2727 – Interview du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à l’agence Rossiya Segodnya, Moscou, 20 avril 2018

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1 Question: Monsieur Lavrov, vous avez dit que la Russie disposait de preuves irréfutables, et non « highly likely » comme disent actuellement les Britanniques, montrant que l’attaque chimique de Douma, près de Damas, avait été mise en scène par un pays se trouvant aux premiers rangs des russophobes. Ce pays a été ensuite nommé par Igor Konachenkov, directeur du Département de l’information et de la presse du Ministère russe de la Défense, qui a déclaré qu’il s’agissait du Royaume-Uni.

  • Nous n’allons quand même pas nous abaisser au niveau des Britanniques en accusant quelqu’un sans apporter de preuves?

  • Quand et quelles preuves sommes-nous prêts à présenter contre le Royaume-Uni?

 

Sergueï Lavrov: Les preuves sont déjà abondantes. Sur la vidéo par laquelle tout a commencé, probablement devenue le principal prétexte pour cette fiévreuse attaque organisée par les Américains, les Britanniques et les Français qui ont bombardé ce qu’ils pensaient être des sites de production et d’entreposage d’armes chimiques

(tout le monde comprend que si l’on sait où se trouve un dépôt d’armes chimiques, le bombarder ne signifie qu’une chose: une catastrophe humanitaire pour tous les habitants des environs), on voit clairement des gens sans aucune protection (seulement certains possédaient des masques de gaze)

arroser avec de l’eau des garçons et des adultes.

Quand nos militaires ont libéré cette partie de la Ghouta orientale, ils ont retrouvé deux médecins qui travaillaient dans cet hôpital. Ils se sont désignés eux-mêmes sur la vidéo, et ont expliqué que des hommes s’étaient introduits dans l’établissement médical en criant qu’une attaque chimique avait eu lieu et qu’ils devaient arroser d’urgence tout le monde avec de l’eau. Cela a été honnêtement déclaré par des médecins qui n’ont pas caché leur visage et ont dit leur nom.

Par ailleurs, j’ai regardé récemment Euronews. On voyait à l’image une femme dont le visage et le corps étaient couverts, avec seulement un orifice pour les yeux. Elle n’a pas dit son nom. Elle tenait par la main deux garçons et racontait que ses enfants s’étaient également retrouvés dans une situation où ils avaient eu mal à la tête et que l’odeur ne leur avait pas plu. Elle aurait alors commencé à renifler et l’odeur ne lui aurait pas plu non plus. Elle termine son récit en disant qu’ensuite son mari a amené les enfants chez le médecin. On se demande immédiatement s’il est possible d’interroger ce médecin, de savoir comment s’appelle cette femme, qui sont ses enfants, etc. C’est pourquoi l’information que nous recevons doit être minutieusement analysée, notamment maintenant, pour ne pas être pris pour des « amateurs ».

De plus, très récemment, notre Ministère de la Défense, après avoir libéré Douma, a découvert un entrepôt de substances chimiques fabriquées notamment en Allemagne, ainsi qu’à Porton Down, dans la fameuse ville de Salisbury. Les spécialistes analysent actuellement ce qui a été retrouvé. Entre autres, personne ne cache que la mise en scène de la vidéo mentionnée a été organisée par les Casques blancs. Or les Casques blancs travaillent uniquement sur les territoires contrôlés par les combattants, y compris les terroristes du Front al-Nosra. Ils ont déjà participé à la mise en scène de la même provocation il y a un an à Khan Cheikhoun, et – ce n’est pas non plus un secret – ils sont financés entre autres par le Royaume-Uni, les USA et d’autres pays occidentaux.

Nous avons présenté tout cela très concrètement et en détail lors de la réunion du Conseil exécutif de l’OIAC et au Conseil de sécurité des Nations unies. En réponse, nous entendons seulement que les tentatives d’accuser le Royaume-Uni d’avoir fait quelque chose d’incorrect dépassent l’entendement, et que cela ne sert à rien d’en débattre parce que cela ne peut pas arriver.

J’espère que toutes les personnes raisonnables voient la différence dans les arguments, la différence entre les faits posés sur la table et les preuves qui ne sont pas du tout présentées.

2 Question: Une mission d’experts de l’OIAC se trouve actuellement en Syrie.

  • Peut-on espérer un rapport le plus honnête possible?
  • A quel point peut-on s’attendre à ce qu’il le soit?

 

Sergueï Lavrov: L’esturgeon ne peut pas être de seconde fraîcheur. Si le rapport était honnête, cela suffirait. Bien sûr, nous sommes préoccupés de voir comment plusieurs acteurs tentent d’empêcher l’activité de l’OIAC. Nous ne doutons pas que des grands professionnels travaillent à l’OIAC à La Haye et au sein de ses missions extérieures.

Mais nous ne pouvons pas non plus exclure (et il y a des preuves) que certains cherchent à utiliser ces experts et scientifiques honnêtes à des fins politiques.

La mission est partie vers la Syrie, elle est arrivée à Beyrouth et le lendemain matin devait déjà traverser la frontière syrienne où ses membres étaient attendus par les représentants consulaires du Ministère syrien des Affaires étrangères pour se voir délivrer des visas.

