci Guowei  

La presse japonaise s’est félicitée des résultats d’une visite moins humiliante pour le premier ministre que prévue par les critiques, marquée par un attention particulière accordée par D. Trump à la question des Japonais enlevés par le régime nord-coréen dans les années 70 et 80 et un affichage ostensible d’une connivence stratégique à propos du programme nucléaire de Pyongyang, recommandant de ne pas abandonner les pressions pour un arrangement illusoire (voir la note de contexte), insistant sur la nécessité « d’une dénucléarisation irréversible et vérifiée ».

Ébranlement des anciens repères stratégiques.

Il n’en reste pas moins que subsiste « l’éléphant dans la pièce » manière du Japan Times du 18 avril de désigner le mauvais traitement fiscal infligé au Japon par la Maison Blanche ayant refusé dans la tourmente de sa guerre commerciale contre la Chine d’accorder à Tokyo la même exemption de taxes sur l’acier et l’aluminium que celle octroyée au Canada et à l’Union Européenne.

Au-delà des bonnes paroles diplomatiques, restent les traces humiliantes de la férocité nationaliste de la Maison Blanche.

U.S. President Trump hosts a joint press conference with Japan's Prime Minister Abe in Palm Beach  U.S. President Donald Trump (R) speaks as he hosts a joint press conference with Japan’s Prime Minister Shinzo Abe at Trump’s Mar-a-Lago estate in Palm Beach, Florida, U.S., April 18, 2018. (REUTERS/Joe Skipper)

C’est peu dire que Shinzo Abe aura été choqué par la brutalité commerciale de Washington. Les effets de la douche froide administrée publiquement auront à peine été atténués par la promesse de Washington de placer les négociations tarifaires dans le cadre du dialogue économique tenu entre Mike Pence, le vice-président et le vice-premier ministre Taro Aso.

USA JAPON Mike-Pence-rassure-le-Japon-contre-Pyongyang-qui-promet-des-tirs-hebdomadaires  Le vice-Premier ministre japonais Taro Aso et le vice-président américain Mike Pence. Franck Robichon/Pool

En administrant à son allié la même potion amère qu’à Pékin, alors que le Premier ministre nippon fut le plus grand et le premier partisan international de Trump, tandis que, souligne le Japan Times, Tokyo ne s’est jamais livré comme Pékin à des provocations militaires anti-américaines, Washington trouble l’alchimie des alliances qui, depuis l’après-guerre, rythment la situation stratégique en Asie Pacifique et les rapports des États-Unis avec la Chine.

Tokyo entre Pékin et Washington.

La vérité est que tout dans la situation internationale du Japon renvoie non seulement aux États-Unis, mais également à la Chine, aux réminiscences douloureuses de l’histoire du Japon impérial, aux rivalités d’influence avec Pékin et aux querelles territoriales, fortement teintées de nationalisme.

Au point que, dans une très large mesure, c’est à l’aune des stratégies de Pékin que Tokyo calibre aujourd’hui, ses initiatives extérieures dans la région, presque partout conduites sur les talons de la Chine.

C’est le cas en En Asie du Sud-est, en Indonésie, aux Philippines, en Thaïlande, au Cambodge, au Myanmar et même en Afrique, à Djibouti où une unité des forces d’auto-défense émancipées est installée à 12 km à vol d’oiseau de la nouvelle base chinoise abritant 10 000 homme, petite enclave japonaise à deux pas de l’ancienne base française du Camp Lemonnier – ironie tragique de l’histoire, le camp porte le nom du commandant français de la base de Lang Son décapité par l’armée niponne en mars 1945 -.

La référence à l’omnipotence chinoise est telle que récemment, le Japan Times expliquait même que les mauvaises manières commerciales faites par Trump à Tokyo avaient été favorisées par l’ampleur des déficits des échanges américains avec la Chine, analysant même, que sans la Chine, la Maison Blanche aurait pu s’accommoder de ses vastes déficits avec le Japon.

Vues de Tokyo, conséquence des événements en cours sur la péninsule coréenne, l’ombre chinoise et la puissance de l’Oncle Sam envahissent aussi l’horizon de la question nord-coréenne.

Les incertitudes de la rencontre Kim – Trump.

Le sommet entre Kim et Trump est placé sous la double vigilance de Pékin et de Washington.

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S’il est vrai que lors de la venue à Pékin de Kim Jong-un, Xi Jinping lui avait clairement rappelé que, tout comme Moon Jae-in et D. Trump, il plaçait l’abandon des programmes nucléaires et balistiques au sommet de ses priorités, il n’en reste pas moins que la volonté de la Chine de rester dans le jeu alors que s’annoncent les rencontres bilatérales de Pyongyang avec Séoul et Washington, d’où Pékin est exclu, crée une zone d’ombre dont Shinzo Abe se méfie autant que des stratégies de la Maison Blanche devenues parfois illisibles.

Récemment un professeur d’études coréennes à l’université de Nagoya se félicitait que, lors de son voyage aux États-Unis, Abe avait rappelé à D. Trump les exigences japonaises à ne pas oublier lors de la rencontre au sommet Trump – Kim.

En même temps, il mettait en garde contre « l’imprévisibilité » du président américain. La crainte de Tokyo est en effet que, dans les négociations, la Maison Blanche se focalise seulement sur la menace posée au territoire américain par les missiles balistiques à longue portée et fasse l’impasse sur l’arsenal à moyenne portée pouvant frapper l’archipel.

L’œil sur le risque chinois, Tokyo se rapproche de Pékin.

La photo d’archives, montre la visite au Japon, le 30 août 2007, du Ministre de la défense chinois Cao Gangchuan.

