2621 – Réponse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov aux médias vietnamiens et japonais, Moscou, 15 mars 2018

Question: Vous avez dit que la Russie n’avait pas le moindre motif et avez qualifié d’aberration les accusations du Royaume-Uni. D’après vous, quelles démarches pourrait entreprendre Moscou dans cette situation? Que peut faire la Russie pour que la vérité soit établie?

RUSSIE LAVROV serguei

 

Sergueï Lavrov:

La Russie non seulement peut, mais fait plus que tous les autres, Royaume-Uni y compris.

Londres a déclaré

  • que cet incident – ils ont retrouvé un homme et sa fille inanimés – était le résultat d’un empoisonnement,
  • que les spécialistes britanniques avaient mené leur propre enquête
    • et déterminé que la substance toxique avait été fabriquée en URSS
    • et s’était retrouvée chez les Russes parce que toutes les réserves d’armes chimiques n’auraient pas été détruites.

C’est pourquoi, selon les Britanniques, il ne reste aucune autre conclusion possible: la Russie a

  • soit agi ainsi sur ordre du gouvernement russe,
  • soit parce qu’elle a perdu le contrôle de ses réserves d’armes chimiques.

Mais même dans ce cas elle est coupable parce qu’elle devait détruire toutes ses armes chimiques.

Pratiquement chaque mot des accusations demande confirmation.

Personne ne montre rien à qui que ce soit. Quand le parlement britannique évoquait cette question, le leader des travaillistes Jeremy Corbyn a demandé d’informer le parlement des résultats de l’enquête. Ce qui lui a été également refusé. Cela devrait au moins susciter des questions dans les démocraties traditionnelles et affirmées.

Quant au reste, nous attendons du Royaume-Uni une requête officielle et l’application des procédures prescrites dans le texte de la CIAC.

On nous répond que la déclaration de la Première ministre Theresa May au parlement et la convocation de notre ambassadeur par le Ministre des Affaires étrangères Boris Johnson sont une requête officielle.

C’est faux, c’est une déclaration complètement vide de sens.

Conformément à la Convention, le pays qui veut élucider un incident qui s’est produit sur son territoire doit le faire officiellement, par écrit. Je ne doute pas que nos collègues britanniques le savent parfaitement – ce sont des gens intelligents.

Mais le fait qu’ils refusent absolument de rédiger une requête officielle et attisent intentionnellement et de manière arrogante la rhétorique antirusse dans l’espace public – jusqu’à l’hystérie – montre qu’ils n’ont pas de prétexte formel pour suivre la voie juridique.

Ils tentent de tout réduire au niveau de la rhétorique politique, de la russophobie, dans l’espoir que, comme dans bien d’autres cas, le monde occidental se mettra dans le rang et acquiescera, d’autant que les USA ont déclaré qu’ils soutenaient entièrement la position du Royaume-Uni.

Nous avons présenté de nombreux faits qui ne peuvent pas être ignorés, notamment puisés dans les journaux scientifiques occidentaux de ces 15 dernières années.

Je répète: il s’agit de publications occidentales consacrées au travail sur les substances toxiques qu’il a été décidé d’appeler « Novitchok » au Royaume-Uni.

Depuis que l’arme chimique a été détruite en Russie, ces travaux ont continué et continuent, à en croire les publications occidentales aux USA, au Royaume-Uni, en République tchèque, en Suède.

Tout cela a commencé en 1991-1992, quand l’URSS s’est effondrée, alors que des laboratoires de production de substances chimiques de la catégorie mentionnée actuellement comme « Novitchok » sont restés dans plusieurs autres républiques hormis la Russie, notamment dans les pays baltes et en Ouzbékistan.

Le laboratoire ouzbek et les dépôts ouzbeks ont été précisément détruits avec la participation de spécialistes américains. Par conséquent, il est très difficile aujourd’hui de savoir qui a pu voir, prendre et emporter quelque chose.

Mais voilà un fait: un célèbre chimiste qui vit actuellement aux USA et qui a quitté l’URSS, Vil Mirzaïanov (et ce n’est pas le seul, il y a eu encore au moins deux ou trois chimistes) a été extradé avec des documents en Occident.

Nous avons soumis tous ces éléments. Le fait qu’ils nient et refusent même d’en parler donne des idées.

Sergueï Skripal et sa fille sont en vie. S’ils se rétablissaient, ce que j’espère, ils pourraient faire la lumière sur ce qui s’est passé.

Personne ne veut cela. Tout est déjà décidé et, comme l’ont dit les collègues britanniques, rien ne nous sera montré, ils savent tout et il ne nous reste plus qu’à avouer notre culpabilité, après quoi ils nous puniront. C’est une traduction littérale de ce qu’ils disent en anglais.