A l’époque, ils n’avaient pas réussi à partir parce que des frappes avaient commencé. Quelqu’un ne voulait vraiment pas qu’ils se rendent dans cette région en question.

Actuellement, ils se trouvent à Damas. Quelques jours plus tard, une mission de reconnaissance a été envoyée dans la région à inspecter pour s’assurer de la sécurité sur place.

Elle était accompagnée par des collaborateurs de l’Onu et de notre police militaire pour garantir sa sécurité. Au moment où ils se trouvaient dans cette zone ont commencé des bombardements depuis la partie de la ville où restent encore quelques dizaines d’extrémistes qui étaient manifestement avertis de qui serait envoyé et dans quel but.

Aujourd’hui nous essayons de faire en sorte que cette mission soit tout de même menée. Pendant ce temps, les militaires retrouvent de plus en plus d’objets intéressants.

Par exemple, dans un appartement sur le territoire contrôlé par les combattants, a été retrouvé un jerrican contenant une substance chimique – du chlore, je crois. Il était posé sur un lit rangé.

Il n’y avait aucune trace indiquant que ce jerrican était arrivé dans cette pièce par le haut ou par les côtés: il avait été amené par la porte et avait été posé sur le lit.

Nous voulons présenter tout cela aux experts de l’OIAC pour qu’ils visitent non seulement l’endroit où les citoyens ont été arrosés d’eau, mais également le laboratoire que nous nous avons trouvé où ont été découvertes des substances chimiques fabriquées en Europe, et qu’ils visitent l’appartement où est posé ce récipient de chlore. Il y a des choses à voir.

J’espère vraiment que le professionnalisme prendra le dessus. Nous étions prêts depuis le début à mener une discussion professionnelle avec l’OIAC et tous nos collègues occidentaux.

J’ai mentionné que dès le début de notre confrontation sur le dossier chimique, les Français et les Américains avaient demandé s’ils pouvaient envoyer leurs experts avec les nôtres pour voir, avec les experts de l’OIAC, ce qui s’était réellement passé.

Quand nous avons dit que nous étions prêts et que le gouvernement syrien était prêt à soutenir cette initiative, au lieu de mettre en œuvre cette entente ils ont lancé des frappes.

Alors nous verrons. Évidemment, nous attendons des experts qu’ils fassent preuve d’honnêteté, aussi bien dans le cas de la Syrie que dans le cas de Salisbury où l’enquête se poursuit également.

3 Question: Nous allons reparler de Salisbury. Encore quelques questions sur la Syrie.

  • Est-il possible qu’une substance ait été déposée pour les experts, que des produits aient été dispersés autour d’eux et qu’ils se soient vus proposer de les relever et de les analyser?
  • Est-ce possible?

 

Sergueï Lavrov: J’espère que les experts tiennent tout de même à leur réputation et sont aux aguets. Rien n’est à écarter, en sachant que les méthodes actuellement utilisées par nos partenaires occidentaux sont « en-dessous de la ceinture ». Je ne veux rien exclure mais je ne veux pas accuser qui que ce soit sans raison.

4 Question:

  • Et émotionnellement, humainement, qu’avez-vous ressenti quand vous avez vu Hassan Diab, l’enfant de 11 ans sur lequel se sont jetés des adultes pour l’arroser avec de l’eau en lui injectant quelque chose dans la bouche, en lui faisant peur?
  • Son père en a parlé. Comme l’avez-vous perçu humainement?

 

Sergueï Lavrov: Je me suis senti comme Constantin Stanislavski et j’ai voulu crier: « Je n’y crois pas! » Mais pour parler de sentiments humains plus sensibles, il est évidemment répugnant d’utiliser des enfants pour des choses aussi malsaines.

5 Question: Vous avez une grande expérience de travail, notamment au sein de la Représentation permanente de la Russie auprès de l’Onu.

  • Est-il envisageable qu’Hassan Diab et son père se présentent comme témoins au Conseil de sécurité pour y raconter leur histoire?
  • Faudra-t-il leur octroyer des passeports diplomatiques syriens à ces fins?
  • Est-ce que le monde pourra entendre ces personnes qui sont des témoins-clés et les protagonistes directs de ces événements? 

 

Sergueï Lavrov: Cela serait très utile et nous soutiendrions sans aucun doute ces initiatives. Mais elles doivent tout d’abord être entreprises par le Gouvernement syrien. Nos collègues occidentaux font souvent figurer à l’agenda du Conseil de sécurité de l’Onu des témoignages d’habitants des lieux et des représentants de la société civile, quand on affirme qu’il y a des témoins de tel ou tel événement à l’étude.

6 Question: Cette pratique existe donc déjà?

 

Sergueï Lavrov: Oui. On invite des représentants de différentes ONG – je ne me rappelle pas de leur nom précis -, des Syriens et des Irakiens, on organise des téléconférences.

Les moyens techniques permettent ainsi de faire connaître aux membres du Conseil de sécurité et aux membres de l’Onu le point de vue de tel ou tel témoin d’un événement examiné lors des réunions ouvertes de cet organe suprême de l’Organisation.

