2589 – Le beau nom de cheminot … Le rapport Spinetta est signé par une élite qui ne connaît pas la France

1 –  Le beau nom de cheminot

2 – Le rapport Spinetta est signé par une élite qui ne connaît pas la France

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1 –  Le beau nom de cheminot

Emmanuel Macron a bénéficié de circonstances particulières pour parvenir au pouvoir. Grâce à une opération judiciaire qu’il a probablement commanditée il s’est débarrassé de son principal adversaire aux élections présidentielles. Cette espèce de coup d’État a précipité l’effondrement du système politique d’une Ve République gangrenée.

Ce qui lui permet de gouverner en s’appuyant sur quatre ou cinq personnes, en liaison directe avec le CAC 40 et le grand Capital dont il assume très bien d’être le serviteur.

Aidé de la caste de la haute fonction publique d’État, il peut donc mettre en œuvre la feuille de route voulue par l’Europe allemande.

Après avoir détruit la construction centenaire du Code du travail, il est chargé, dans la perspective de la chère « concurrence libre et non faussée » des europhiles aveugles de finir la destruction de notre système ferroviaire déjà entamée par les socialistes. Comme d’habitude, on a produit un rapport rédigé par un récidiviste du démantèlement des services publics (voir article suivant ), pour imposer dans les têtes, le caractère indispensable de la disparition de la SNCF.

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Comme d’habitude encore, on utilise un populisme crasseux pour opposer les travailleurs du rail aux autres catégories de la population. L’occasion la plus infecte ayant consisté à opposer leur statut à celui des agriculteurs (voir article suivant ).

Sus aux cheminots, responsables de tous nos malheurs.

Et c’est là où pour moi, ça va coincer. Dans mon enfance, le train, et ceux qui faisaient tourner la machine bénéficiaient d’un grand prestige.

Ils constituaient une sorte d’aristocratie ouvrière,   compétente, rigoureuse et dévouée, indispensable à la nation. Chez nous on les reconnaissait comme tels et ce d’autant que sous la grêle, ils avaient payé le tribut.

Les 3000 cheminots fusillés, les membres du réseau « Résistance Fer », avaient beau être communistes, pour mon père ils étaient des frères de combat.

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J’ai vu les dernières locomotives à vapeur, sublimes symboles de la révolution industrielle, les michelines blanches et rouges qui irriguaient mon pays jusque dans ses recoins.

J’ai connu la France où il y avait des gares partout et où le chef de chacune d’entre elles était un personnage important. Même si, et c’en était le signe, on moquait parfois ses infortunes conjugales.

 Les choses ont évolué mais ce monument national est toujours présent.

Je garde cette tendresse particulière pour les trains, pour ceux qui les conduisaient, et les entretenaient.

Je me sens dans le TGV que j’utilise souvent comme dans les michelines ou les trains rapides à compartiments ou wagons corails.

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Les gares sont toujours des lieux magiques, la lumière et les odeurs y sont les mêmes que dans le monde d’avant. Et ceux qui prétendent le contraire sont des menteurs.

Lorsqu’aujourd’hui je prends le TGV pour Avignon, et que je vois 2h40 plus tard, des étrangers américains ou japonais en sortir pour entrer dans l’été provençal, je ressens toujours ce petit sentiment de fierté pour ce que mon pays est capable de leur montrer.

Et puis je veux que l’on continue à desservir par le rail, pour les empêcher de mourir, toutes ces villes et petites villes, ces Vallon en Sully, ces Cerans Foulletourte, ces Villedieu les Poëles. Pour cette dernière ne serait-ce qu’en l’honneur de Jean Devé, militant syndical, chef de gare à Villedieu, génial mécano des chenillettes Bren Carriers, tué à l’ennemi à Bir Hakeim le 10 juin 1942, Compagnon de la Libération.[1]

Voyez-vous Monsieur Macron, ce jour-là la France n’était pas à Vichy comme vous le prétendez, mais dans le désert Lybien. Incarnée par un cheminot qui lui a donné sa vie.

Brader Alstom aux Américains et aux Allemands, ça c’est fait.

Balancer bientôt Airbus aux mêmes, ça c’est en cours.

