2740 – Chine …Ouverture financière et contrôle politique … Où va la guerre des taxes entre Washington et Pékin ?

  •  1/ Ouverture financière et contrôle politique
  • 2/ Où va la guerre des taxes entre Washington et Pékin ?

La Chine annonce l’ouverture prudente de son marché financier. Elle le fait sous étroit contrôle politique ne laissant qu’une marge de manœuvre très réduite aux étrangers.

CHINE Banque centrale de Chine- le nouveau patron diplômé de l'Université de l'Illinois. Yi Gang ...1520281-yi-gang-travaille-pour-banque   Banque centrale de Chine: le nouveau patron diplômé de l’Université de l’Illinois. Yi Gang …

Alors qu’à Washington, le Conseiller économique de Trump opposé à « la guerre des taxes » a démissionné, Yi Gang, le nouveau Directeur de la banque centrale formé aux États-Unis, réagissant aux critiques européennes et américaines stigmatisant l’absence de réciprocité du marché chinois, a, lors de son premier discours officiel au forum de développement de Pékin, le 25 mars, promis d’ouvrir le secteur financier de manière progressive et contrôlée.

L’annonce faisait suite aux promesses de Xi Jinping du 19e Congrès de mieux accueillir les investisseurs étrangers. Un mois plus tard, le régime promettait de hausser d’ici 3 ans les limites des investissements venant de l’extérieur de 49% à 51% du capital des coentreprises.

chine Yi Gang 1200px-Yi_Gang_World_Economic_Forum_2013_(3)  Yi Gang 

Le tout était entouré d’une analyse prudente des priorités chinoises par Yi Gang « Nous avons 3 objectifs majeurs » a t-il dit :

« 1) mettre en œuvre une politique monétaire prudente (comprendre trouver le juste milieu entre la relance monétaire et la rigueur) ;

2) promouvoir les réformes financières et l’ouverture ;

3) gagner la bataille des risques financiers. »

Un gouverneur sous contrôle.

Le 25 mars, lors du forum de développement de Pékin, YI Gang, nouveau gouverneur de la banque centrale, serre la main de la Bulgare Kristalina Georgieva, depuis janvier 2017, Directrice générale de la Banque Internationale pour le développement à la Banque Mondiale.

bulgarie La commissaire européenne au Budget Kristalina Georgieva,6263322_c0634544cc8d386c817dd4ff9b3c3636dc90ec7a_1000x625  La commissaire européenne au Budget Kristalina Georgieva, le 30/09/2016 à New York (AFP/DOMINICK REUTER)

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Mais le discours de Yi Gang, protégé du très médiatique et très respecté Zhou Xiaochuan qui fut le président de la banque centrale durant 16 ans (le plus long mandat depuis la fondation de la République populaire), exprimait surtout la prudence politique d’un homme dont la marge de manœuvre est surveillée par Liu He, proche du président, grand maître des stratégies macroéconomiques et Guo Shuqing, 61 ans.

  Guo Shuqing, & Liu He

Ce dernier, ancien de l’Académie des Sciences Sociales et du Centre de recherche du Conseil d’État quand il était aux ordres de Liu He, est aujourd’hui le tout nouveau Président et Secrétaire du Parti de la Commission des Banques et des Assurances créée après le démantèlement de l’ancienne Commission des assurances suite à la mise au pas des assureurs et dont l’ancien président, Xiang Junbo était tombé pour corruption il y a tout juste un an.

Le nouvel environnement du secteur financier dont on voit qu’il est politiquement très contraint, incite à considérer les promesses d’ouverture à terme avec circonspection, d’autant que le contrôle exercé par les réseaux bancaires chinois sur l’épargne, principale cible des éventuels acteurs étrangers et étroitement surveillée par le régime, constitue une barrière difficile à surmonter.

L’incontournable puissance des banques publiques.

Guo Shuqing, 62 ans, membre du Comité Central, président de la Commission de contrôle des banques et des assurances, dont il est le secrétaire du Parti, proche de Liu He et du Président est le maître d’œuvre de l’ouverture politiquement contrôlée du système financier chinois.

journaliste économique AndrewPolk1Une récente étude de Andrew Polk, cofondateur de Trivium China, Centre de recherche basé à Pékin, confirme que le paysage financier chinois laissera peu de place aux étrangers.

Autrement dit, l’ouverture sera d’autant plus vaste que, politiquement et techniquement le contrôle de l’épargne chinoise est à ce point assuré qu’une libéralisation progressive du marché ne pose pas de risques politique

La domination des banques chinoises est en effet telle sur le marché intérieur qu’aucune institution financière étrangère ne sera capable de se mesurer avec elles.