Par ailleurs, nous voulons et tenterons d’obtenir à l’avenir que les témoins sur les lieux (non seulement en Syrie) aient la possibilité de s’adresser aux membres du Conseil de sécurité de l’Onu.

Dans ce cas concret, c’est évidemment l’affaire du Gouvernement syrien. Nous soutiendrions volontiers une telle initiative. 

7 Question: Dans tous les cas, son père a souligné leur volonté d’aller n’importe où pour témoigner devant n’importe qui.

 

Sergueï Lavrov: Oui, je l’ai entendu.

8 Question: D’une manière ou d’une autre, cette provocation, cette mise en scène, s’est soldée par des frappes de missile massives et, par ailleurs, par une résistance assez efficace à ces dernières. Il s’agit probablement du premier épisode de ce genre dans l’histoire de l’humanité.

  • Si la Russie a été avertie de l’attaque préparée, à quel point cet avertissement était détaillé, clair et préalable?

  • Est-ce qu’elle avait la possibilité de tracer ses propres « lignes rouges » autour de telle ou telle région, littéralement des lignes rouges sur la carte?
  • A quel point la réponse russe aurait été ferme si les missiles avaient ciblé lés régions qu’elle avait mentionnées?
  • Était-elle prête à couler des navires et à abattre les avions de l’adversaire?

 

Sergueï Lavrov: Avant la mise en œuvre des projets de la troïka occidentale de lancer ses frappes, le chef de l’état-major général de l’armée russe Valeri Guerassimov a publiquement annoncé que nous répondrions fermement et concrètement à tout préjudice éventuel porté aux militaires russes à cause des actions de ladite « coalition ». Il a également souligné que nous pourrions cibler non seulement les missiles, mais aussi les porteurs de ces derniers. Nous l’avons dit de manière claire et sans ambages.

Par ailleurs, j’ai été surpris par la réaction de certains de vos collègues occidentaux, ainsi que de mes collègues voire de certains médias russes, aux propos de l’Ambassadeur russe au Liban Alexandre Zassypkine qui n’avait fait que répéter les propos du chef de l’état-major général de l’armée russe.

On a affirmé qu’il aurait annoncé que si la coalition tirait un missile sur le territoire syrien, la Russie se mettrait à couler des navires, des sous-marins etc. En réalité, il a tout simplement répété les propos du chef de l’état-major Valeri Guerassimov sur les actions russes en cas de préjudice éventuel porté aux militaires russes.        

On a lancé plus tard des contacts au niveau des dirigeants militaires, des généraux, entre nos représentants et le commandement de la coalition américaine. Ce dernier a été informé de nos lignes rouges, y compris sur le terrain – c’est-à-dire géographiques. Les résultats montrent que ces lignes rouges n’ont pas été violées.

En ce qui concerne les résultats des frappes, ils sont également mis en cause.

  • Nos collègues américains affirment que tous les missiles, y compris français, ont atteint leur cible.

Notre état-major général dispose pourtant d’un tableau très clair, car nous avons suivi en direct ces événements. Nous sommes prêts à justifier les statistiques présentées par nos militaires. Si quelqu’un affirme que les 105 missiles ont atteint leur cible, qu’il présente ses données. Dans tous les cas, nos militaires devraient présenter bientôt les preuves du caractère fondé de nos propos et de nos calculs.

9 Question: Très bientôt?

 

Sergueï Lavrov: J’espère que oui.

10 Question: Les militaires russes ont annoncé le lancement de 103 missiles, dont 71 ont été abattus. Le Président américain Donald Trump affirme qu’il a téléphoné à quelqu’un pour demander si tous les missiles avaient atteint leur cible, et qu’on lui aurait répondu: « Oui, tous les missiles, monsieur le Président ».

  • A qui a-t-il pu téléphoner?

 

Sergueï Lavrov: Je ne sais pas à qui le Président américain téléphone dans ces cas-là. Notre Président n’a pas besoin de le faire car on lui rapporte les faits de ce genre. Je préférerais ne pas évoquer le sujet des relations au sein de l’administration américaine ou de l’attitude de certains responsables de Washington envers les positions et les ordres de leur Président.

11 Question: Est-ce que la Russie livrera les S-300 en Syrie?

 

Sergueï Lavrov: Le Président russe Vladimir Poutine l’a déjà annoncé. Nous n’avons plus aucune obligation morale. Ces dernières ont pourtant existé et nous avons promis il y a dix ans de ne pas le faire à la demande de nos partenaires bien connus. Nous avons pris en considération leur argument indiquant que cela pourrait déstabiliser la situation, bien que ces systèmes soient une arme défensive. Nous avons cependant accepté leur demande. Mais nous n’avons plus cette obligation morale.

12 Question: Vous dites que vous ne préféreriez pas parler de la situation au sein de l’administration américaine. Néanmoins, dans la configuration actuelle, alors que le « pigeon » le plus sensible de la Maison blanche est le « chien enragé » James Mattis, on a l’impression que nous ne sommes pas loin de la confrontation militaire directe entre la Russie et les USA.

  • A quel point ce risque est-il grand?

