2692 – Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov suite à ses pourparlers avec le Ministre nord-coréen des Affaires étrangères Ri Yong-ho, Moscou, 10 avril 2018

RUSSIE Sergueï Lavrov suite à ses pourparlers avec le Ministre nord-coréen des Affaires étrangères Ri Yong-ho, Moscou, 10 avril 2018 -%

Mesdames et messieurs,

Nous venons de nous entretenir avec le Ministre nord-coréen des Affaires étrangères Ri Yong-ho.

Nous avons évoqué en détail l’état de nos rapports bilatéraux. Cette année, nous fêterons les 70 ans de l’établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays. Nous avons concerté une liste très impressionnante d’événements consacrés à cette date en Russie et en Corée du Nord.

Nous avons examiné l’état de nos liens commerciaux et économiques. Nous avons organisé en mars la 8e réunion de la Commission intergouvernementale pour la coopération commerciale, économique, scientifique et technique qui a porté sur des questions concrètes nous permettant de travailler à l’élargissement de nos échanges et de notre coopération économique en général dans le cadre des décisions adoptées par le Conseil de sécurité de l’Onu. Les deux parties comprennent la nécessité de travailler dans ce cadre. Les possibilités existent.

Nous avons évoqué nos liens culturels et humains, et constaté le niveau assez bon de notre coopération.

Nous avons analysé en détail la situation autour du dossier nucléaire coréen.

La Russie a confirmé qu’elle saluait la normalisation progressive de la situation, l’arrêt des menaces réciproques et la volonté d’établir des contacts entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, ainsi qu’entre la Corée du Nord et les États-Unis.

Nous avons constaté que l’évolution de la situation sur le terrain suivait la feuille de route formulée et proposée en 2017 par la Russie et la Chine afin de parvenir à une désescalade de la situation et de réunir les conditions permettant de négocier. Ce processus doit évidemment se solder par un accord multilatéral réunissant tous les pays d’Asie du Nord-Est et portant sur le maintien de la paix et de la sécurité sur la péninsule coréenne, ainsi que sur la dénucléarisation de cette région importante du monde, comme les leaders de la Corée du Nord et de la Corée du Sud l’ont annoncé.

Nous avons également évoqué d’autres aspects de notre coopération, avant tout au sein des organisations internationales, à l’Onu et sur d’autres plateformes.

Nous sommes très satisfaits de ces pourparlers. Le Ministre nord-coréen des Affaires étrangères Ri Yong-ho m’a invité à Pyongyang. Nous avons accepté cette invitation.

1

La Russie et la Corée du Nord fêtent les 70 ans de l’établissement de leurs relations diplomatiques. Vous avez mentionné des contacts actifs à différents niveaux. Avez-vous évoqué un sommet éventuel lors de vos pourparlers? Est-il envisageable d’organiser une visite de Kim Jong-un en Russie ou du Président russe en Corée du Nord?

Serguei Lavrov: Nous n’avons pas examiné ces questions aujourd’hui. Nos leaders échangent régulièrement des messages. Je suis certain qu’ils évoqueront une rencontre personnelle éventuelle quand cela sera, à leur avis, optimal et utile.

2

Avez-vous évoqué lors des pourparlers d’aujourd’hui un accord éventuel sur la dénucléarisation de la Corée du Nord? Est-ce que les représentants de Pyongyang ont évoqué leurs préoccupations concernant le caractère peu fiable des États-Unis en tant que participant aux négociations? Le Président américain Donald Trump menace en effet de rompre unilatéralement un accord similaire avec l’Iran.

Avez-vous examiné des mesures concrètes visant à régler la crise coréenne, notamment la reprise des négociations à six ou l’initiative russo-chinoise commune?

Sergueï Lavrov: Je viens de mentionner que l’évolution réelle de la situation suivait la feuille de route russo-chinoise. Cela implique une progression par étapes mais stable vers la phase finale du processus qui devrait résider dans un accord multilatéral sur le maintien de la paix et de la sécurité en Asie du Nord-Est, y compris sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Ce principe a été confirmé dans les déclarations des autorités coréennes, ainsi que par Kim Jong-un en personne lors des négociations à Pékin. Nous saluons bien sûr le progrès en ce sens. Cette question est pourtant très compliquée. La garantie des intérêts légitimes et de la sécurité de la Corée du Nord dans le contexte de la dénucléarisation exigera des concertations et des garanties très sérieuses.

