2537 – Sergueï Lavrov devant les finalistes du concours de gestionnaires « Leaders de Russie »

 

7 février 2018 20:29

Allocution et réponses aux questions du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov devant les finalistes du concours de gestionnaires « Leaders de Russie » sur le thème « Le monde moderne et le leadership diplomatique de la Russie », Sotchi, 7 février 2018

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Chers amis et collègues,

Tout d’abord, je voudrais remercier les organisateurs de ce nouveau concours national de gestionnaires « Leaders de Russie » pour leur invitation. Pour être franc, c’est un grand honneur pour moi car à mes yeux ce projet a – sans aucune exagération – une importance étatique.

Aujourd’hui, la Russie remplit des tâches très larges dans des domaines très différents. Dans ce contexte, les idées nouvelles et originales, tout comme les projets novateurs dans le secteur de la gestion, ont une importance particulière. Mes collègues l’ont certainement souligné au cours de leurs interventions.

Après avoir pris connaissance du déroulement des débats et des questions posées, je suis sûr que vous êtes à la hauteur de ce travail. A ma connaissance, les participants ont déjà passé des épreuves de concours très strictes. Cela témoigne du niveau très élevé de votre formation professionnelle.

Pour ma part, je vais naturellement parler du métier diplomatique. A mon avis, c’est l’une des professions les plus intéressantes, qui permet de faire preuve de toutes ses qualités de leader déjà à un niveau hiérarchique subalterne ou moyen. Comme les négociations sont aujourd’hui menées dans un nombre énorme de domaines, elles impliquent dans telle ou telle mesure les collaborateurs du Ministère russe des Affaires étrangers, même à des postes relativement subalternes. Vous comprenez bien que les négociations permettent de prendre confiance en ses forces, d’accumuler de l’expérience et d’apprendre à résoudre des problèmes très sérieux.

Je vous assure qu’aucune technologie de l’information et de communication, même très moderne et très avancée, n’est en mesure de se substituer à la conversation humaine: lors des pourparlers les diplomates résolvent des questions

  • liées à la sécurité de leur pays,
  • à ses intérêts dans tous les domaines,
  • au renforcement de la sécurité internationale,
  • à la recherche de solutions équilibrées en coopération avec les partenaires dans différents secteurs de l’agenda global.

Je ne veux pas paraître arrogant mais la diplomatie russe est largement reconnue dans le monde, très respectée et fait partie des leaders sur l’arène internationale. Cette position est assurée par de bonnes traditions séculaires et l’expérience de nos prédécesseurs.

Si l’on parle des gages du succès et du professionnalisme diplomatiques, mon conseil ne sera probablement pas exhaustif, mais assez simple. Il est pourtant important de le suivre avec toute votre énergie:

  • il faut sans cesse apprendre, se perfectionner, allez plus loin et suivre l’air du temps.

Comme je l’ai déjà dit, la vie internationale devienne aujourd’hui de plus en plus diversifiée.

  • C’est pourquoi tout diplomate doit être un véritable érudit, avoir des connaissances dans des domaines très différents, notamment et surtout dans les secteurs qui se trouvent hors du champ de la « diplomatie classique ».

Il y a des centaines d’années, quand est née la diplomatie classique, cette dernière s’occupait principalement de la guerre et de la paix: le début et la fin des guerres, la signature de traités sur le sort des territoires occupés et sur leur partage.

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Aujourd’hui, la diplomatie s’occupe naturellement des problèmes de la guerre et de la paix et y accorde une attention très importante, mais pas du point de vue des conquêtes et des accords éventuels: elle aspire à assurer la stabilité militaire et politique que nous appelons « stabilité stratégique ».

Outre ces questions, de plus en plus de sujets figurent constamment à l’agenda des négociations internationales dans le domaine

  • de l’économie, de l’écologie, de la culture et des technologies de pointe, fût-ce le secteur nucléaire, les technologies de communication et d’information ou l’élimination des armes chimiques conformément à la convention en vigueur.
  • L’Union internationale des télécommunications examine depuis des années la question de la gestion de l’internet.

Ainsi, le travail diplomatique efficace visant à protéger les intérêts russes exige aujourd’hui un éventail très large de connaissances.            

Une autre qualité, tout aussi importante mais plus personnelle, est la résistance du diplomate au stress. Il faut être prêt à un travail très intense, à des heures de travail variables, à une pression physique et psychologique ainsi qu’à des missions très longues à l’étranger, notamment dans des pays dont le climat et la situation militaire et politique sont défavorables.

Cela prévoit l’immersion dans un autre environnement culturel, la séparation de sa maison voire de sa famille – si les diplomates travaillent dans un pays qui fait face à une guerre ou à un conflit intérieur. Par exemple, nos collègues qui travaillent en Irak et jusqu’à récemment au Yémen, le faisaient sans leur famille. Le travail à l’étranger implique d’être séparé de son cercle habituel d’amis.

A vrai dire, le diplomate reste en service 24 heures sur 24: toute partie du monde peut à n’importe quel moment faire face à un événement exigeant une réaction rapide et efficace se basant sur une analyse juste et prompte.

Le patriotisme est la qualité la plus importante dans notre travail, car le diplomate ne peut pas défendre efficacement les intérêts de son pays s’il ne ressent aucun lien avec le destin de sa patrie et ne se considère pas comme une partie de cette dernière.

Les hautes exigences du métier diplomatique s’expliquent également par le fait que la situation dans le monde, comme vous le savez, reste compliquée.

Nous assistons à la formation d’une architecture internationale polycentrique, à l’apparition de nouveaux centres de croissance économique, de puissance financière et d’influence politique qui sont liés aux succès dans le domaine financier et économique.

Ce processus objectif reflète la diversité culturelle et civilisationnelle du monde moderne, le droit naturel des peuples à décider de leur sort.