 

A la question de savoir dans quelle mesure ils sont persuadés que c’est le cas (sachant que ce ne sont pas nous mais les experts occidentaux qui posent la question), ils répondent « très probablement » (highly possible). Mais compte tenu de la flexibilité de l’anglais, ce n’est pas sérieux de tout construire autour d’un « highly possible » pour des accusations, pour les actions absolument provocantes, notamment l’expulsion de diplomates et la menace de détériorer davantage les relations.

Le Conseil exécutif de l’OIAC s’est réuni hier à La Haye.

Une nouvelle fois, nous avons suggéré d’appliquer les procédures prévues par la CIAC. Le représentant britannique a déclaré de manière hautaine que le Royaume-Uni n’était pas obligé de le faire (j’ignore pourquoi) et ne le ferait pas.

En principe, un pays membre de la Convention a la possibilité de dire qu’il ne veut pas saisir cet organe.

Mais ils l’ont fait!

Et puisque vous vous êtes adressés à cette organisation vous devez respecter les règles de la Convention qui impliquent l’envoi d’une requête pour que nous analysions, avec les experts de l’OIAC, sa composition chimique.

Puis, après la réception d’une requête officielle des autorités britanniques, nous aurons, conformément à la Convention, 10 jours pour donner une réponse.

De plus, selon les procédures conventionnelles, si cette réponse ne satisfaisait pas les autorités britanniques, en conformité avec cette même Convention elles auraient le droit de proposer de réunir d’urgence une session extraordinaire du Conseil exécutif de l’OIAC qui prendrait une décision appropriée.

Les Britanniques ne veulent rien faire de tout cela et ils l’ont déclaré au micro. Si, après cette position et cette conduite, d’autres pays osent dire qu’ils sont solidaires de Londres, alors c’est une profanation totale et une insulte au bon sens.

Il existe d’autres moyens. Si l’OIAC et sa Convention ne conviennent pas, il y a la Convention du Conseil de l’Europe de 1959 sur l’entraide judiciaire en matière pénale.

Il est possible de recourir au mécanisme de cette Convention. Mais tout le pathos du discours britannique se résume au fait qu’ils n’ont pas l’intention de montrer quoi que ce soit, ni à nous ni aux autres. Ils ont décidé qu’ils étaient à l’abri de tout soupçon et c’est pourquoi ils exigent que tout le monde punisse la Russie. C’est ridicule.

Vous avez mentionné l’absence de motif. Honnêtement, il n’y en a effectivement pas. En principe, en aucune circonstance, on ne pourrait supposer que la Russie agirait ainsi.

Mais même en acceptant hypothétiquement la logique pervertie des collègues occidentaux, quelle personne saine d’esprit pourrait supposer qu’en prévision de l’élection présidentielle, en prévision de la Coupe du monde de football, la Russie aurait tout à coup voulu se créer des problèmes?

Il n’y a aucun motif.

Mais il y a un motif chez ceux qui continuent de faire pression sur nous et cherchent notamment de nouveaux prétextes (après le dopage et d’autres accusations) pour compliquer le déroulement de la Coupe du monde de football.

Tout le monde le sait.

Mais en imaginant quel est le motif du gouvernement britannique conservateur (cela a déjà été exprimé indirectement dans les commentaires de nombreux observateurs occidentaux), il est visiblement clair que Londres s’est retrouvé dans une situation très difficile dans les négociations avec l’UE sur le Brexit.

La popularité de ce gouvernement chute.

L’opinion publique britannique sait qu’on ne parvient pas à obtenir de Bruxelles ce qui a été promis à la population et aux électeurs.

Et l’organisation de cette provocation autour de Sergueï Skripal permet de détourner l’attention des citoyens.

La deuxième raison (c’est mon avis subjectif, je connais peu les Britanniques) est leur volonté de ne pas être oubliés, d’être en tête.

En l’occurrence, on a choisi le terrain de la russophobie probablement parce qu’il y a de moins en moins de domaines où le Royaume-Uni peut être en tête.

Je répète que nous sommes ouverts au dialogue: nous l’avons déclaré à La Haye, au Conseil exécutif de l’OIAC en proposant d’utiliser toutes les opportunités (qui sont nombreuses) de la Convention pour enquêter sur cette affaire.

Nous suggérons également d’appliquer la Convention du Conseil de l’Europe sur l’entraide judiciaire en matière pénale.

Hier au Conseil de sécurité des Nations unies, nous avons suggéré d’adopter la déclaration du Président du Conseil de sécurité appelant à la coopération de toutes les parties pour établir la vérité. Cette déclaration a été bloquée par nos collègues britanniques, ce qui prouve une fois de plus qu’ils ne veulent pas établir la vérité mais veulent que tout le monde prenne pour argent comptant ce qu’ils propagent à travers le monde.

Je ne pense pas qu’ils y parviendront.

mensonge


SOURCE / http://www.mid.ru/fr/posledniye_dobavlnenniye/-/asset_publisher/MCZ7HQuMdqBY/content/id/3120248

 

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