Si on se souvient que les 4 plus grandes banques de la planète en termes d’actifs (11 900 Mds de $ au total) sont chinoises, directement contrôlées par le Parti, on mesure la puissance financière de la Chine face à un marché mondial éclaté entre les banques européennes américaines et japonaises dont la somme cumulée des actifs est à peine égale à celle des banque publiques chinoises (11 800 Mds de $).

Aujourd’hui, sur le marché chinois, les banques et institutions financières étrangères détiennent à peine plus de 1% des actifs bancaires, contre 36%, contrôlés par les 5 plus grandes institutions publiques chinoises.

Leurs revenus n’atteignent même pas 1% des revenus financiers annuels, à peine 5% des revenus annuels de la seule banque de l’industrie et du commerce (中国 工商银行).

 

La peau de chagrin laissée aux étrangers

Le graphe publié par le SCMP d’après les données de la Commission de régulation bancaire, montre la faible part des banques étrangères en Chine en 2015.

  • Les deux diagrammes à droite indiquent qu’elle a diminué entre 2007 et 2015 de 2,4 à 1,4%, pour une valeur totale passée de 52 000 Mds de Yuan (6700 Mds d’€) à 200 000 Mds de Y (25 000 Mds d’€) en 2015, dans un marché en forte croissance où l’accès des étrangers est limité.

  • Le diagramme à gauche donne le pourcentage du réseau des succursales de banques étrangères à 0,4% du total des banques.

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De cette situation où la part étrangère sur le marché financier chinois est infime, on AndrewPolkpeut d’ores et déjà déduire que l’ouverture décidée par Pékin relèguera les institutions étrangères à une fraction accessoire. Andrew Polk ajoute que la domination des banques publiques sur le marché n’est pas que quantitative. Elles tirent aussi avantage de l’imbrication du système financier et du tissu industriel, marquée par un très efficace partage croisé des actions détenues par les financiers et les industriels chez les uns et les autres.

Ce système de toile d’araignée financière et industrielle, outil macro-économique aux mains du Parti qui contrôle à la fois la production, la distribution et les marchés, fait même tâche d’huile à l’étranger par le truchement des « nouvelles routes de la soie ».

Le dernier handicap des financiers étrangers en Chine réside dans la maitrise des métadonnées. Le régime se prépare à promulguer une nouvelle loi sur la cyber sécurité ciblant les flux d’informations et la protection des données individuelles, – selon la phraséologie du Parti « la sécurité de l’infrastructure d’informations sensibles – 关键 信息 基础 设施安全 保护 – , dont le but affiché est de contrôler l’information des secteurs clés dont la finance fait partie.

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En bref, le régime chinois qui redoute l’implication politique d’une ouverture de son marché financier, est en train de mettre en place une série d’obstacles dont le but est de réduire notablement la marge de manœuvre des institutions étrangères. La même stratégie est à l’œuvre dans le secteur des paiements en ligne.

L’accès d’Apple Pay ne fut autorisé qu’en 2016, seulement après que WeChat et Alipay se soient assurés le contrôle total du marché et à la condition que Apple accepte de s’associer avec Union Pay, le système de paiement en ligne contrôlé par l’État, n°1 mondial des paiements par carte en volume.


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2/ Où va la guerre des taxes entre Washington et Pékin ?

3 avril 2018 –  François Danjou – Question Chine

 

Le 22 mars D. Trump a signé une ordonnance décidant de taxer 60 Mds d’exportations d’acier et d’aluminium chinois aux États-Unis. Pékin a répliqué en augmentant les taxes sur 128 produits américains en Chine. Mais derrière le rideau les deux négocient pour trouver un accord.

*Après la déclaration de la Maison Blanche d’appliquer, à compter du 23 mars

  • 20%, de taxes sur les importations d’acier chinois
  • 10% sur celles de l’aluminium touchant 60 Mds de $ d’exports chinois vers les États-Unis,
  • à quoi s’ajoutent les projets de restrictions imposées aux investissements chinois aux États-Unis et la menace d’une plainte à l’OMC par le département du Trésor pour infraction aux droits de propriété intellectuelle, Pékin a réagi par plusieurs canaux officiels.

La dernière riposte en date vient du ministère des finances, reprises par le Quotidien du Peuple le 2 avril.

Mais en prenant du recul chacun verra que, compte tenu de l’étroite interdépendance des deux géants qui dépasse les simples questions commerciales, il est probable que la crise actuelle mise en hyperbole par les médias, se règlera par la négociation.

