2588 – Les défis de l’économie Russe par Jacques Sapir … + vidéo en anglais

J’ai donné vendredi 23 février une conférence à l’Institut des Affaires Européennes et Internationales (IIEA) de Dublin (Irlande) sur les Problèmes et les Défis de la Russie Aujourd’hui. Cette conférence a été filmée en vidéo, et peut être consultée sur youtube grâce à la diligence de l’IIEA. Cette vidéo (de 47’45) peut être consultée ici[1]. Elle est (évidemment) en anglais et je prie mes fidèles lecteurs, soit qu’ils ne parlent pas l’anglais, soit qu’ils le parlent mieux que moi, de m’en excuser.

Pour de cette conférence, un assez long document power-point avait été réalisé. Il se découpe en 4 parties, que je présente ici en reproduisant les graphiques.

La situation actuelle

La première établie un bilan de la situation économique de la Russie. Cette partie insiste sur 5 points principaux :

  1. La croissance est de retour en Russie
  2. L’inflation a baissé de manière spectaculaire et se situe aujourd’hui à un niveau historiquement bas, qui n’avait jamais été atteint auparavant.
  3. La productivité du travail est sur de bons rails, même si elle a légèrement baissé en 2015. La Russie rattrape les États-Unis et l’Allemagne. Mais, on constate des différences importantes suivant les secteurs de l’économie. A noter les bons résultats de la productivité de l’industrie manufacturière.
  4. La dette public est particulièrement faible (17% du PIB)
  5. Les réserves internationales de la Banque Centrale sont élevées (449 milliards de dollars) et correspondent environ à 22 mois d’importations.

 

Le revenu des ménages

Le premier problème que rencontre aujourd’hui la Russie est celui du revenu des ménages. Bien sur, les salaires réels ont augmenté depuis le premier trimestre 2016. Mais on constate que le revenu réel des ménages n’a pas suivi aussi vite, ce que traduit la courbe du commerce de détail. Cela résulte dans la montée des prélèvements fiscaux et para-fiscaux, une montée qui elle-même renvoie à la très forte baisse de la part de l’extraction du pétrole et du gaz dans les recettes du budget. Ces recettes liées aux hydrocarbures sont passées de 7433,8 milliards de rouble en 2014 à 4844 milliards en 2016. La hausse des taux d’intérêts réels a d’ailleurs obligé les ménages à se désendetter, prélevant une autre part de leurs revenus, un phénomène que l’on constate sur la courbe de l’endettement en grandeurs réelles. Cette courbe ne retrouve son niveau de janvier 2016 qu’en septembre 2017.

 

Les logiques de l’investissement

Un deuxième problème est lié aux divergences inter-sectorielles dans l’investissement, ainsi qu’à l’origine de ces investissements. On peut dire que seuls les secteurs exportateurs (les hydrocarbures, les autres industries extractives, mais aussi l’agriculture et la chimie) continuent de voir croître leurs investissements. Les secteur plus liés à la consommation intérieure connaissant des baisses importantes de l’investissement.

Par ailleurs, dans l’origine des investissements, une rupture importante, mais datant de 2009, s’est produite. La part externe des investissements, qui était passée de 48% en 1999 à 63% en 2009, régresse de manière importante et elle est revenue à 48,5% en 2016. Mais, ce mouvement, il convient de le rappeler, a commencé dès 2010, soit dans une période de croissance de l’économie. La montée des sources internes (l’autofinancement) s’accompagne d’une montée des sources de transferts entre entreprises (qu’il s’agisse des transferts entre entreprises sans liens directs ou de transferts qui se font à l’intérieur de holdings). Cela traduit une montée importante de la part directe et indirecte de l’État dans l’investissement, que ce soit à travers des fonds budgétaires, ou des transferts depuis des grandes entreprises publiques (Rosneft, Gazprom), ou encore via la « bonification » des taux d’intérêts.

La dette du secteur non-financier s’est réduite jusqu’à l’été 2017, et ceci s’explique par l’ouverture des taux d’intérêts réels qui ont fortement augmenté du fait de la baisse spectaculaire de l’inflation. Le Fond de réserve de la richesse nationale a compensé lui aussi une partie des dépenses, et cela en deux mouvements, l’un lié à l’application des sanctions (fin 2014-début 2015) et l’autre à la fin de 2017.

Quelle cohérence pour la politique économique en Russie?

Cela pose le problème de la cohérence de la politique économique russe. Cette dernière résulte en réalité d’une politique monétaire très restrictive et d’une politique budgétaire modérément restrictive (austère plus qu’austéritaire). La combinaison de ces deux politiques est en contradiction avec les objectifs explicites du gouvernement russe qui vise, à juste titre d’ailleurs, une croissance d’au moins 4% par an (et certains économistes indiquent 6% en réalité). La contradiction entre la politique « explicite » du gouvernement et la politique « implicite » résultant de la mise en œuvre des mesures monétaires et budgétaires sera le principal problème que le nouveau gouvernement aura à résoudre après l’élection du 18 mars.

 

[1] https://www.youtube.com/watch?v=QCkn5F0oCyE&feature=youtu.be


Dr Jacques Sapir maxresdefault

source/ https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-les-defis-de-leconomie-russe-video-par-jacques-sapir/#!prettyPhoto