2741 – Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov suite à la réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’OCS, Pékin, 24 avril 2018

 

La réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Organisation de coopération de Shanghai a pris fin.

L’ordre du jour était centré sur les préparatifs du sommet de l’OCS qui aura lieu à Qingdao (Chine) du 9 au 10 juin.

Il s’agira du premier sommet de l’OSC élargie à huit États suite à l’adhésion du Pakistan et de l’Inde, qui sont devenus membres de plein droit lors du sommet d’Astana en 2017 et seront représentés comme tels à la rencontre de Qingdao.

Nous avons constaté le succès de l’élargissement de l’OCS et l’implication de nos collègues indiens et pakistanais dans le travail commun de l’organisation. Il reste encore beaucoup à faire mais nous voyons que nos nouveaux collègues s’adaptent plutôt bien.

Le deuxième sujet évoqué était celui de l’ordre du jour du sommet de Qingdao.

Nous nous appuyons sur les textes-clés, et avant tout la déclaration du sommet de l’OCS qui couvrira tous les domaines de la coopération pratique entre les membres de l’organisation ainsi que les questions-clés de l’actualité internationale.

La déclaration et les discussions d’aujourd’hui ont accordé une attention particulière à l’activité internationale de l’Organisation dans la promotion des principes tels que

  • le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale,
  • la non-ingérence dans les affaires intérieures d’autres États et le règlement pacifique des crises et des conflits.

Ce travail revêt une importance particulière compte tenu des tentatives de torpiller la formation d’un ordre mondial polycentrique et démocratique de la part des États-Unis et de leurs alliés.

 

Leur acte d’agression contre la Syrie est le dernier exemple en date de ces agissements.

Le communiqué de presse adopté suite à la réunion ministérielle d’aujourd’hui formule une estimation de principe de cette action militaire.

Nous avons également évoqué les efforts futurs de l’OCS dans la lutte contre les nouveaux défis et menaces.

Nous avons rédigé le Programme d’action de lutte contre

  • le terrorisme,
  • le séparatisme et l’extrémisme

en 2019-2021 qui devrait être adopté par les chefs d’État à Qingdao.

 

La rédaction de la stratégie antidrogue de l’OCS est actuellement dans sa phase finale.

Nous nous sommes prononcés aujourd’hui en faveur de l’intensification des activités de la structure régionale antiterroriste de l’OCS, qui fait un travail très utile. 

Dans le contexte de la lutte contre l’extrémisme et le trafic des stupéfiants, nous avons accordé une attention particulière à la situation en Afghanistan et dans sa région.

Tout le monde est préoccupé par le renforcement des extrémistes, notamment de Daech, qui s’introduisent dans le pays depuis l’Irak et la Syrie et tentent de s’y installer durablement, notamment au nord de l’Afghanistan, c’est-à-dire aux frontières de nos alliés de l’OTSC.

Cela exige évidemment d’intensifier notre travail visant à éviter toute manifestation conflictuelle depuis le territoire afghan et à favoriser le règlement pacifique de la crise dans le pays. 

Nous avons soutenu le bilan de la Conférence sur l’Afghanistan de Tachkent qui a eu lien fin mars dans la capitale ouzbèke. Tous les participants à cette réunion ont appuyé l’appel à lancer les négociations directes entre le gouvernement afghan et les Talibans en prévenant toute tentative de Daech d’attirer certains combattants des Talibans dans ses rangs.

Nous avons confirmé la volonté d’impliquer activement tous les voisins de l’Afghanistan à ces efforts. Nous avons promu cette approche dans le cadre des rencontres au « format de Moscou ». L’OCS constitue une plateforme naturelle et très utile pour favoriser le règlement du problème afghan, car l’Afghanistan et ses voisins sont soit membres soit observateurs au sein de l’Organisation. Dans ce contexte, les participants aux débats d’aujourd’hui ont salué la reprise des travaux du Groupe de contact OCS-Afghanistan. Sa dernière réunion en date a eu lieu l’automne dernier à Moscou, et sa prochaine séance se déroulera mi-mai ici, à Pékin.