Une réaction chinoise à la fois ferme et mesurée.

Le 2 avril, accusant Washington d’enfreindre les lois du commerce international,

  • le site du ministère des finances rendait publique la décision chinoise de taxer 128 produits américains dont les fruits, le vin, la viande de porc, les tubes d’acier destinés à l’exploration pétrolière, pour une valeur totale de 3 Mds de $.

La réaction faisait suite à celle du ministère du commerce qui, le 23 mars, se disait prêt à relever le gant d’une bataille des taxes tout en exhortant D. Trump à ne pas mettre en danger la relation bilatérale, tandis qu’aux États-Unis et en Europe les tenants du libre commerce reprochaient à la Maison Blanche de prendre le risque de déclencher une guerre des taxes généralisée.

179073chine le Premier ministre Li Keqiang 2_3_e78c_le-premier-ministre-chinois-li-keqiang-le-15_d03610d8864048a1edb2b90563c11357   le Premier ministre Li Keqiang

Peu avant, le Premier ministre Li Keqiang avait répété la crainte d’une embardée tarifaire globale « dont personne ne sortirait indemne ».

USA peter_navarro_1  Peter Navarro

Sa mise en garde répondait à Peter Navarro, conseiller pour le commerce de D. Trump expliquant que les mesures tarifaires avaient été décidées après que « 15 années de dialogue avec la Chine avaient échoué à modifier son comportement commercial ».

chine Hua Chunying, née en avril 1970 à Huai'an, est une femme politique chinoise china-1495203898  Hua Chunying, née en avril 1970 à Huai’an, est une femme politique chinoise

Simultanément Hua Chunying, porte parole du Waijiaobu, stigmatisant les restrictions d’exportations américaines de technologies militaires sensibles – « les États-Unis refusent d’exporter ce dont la Chine a besoin » -, répétait-elle aussi que la Chine ne resterait pas inerte et protégerait ses intérêts, non sans avoir une fois encore exhorté Washington à la modération.

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Au passage, l’insistance chinoise à prêcher la modération indiquait que Pékin tient beaucoup à protéger sa relation avec Washington, rejoignant par là nombre d’intellectuels et politiques américains héritiers de la pensée de Kissinger et Brzezinski pour qui la relation sino-américaine devait rester une des épines dorsales stratégiques de la politique étrangère de la Maison Blanche, y compris, si nécessaire en gênant autant que possible le rapprochement eurasiatique et les « nouvelles routes de la soie » lancées par Pékin en 2013.

Vues de Washington celles-ci apparaissent comme un contournement par la Chine des pressions américaines exercées par la Maison Blanche contre Pékin sur le théâtre du Pacifique Occidental dont les premières salves furent tirées en 2011 par B. Obama et H. Clinton auteurs du « pivot » stratégique et du Transpacfic Partnership qui excluait la Chine.

Le vice-premier ministre Liu He en première ligne.

Le montage photo présente deux des principaux protagonistes de l’actuelle guerre des taxes et des négociations. A gauche Liu He, pilote de la macroéconomie chinoise ; à droite Steven Mnuchin, ancien de Goldman Sachs et actuel secrétaire au Trésor.

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En février, premier contact officiel de haut niveau entre les deux administrations, c’est Liu He, un mois avant sa promotion au rang de vice-premier ministre en charge des questions macro-économiques qui, avec son équipe, s’était déplacé aux États-Unis pour tenter de désamorcer la crise.

Lui aussi prévenait que la Chine était prête à se défendre, non sans avoir, comme Li Keqiang et le Waijiaobu, espéré que les « deux parties resteront rationnelles et travailleront pour protéger la stabilité de la relation bilatérale ».

Trump Tax Plan, Washington, USA - 26 Apr 2017  Steven Mnuchin

Le 24 mars, durcissant le ton, Liu téléphonait au secrétaire d’État au commerce Mnuchin pour se plaindre que les enquêtes autorisées par D. Trump menées par l’administration américaine sur les infractions chinoises au droit de propriété intellectuelle dans le cadre de l’article 301 du « trade act » de 1974 étaient contraires au droit commercial international. Mais la Maison Blanche justifiait ses offensives en répliquant que l’Amérique avait perdu 60 000 usines et 6 millions d’emplois en raison des pratiques commerciales malhonnêtes.

Le même jour, un commentaire du Quotidien du Peuple analysait les dommages potentiels qu’une guerre commerciale infligerait aux États-Unis soulignant au passage qu’elle handicaperait aussi la réélection de Donald Trump en 2020.

La Chine, figurant parmi les plus fréquentes destinations d’export de la plupart des États, disait en substance l’article, le conflit impactera 425 des 535 sièges du collège électoral.