Nous n’avons pas évoqué aujourd’hui le dossier nucléaire iranien et la situation autour de ce dernier. Mais compte tenu des événements liés au Plan d’action global conjoint, les garanties qui seront susceptibles d’être discutées lors des négociations sur la péninsule coréenne devront être considérables. Il est pourtant inutile de formuler actuellement des prévisions. Les négociations à six sont, sans aucun doute, le format qui doit servir de base à l’examen des questions de sécurité et de dénucléarisation de l’Asie du Nord-Est, car elles concernent directement les pays de la région.

3

Les médias ont récemment publié des informations indiquant que la Chine aurait proposé aux États-Unis de poursuivre les négociations au sein d’un « quartet », c’est-à-dire sans la Russie et le Japon. Quelles sont, selon vous, les perspectives de reprise des négociations et de participation de la Russie à ce processus?

Sergueï Lavrov: On a évoqué ce sujet sous forme de rumeurs il y a quelques semaines. Lors de la visite du Ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi à Moscou le 5 avril dernier, nous avons demandé à nos amis chinois, en tant que camarades et partenaires, si c’était en effet le cas. Il a catégoriquement démenti ces rumeurs et les a considérées comme une nouvelle tentative de « pêcher en eaux troubles ». Rien de ce genre ne s’est donc passé. Nos collègues chinois ont affirmé n’avoir aucun projet de ce genre.

4

Est-ce que la Russie a obtenu la réponse de l’OIAC à sa proposition d’envoyer les experts de l’Organisation dans la ville syrienne de Douma, sur les lieux d’une attaque chimique présumée? 

Sergueï Lavrov: Non, nous n’avons pour le moment reçu aucune réponse. On constate seulement des déclarations de l’Organisation sur le lancement de l’enquête sur cet incident, ou plutôt des propos indiquant qu’un tel incident a eu lieu – car on n’arrive pas, pour le moment, à confirmer l’utilisation de substances chimiques. Les représentants de la Société syrienne du Croissant-Rouge et des services russes responsables de la sécurité radiologique se sont rendus sur les lieux de l’incident présumé à Douma, mais n’ont découvert aucune trace d’utilisation de substances chimiques.

On l’a annoncé publiquement à plusieurs reprises. Nous avons pourtant intérêt à ce que des experts indépendants confirment cette analyse.

Nous avons invité les experts de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques à se rendre à Douma et tenterons d’obtenir le lancement de cette mission. Nous ne pouvons plus faire confiance aux résultats des enquêtes « à distance », comme cela a été le cas il y a un an à Khan Cheïkhoun. Cette investigation n’a produit qu’un rapport inintelligible rempli de phrases incessantes du type « très possible » et « très probable ».

Nous connaissons déjà bien la valeur réelle de ces expressions et ne leur ferons plus jamais confiance. Il y a un an, nous avons déjà catégoriquement refusé d’adopter une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu qui se basait sur des estimations et des conclusions très opaques et vagues.

Pour que l’OIAC remplisse ses obligations selon la Convention sur l’interdiction des armes chimiques et mène des enquêtes sur le terrain assurant la sécurité des échantillons recueillis le long du trajet du laboratoire mobile, pour que tout soit transparent et honnête, nous proposerons aujourd’hui à l’Onu un projet de résolution exigeant de mener une telle enquête en réponse à l’invitation directe du gouvernement syrien qui, comme vous le savez, est déjà aujourd’hui prêt à accueillir les experts sur les lieux.

Aucune mention à des problèmes éventuels de sécurité ne pourra être prise au sérieux, car la ville de Douma a été complètement libérée des djihadistes, qu’elle se trouve actuellement sous le contrôle des forces gouvernementales syriennes et que la police militaire et les observateurs militaires russes y sont également présents.

Si des garanties de sécurité sont demandées pour les inspecteurs de l’OIAC, elles seront présentées. Si les experts n’étaient, encore une fois, pas envoyés sur les lieux de l’incident car ceux qui veulent spéculer sur la question chimique afin de poursuivre leur logique antisyrienne et russophobe pensent que la zone n’est pas sécurisée, cela serait un verdict. Ils dévoileraient ainsi leurs plans réels et confirmeraient qu’ils n’ont aucun intérêt à établir la vérité dans ce cas-là, tout comme dans le cas de Khan Cheïkhoun, ni dans l’affaire Skripal, ni dans tous les autres dossiers dont ils se servent pour lancer des accusations infondées contre la Russie.


SOURCE/http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/3162263

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