2691 – Surkov… le destin de la Russie, la solitude n’est pas l’isolement

mardi 10 avril 2018 –

 

La radicalisation du comportement de l’Occident face à la Russie, l’attitude de rejet constant et répété, le complexe de supériorité, semblent avoir épuisé l’incroyable patience du pays.

 
Prenant conscience d’un état de choses qui ne va pas s’améliorer, tirant les leçons du passé, la Russie est en train de construire sa propre voie pour l’avenir. Le tournant de 2014** a décomplexé la Russie, l’hystérie que nous vivons aujourd’hui lui a définitivement ôté toute illusion quant à ses « partenaires ». Ni Occidentale, ni Orientale, un peu des deux, il est temps qu’elle devienne elle-même. Vladislav Surkov, conseiller du Président Poutine, notamment en charge de l’Ukraine, esprit brillant et surprenant, a publié sa vision de l’avenir du pays dans la revue La Russie dans la politique globale[1]. En voici une présentation:

la solitude qui va toucher la Russie pour une très longue période n’est pas de l’isolement. C’est le résultat d’un choix supérieur et conscient, celui de l’indépendance.

 

La vitesse prévaut sur la profondeur et les analyses restent souvent à la surface des choses, les prévisions sont de piètre qualité, ce qui ne semble pas inquiéter les lecteurs habitués. Pourtant, au-delà des sursauts événementiels, il existe des lames de fond d’une importance géopolitique et historique. Le poids contre la légèreté. La masse contre le superficiel.
Les évènements de 2014 sont de ceux-là. Tout a déjà écrit à ce sujet. Sauf leur importance stratégique. Cette carrure que prennent les évènements avec le temps.

« Cet événement marque l’aboutissement du voyage épique de la Russie en Occident, la fin des nombreuses tentatives douloureuses de devenir une partie de la civilisation occidentale, de s’apparenter « aux bonnes familles » des peuples européens.« 

2014 a ouvert la voie à une nouvelle époque de solitude géopolitique, « 14+ », dans laquelle la Russie va se trouver pour une longue période (un siècle, deux siècles, plus?). 

« L’occidentalisation, commencée avec légèreté d’esprit par le Faux Dimitri et résolument continuée par Pierre le Grand, en 400 ans a été tentée sous tous les angles. Qu’est-ce que la Russie n’a pas fait pour devenir la Hollande, la France, l’Amérique ou le Portugal. De quel côté seulement n’a-t-elle pas tenté de faire sa place en Occident. Notre élite a pris avec un grand enthousiasme, peut-être en partie inutile, toute idée, toute secousse, qui venait de là-bas. »

Les familles royales se mélangeaient, l’armée russe a pris part dans toutes les grandes guerres européennes et l’a payé très cher en hommes et en sang, ce qui a rapporté des territoires au pays, mais pas des amis.
La Russie a systématiquement repris les valeurs et idéologies européennes, que ce soit les valeurs chrétiennes sous l’Ancien Régime, ou le marxisme lorsqu’il devint à la mode:

« Ils avaient tellement peur d’être en retard par rapport à l’Occident« 

Peur que la grande révolution passe à côté d’eux. Lorsqu’ils ont mis en place l’URSS, ils se sont alors rendu compte que la grande révolution mondiale n’a pas eu lieu, le monde occidental n’est pas devenu un monde de paysans et de travailleurs, mais un monde capitaliste.
Fatigué de son unicité, à la fin du siècle précédent, le pays s’est à nouveau adressé à l’Occident:

« Il a alors semblé à certain que la taille avait un sens, il fallait diminuer d’importance:  nous n’entrerons pas en Europe, car nous sommes trop gros, d’une largeur qui fait peur. Donc, il faut réduire le territoire, la population, l’économie, l’armée, les ambitions jusqu’au niveau d’un pays européen moyen, et alors c’est certain, ils nous prendront pour l’un des leurs. »

Mais même comme ça, réduite, la Russie n’entre pas dans le cadre européen. Finalement, il a été décidé de mettre un terme aux prières et au dénigrement, de faire valoir ses droits. 2014 était inévitable.
Pour autant, prendre un virage vers l’Orient, ne servira à rien, la Russie a déjà vécu cette période de son histoire. Elle s’est construite, à l’origine, dans son combat contre les Hordes.

« Ainsi, 400 ans la Russie est allée vers l’Orient. 400 ans vers l’Occident. Et ni d’un côté ni de l’autre n’a pu prendre ses racines. Ces deux voies ont été épuisées. Maintenant, va être réclamée l’idéologie de la troisième voie, le troisième type de civilisation, la troisième Rome… Et néanmoins il est peu probable que nous soyons une troisième civilisation. Plutôt double, duale. Qui comprend et l’Orient et l’Occident. Et européenne et asiatique en même temps et de là ni asiatique, ni européenne totalement. »

Notre culture fait alors plutôt penser à celle d’un mariage mixte. Métis. Etranger parmi les siens. Comprenant tous, incompris par eux.

Quelle sera la solitude qui nous attend? Une longue traversée du désert ou la solitude heureuse du Chef qui ouvre la voie? Cela dépendra de nous.

« La solitude ne signifie pas l’isolement total. L’ouverture sans limites est également impossible. Et l’une et l’autre serait la répétition des erreurs passées. »

La Russie va faire du commerce, échanger des idées, provoquer l’intérêt, la jalousie, la sympathie, la curiosité, la haine, la fierté. « Simplement sans leurre et sans abnégation.« 

Ce sera intéressant.

  RUSSIE SURDOV 1046749253  Vladislav Surkov,