 

Sergueï Lavrov: Je pense que le Ministre américain de la Défense James Mattis et le président du Comité unifié des chefs d’état-major des forces armées américaines Joseph Dunford comprennent le caractère inadmissible des actions susceptibles de provoquer un affrontement militaire direct entre la Russie et les USA.

D’après moi, c’est tellement évident que les militaires en sont forcément conscients – et ils le comprennent mieux que quiconque.

Quand les politiciens provoquent le gouvernement de leur pays et exigent de lui de plus en plus de confrontation, y compris matérielle, c’est irresponsable. Ils cherchent à atteindre leurs objectifs politiques intérieurs, une lutte féroce entre les partis se poursuit (cela se manifeste au Congrès), et on spécule activement sur le facteur russe en comprenant qu’il y a un terrain pour s’unir sur une base russophobe.

Mais cette campagne s’essouffle quand même. Elle a été artificiellement alimentée par des sanctions sans précédent dans l’espoir de nous pousser à accepter leurs conditions pour poursuivre le développement des relations.

C’est – au bas mot – à courte vue et naïf. Car que disent-ils?

Qu’ils veulent de bonnes relations avec la Russie, mais que pour cela la Russie doit reconnaître tous ses péchés et toutes ses erreurs.

Autrement dit, ils tiennent pour acquis leur infaillibilité et partent du fait que la Russie est la seule responsable de ce qui se passe aujourd’hui car elle va à contre-courant et se positionne comme une puissance révisionniste voulant modifier l’ordre mondial actuel.

Sachant que par « ordre mondial » ils ne sous-entendent pas du tout la Charte de l’Onu, mais ce qui leur paraît nécessaire pour tenter de conserver leur domination.

Je comprends que pendant quelques siècles l’Occident historique, comme nous l’appelons, a mené toutes les affaires de ce monde à sa guise.

Et aujourd’hui qu’apparaissent des centres de force  en Asie, en Amérique latine, et que la Russie est l’un des acteurs centraux sur la scène internationale, ils n’apprécient pas que quelqu’un tente de défendre ses intérêts.
Sachant que nous ne cherchons pas à défendre nos intérêts par les ultimatums: nous proposons de trouver un équilibre d’intérêts pour s’entendre.

Mais ils disent qu’ils s’entendront seulement quand nous dirons que nous sommes d’accord avec l’ordre mondial selon leur vision. Voilà de quoi il s’agit.

Pour revenir à la question des risques de conflit militaire, je pars à 100% du fait que les militaires ne l’admettront pas. Et évidemment ni le Président russe Vladimir Poutine ni le Président américain Donald Trump ne l’admettront. Ce sont des dirigeants qui ont été élus par leur peuple et ils sont responsables devant eux de la paix et de la tranquillité.

13 Question: Honnêtement, je suis impressionné par le sang-froid et la retenue de la Russie. J’ai connu la Guerre froide et j’ai l’impression que si un autre homme avait été au Kremlin à l’époque tout aurait pu être différent, parce qu’on a l’impression que les provocations se succèdent.

La Russie est provoquée, mais elle refuse toujours d’accepter cette guerre froide, cette discipline sportive. Vous dites que la tension baisse mais personnellement, j’ai l’impression qu’elle monte, que le mensonge direct devient un instrument de la politique étrangère – souvenez-vous des propos du Ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson.

Nos partenaires ne veulent rien entendre ni écouter. Dans mon bureau j’ai des écrans diffusant Rossiya 24, BBC et CNN. Rossiya 24 a fait un reportage sur le garçon de 11 ans qui a été malgré lui acteur de la vidéo et qui raconte qu’il a reçu des dattes, des biscuits et du riz.

A première vue cette provocation a été percée à jour, mais immédiatement la BBC diffuse la même vidéo pour justifier les frappes comme si elle n’entendrait rien, comme si de rien n’était.

  • Que doit-il se passer, dans ces conditions, pour une détente?

 

Sergueï Lavrov: Je n’ai pas dit que cette campagne s’apaisait. J’ai dit qu’elle s’essoufflait. Vous savez, un homme peut courir le 100 m ou le 10 000 m, ou même 42 km, à chaque pas il respire de plus en plus fort, mais il court. Et au final ses forces l’abandonnent. Je pense que nous observons quelque chose de similaire, même si ceux qui propagent cette campagne russophobe voudraient évidemment augmenter le rythme. Mais il y a un risque de surmenage (et ce sera probablement le cas).

Vous avez parfaitement raison. Je suis certain qu’il faut réagir dignement. Nous ne pouvons pas ne pas réagir à la saisie de notre propriété et à l’expulsion de diplomates – ce serait ne pas se respecter.

Mais nous n’avons pas l’intention de nous abaisser aux querelles et à la grossièreté – ce n’est pas du tout le style de notre Président.

Il regarde toujours vers l’avant et il est très difficile, voire impossible de le faire sortir de ses gonds. Or c’est ce qu’on cherche à faire: nous déséquilibrer, nous faire perdre notre calme, notre confiance, perturber les plans que nous voulons réaliser dans le pays – et ils sont nombreux.