Le reste à l’avenant.

Donc comme ça, aujourd’hui pour mieux exécuter encore les ordres de cette Europe allemande, et ouvrir à la concurrence le transport ferroviaire avec la conséquence qu’on imagine trop bien, c’est-à-dire la disparition d’un service public du transport par rail, nos élites dirigées veulent détruire la SNCF ? Alors qu’elle constitue bien sûr un indispensable outil économique de service public dont nous avons besoin, mais aussi un patrimoine historique et culturel.

Eh bien, c’est non.

Camarades cheminots, votre combat ne sera pas seulement celui pour vos intérêts professionnels, catégoriels ou personnels, aussi légitimes soient-ils. Il sera aussi et surtout celui de garder à notre pays un bien qui lui est précieux. Il y a des moments, où chacun à sa place, on est porteur de l’intérêt national.

« Celui qui est désigné doit marcher » disait Péguy.

Vous aurez bien sûr en face de vous la partie servile des médias qui vous insultera et vous reprochera de prendre les usagers en otage. Vous aurez les sondages bidons, l’arrogance cassante de la caste et les capitulations des syndicats jaunes. Ne vous laissez pas intimider.

Quelles que soient les formes de lutte que vous choisirez, nous vous soutiendrons et rappelez-vous que les seuls combats que l’on perd sont ceux qu’on refuse de livrer.


lien

  1. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/les-compagnons/279/jean-deve

SOURCE/ http://www.vududroit.com/2018/02/beau-nom-de-cheminot/


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2 – Le rapport Spinetta est signé par une élite qui ne connaît pas la France

Gaël Brustier — , mis à jour le 26.02.2018 à 11 h 51

Le rapport Spinetta rend plus évident le divorce entre deux France, celle des métropoles et celle des bourgs, petites et moyennes villes. Le Premier ministre doit annoncer ce lundi les mesures retenues. Il n’exclut pas d’avoir recours aux ordonnances pour couper court à toute contestation.

Il y a plusieurs lectures du rapport de Jean-Cyril Spinetta [1]. On peut y voir les jalons de l’adaptation à la France des orientations fixées au niveau de l’Union européenne [2] en matière de transport ferroviaire.

Le marché et la concurrence sont les horizons radieux promis à notre système ferroviaire.

On peut aussi s’intéresser à la dimension mêlant concret et symbolique et, finalement, contribuant à l’évolution de la vision du monde d’un grand nombre de Français habitant dans les régions concernées par les fermetures de lignes –suggérées, annoncées, voire louées par des gens qui, manifestement, les ont encore moins empruntées que les usagers potentiels.

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La gare, comme la mairie et l’école, fait partie de l’univers des Français

Pendant des décennies suivant sa fondation en 1936, la SNCF a symbolisé la promesse par la République d’une maitrise de son territoire assurant une égalité de traitement entre citoyens. Particularismes locaux et principe d’égalité faisaient alors bon ménage.

Après avoir célébré quelques décennies plus tôt l’arrivée de l’électricité, on s’attachait à développer un service public ferroviaire au maillage dense. Marqué par la centralisation mais aussi par le souci affiché de réduire le temps des voyages entre les régions ou entre les villes.

C’était la France de Raoul Dautry [3], d’élites mues par le dessein d’une organisation et d’un contrôle toujours plus étroit du territoire par la puissance publique. Localement, la gare faisait partie de l’univers quotidien de millions de Français, rejoignant ainsi la mairie et l’école qui, ensemble, disputaient un rôle dirigeant à l’église. Le chef de gare[4] comptait.

Il est intéressant de constater qu’actuellement le maillage de la SNCF contribue encore à une vie sociale importante dans certaines villes ou certains bourgs.  

Il suffit de lire Le Bourg et l’atelier du sociologue Julian Mischi [5] pour réaliser à quel point, localement, autour des infrastructures ferroviaires et de cheminots, ce sont des liens de sociabilité qui se tissent avec l’ensemble de la population locale. Une gare, ce n’est pas qu’un lieu où l’on prend le train, c’est aussi localement une idée du service public qui vit.