Malheureusement, ce processus se heurte à une résistance acharnée de la part de beaucoup de nos partenaires occidentaux, notamment de la part des États-Unis, très perturbés par le fait que – après plusieurs siècles de domination américaine sur la vie internationale, même si avec certaines nuances – ils n’arrivent plus à résoudre par eux-mêmes tous les problèmes et à imposer leur volonté à tout le monde.

Le processus de formation d’un monde polycentrique ne sera pas rapide.

Même s’il pourrait sembler assez court d’un point de vue historique, il se développe et se réalise depuis plusieurs décennies.
La résistance à laquelle il se heurte perdurera sans aucun doute et utilisera des méthodes illégitimes très spécifiques telles que le recours à la force en contournant la Charte de l’Onu ou le renforcement de sa sécurité au détriment de celle des autres pays.
Nous tentons de freiner ces tendances et de parvenir, grâce aux négociations, à un retour vers les fondements solides de la suprématie du droit.

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Les relations actuelles entre la Russie et l’Occident sont un sujet à part, qui a ses spécificités.

Dans le contexte actuel de transition de l’époque de domination de l' »Occident historique », comme nous l’appelons, vers une époque multipolaire, beaucoup de nos collègues américains et européens sont allergiques aux succès de notre pays au niveau intérieur et extérieur.
Le coup d’État organisé en Ukraine en février 2014 était une conséquence et une nouvelle manifestation de la politique d’endiguement de la Russie menée depuis des années.
Il a jeté la lumière sur les divergences radicales et très profondes entre la Russie et la communauté occidentale en ce qui concerne la formation de la communication interétatique.
Comme vous le savez certainement, après la fin de la Guerre froide l’Occident a annoncé à haute voix le début d’une nouvelle époque qui devrait lui offrir tous les avantages, car il avait gagné. Au début de l’existence de la nouvelle Russie, après le démembrement de l’URSS, les autorités russes se laissaient guider par les illusions de l’avènement de l’époque du bien-être global, étaient sûres que la Russie devrait accepter toutes les valeurs libérales de la société occidentale.
Comme vous le savez, les principaux ministères économiques et financiers employaient des experts étrangers, tout d’abord occidentaux. La politique étrangère du pays se basait sur la nécessité de « se fondre » dans l’Occident dans tous les aspects-clé de la vie internationale, en oubliant le voisinage oriental et méridional de la Russie.
Quand la Russie s’est mise à s’éloigner de la politique de suivisme absolu vis-à-vis des conseils occidentaux suite à l’arrivée au pouvoir du Président Vladimir Poutine en 2000 – malgré toutes les exceptions des années 1990, la ligne politique principale visait alors la fusion avec l’Occident -,
quand la Russie a commencé à reprendre ses intérêts vitaux et ses traditions, à promouvoir un dialogue égalitaire au lieu de se contenter d’une situation où l’Occident considérait que la Russie était « dans sa poche », les problèmes ont commencé.

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Vous vous souvenez certainement du discours de Munich prononcé par le Président russe Vladimir Poutine en 2007.

Il n’avait lancé aucune confrontation mais avait tout simplement défini les problèmes exigeant une solution sur la base d’un dialogue égalitaire au lieu des ultimatums, des diktats et de la violation de tous les engagements pris lors de la résolution des questions relatives à l’avenir de l’Allemagne et suite à la dissolution de l’URSS.
A l’époque, on avait solennellement promulgué au sommet le principe de sécurité indivisible.
  • On avait annoncé qu’aucun membre de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ne renforcerait sa sécurité au détriment de celle des autres,
  • on avait juré que l’Otan ne s’élargirait pas d’un pouce à l’est.
Un grand nombre de textes, notamment les documents publiés récemment par les Archives nationales américaines, confirment l’existence de ces promesses.
  • On ne les avais pas mises sur le papier – à ce moment-là nous ne pouvions pas tout prévoir – même si l’on voit bien aujourd’hui qu’il aurait été plus efficace de leur faire promettre quelque chose plutôt que de les  croire sur parole.

Il faut tirer des conclusions et des leçons de ces erreurs du passé.

Au lieu de remplir tout l’éventail des engagements – la sécurité indivisible, l’approche égalitaire de la sécurité de tous les pays – et des promesses,
  • on s’est mis à repousser les limites de l’Otan vers l’est,
  • à déployer l’infrastructure militaire de l’Alliance atlantique pratiquement jusqu’aux frontières russes.

Lors du sommet de 2008 à Bucarest, les membres de l’Alliance ont indiqué dans leur déclaration finale que l’Ukraine et la Géorgie devraient faire partie de l’Otan.

Nous avions averti ces deux pays qu’il s’agissait d’une voie très nocive qui créerait certaines illusions dans les cerveaux fiévreux des leaders de ces pays.

Dans tous les cas, on l’a constaté en Géorgie quand Mikhaïl Saakachvili a décidé qu’il pouvait faire n’importe quoi et a lancé ses forces armées contre l’Ossétie du Sud, les troupes de maintien de la paix présentes sur son territoire et les civils. Vous connaissez bien le résultat.

Par ailleurs, l’Union européenne, qui est une structure beaucoup plus adéquate car elle s’occupe de la promotion du bien-être de ses membres dans le domaine économique et social, a également tenté de nuire aux relations entre la Russie et ses voisins.

Elle a inventé le programme du Partenariat oriental, qui basait toutes les approches sur le fait que l’Europe de l’Est devrait décider si elle serait avec la Russie ou avec l’UE. On l’a dit même littéralement. En 2004, quand le premier « Maïdan » ukrainien battait son plein, quand l’UE tentait de réconcilier le Président ukrainien et les opposants, quand les places de Kiev étaient occupées par les manifestants, le Ministre belge des Affaires étrangères Karel De Gucht avait annoncé – publiquement, dans sa fonction officielle – que l’Ukraine devait choisir si elle soutenait la Russie ou l’UE. Vous connaissez aussi le résultat.