A l’étape actuelle, nous accordons une attention particulière à la coopération économique. Nous devrions signer bientôt un accord de partenariat entre, d’un côté, l’UEEA et ses pays membres, et, de l’autre, la Chine. Cet événement suit la logique de la promotion de la Conception de la connexion entre l’intégration économique eurasiatique et l’initiative chinoise « La ceinture et la route ». Dans un sens plus large, il s’agit évidemment de la mise en œuvre du projet de « Grande Eurasie », du Grand projet eurasiatique évoqué par le Président russe Vladimir Poutine lors du sommet Russie-ASEAN de 2016.

Les liens internationaux de l’OCS ne cessent de se développer et de s’élargir. Le Secrétariat de l’OCS a établi des relations de travail et signé des textes en ce sens avec l’Onu, l’ASEAN, l’OTSC et la CEI. On envisage de signer bientôt un mémorandum de coopération avec l’UNESCO et une feuille de route concernant le développement futur du partenariat entre l’OCS et l’ASEAN.

 

Le bilan de notre réunion d’aujourd’hui est repris dans le communiqué qui – si je ne me trompe pas – a déjà été rendu public.

Question: L’OCS joue-t-elle un rôle de dissuasion par rapport à l’Occident d’un point de vue économique et politique? Quelle est la possibilité d’un transfert et d’un élargissement de la coopération entre les pays membres au niveau militaire?

Sergueï Lavrov: Nous ne nous occupons pas de dissuasion mais défendons les principes du droit international dans le domaine politique, militaro-politique et économique. Comme je l’ai déjà dit, ces derniers exigent de respecter de manière inconditionnelle la souveraineté et l’intégrité territoriale de tous les États, de renoncer aux tentatives de s’ingérer dans leurs affaires intérieures et de se focaliser strictement sur le caractère pacifique du règlement de tous les litiges et conflits.

L’OCS s’occupe de la coopération au niveau militaire. Comme vous le savez, parallèlement à la réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères à laquelle j’ai pris part, on a organisé ici une séance du Conseil des ministres de la Défense de l’OCS en présence du Ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou. Les efforts principaux de nos collègues militaires visent – en coopération étroite avec nous et sous le contrôle des chefs d’État – à augmenter les capacités de l’OCS et de tous les pays membres de l’Organisation en matière de résistance aux menaces terroristes, extrémistes et autres contre l’intégrité territoriale, la souveraineté et les intérêts légitimes de nos pays. Nous faisons tout pour que ce travail soit le plus efficace possible. Je suis certain qu’on entreprendra des efforts supplémentaires dans ce domaine.

Question: Avez-vous évoqué le rétablissement de la Syrie d’après-guerre sur le plan de la coordination des efforts des pays de l’OCS dans ce domaine? Envisagez-vous de reconstruire la Syrie, notamment via la Nouvelle banque de développement des BRICS?

Sergueï Lavrov: Je n’ai pas entendu dire que la Nouvelle banque de développement des BRICS examinait des projets de ce genre. On sait que Yalta a récemment accueilli un forum économique international auquel a participé une délégation syrienne, où cette dernière a présenté la liste des besoins du pays en matière de reconstruction du point de vue de l’aide extérieure, de la participation à ces processus. Si je comprends bien, les conditions nécessaires pour évoquer ces objectifs de manière concrète et pratique ne sont toujours pas réunies. Il nous faut évidemment mener à son terme le travail antiterroriste en soutien au Gouvernement syrien sur le territoire du pays, résoudre d’urgence les problèmes humanitaires et assurer le rétablissement de l’infrastructure vitale de base.