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La fin de l’aménagement du territoire

L’un des fondamentaux, l’une des promesses de la Ve République fut «l’aménagement du territoire»[6]. La puissance publique s’efforça de planifier, d’organiser le territoire, d’en dessiner l’avenir, d’en favoriser le développement.

L’un des malaises évidents qui frappe notre pays est l’immense désillusion à l’égard de cette promesse. Désillusion nourrie par l’évolution rapide de la géographie économique et sociale du pays à mesure qu’il s’est adapté à la globalisation.
Une vérité devient de plus en plus criante: les citoyens de Paris ou Lyon d’un côté et ceux de Montargis, Guéret ou Verdun de l’autre sont de moins en moins égaux. Les seconds ressentent durement une privation tendancielle de mobilité spatiale, certes, mais surtout sociale. Une gigantesque trappe s’est ouverte et a happé une partie du pays.
Les territoires riches ont les outils pour organiser, planifier leur propre développement. Les territoires pauvres ne les ont pas et subissent les conséquences des choix des autres. L’unité du territoire n’a pas besoin de beaucoup de Talamoni [7] pour exploser, il lui suffit d’un ou deux Jean-Cyril Spinetta. Les élites organisatrices ont substitué le marché au plan.

Le rapport Spinetta consacre l’existence aux yeux des élites d’une France de deuxième, voire de troisième classe

Vu d’en haut la France à laquelle on supprime ses trains est dépourvue de légitimité. Que le rapport Spinetta recommande l’usage de la voiture en lieu et place du train est révélateur.

Alors que les métropoles du pays luttent contre l’automobile, la paradoxale recommandation du rapport Spinetta laisse entendre que les territoires périphériques dépouillés de leurs liaisons ferroviaires seraient exemptés de participation à l’effort de transition écologique.

Le «tout-bagnole» est encore imposé à la «France périphérique», agrémenté d’une passion pour les cars émanant de gens qui ne les prennent jamais.

 Le rapport Spinetta consacre l’existence aux yeux des élites d’une France de deuxième, voire de troisième classe.

En vérité, la vie de cette France là est difficilement concevable pour les élites dirigeantes, dont Jean-Cyril Spinetta[8] est ici l’incarnation. On supprime des liaisons ferroviaires à une France qui n’existe pas. La représentation de la France rurale, de la France des petites et villes moyennes se réduit presque totalement à des reportages folkloriques. Sa réalité sociale, en revanche, n’est jamais au cœur de l’actualité.

Médiatiquement, cette France n’existe pas. Politiquement, elle est au bord de la sécession.

Macron et les deux sociétés

Emmanuel Macron est confronté à un problème majeur: les inégalités territoriales explosent.

La promesse d’égalité républicaine est battue en brèche. Essayant de se défaire de l’image de président des métropoles, quelques-unes de ses incursions dans le monde rural ont laissé entrevoir quelques timides marques d’intérêts pour cette France-là [9].

Le président Macron peut-il enrayer la machine infernale qui fait exploser les inégalités et les fractures les plus béantes? Plus important, le veut-il?

Président d’une Ve République «restaurée», peut-il laisser la promesse d’égalité territoriale aussi spectaculairement trahie? Ce serait risqué…

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liens

  1. https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/2018.02.15_Rapport-Avenir-du-transport-ferroviaire.pdf
  2. https://fr.wikipedia.org/wiki/Politique_europ%C3%A9enne_des_transports_ferroviaires
  3. https://fr.wikipedia.org/wiki/Raoul_Dautry
  4. https://fr.wikipedia.org/wiki/Chef_de_gare
  5. https://agone.org/lordredeschoses/lebourgetlatelier/
  6. https://fr.wikipedia.org/wiki/Am%C3%A9nagement_du_territoire
  7. https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Guy_Talamoni
  8. https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Cyril_Spinetta
  9. http://www.leparisien.fr/politique/monde-rural-macron-decide-loin-du-terrain-deplore-un-maire-du-puy-de-dome-25-01-2018-7521087.php

Gaël Brustier
Chercheur en science politique

SOURCE/http://www.slate.fr/story/158119/rapport-spinetta-train-france-oubliee