BELGIQUE le Ministre belge des Affaires étrangères Karel De Gucht 5a001459cd707514e89b23b6  le Ministre belge des Affaires étrangères Karel De Gucht

La Russie a soutenu ceux qui refusaient d’accepter les résultats du coup d’État commis en Ukraine en 2014.

L’Occident a, sans la moindre hésitation, déclaré qu’il acceptait ce fait accompli bien que les ministères allemand, polonais et français des Affaires étrangères fussent garants de l’accord déchiré par les opposants.

On a annoncé que tout le monde devait reconnaître le nouveau pouvoir qui s’était installé à Kiev grâce aux radicaux et aux néonazis.

Par ailleurs, ces derniers n’y ressentent toujours aucune contrainte et donnent de plus en plus le « la ».
Nous avons soutenu ceux qui avaient refusé d’accepter les résultats du coup d’État anticonstitutionnel, demandaient de les laisser tranquilles pour qu’ils puissent comprendre la suite de ces événements – on les a considérés comme terroristes et on les a attaqués, bien qu’ils n’aient agressé personne.
Quand nous avons soutenu leur volonté de garantir leurs droits dans l’État ukrainien, nous avons soutenu les aspirations des Criméens qui, contrairement au Kosovo qui avait annoncé son indépendance de manière unilatérale et sans aucun scrutin, avaient organisé un référendum – vous connaissez bien son résultat et les taux de participation – sur leur indépendance et leur rattachement à la Russie en conformité absolue avec la Charte de l’Onu et la décision de la Cour internationale qui avait examiné la situation du Kosovo.

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Depuis, l’Occident tente de nous punir, de nous obliger à reconnaître nos erreurs.

Ces tentatives perdurent et nous les évoquerons aujourd’hui un peu plus tard.

En même temps, de plus en plus de personnes comprennent à quel point cette volonté de punir la Russie, de freiner son développement économique et social est absurde.
L’éventail des mesures utilisées à ces fins est assez large:
  • sanctions,
  • déploiement de la défense antimissile globale autour de nos frontières à l’ouest et à l’est,
  • guerres d’information,
  • accusations infondées d’agression cybernétiques contre pratiquement tout l’Occident,
  • ou encore discréditation de nos athlètes olympiques sans aucun fait concret.
D’une manière générale, l’Occident a pris cette habitude de ne présenter aucun fait.  

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Je vais m’écarter du texte pour citer un exemple: le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson a déclaré en début d’année 2017, peu de temps après son arrivée à la tête du Département d’État américain, que les USA disposaient de preuves irréfutables confirmant l’ingérence de la Russie dans leur élection présidentielle.

Lors de l’un de nos entretiens, je lui ai demandé de me présenter ces preuves. Il m’a dit qu’elles avaient été obtenues par des canaux confidentiels et qu’il était persuadé que nos renseignements savaient ce dont il s’agissait. Ce n’est pas sérieux – ou alors je ne comprends rien à la communication interétatique.

 

Aujourd’hui, à nouveau sans appel et sans preuves, on nous dit que l’arbitrage sportif de Lausanne a acquitté tous nos sportifs de la liste de 32 personnes et entraîneurs, mais qu’il n’était pas obligatoire de se plier à cette décision parce que le CIO n’était pas certain que les sportifs n’avaient pas eu recours au dopage.

Autrement dit, il n’y a pas de preuves, seulement des doutes, des soupçons. C’est comme en 1937 quand le procureur de l’URSS Andreï Vychinski disait « un aveu est la reine des preuves ». Aujourd’hui il s’avère qu’il n’y a plus besoin d’aveux, et que le soupçon est devenu la reine des preuves. Il n’est probablement pas très correct de mener les affaires de cette manière.

Nous cherchons tout de même à faire déboucher nos collègues occidentaux sur des relations plus constructives.

D’après moi, dans notre pays mais également à l’étranger la conviction se renforce qu’il est inutile d’essayer d’isoler la Russie ou de former une vaste coalition antirusse. Personne n’a jamais réussi et ne réussira jamais à remplir les objectifs d’un certain groupe de pays à nos dépends. Avec la plupart de nos partenaires étrangers, sur tous les continents, nous entretenons un dialogue constructif basé sur le respect réciproque des intérêts et l’attachement à la démocratisation de la vie internationale

D’ailleurs,
  • quand nos collègues occidentaux s’ingèrent constamment dans la vie intérieure de tel ou tel pays,
  • exigent que les droits de l’homme soient respectés dans tous les pays,
  • appellent à garantir la primauté du droit et la démocratie,
nous suggérons que les mêmes principes de primauté du droit et de démocratisation soient appliqués à la vie internationale.
  • Ils esquivent la discussion.
Parce que démocratiser la vie internationale signifie cesser de dicter ses conditions à tout le monde et commencer à s’entendre.

Dans bien des domaines, nos collègues ne sont pas encore prêts à le faire.

Néanmoins nous invitons constamment l’Occident au dialogue. Nous sommes prêts au dialogue sur la base de l’équité et du respect réciproque des intérêts.
Nous ressentons que nos citoyens soutiennent les actions de la diplomatie russe. C’est le plus important appui dans notre travail. La confiance de la société est la garantie la plus fiable qu’aucune menace, chantage, sanction ou pression ne nous fera renoncer à ce que nous jugeons correct et juste. D’autant que pour nous, la souveraineté nationale n’est pas un luxe mais la condition sine qua non de l’existence de l’État.
Notre grande histoire séculaire, notre situation géostratégique unique assurée par nos ancêtres couplée au potentiel militaro-politique, économique et culturel de la Russie fait que nous ne pouvons pas être un simple « État périphérique » ou, comme l’ex-président des USA Barack Obama avait tenté de nous décrire, une « puissance régionale ».