Mais, touchant à l’essentiel, le commentaire évoquait aussi les risques pesant sur les grands groupes américains citant Apple et Boeing dont, respectivement, 20% et 13% des ventes sont réalisées en Chine tandis que Qualcomm, Intel, Texas Instrument et Micron Technology tirent une part importante de leurs « royalties » du marché chinois

Captations de technologies et propriété intellectuelle.

Tim Cook le PDG de Apple. Lors du forum de développement de Pékin le 24 mars, il a en termes voilés, évoqué les pressions chinoises sur son groupe. Celles-ci concernent la protection des données et la captation de technologies.

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Le 24 mars Tim Cook, PDG de Apple s’exprimant au forum de développement de Pékin 中国 发展 高 层 讨论 appelait au calme, mais reconnaissait que « dans certains cas les bénéfices n’avaient pas été équitablement partagés par toutes les parties ».

La remarque qui mérite attention était une manière édulcorée de signaler que le groupe avait été placé sous la pression de Pékin pour l’obliger à abandonner ses principes de protection des données en Chine. Le 28 février, un article d’Amnesty International mettait en doute la capacité du groupe à garantir la confidentialité privée des utilisateurs.

Après avoir, sur ordre de la police, retiré de son offre « Apple Store » l’application VPN qui permet de contourner la censure, Apple a, pour se conformer à une loi chinoise promulguée en 2017, été contraint de transférer la gestion de son service iCloud destiné aux utilisateurs chinois à une société chinoise de stockage de métadonnées (Big Data) basée à Guizhou 贵州云大数据产业发展有限公司.

Tim Cook affirme que les données privées seront protégées. Il reste que la garantie n’a pas de valeur si la loi chinoise peut, en arguant des raisons de sécurité, exiger à tout moment des serveurs qu’ils dévoilent l’anonymat des usagers.

L’évocation du géant américain du portable et de l’iPhone renvoie au cœur de la contre offensive américaine.

  • Tirant un cinquième de ses revenus de la puissance du marché du monde chinois (Chine, Hong-Kong,Taïwan et Singapour) avec tout de même 33% des utilisateurs mondiaux de « smartphones » (243 millions) localisés en Chine continentale, les modèles d’Apple « iPhone 7 » et « 7 plus » ayant, sur le Continent, été vendus à 27,5 millions d’exemplaires au 3e trimestre 2017 (15,6% des ventes globales),
  • Apple est, en Chine, confronté aux pressions publiques, tirant avantage du potentiel commercial du Continent pour imposer leurs normes de confidentialité et de transferts de technologies.

usa Erin Ennis - American Perceptions of the Business Climate in Chinatinted-lenses-erin-ennis-new        Erin Ennis – American Perceptions of the Business Climate in China

A la mi-octobre 2017, Erin Enmis, vice-président de l’US-China Business Council témoignant devant le Congrès se plaignait des règles chinoises exigeant des transferts de technologies en échange de l’accès au marché chinois.

Mauvaise foi, inquiétudes et perspectives.

Alors que l’objectivité des analyses est à la fois polluée par l’appréciation sans nuance par D. Trump, du déficit commercial des États-Unis (375 Mds de $ à la fin 2017) tout de même gonflé par l’exportation aux États-Unis d’une valeur ajoutée américaine produite en Chine et, à l’inverse par le parti-pris anti-américain accusant pour solde de tout compte, la nouvelle Maison Blanche de détruire l’ouverture au marché, il est difficile de prévoir l’issue de la crise dont tout porte cependant à croire qu’elle devra se conclure par des concessions réciproques.

Au cœur du sujet deux questions :

  1. comment prendre en compte la valeur d’un marché dont les grands groupes tirent abandonnement profit ?
  2. Et comment protéger les technologies et la propriété intellectuelle, conditions essentielles de l’innovation ?

En parallèle, pointe de plus en plus le débat sur les modèles de société, la liberté d’expression et le droit à la confidentialité des données, épines dorsales des systèmes démocratiques, auxquelles le régime chinois n’accorde qu’une priorité relative.

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Dans la bataille en cours, les atouts et les vulnérabilités des deux parties sont partagés.

Il est vrai que la brutalité des mesures en cours décidées par Donald Trump créent un a priori négatif y compris chez ses alliés directs de Washington comme le Japon, lui aussi ciblé par l’offensive « America First » [1] et dont les conséquences furent d’abord perceptibles sur les marchés boursiers (chute du point moyen des actions industrielles du Dow Jones de 4,66 points et recul des bourses asiatiques le 21 mars), mais dont les effets n’ont pas duré.