Quant à la reconstruction économique, elle prendra du temps. Je suis convaincu que nous devons tous nous laisser guider par les intérêts du peuple syrien en respectant absolument la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie. Comme je l’ai déjà indiqué à plusieurs reprises, les États-Unis nous avaient juré que leur unique objectif était de repousser les terroristes de Syrie, de vaincre Daech. Malgré toutes ces affirmations des responsables américains, y compris du Président Donald Trump, les États-Unis s’implantent activement sur la rive orientale de l’Euphrate et n’ont aucune envie de quitter leurs positions. Ils créent même des autorités locales sur place. Par ailleurs, ces actions américaines sont activement encouragées par le Président français qui a récemment déclaré que les États-Unis ne devaient pas partir de Syrie et que la coalition américaine devait y rester jusqu’à la formation, dans le pays, d’un ordre convenable aux pays occidentaux. Il s’agit d’une ingérence évidente dans les affaires internationales, d’une violation de toutes les normes possibles du comportement et du droit international.

J’espère que nos contacts avec nos collègues français permettront de faire le point sur notre coopération future dans le règlement syrien en respectant toutes les règles et toutes les normes du droit international et de la Charte de l’Onu.

Comme vous le savez, les présidents russe et français se sont entretenus hier par téléphone. Le Président russe Vladimir Poutine a expliqué nos approches et confirmé notre volonté de concerter nos positions avec nos partenaires français. Nous sommes ouverts à ce travail.

Concernant le rétablissement de la Syrie, nous sommes très préoccupés par le refus annoncé de l’Occident d’octroyer son aide aux régions contrôlées par le Gouvernement syrien. La conférence sur l’aide et le soutien à la Syrie qui se déroulera cette semaine à Bruxelles sera une sorte de « papier de tournesol ». On y prendra connaissance de la position des organisateurs de cette conférence – tout d’abord de l’Union européenne et d’autres pays occidentaux – et des participants sur le rétablissement futur de l’économie et de l’agriculture syriennes.

Question: Toronto a accueilli un sommet des ministres des Affaires étrangères du G7 suivi par des propos sur des sanctions éventuelles contre la Russie et la formation d’un groupe spécial pour étudier le comportement de Moscou. Qu’en pensez-vous? 

Sergueï Lavrov: Les pays du G7 n’ont visiblement plus aucun problème sérieux à résoudre. Les questions principales importantes pour la vie économique internationale et la communauté internationale en général sont d’habitude examinées dans d’autres formats. Les questions politiques et militaro-politiques sont évoquées au Conseil de sécurité et à l’Onu en général. Quant aux questions économiques, on ne peut pas les résoudre hors du cadre du G20 qui comprend non seulement le G7, mais aussi les BRICS et beaucoup de nos partenaires.

Concernant le bilan de la réunion des ministres des Affaires étrangères à Toronto, son arrière-fond russophobe est tout simplement évident. Même les pays du G7 qui nous affirment ne pas soutenir les tentatives d’isoler la Russie ont malheureusement suivi cette politique russophobe très dangereuse.

Nous défendrons nos positions et attendrons patiemment que nos partenaires se rendent compte du fait que ces actions n’ont aucune perspective et mènent à une impasse.

OCS 2017 Screen-Shot-2017-07-29-at-17.55.32

Le 9 juin 2017, l’Inde et le Pakistan sont devenus simultanément membres de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui est une organisation eurasiatique de coopération en matière d’économie, de politique et de sécurité mutuelle largement dominée par la Chine et la Russie. Il va sans dire que l’entrée de l’Inde et du Pakistan comme membres de l’OCS se répercutera sur leurs accords de coopération militaire avec les USA.
Note / L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS ; chinois : 上海合作组织, pinyin : shànghǎi hézuò zǔzhī, 上合组织 ; russe : Шанхайская Организация Сотрудничества, ШОС) est une organisation intergouvernementale régionale asiatique qui regroupe la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. Elle a été créée à Shanghai les 14 et 15 juin 2001 par les présidents de ces six pays…. Le 10 juillet 2015, l’OCS décide d’admettre l’Inde et le Pakistan comme membres à part entière, intégration officialisée le 9 juin 20171.
voir sur Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_de_coop%C3%A9ration_de_Shanghai

 


SOURCE/ http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/3190325