Contrairement à certains de nos collègues, nous n’avons jamais utilisé et n’utilisons pas nos avantages naturels au détriment des autres.

Nous étions à l’origine de la mise en place de l’architecture internationale de sécurité d’après-guerre et agissons aujourd’hui de manière responsable et prévisible, tel qu’il se doit pour un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Nos actions s’appuient sur le rôle central de l’Onu, sur les valeurs de vérité et de justice et visent à promouvoir un agenda international unificateur et pas sous la forme « maître-esclave ».

Aujourd’hui, de nombreux pays – voire la plupart – disent lors de nos contacts qu’ils voient la Russie comme l’un des principaux garants de la stabilité, une protectrice du droit international, des idéaux spirituels et moraux traditionnels.

 

Nous continuons d’accorder une attention particulière à la consolidation de la communauté internationale face à la menace terroriste.

Elle est sans précédent. Notre pays y a été confronté dès le milieu des années 1990. A l’époque, des événements tragiques ont emporté la vie de milliers de nos concitoyens. Nous continuerons d’être cohérents et déterminés dans la lutte contre ce mal. Dans le cadre de la tâche primordiale consistant à faire obstacle à l’idéologie du terrorisme, nous partageons avec nos partenaires l’expérience de la société russe, historiquement bâtie sur la coexistence pacifique des cultures, des religions et des ethnies.

Nous prônons la formation d’un front antiterroriste uni basé sur les intérêts communs des pays qui le composent avec un rôle de coordination de l’Onu, sans deux poids deux mesures, dans le respect rigoureux des principes fondamentaux du droit international, de la souveraineté des nations et de l’identité des peuples.

Notre contribution à la lutte antiterroriste a été confirmée par la nomination du diplomate russe Vladimir Voronkov au poste de Secrétaire général adjoint de l’Onu responsable du travail du Bureau des Nations unies contre le terrorisme.

 

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Les forces russes ont joué un rôle décisif dans la destruction nid principal de Daech en Syrie.

Nous participons activement à la stabilisation de la situation. Avec la Turquie et l’Iran, nous avons lancé il y a un an le processus d’Astana qui a permis de créer quatre zones de désescalade sur le territoire syrien. Ce n’est pas le calme absolu partout dans ces zones. On constate des récidives car certains groupes terroristes n’ont toujours pas été anéantis – il ne s’agit plus de Daech mais des émanations du Front al-Nosra. Dans l’ensemble, tout le monde reconnaît qu’après la mise en place des zones de désescalade le niveau de violence s’est nettement réduit.

Actuellement, nous réglons les problèmes liés à l’envoi de l’aide humanitaire et à l’initiation des négociations sous l’égide de l’Onu.

Nous cherchons à aider et à pousser l’Onu à entreprendre des actions plus actives. Un pas a été fait dans cette direction par le Congrès du dialogue national syrien qui s’est tenu à Sotchi le 30 janvier et a été soutenu par le Secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres et l’Envoyé spécial du Secrétaire général de l’Onu pour la Syrie Staffan de Mistura. Ces derniers l’ont reconnu comme un facteur aidant l’Onu à mettre en œuvre les décisions prises par le Conseil de sécurité des Nations unies sur la Syrie.

 

 

Nous continuons de travailler pour détendre la situation sur la péninsule coréenne.

Avec Pékin, nous promouvons l’absence d’alternative au dialogue politique. Nous avons une initiative conjointe avec la Chine. Nous voyons qu’à chaque fois les USA tentent de « serrer la vis » des sanctions et menacent d’utiliser la force.
Nous espérons qu’un tel scénario, qui selon les estimations des experts pourrait emporter jusqu’à un million de vies ou plus, ne se réalisera pas et que les USA consulteront au moins les pays concernés par cette situation, notamment la Corée du Sud et le Japon. L’usage de la force dans cette région serait catastrophique.

J’ai déjà mentionné la situation en Ukraine. Nous prônons le respect rigoureux des accords convenus.

Le problème de la capacité à s’entendre de nos partenaires fait partie des plus graves et nécessite un vrai travail. Il faut remplir les Accords de Minsk pour régler la crise dans le sud-est de l’Ukraine.
Le principal obstacle sur cette voie est le « parti de la guerre » qui, sous la pression des radicaux et notamment des groupes néonazis qui se sentent à l’aise en Ukraine, cherche à esquiver son engagement d’établir un dialogue direct avec Donetsk et Lougansk et ne renonce pas à la solution de force.
Prenez le projet de loi récemment adopté – pas encore en dernière lecture – sur la « réintégration du Donbass » admettant entre autres l’usage des forces armées.
Prenez l’annonce en janvier 2017 d’un blocus commercial et économique total de ces régions en violation grossière des Accords de Minsk approuvés par le Conseil de sécurité des Nations unies.
Nous appelons les partenaires occidentaux, avant tout les USA qui ont une immense influence sur Kiev, ainsi que la France et l’Allemagne en tant que coauteurs des Accords de Minsk, à peser de leur influence sur Kiev pour exiger qu’il remplisse au plus vite ses engagements.

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Parmi nos priorités absolues figure l’approfondissement de l’intégration eurasiatique.

L’Union économique eurasiatique, que la Russie préside cette année, gagne en dynamisme. Elle possède déjà plusieurs dizaines de partenaires qui souhaitent créer avec elle une zone de libre-échange ou signer un accord de coopération.

La coopération se renforce au niveau de l’État de l’Union entre la Russie et la Biélorussie, de la CEI et de l’OTSC qui contribue réellement au renforcement de la stabilité en Eurasie, ainsi qu’à la lutte contre le terrorisme international, contre le trafic de stupéfiants et contre la migration clandestine.