Mais je répète: quand on nous crie dessus, cela fait penser au sage proverbe « Jupiter, tu te fâches, donc tu as tort ».

14 Question: Malgré tout, on a appris récemment que le Président américain Donald Trump avait invité le Président russe Vladimir Poutine à la Maison blanche.

  • Y a-t-il des précisions sur les dates, le lieu et l’ordre du jour de la rencontre?

 

Sergueï Lavrov: Lors de leur entretien téléphonique (cela a été annoncé, ce n’est pas un secret) le Président américain Donald Trump a formulé une telle invitation, il a dit qu’il serait ravi de voir son homologue à la Maison blanche et d’effectuer une visite-retour.

Il est revenu quelques fois sur ce thème, c’est pourquoi nous avons fait savoir à nos collègues américains que nous ne voulions pas nous imposer ni être impolis. Étant donné que le Président américain Donald Trump a fait cette proposition, nous partons du fait qu’il la mettra en œuvre.

15 Question: Et tout est en suspens pour l’instant?

 

Sergueï Lavrov: Oui. Enfin en suspens – le mot a été lâché…

16 Question: Et?

 

Sergueï Lavrov: Le Président russe Vladimir Poutine est prêt pour une telle rencontre.

17 Question: Est-elle en préparation ou non?

 

Sergueï Lavrov: Pas pour l’instant. Dès qu’il y aura une évolution nous vous le dirons forcément. Mais je souligne qu’après cet entretien téléphonique Donald Trump a déclaré plusieurs fois oralement et sur Twitter qu’il fallait régler les questions avec la Russie, qu’il voulait avoir de bonnes relations avec nous. C’est mieux que de ne pas en avoir – seul un idiot peut penser autrement. Nous entendons tout cela également.

18 Question: En parallèle, le vice-président Mike Pence a déclaré que les USA allaient chercher à dominer militairement dans l’espace, y compris sur la Russie.

  • Est-ce que cela entraînera une course aux armements dans l’espace?
  • Comment la Russie compte-t-elle réagir?

 

Sergueï Lavrov: Depuis des années, les USA sont l’unique puissance bloquant le début des négociations sur l’initiative russo-chinoise soumise par la Chine pendant la Conférence de Genève sur le désarmement, qui propose de mettre au point un traité interdisant le déploiement d’armes dans l’espace.

Il ne s’agit pas d’empêcher la militarisation de l’espace, parce que nous, les Américains et bien d’autres envoient des satellites dans l’espace à des fins militaires. C’est une question à part.

Mais le déploiement d’armes dans l’espace serait très risqué et créerait de nouvelles menaces complètement incalculables et imprévisibles.

Avec les Chinois, nous avons proposé de signer un tel traité. Tout le monde est prêt à ouvrir les négociations.

Évidemment, c’est un travail complexe mais nous avons un projet. Il est élaboré de manière assez profonde, nous sommes ouverts à la discussion sur chaque chapitre et à la recherche de formulations qui permettraient de le mettre au point et de le soumettre à la signature.

Les Américains sont les seuls à bloquer son travail pour l’instant.

Pendant ce temps, comprenant parfaitement la gravité d’un tel scénario, nous attendons actuellement que les conditions soient réunies pour lancer les négociations sur un document juridiquement contraignant, nous promouvons le concept politique – nous appelons tout le monde à déclarer que chaque pays ne sera pas le premier à déployer des armes dans l’espace. Il y a une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies, que nous proposons. Elle est adoptée par la grande majorité des voix.

Les Américains s’y opposent et de nombreux alliés américains s’abstiennent pendant le vote.

Mais ce problème existe. Si les menaces se matérialisaient, il faudrait se préparer préalablement aux actions qui permettraient d’éviter les pires scénarios, quand des sites sur Terre seraient détruits directement depuis l’espace.

C’est un grand problème. Il inclut aussi le thème de l‘armement antisatellite. Plus vite cette conversation commencera à la Conférence de Genève sur le désarmement, professionnellement, avec la participation de diplomates et de militaires, mieux ce sera pour toute l’humanité sans exception.

En ce qui concerne les déclarations du vice-président Mike Pence sur la nécessité d’une domination militaire dans l’espace, étant donné que les USA refusent les négociations mentionnées ce n’est pas étonnant. Or ils ont pour coutume de dominer partout, pas seulement dans l’espace – sur terre, au sol, dans les airs. Et c’est écrit dans leurs documents doctrinaux. Cela n’a donc rien d’étonnant.

Mais je répète que le transfert de cette logique dans l’espace extra-atmosphérique représenterait évidemment un immense risque pour toute l’humanité.

19 Question: Dans tous les cas, les Américains ne ressentent aujourd’hui aucune limite…

 

Sergueï Lavrov: Il n’y en a pas. Il n’existe aucune limitation juridique.

20 Question: Ils travaillent tout simplement à asseoir leur domination.

  • La Russie doit-elle faire de même, comme il n’existe aucun obstacle?

 

Sergueï Lavrov: Nous constatons ce que font nos collègues américains, et n’avons pas le droit de les laisser faire.