Taiwan Justin Yifu Lin maxresdefault Justin Yifu Lin  

Nombre d’analyses de grandes figures de la finance et de l’économie telles le Taïwanais Justin Yifu Lin, ancien premier économiste de la Banque Mondiale

economiste Paul Krugman et Joseph Stiglitz cover-r4x3w1000-5798e6e775d30-paul-krugman-et-joseph-stiglitz  Paul Krugman et Joseph Stiglitz

et les prix Nobel d’économie que sont Paul Krugman diplômé de Yale et du MIT, éditorialiste reconnu du New-York Times et Joseph Stiglitz, ancien vice-président de la Banque Mondiale ont, avec raison, noté les risques de la méthode Trump, dont les plus importants sont les conséquences sur le consommateur américain lui-même et celles, en chaîne, sur une série de pays hôtes d’industries sous-traitantes travaillant pour la Chine.

Sans compter, ajoute Krugman, que la brutalité de l’offensive tous azimuts crée une faille dans la solidarité des critiques qui, comme Washington, se plaignent des infractions chinoises au droit de propriété intellectuelle, abaissant ainsi l’efficacité des pressions conjuguées contre la Chine à ce sujet.

Fragilités chinoises.

Le plan 中国制造 2025 (produit en Chine 2025) est un défi de modernisation de 10 secteurs clés :

  • 1) Nouvelles technologies de l’information,
  • 2) Machines outils et robotique,
  • 3) Aéronautique et espace,
  • 4) Construction navale,
  • 5) Transports ferroviaires,
  • 6) Nouvelle énergie,
  • 7) Énergie,
  • 8) Équipements agricoles,
  • 9) Nouveaux matériaux,
  • 10) Biotechnique et pharmacie.

*

Rares sont cependant les analyses des fragilités de la Chine, dont l’économie en pleine restructuration, fortement dépendante des apports technologiques étrangers et des importations d’hydrocarbures est plombée par les dettes des entreprises et des administrations locales.

Mise, depuis 2014, sous tensions par la fuite de capitaux [2], elle reste, en dépit de la hausse de la part des services, toujours articulée à l’export et à la production industrielle où la qualité n’a pas encore pris le pas sur la quantité, à quoi s’ajoute le rôle clé de l’investissement, y compris étrangers, malgré la hausse de la consommation.

Au-dessus de ces complexités économiques et financières plane la question cruciale de la légitimité du régime en grande partie liée à la croissance et où le plan « Made in China 2025 » joue un rôle éminent.

S’agissant de la modernisation du pays, le défi de l’actuelle direction sera de préférer la coopération apaisée à la captation de technologies et au viol de la propriété intellectuelle dont on voit bien qu’au-delà de toute autre considération, elles sont à la racine de conflits.

Wang Yang, Steven Mnuchin, Wilbur Ross  REUTERS/Yuri Gripas. China’s economic czar, Liu He, Treasury Secretary Steve Mnuchin, and U.S. Trade Representative Robert Lighthizer ..

Tout indique que derrière le rideau, l’ambiance est à l’apaisement. Un article du WSJ du 26 mars précisait que les principaux protagonistes Liu He, Steven Mnuchin et Robert Lighthizer avaient discrètement commencé à négocier pour améliorer l’accès des groupes américains au marché chinois des services et des banques.

Notes :

[1L’Union Européenne, la Corée du Sud, le Brésil, l’Australie, le Canada et le Mexique on été exemptés des taxes par la Maison Blanche. En revanche, à la rédaction de cette note, elles étaient maintenues pour le Japon, la Turquie et la Russie.
[2Des années d’argent facile et d’investissements spéculatifs ont laissé des traces sur la qualité de la production industrielle et provoqué une inflation du marché immobilier à quoi s’ajoute la volatilité grégaire des investisseurs chinois ayant initié une puissante fuite des capitaux depuis 2014.
Pour stabiliser ses finances le pouvoir a du resserrer le contrôle des changes qui handicape les initiatives individuelles à l’étranger et impacte par exemple le paiement des frais de scolarité des enfants de la classe moyenne hors de Chine. Afin de freiner l’évasion du capital et la chute de sa monnaie, le pouvoir a du massivement puiser dans ses réserves entre 2014 et 2017. Tombées 2,998 Mds de $ en janvier 2017, celles-ci ont cependant rebondi pour revenir à 3100 Mds de $ en janvier 2018.

source/ https://www.questionchine.net/ou-va-la-guerre-des-taxes-entre-washington-et-pekin?artpage=2-2