Un travail conjoint a été mis en place avec les pays de l’OTSC sur les plate-formes internationales, y compris la concertation des positions à l’Onu et à l’OSCE.

Pour nous, la région Asie-Pacifique a un caractère stratégique et prioritaire au XXIe siècle. Le Président russe Vladimir Poutine en a parlé. La Russie, en tant que puissance du Pacifique, profitera pleinement du potentiel du développement rapide de cette région, y compris pour l’ascension de l’Extrême-Orient et de la Sibérie orientale.

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Les relations avec la Chine sont aujourd’hui meilleures que jamais.

Le Ministère russe des Affaires étrangères se focalise sur le renforcement et le développement de la coopération sino-russe en politique étrangère. Notre ligne commune vise à faire respecter les normes fondamentales du droit international et de la Charte de l’Onu que ce soit en Syrie, sur la péninsule coréenne ou ailleurs. Elle joue un rôle de stabilisation important dans les affaires régionales et internationales.

Nous élargissons notre partenariat stratégique avec l’Inde et le Vietnam, ainsi que nos relations diversifiées avec la plupart des États d’Asie, d’Amérique latine, du Proche- et Moyen-Orient.

Nous travaillons à la mise en œuvre de l’initiative du Président russe Vladimir Poutine de former un grand partenariat eurasiatique impliquant la participation des États membres de l’UEE, de l’OCS et de l’ANASE. A terme, ce projet sera ouvert également aux pays de l’UE.

Aujourd’hui se sont terminés les pourparlers pour l’accord de coalition en Allemagne.

La CDU, la CSU et le SPD sont convenus de principes directeurs tels que l’aspiration à contribuer à la formation d’un espace économique commun de Lisbonne à Vladivostok. C’est une idée de longue date, une initiative de longue date de la Russie. Je trouve très important et révélateur qu’une telle thèse ait été formulée aujourd’hui alors que se multiplient les tentatives de nous punir, d’instaurer de nouvelles sanctions à notre encontre.
Dans le contexte de l’intégration eurasiatique, nous entreprenons des démarches énergiques pour combiner l’Union économique eurasiatique (UEE) et la stratégie chinoise « La Ceinture et la Route ». Il a déjà une entente concernant la mise au point de l’accord sur la coopération commerciale et économique entre l’UEE et la Chine. Nous mettons également en œuvre les accords de coopération dans le domaine du commerce, des investissements et des services conclus à Sotchi entre l’UEE et les pays membres de l’ANASE en mai 2016.

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Le format Russie-Inde-Chine, relativement nouveau, a été initié par feu Evgueni Primakov et apporte jusqu’à présent un résultat très positif.

Des réunions dans ce format sont organisées au niveau des ministres des Affaires étrangères, des ministères et des départements sectoriels. Ce « trio » a stimulé la naissance des Brics.
L’OCS, dont les rangs se sont élargis l’an dernier avec l’adhésion de l’Inde et du Pakistan, s’est transformée en une structure encore plus efficace et qui travaille activement.

Il faut également souligner l’existence de notre groupe de travail au G20 depuis 2009-2010.

Sa création en tant que structure travaillant chaque année au sommet a montré que malgré son aspiration à ne pas céder ses positions de leader dans les affaires mondiales, l’Occident doit tenir compte des réalités du monde polycentrique en formation, car le G20 est constitué du G7 occidental et des principaux pays du monde émergent, ainsi que de tous les membres des Brics. Les principales questions qui nécessitent des solutions en matière de finances et de relations économiques internationales sont d’abord « rôdées » dans ce format selon le principe de consensus. C’est une reconnaissance claire des réalités de l’ordre mondial multilatéral en cours de formation.

J’ai déjà dit que nous étions prêts à construire nos relations avec l’Occident, les USA et l’UE selon les principes d’équilibre réciproque des intérêts et de respect mutuel.

Impossible de faire autrement.

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Le Président russe Vladimir Poutine a souligné à de nombreuses reprises que nous étions ouverts à un dialogue constructif avec Washington.

Malheureusement, nous ne constatons aucun mouvement réciproque.

L’an dernier, les USA ont entrepris sous de faux prétextes des démarches clairement antirusses en plus de ce qui avait déjà été fait par l’administration de Barack Obama. Je ne vais pas en faire la liste: vous suivez les événements et vous êtes au courant de ces affaires. Nous ne voulons pas approfondir la confrontation, d’autant que la Russie et les USA, en tant que principales puissances nucléaires, assument une responsabilité particulière dans le maintien de la stabilité stratégique.
Bien évidemment, la coopération russo-américaine est sollicitée pour le règlement de graves crises régionales et dans la lutte contre le terrorisme.

Nous avons tout de même des canaux de dialogue sur la stabilité stratégique, le règlement de la crise coréenne ou encore les affaires syriennes.

Malheureusement, pour l’instant, dans la plupart des cas nos collègues américains tentent de prouver que leur position sur chaque question concrète est absolument juste, que nous ne devons pas chercher de compromis entre nos approches et nous ranger du côté de la position américaine.
Néanmoins, nous laissons ces canaux ouverts, nous les utilisons. Comme le confirme l’accord entre la Russie, les USA et la Syrie, la mise en place de la zone de désescalade au sud-ouest de la Syrie – qui fonctionne bien même s’il existe certains problèmes que nous tentons de régler au niveau des militaires – a son utilité.

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Avec l’UE, nous sommes prêts à coopérer de manière aussi intensive que nos partenaires y seront prêts.

Au sein de l’Union européenne, on entend de plus en plus s’élever des voix raisonnables en faveur de la normalisation des relations. Je me suis déjà référé aux accords conclus pour la formation d’un gouvernement de coalition en Allemagne.
De plus en plus de personnes comprennent qu’on n’arrivera pas à construire une grande Europe sans la Russie, qui plus est en la contournant, ni en matière de sécurité ni sur le plan économique.