21 Question: Revenons au thème des attaques chimiques, cette fois pour parler de celle qui aurait été commise sur le sol britannique.

  • Que pensez-vous de l’histoire de l’agent toxique BZ, de cette intrigue?

Selon les récentes informations, on aurait sciemment ajouté du BZ dans les échantillons envoyés dans le laboratoire suisse pour prétendument tester le professionnalisme et les compétences de ceux qui devaient effectuer l’analyse.

  • A quoi cela rime?

 

Sergueï Lavrov: On l’a fait sciemment, pour tester le professionnalisme de ceux qui devraient mener cette analyse. Je ne vais pas parler des détails car la partie principale du rapport est confidentielle, mais on sait au juste qu’après avoir demandé l’assistance technique de l’OIAC, les Britanniques n’ont pas simplement présenté des échantillons recueillis sur les lieux de l’incident, mais ont dit: « Voilà un échantillon. Trouvez telle ou telle substance chimique ».

Ainsi, on l’a fait sur demande. Les experts de l’OIAC ont rempli leur fonction technique et confirmé qu’il s’agissait de la substance désignée par les Britanniques.

Cette dernière était toutefois très pure, ce qui signifie qu’elle a été injectée dans l’échantillon littéralement avant le début de l’analyse – sinon les processus métaboliques auraient certainement changé sa consistance en deux semaines. 

Parallèlement, on a trouvé dans l’échantillon – dans tous les cas au laboratoire de la ville suisse de Spiez – non seulement la substance annoncée mais aussi une certaine quantité de BZ, qui fait partie des substances de deuxième catégorie.

Selon la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, il s’agit d’une substance moins dangereuse par rapport à celles de la première catégorie.

Il existe énormément de questions qui demandent, selon nous, des réponses. Si ce qu’on nous dit sur le BZ est vrai: donnez-nous des explications.

Comme il existe désormais des questions de ce genre, nous voudrions consulter les résultats préliminaires des analyses non seulement du laboratoire de Spiez, mais aussi des trois autres laboratoires où on a envoyé les échantillons.

Il s’est également avéré que les experts de l’OIAC n’avaient pas recueilli ces échantillons de leur propre gré, mais sur les lieux indiqués par les Britanniques.

22 Question: Autrement dit, des mains des Britanniques.

 

Sergueï Lavrov: Des mains des Britanniques et en leur présence. Il n’y a eu aucun examen autonome et indépendant, par les médecins de l’OIAC, des patients qui donnaient des échantillons de leur sang.

Autrement dit, tout a été conféré aux médecins britanniques. On aurait pu l’accepter si les Britanniques avaient été transparents concernant leurs actions futures et avaient montré les résultats de leurs propres enquêtes. Ils ont pourtant tout classifié, tout comme dans l’affaire Litvinenko. Ces matériaux n’ont pas toujours été rendu publics. 

Les questions s’accumulent. Nous avons formulé près de 50 questions strictement professionnelles.

Ils nous disent pourtant que c’est nous qui devons répondre d’abord à leurs questions. Et ils n’en ont qu’une ou deux:

  • « Est-ce que c’est un ordre de Vladimir Poutine ou avez-vous perdu le contrôle de votre arsenal chimique? »
  • Quel arsenal chimique?
  • Celui qui a été détruit de manière vérifiée par l’OIAC avec l’approbation de toute la communauté internationale?

Ils se sont mis à lancer des accusations, alors qu’un assistant de la Première Ministre a envoyé une lettre ouverte au Secrétaire général de l’Onu.

A quoi bon? Pourquoi? Il cite dans cette lettre les données qui devraient, selon eux, convaincre tout le monde de la justesse des arguments britanniques et des accusations antirusses.
Il indique notamment que la Russie menait en secret un programme militaire chimique clandestin dans les années 2000. Qu’elle a éliminé les arsenaux annoncés à l’OIAC, mais menait en parallèle un programme secret. Ce dernier aurait été dirigé – quelqu’un l’a dit plus tard – par le Président russe Vladimir Poutine personnellement.

Mais si cela avait été le cas, s’ils l’avaient su depuis longtemps, ils auraient dû informer l’OIAC, sonner l’alarme, demander de condamner la Russie. Ils ont pourtant gardé le silence.

Cette lettre affirme que la méthode d’empoisonnement de personnes par l’application de substances toxiques aux poignées de portes aurait été développée comme une « marque » russe il y a longtemps.

Mais s’ils avaient été au courant de cette marque russe prétendue empoisonner par les poignées, s’ils avaient tout de suite accusé la Russie d’avoir empoisonné les Skripal,

  • pourquoi n’auraient-ils mentionné la poignée que quatre semaines plus tard, après avoir examiné le taxi, le banc et le restaurant?

Il s’agit d’une incohérence évidente. On affirme même que le Département principal du renseignement de l’état-major de l’armée russe surveillait depuis des années le courriel de Ioulia Skripal. Ils présentent donc de plus en plus de justifications qui soulèvent de plus en plus de questions.  

 

23 Question: S’ils prennent un échantillon et se permettent d’y injecter du BZ, c’est-à-dire qu’ils ont une attitude très « familière » envers ce dernier, alors que le respect de toutes les règles lors de la prise des échantillons n’a pas été confirmé, alors l’OIAC se retrouve dans une position embarrassante?