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Placé dans le brouillard stratégique d’une situation en mouvement dont les incertitudes nord-coréennes sont encore augmentées par les impondérables américains et le quant-à-soi de Pékin bien décidé à rester dans la course du règlement de la question coréenne, Tokyo explore aujourd’hui la voie d’un rapprochement avec la Chine.

Le signe le plus spectaculaire en est la reprise du dialogue militaire, il est vrai prudemment placé sous le label « non officiel » des échanges lancés en 2001 entre la fondation Sasakawa pour la Paix et le Centre de recherches Internationales et Stratégiques, sous la coupe du ministère des Affaires étrangères chinois.

En même temps surnage la conscience de la menace chinoise dont le Japan Times a rappelé les termes dans un article du 18 avril qui semblait directement écrit à l’intention de la Maison Blanche.

On pouvait y lire que « les différends sino-américain n’ont plus rien à voir avec le commerce », mais bel et bien avec la question de savoir si « dans les décennies à venir, le monde serait toujours dominé par un système capitaliste démocratique ou par Pékin ».

Dix sept années après son entrée dans l’OMC, la Chine, ajoute l’article, n’ayant jamais tenu ses promesses, rompue au mercantilisme d’une stratégie qui ne se conforme pas aux règles du marché, à la tête de fortes réserves de « cash », affirme à la face du monde, « qu’elle n’est pas intéressée par les règles des institutions occidentales ».

« Aucune négociation », assène l’article « ne modifiera cette donne. ».

Plus loin après avoir laissé entendre que Pékin ne cèderait qu’aux pressions, l’auteur soulignait que Shinzo Abe ne pouvait que se réjouir de l’arrivée au pouvoir à Washington de conservateurs durs comme John Bolton à la sécurité et Mike Pompeo au Département d’État.

Note de contexte.

Mike Pompeo, ancien directeur de la CIA et nouveau chef du département d’État après le départ de Rex Tillerson, a été chargé de préparer la rencontre au sommet entre Kim et Trump. La question est de savoir si la manœuvre de Kim demandant un dialogue avec Trump est sincère ou s’il s’agit d’un piège.

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USA Douglas Paal, Docteur en histoire de Harvard, 1116734275_14437964671041n  Douglas Paal, Docteur en histoire de Harvard,

Douglas Paal, Docteur en histoire de Harvard, ancien n°2 de JP Morgan Chase International et ancien Directeur de l’Institut Américain de Taïwan (A.I.T) l’ambassade officieuse des États-Unis à Taïwan, aujourd’hui vice-directeur des études du Carnegie Endowment for International Peace, craint un piège.

Dans un article paru le 20 avril dernier[2], il mettait en garde contre le risque « d’un accord piégé » avec Pyongyang favorisé par la soif de légitimité interne du Coréen Moon Jae-in et de Donald Trump qui pourraient, l’un et l’autre, être tentés de « rechercher une caution publique de court terme au détriment des enjeux de sécurité à long terme ».

Au passage, Paal décryptait l’implication de la CIA et de Mike Pompeo dans les prémisses cachées puis ostensiblement dévoilées de la rencontre Trump – Kim.

Décrivant l’ancien et éphémère patron des renseignements américains, – « facilement » confirmé dit le New York Times au poste de Secrétaire d’État par le Sénat le 26 avril -, comme l’homme d’une situation exceptionnelle dont la proximité avec le Président Trump était de nature à apaiser la quête de légitimité de Kim Jong-un, soucieux d’être mis en présence d’un représentant crédible de la tête de l’exécutif américain, Paal signalait que le canal de la CIA avait souvent été utilisé pour des missions diplomatiques sensibles.

Et, dans ce cas, ajoutait-il, la question importante n’était pas le « canal », mais bien les chances de réussite des efforts de la Maison Blanche. « Kim a t-il vraiment l’intention d’abandonner ses capacités nucléaires conquises de haute lutte, en échange d’un relâchement des sanctions imposées par D. Trump ? Ou s’agit-il d’une nouvelle manœuvre de déception dont le régime est coutumier ? ». Pire encore, « Kim n’est-il pas en train d’attirer D. Trump dans un piège exigeant la fin de l’alliance avec Séoul ? ». `

Pékin observe les événements en répétant que la détente en cours depuis les JO d’hiver avait été obtenue grâce à l’éphémère moratoire accepté par les forces conjointes ayant décidé de retarder les manœuvres sur la péninsule. Ce qui n’est vrai qu’en partie. Il est en effet raisonnable d’attribuer la volte-face de Kim Jong-un à l’accident géologique ayant en partie détruit le site de tests nucléaires de Punggye-ri.

Quoi qu’il en soit, si la détente de confirmait jusqu’à la signature d’un traité de paix mettant fin au conflit coréen, Pékin continuera à s’opposer à une réunification des deux Corée aujourd’hui très improbable. En même temps, le régime chinois arguera avec Pyongyang de la disparition de la menace pour réclamer la dissolution de l’alliance militaire et le départ des Américains

LIENS

  1. (lire à ce sujet : Les braises mal éteintes des rancœurs sino-japonaises.) https://www.questionchine.net/les-braises-mal-eteintes-des-rancoeurs-sino-japonaises
  2. https://carnegieendowment.org/2018/04/20/by-sending-spy-to-north-korea-america-raises-stakes-high-pub-76144

SOURCE/https://www.questionchine.net/le-brouillard-strategique-de-la-relation-tokyo-pekin-washington

Une réflexion au sujet de « 2761- Corée du Nord. Entre « fatalisme proliférant » et optimisme raisonnable …&… Le brouillard stratégique de la relation Tokyo »

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