Évidemment, le renforcement de l’autonomie internationale de l’UE serait dans notre intérêt, qui assurerait une plus grande transparence et prévisibilité de nos relations.

En dépit d’une situation complexe dans le domaine de la sécurité, comme je l’ai déjà dit, nous poursuivons le dialogue sur la stabilité stratégique avec les USA.
  • La Russie a rempli sa part des accords pour la destruction des armes chimiques.
  • Les USA doivent encore faire beaucoup pour atteindre les objectifs qu’ils se sont engagés à remplir.
Nous remplissons à part entière nos engagements dans le cadre du Traité de réduction des armes stratégiques.
Nous menons le dialogue avec les USA pour régler certaines questions qui surviennent dans le processus d’accomplissement des engagements par la partie américaine.
Nous voulons maintenir à part entière la viabilité du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire.
Nous sommes prêts à balayer les tentatives des USA de remettre en question notre approche de bonne foi de ce Traité, mais également à expliquer et à parvenir à une entente sur la manière dont la viabilité de ce Traité sera conservée en sachant que les reproches très sérieux et concrets envers les USA, qui ont été formulés publiquement et très clairement, seront également perçus par les Américains comme une invitation à lever les préoccupations.

Je le répète: notre dialogue se développera.

Bien sûr, nous insisterons pour que toutes les parties remplissent de bonne foi le plan d’action global commun pour régler la situation autour du programme nucléaire iranien. L’effondrement de ce traité risquerait de provoquer des conséquences négatives difficiles à prédire pour tout le système de non-prolifération de l’arme de destruction massive, pour tout l’ordre mondial.
Il faut également souligner l’importance de la lutte contre les tentatives de glorifier les nazis, le nationalisme, le racisme et la xénophobie.
Nous promouvons chaque année la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies adoptée par un nombre de plus en plus grand de voix. Elles étaient près de 140 lors de la dernière session de l’Assemblée générale des Nations unies. Seulement deux pays – les USA et l’Ukraine – ont voté contre. On a noté aussi l’abstention pas très compréhensible de l’UE qui se réfère à la nécessité de respecter la liberté d’expression. Mais la liberté d’expression ne peut pas s’étendre à cette activité interdite par le procès de Nuremberg.

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Une autre de nos priorités stratégiques est la lutte contre la cybercriminalité.

Nous promouvons ce thème à l’Onu et des résolutions sont adoptées sur la sécurité informatique internationale. Un second groupe d’experts a été créé et sera chargé de ce thème. Depuis relativement longtemps, nous avons avancé l’idée d’adopter une convention universelle sur la coopération dans le domaine de la lutte contre le crime informatique, y compris le piratage.

Les USA, qui nous accusent précisément d’une chose contre laquelle nous proposons de lutter ensemble, évitent toute conversation concrète à ce sujet.

Mais nous ne perdons pas espoir. Nous sommes prêts à tout moment à nous pencher concrètement, et non de manière infondée, sur les tâches les plus importantes que sont la lutte contre la cybercriminalité et contre l’utilisation de l’espace informatique à des fins criminelles – notamment le terrorisme, la pédophilie et la traite d’êtres humains.

Nous renforçons le front international pour protéger les chrétiens et les représentants d’autres religions qui souffrent aujourd’hui notamment au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. A ces fins, nous promouvons un dialogue inter-civilisationnel et interconfessionnel dans le respect mutuel.

Nous le faisons de concert avec l’Église orthodoxe russe et d’autres confessions traditionnelles de la Russie, en coopération avec le Vatican ou encore des pays comme la Biélorussie, l’Arménie et le Liban.

Chaque année à Genève, dans le cadre des activités du Conseil des droits de l’homme, se tiennent des conférences spéciales pour la protection des chrétiens et des représentants d’autres religions au Moyen-Orient.

 

Au centre de notre attention figurent également la protection des droits et des intérêts de nos compatriotes, l’élargissement des échanges humains au niveau international et le soutien des intérêts de la communauté d’affaires russe sur les marchés mondiaux, notamment dans les conditions d’une concurrence très souvent déloyale.
Bien sûr, nous nous opposons à la pratique vicieuse et illégitime de certains États qui ont organisé des persécutions contre les médias russes et les « évincent » de l’espace médiatique. Nous avons soumis les initiatives appropriées dans le cadre du comité compétent de l’Onu, de l’OSCE et du Conseil de l’Europe.
Bien sûr, nous contribuons à l’élargissement de ce qu’on appelle la coopération interrégionale, quand des régions frontalières de deux ou plusieurs pays élaborent des projets communs, pragmatiques et dépolitisés, apportant ainsi une contribution à la palette globale des relations de la Russie avec les pays étrangers et aidant à créer une atmosphère de confiance et d’entente.

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Nous continuerons de suivre la ligne fixée par le Président russe Vladimir Poutine dans le Concept de la politique étrangère de la Fédération de Russie adopté en novembre 2016.

Je vous assure que les difficultés auxquelles la diplomatie est confrontée, ainsi que le pays dans l’ensemble, ne sont qu’une motivation pour un travail plus créatif. C’est précisément ce que disent le Président et le Premier ministre. C’est à cela que nous nous référons en remplissant les tâches qui s’élèvent devant la diplomatie russe. Nos citoyens ne doivent pas douter que les intérêts du pays, sa sécurité et sa souveraineté seront garantis en toute circonstance.  

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Question: Vous avez parlé de nos relations avec les USA. On a l’impression que nous incarnons la figure de l’ennemi pour Washington et que, grâce aux médias, les États-Unis le sont pour nous aussi. Outre la lutte commune contre le terrorisme et la tentative de régler la situation en Syrie, quels autres points positifs pourraient être mis en avant pour un rapprochement? Y en a-t-il?