 

Sergueï Lavrov: Je n’affirme pas qu’ils ont injecté cette substance ou tenté d’induire en erreur.

24 Question: Mais ils ont eux-mêmes annoncé avoir injecté du BZ.

 

Sergueï Lavrov: Oui, mais nous voulons comprendre actuellement la conformité de tout cela avec les procédures, car nous sommes actuellement au courant du fait que l’accueil de l’OIAC au Royaume-Uni sur invitation de Londres et le travail de ses experts dans ce pays n’ont pas respecté les procédures strictes prévues par la Convention sur l’interdiction des armes chimiques. Nous n’accusons pourtant personne.

  • Nous avons posé plusieurs dizaines de questions.
  • Nous voulons obtenir des réponses dignes de personnes adultes et professionnelles.
  • Nous voulons une conversation professionnelle.
  • Il nous faudra probablement attendre l’apparition de professionnels au sein du gouvernement britannique.
  • Pour l’instant, cette conversation semble impossible.

25 Question: Sergueï Skripal a lui-même choisi une voie « glissante » dans la vie, mais Ioulia Skripal ne l’avait pas du tout prévu. Il s’avère que quand elle est partie voir son père pour demander sa bénédiction pour se marier, sa vie a pris une tournure très différente.

Aujourd’hui certains écrivent des lettres en son nom dans un anglais de Cambridge, et elle a disparu.

C’est un drame. Elle est citoyenne russe. Elle ne prévoyait pas de rester, elle faisait des travaux dans son appartement, elle a un fiancé, un chien, toute une vie.

  • Comment le comprendre?

 

Sergueï Lavrov: Je pense que c’est tout simplement révoltant. Nous avons déjà envoyé plusieurs notes officielles exigeant de nous fournir un contact personnel avec la citoyenne russe pour s’assurer que tout ce que nous disaient les Britanniques en son nom était vrai.

Pour l’instant, nous n’en sommes pas convaincus. Vous savez, cela dépasse déjà toutes les limites éthiques et juridiques.

« Elle ne veut pas vous parler, c’est ce qu’elle a dit. » Mais Ioulia Skripal ne l’a pas dit, nous ne l’avons pas entendu. Elle a parlé au téléphone avec sa cousine Viktoria pendant une minute et demie. Viktoria en a parlé dans plusieurs interviews. Elle était inquiète par la voix de Ioulia.

Si Ioulia ne veut pas nous parler, nous voulons qu’elle nous le dise elle-même.

Dans de nombreuses situations, quand nos concitoyens décident de partir dans un autre pays ou se retrouvent dans le malheur et que nous voulons leur apporter une aide consulaire et qu’ils la refusent, nous nous en assurons dans le cadre d’une visite personnelle. Cela prendrait dix secondes: « Merci beaucoup, je n’ai pas besoin de vos services ».

En ce qui concerne Sergueï Skripal, vous avez dit qu’il avait lui-même choisi sa voie. Il a été condamné et a purgé sa peine pendant environ quatre ans.

A cette époque a été organisé l’échange de ce qu’on appelle le « groupe Chapman » contre plusieurs individus qui espionnaient au profit des USA et du Royaume-Uni. L’échange a eu lieu, il a été libéré, il a déménagé dans sa nouvelle patrie et il y vivait sans soucis. Si quelqu’un en Russie (comme on dit aujourd’hui, nous serions les seuls à avoir un motif) voulait s’en débarrasser, se venger, pourquoi l’avoir échangé contre nos agents?

J’ai beaucoup d’amis agents et j’apprécie nos relations, j’apprécie leur spécialité. Certains de nos politologues, appelons les ainsi, déclarent que c’est une « affaire sacrée » que d’éliminer les transfuges. En réalité c’est offensant pour la communauté des renseignements de tout pays, parce que tout service vous dira que si un homme a été échangé, il est intouchable. C’est tout, la question est close. Et les agents le savent très bien.

26 Question: Je n’insinue pas qu’il faille l’éliminer. Il a lui-même choisi sa voie, il a choisi ses partenaires. Et ce sont ces partenaires qui font aujourd’hui ce qu’ils veulent de lui. La voilà cette voie.

  • Et est-ce que les promesses « s’essoufflent » ici?

Sergueï Lavrov: Ici?

27 Question: Vous avez dit que cette histoire avec Douma « s’essoufflait ».

  • Et en l’occurrence?

 

Sergueï Lavrov: En analysant ce qu’ils répondent à nos questions très concrètes

  • en balayant tout comme de pures inventions,
  • et en répétant comme un mantra que personne ne réunit toutes les conditions pour fabriquer une telle substance,
  • que personne n’a d’expérience d’utilisation de cette substance à des fins illégales
  • et que personne n’a de motifs (ce que dit Boris Johnson),
  • alors c’est une ignorance totale du sujet.

En plus d’un mois, ils auraient tout de même pu demander de leur fournir des notes professionnelles. Ce n’est pas nous qui avons inventé ce « novitchok », cette classification. Ce nom lui a été donné en Occident.

Oui, nous avions des élaborations, et oui, l’un des développeurs en était Vil Mirzaïanov. Il est parti aux USA et a publié cette formule.

Cette substance a été brevetée et se trouvait dans l’arsenal, ou était utilisée par différents instituts, des armées biologiques et chimiques des USA. Elle se fabrique de manière élémentaire.

A la réunion du Conseil exécutif de l’OIAC nous avons posé la question de savoir comment le laboratoire de Spiez s’était assuré qu’il s’agissait précisément de la substance en question.

Ils avaient donc un prototype ou ce qu’on appelle un marqueur. Ils ont dit avoir reçu la formule. Et pendant quelques jours ou heures ce laboratoire a synthétisé cette substance.

Autrement dit, il n’y a aucun problème pour le fabriquer en ayant la formule qui a été publiée à la fin du siècle dernier. Par conséquent, on ignore complètement pourquoi les membres du cabinet britannique, y compris la Première ministre, ne peuvent pas présenter cette information.

28 Question: Un autre thème largement débattu aujourd’hui est le futur sommet des deux Corées. Le Président américain Donald Trump dit qu’il rencontrera le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un dans les semaines à venir. On choisit actuellement le lieu. La Russie propose d’organiser la rencontre sur son territoire.

 

Sergueï Lavrov: Je n’en ai pas entendu parler. Peut-être que quelqu’un fait dans la fantaisie, fait des suppositions. Certains pays européens ont été mentionnés, la Mongolie, ou encore un village à la frontière de la zone démilitarisée.

29 Question: Sommes-nous prêts à proposer notre territoire?

 

Sergueï Lavrov: Je ne pense pas que nous devons être trop actifs en la matière, faire preuve d’initiative. C’est un sommet probablement attendu par tous parce que c’est un pas pour s’éloigner de la perspective d’une crise militaire, du règlement militaire du problème de la péninsule coréenne. Nous espérons vraiment qu’il donnera le départ au processus de désescalade de la tension.

En fait, la Russie et la Chine ont proposé il y a moins d’un an, en juillet 2017, l’idée d’une « feuille de route ».

Il y était précisément question de s’arrêter d’abord et d’ouvrir un dialogue entre les deux Corées, entre la Corée du Nord et les USA, et de créer un certain cadre permettant d’évoquer les revendications et les préoccupations réciproques.

Nous souhaitons tous la dénucléarisation de la péninsule coréenne, mais il y a plusieurs moyens d’y parvenir.

Ce que nous lisons actuellement sur les discussions au sein de l’administration américaine montre que beaucoup voudraient le faire rapidement. Je ne pense pas qu’il soit possible de le faire rapidement vu ce qui s’est passé et ce qui se passe autour du programme nucléaire iranien – aujourd’hui l’accord en question est sérieusement menacé.

En mai, le Président américain Donald Trump doit certifier une nouvelle fois que la suspension des sanctions sera prolongée. Sinon, cela signifierait la sortie des accords.

C’est probablement la raison pour laquelle Pyongyang observe cette situation et tire un parallèle. Il faut obligatoirement parvenir à la dénucléarisation mais il faut être réaliste: ce seront des négociations très difficiles parce qu’en échange, notamment compte tenu de l’expérience iranienne, la Corée du Nord voudra des garanties de sécurité « en béton ».

Sous quelle forme – c’est encore impossible à dire. Mais ce serait évidemment une excellente solution. Mais je répète qu’il faut d’abord commencer le dialogue et l’entamer pendant la rencontre des deux dirigeants, et qu’ensuite il y aura un travail très difficile qui doit forcément inclure des discussions plus larges sur les mécanismes de paix et de sécurité en Asie du Nord-Est, cette fois avec la participation de la Russie, de la Chine et du Japon, comme cela avait été convenu à l’époque par les participants aux négociations à Six.

Nous saluons le futur sommet intercoréen qui aura lieu en avril et le sommet américano-nord-coréen en mai ou en juin, comme l’a dit le Président américain Donald Trump.

30 Question: Vous parlez de dialogue.

  • Ne vous sentez-vous pas « vieux jeu » au regard des réalités actuelles?

Donald Trump ne souhaite pas cette rencontre pour dialoguer, mais pour fixer un ultimatum. Il a déjà dit que si les choses n’allaient pas il se lèverait et partirait.

  • De quel dialogue s’agit-il?

Vous avez une vision romantique du dialogue.

  • Je comprends que ce soit noble, mais dans quelle mesure est-ce proche de la réalité s’il s’accompagne d’ultimatums?

 

Sergueï Lavrov: Nous ne pouvons pas souhaiter l’échec de cette réunion. Et je pense qu’avant le début d’une discussion sérieuse, comme quand des boxeurs entrent sur le ring, ils se jaugent et tentent de s’impressionner, puis le combat commence et ensuite ils se serrent dans leurs bras et se félicitent.

Je ne veux pas tracer de parallèle direct, mais faire monter les paris avant le début d’une discussion sérieuse n’est pas nouveau dans la diplomatie mondiale. Nous verrons.


source/ http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/3178517