Sergueï Lavrov: Je suis absolument d’accord avec le fait que beaucoup y pensent – et il faut y penser. Récemment, j’ai lu dans le quotidien Moskovski Komsomolets l’article d’un journaliste que je respecte, Mikhaïl Rostovski, exposant sa vision de la situation dans nos relations avec les USA.

Il note qu’il est absolument clair que, dans les conditions d’une telle persécution contre la Russie, nous devons conserver notre fierté, notre honneur, défendre notre justesse, tout en ajoutant que compte tenu de l’immense rôle joué par les relations russo-américaines non seulement pour les deux pays, mais également pour le monde entier, il faudrait tout de même chercher des démarches constructives.

Nous n’avons pas parlé de tout publiquement, mais il n’y a aucun secret.

Depuis le début du travail de la nouvelle administration américaine, nous avons suggéré plusieurs démarches qui permettraient de rétablir progressivement la confiance sans nourrir l’illusion que cela pourrait être fait en un instant.

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En avril, j’ai transmis au Secrétaire d’État américain Rex Tillerson une liste de questions que nous proposions d’inventorier, et nous avons suggéré de commencer à échanger nos avis sur les questions figurant à l’ordre du jour bilatéral.

Il y a beaucoup de points complexes:

  • le kidnapping de nos citoyens soupçonnés de cybercrimes à l’étranger,
  • l’irrespect de l’accord russo-américain sur l’entraide dans les affaires pénales qui doit être appliqué si nos citoyens sont suspectés d’activité criminelle (nous devons recevoir des informations et mener des consultations),
  • le problème de l’adoption quand des enfants russes meurent dans des familles d’accueil américaines puis que les tribunaux disculpent les parents alors qu’ils étaient manifestement impliqués dans des activités malhonnêtes et criminelles,
  • notre propriété qui a été de facto expropriée,
  • et bien d’autres thèmes.

Nous avons transmis notre liste de questions sans aucune politisation ni idéologie. Nous avons proposé de nous asseoir et d’en parler tranquillement.

Quelques réunions ont eu lieu pour la forme – sans apporter aucun résultat.

Dans l’ensemble, les autorités américaines ne peuvent pas et ne veulent pas aujourd’hui conclure des accords existentiels. Par conséquent, cette liste n’a pas bougé.

Quelques mois plus tard, quand le Président russe Vladimir Poutine et le Président américain Donald Trump se sont rencontrés en juillet, nous avons proposé – s’ils soupçonnaient la participation de la Russie à une activité illégale et même l’ingérence dans les élections américaines – de recréer le groupe de travail pour la cybersécurité qui avait été formellement constitué en 2013 mais ne s’était jamais réuni car l’administration de Barack Obama, même si elle avait accepté cet accord, n’éprouvait en fait aucun intérêt à échanger à ce sujet.

Il nous a semblé que la partie américaine avait soutenu cette idée à Hambourg mais ensuite, quand cela a été publiquement mentionné, le Congrès américain s’est insurgé contre la Maison blanche:

  • comment osait-elle s’entendre avec la Russie concernant la coopération sur un thème dans le cadre duquel nous nous étions prétendument ingérés dans les affaires américaines?

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Les congressistes ont jugé qu’il était inutile d’en parler avec nous.

Nous avons rappelé également qu’en établissant les relations diplomatiques en 1933, le Président américain Franklin Roosevelt et le Commissaire du peuple aux Affaires étrangères de l’URSS Maxim Litvinov avaient échangé des lettres à l’initiative des USA.

Dans ces lettres, dans des termes identiques, chaque partie s’engageait à ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures de l’autre, à ne pas encourager des mouvements qui pourraient, sur le territoire d’un pays, alimenter des sentiments positifs envers l’autre partie, devenant ainsi un conducteur de ses intérêts.

En fait, ce dont nous sommes accusés aujourd’hui a été fixé noir sur blanc comme inadmissible dans les relations entre la Russie et les USA.

Nous avons proposé, puisqu’ils avaient de tels soupçons, de reproduire d’abord ce qui avait été fait en 1933: échanger sous une certaine forme les mêmes engagements. Ils ont dit que cela ne leur convenait pas parce que nous nous ingérions dans leurs affaires.

 

C’est pourquoi il est peut-être possible de nous reprocher de ne pas travailler de manière assez créative, mais nos tentatives d’entamer un dialogue dépolitisé ne mènent encore nulle part. Comme je l’ai dit, il y a un dialogue sur la stabilité stratégique. Même s’il y a également des questions qui nécessitent une analyse professionnelle sans aucune politisation. Il n’est pas toujours possible de le faire mais nous y sommes prêts.
Il y a un dialogue sur la péninsule coréenne, sur la Syrie, même si, je le redis, les USA pensent que ce dialogue devrait se résumer à notre accord avec toutes leurs approches. Mais nous ne fermerons certainement pas la porte, l’espoir fait vivre, d’autant que nous avons des arguments pour justifier nos approches.

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Question: Les citoyens européens pensent que les actions des USA pour séparer l’Europe et la Russie sont nuisibles à leurs pays respectifs. Nous connaissons la position officielle des politiciens européens à ce sujet. On voudrait connaître leur position officieuse. Ont-ils conscience du fait que c’est avant tout bénéfique pour les USA et pas du tout pour l’Europe? Peut-être qu’ils n’ont pas peur de vous le dire hors caméra?

Sergueï Lavrov: Comment puis-je m’exprimer hors caméra s’il y en a? Dans mon introduction, j’ai dit que nous voudrions voir une Europe autonome sur la scène internationale.

C’est un fait: l’Europe est loin d’être d’accord avec ce que font les USA vis-à-vis de la Russie, et c’est dit publiquement.

Cela concerne notamment les sanctions, quand les Européens insistent pour que toutes les démarches américaines en la matière soient discutées et convenues avec eux et n’infligent pas de préjudice économique aux compagnies européennes. Cela touche aussi les graves problèmes qui menacent de provoquer des crises, comme le programme nucléaire iranien. L’Europe ne se réjouit pas du tout des exigences des USA, qui menacent de quitter cet accord s’il n’était pas modifié en profondeur, ce qui tirerait un trait sur tous les compromis convenus lors de la concertation de cette approche.

Je le répète: cela aurait des conséquences imprévisibles.

Les Européens qui faisaient partie des Six à passer un accord avec Téhéran – le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne – ont accepté de participer à un groupe de travail commun avec les USA, auquel ils n’ont invité ni nous ni la Chine alors que nous avions également participé à ce travail.
Ce groupe de travail, selon Washington, s’occupe de modifier cet accord dans le sens des exigences des USA. L’Iran ne l’acceptera pas. Avec les Chinois, nous pensons également que ce serait absolument contreproductif parce que l’équilibre atteint dans le cadre du Plan d’action global commun est très fragile.

Il a été fixé par une résolution unanime du Conseil de sécurité des Nations unies et fait force de loi internationale. Il est extrêmement dangereux de commencer à réétudier certaines de ses composantes.

Les Européens sentent qu’ils doivent défendre d’une certaine manière leurs intérêts car les actions des USA ne tiennent pas toujours compte des leurs. Mais dans le même temps, le groupe transatlantique, comme on l’appelle, travaille tout de même dans un sens où l’Europe cherche à trouver des compromis avec les USA. Nous ne nous y opposons pas. Mais il est important que ces compromis ne soient pas atteint au détriment des autres et au détriment des accords remarquables comme celui sur le programme nucléaire iranien.

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Question: Selon moi, la diplomatie est une partie d’échecs où chacun défend ses intérêts. Qu’est-ce qui permet encore à notre époque, quand les technologies de l’information permettent de diffuser l’information en un instant, de faire des affirmations infondées et de ne pas du tout fournir de preuves? Qu’espèrent les USA et pourquoi cela ne détériore pas la réputation dans leur pays?

Sergueï Lavrov: J’ai du mal à répondre à cette question.

J’ai déjà dit comment on nous répondait aux demandes de fournir des « preuves irréfutables de notre ingérence dans les affaires intérieures des USA », comme l’a dit le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson.
J’ai également mentionné que dans de telles situations nous demandions de présenter des éléments concrets, qu’il s’agisse de lutte antidopage ou d’autre chose.
Par exemple, plusieurs épisodes ont eu lieu récemment dans le cadre desquels, selon des ONG, une arme chimique aurait été utilisée en Syrie. Sans aucune enquête, les USA ont immédiatement déclaré que le Président syrien Bachar al-Assad et la Russie en étaient responsables, parce que nous étions responsables pour le gouvernement syrien (qu’ils qualifient de « régime syrien »).
Immédiatement, l’Ambassadrice des USA au Conseil de sécurité des Nations unies Nikki Haley a avancé des invectives sans appel à notre égard. Nous avons proposé aux Américains de charger les organismes compétents de mener une enquête, de se rendre sur place.
Ils ont répondu posséder des informations fiables, mais dont ils ne pouvaient pas dévoiler la source parce qu’elle deviendrait immédiatement la cible du régime illégal de Damas. La discussion s’arrête là.

Bien sûr, dans ces conditions, il est très difficile de mener un dialogue sensé, mais la plupart des pays comprennent notre position et ne se font pas avoir par les accusations infondées des USA – que ce soit la Syrie, l’Iran ou d’autres.

L’Iran est accusé de terrorisme. Parmi les structures terroristes considérées comme telles aux USA conformément à leur législation, une seule peut être assimilée à l’Iran – sur un total de 15. Et toutes les autres proclament l’Iran comme leur ennemi. Notre tentative d’en parler avec les Américains et de comprendre leur logique bute également sur une absence d’enthousiasme.

Quoi qu’il en soit, il est nécessaire d’en parler, notamment dans le contexte des événements en Syrie où les Américains visent manifestement à diviser le pays.

Ils ont simplement renoncé à leurs affirmations selon lesquelles l’unique objectif de leur présence en Syrie (sans l’invitation du gouvernement légitime) consisterait à vaincre Daech et le terrorisme.
A présent, ils disent que leur présence sera maintenue jusqu’à ce qu’ils soient certains qu’un processus de paix stable a commencé en Syrie, et qu’il débouchera sur le changement de régime.
Vous comprenez de quoi il s’agit. Le fait qu’ils flirtent avec différents segments de la société syrienne qui s’opposent au gouvernement, y compris les armes à la main, entraîne des conséquences très dangereuses. Le plan de division factuelle de la Syrie existe, nous le savons et nous demanderons à nos collègues américains comment ils se le représentent.

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Question: Notre pays est constamment dupé – par les Américains, l’Onu, le CIO. Que faut-il faire pour que cela cesse et quand cela cessera-t-il?

Sergueï Lavrov: C’est exact: il ne faut pas faire la guerre.

Après cet événement je vais rencontrer les trois finalistes qui m’ont demandé d’être leur tuteur. Nous en avons choisi trois parmi ceux qui avaient fait part de ce souhait. Ils ont répondu à nos exercices de manière très intéressante et créative. Une jeune femme qui en fait partie et que je rencontrerai a proposé un slogan qui décrit la position de la Russie dans les affaires mondiales. Elle est très simple:

« La force de la Russie est dans la vérité ». Vous vous souvenez du film Frère 2? « Dieu n’est pas dans la force mais dans la vérité ».

Merci beaucoup pour votre attention et intérêt.

DI¨PLOMATIE talleyranDeGaulle  SOURCE     / http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/3060472

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