2141 – L’ouragan Harvey et ses conséquences

 

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L’ouragan – depuis reclassé en « tempête tropicale » – HARVEY est en train de dévaster l’est du Texas, mais aussi les confins de la Louisiane. C’est un événement dramatique, ne serait-ce qu’en raison du nombre de victimes. On en dénombre aujourd’hui (30 août) vingt, mais il est clair que ce chiffre est appelé à augmenter dans les heures qui viennent. Il convient aujourd’hui de témoigner de toute notre solidarité aux populations victimes de cette catastrophe. A titre personnel, j’ai une pensée particulière pour mes collègues de Houston et de College Station qui sont au cœur du désastre.

Mais, c’est aussi un événement dramatique en raison de ses conséquences économiques qui, d’ores et déjà, s’annoncent particulièrement importantes. L’impact de cet ouragan sur l’économie des États-Unis pourrait s’élever à 0,8% du PIB.

 

Une catastrophe de grande ampleur

Il s’agit donc d’un événement d’inondation dévastateur, comme on ne l’avait pas vu depuis au moins depuis 12 ans, c’est-à-dire depuis le désastre de l’ouragan Katrina. Rappelons que ce dernier avait fait des milliers de morts à la Nouvelle-Orléans. Les dommages ont été causés – et le sont encore – moins par les vents, assurément très violents les premiers jours du phénomène, que par des pluies réellement diluviennes. Ces pluies provoquent des inondations massives, non seulement sur la côte du Golfe du Mexique mais aussi à l’intérieur des terres. Les communautés locales du Texas, autour de Houston, mais aussi de Corpus-Christi et de Port-Arthur, resteront très certainement sous l’eau pendant des semaines et peut-être un mois ou plus même après la pluie. Les conséquences de ces inondations sont dramatiques. Le Texas, en dépit de l’image héritée des Westerns qu’il a pour de nombreux français, est un état des Etats-Unis avec une forte industrie, essentiellement (mais pas uniquement) pétrolière et gazière.

Graphique 1

L’électricité est aujourd’hui coupée pour plus de 300 000 personnes et elle le restera pour une période prolongée jusqu’à ce qu’il soit possible pour les équipes de maintenance de réparer les lignes en toute sécurité. Il faut savoir qu’il est d’ores et déjà tombé, dans les différents comtés, entre 50 et 100 cm de pluie, voire plus. Cette pluie est tombée essentiellement dans une grande partie du sud-est du Texas alors que Harvey s’arrêtait suite à son contact avec la terre ferme.

À partir du mardi 29 août à midi, les précipitations consécutives à l’ouragan Harvey avaient éclipsé le record de 122 cm au cours de l’ouragan Amelia en 1978 avec un pic à 125 cm qui a été atteint dans le nord du bassin de la rivière Brazos et dans les comtés de l’est de Harris. Des agglomérations comme College Station (sur la Brazos) sont directement menacées. De même, ces pluies ont fait gonfler la rivière Sabine, à la frontière avec la Louisiane. Les inondations sur la côte du Texas seront donc amplifiées dans les jours à venir par le déplacement de ces masses d’eau, de l’amont vers l’aval.

Graphique 2

Impact de Harvey en fonction de sa sévérité

Source: AccuWeather

Le désastre est-il à venir ?

Il faudra peut-être décharger de l’eau dans les réservoirs de Barker et d’Addicks pour soulager les digues, mais cela conduira inévitablement à inonder davantage certaines communautés et bourgs. Les responsables du service des eaux essaient actuellement d’éviter que l’eau ne se déverse sur le haut des réservoirs, car cela peut entraîner une érosion très forte des digues qui conduirait à un affaiblissement de ces dernières et, enfin, à une rupture catastrophique soudaine.

Mais, même en excluant ce scénario, la situation va de toute manière empirer pour les 48h à venir. Le sol, tout autour de toutes les digues est lourd et affaibli en raison de jours de pluie. Des vents, même s’ils sont modérés, emportent aujourd’hui les poteaux soutenant les lignes électriques, poteaux qui en tant normal auraient résistés. Le comté de Brazoria, au Texas, a averti hier, le 29 août, que la digue du lac Columbia était en train de se rompre et a demandé une évacuation immédiate le mardi matin. La montée des rivières, comme le Brazos ou la Sabine, entraînera des inondations dans des régions qui ont été épargnées jusqu’ici.

Graphique 3

Les inondations

 

Des dizaines de milliers de personnes doivent encore être sauvés car les aliments et l’eau potable s’épuisent.

Beaucoup de personnes qui ont un besoin urgent d’aide peuvent se trouver maintenant sans communication. Avec la destruction des lignes électriques ces personnes ne pourront recharger leurs téléphones et se trouveront donc sans moyen de communication pour appeler à l’aide.

Le premier problème est aujourd’hui celui de la disponibilité en eau potable. L’eau est soit indisponible soit contaminée. Soit les conduites ont été rompues ou sont bloquées, soit l’eau dite « potable » a été contaminée et, même si elle est matériellement disponible, elle est désormais dangereuses.

La capacité des personnes sinistrées à faire bouillir l’eau pour pouvoir la consommer en sécurité est limitée, du fait de l’absence de courant électrique. A terme se posera la question de la nourriture et celle de possibles épidémies.

L’ampleur même du désastre ne se révèlera que peu à peu.

 

La dimension économique

La dimension économique de cette catastrophe est elle aussi importante.

Le Texas, on l’a dit, est une zone importante de production de pétrole, mais aussi une zone essentielle de raffinage du pétrole et de préparation et liquéfaction du gaz naturel. Or, une grande partie de ces installations sont situées sur la côte du Golfe du Mexique. Même si ces installations ont résisté aux vents initialement violents, et ne sont que marginalement touchées par les inondations, les coupures de courant – qu’elles soient induites par la rupture des lignes à haute tension ou par les dommages subies par les centrales thermiques, vont condamner ces installations à l’arrêt.

Le géant pétrolier ExxonMobil, qui n’est aujourd’hui guère optimiste, a indiqué dès dimanche avoir procédé à la fermeture de Baytown, le plus gros complexe de liquéfaction du gaz au monde, et a réduit la production de sa raffinerie de Beaumont. Les conséquences financières pour les opérateurs sont en cours d’évaluation. Selon les premières estimations des analystes de la société Platts,  la capacité totale de raffinage dans le Golfe du Mexique est amputée aujourd’hui de 2,2 millions de barils par jour.

Le Bureau de la sécurité et de l’application de l’environnement (BSEE) du Département de l’intérieur des États-Unis a signalé le 29 août que 19,1% de la production de gaz naturel des États-Unis était encore fermée. C’est une certaine amélioration car, le 27 août, la fermeture atteignait en volume 26%. Le BSEE a également signalé que près de 105 plates-formes de forage de pétrole et de gaz dans le golfe avaient été évacuées à la suite de l’ouragan Harvey. Ce total représente environ 14,3% des plates-formes actives dans la région.

Globalement, on peut considérer qu’entre les dommages subis par les sites de production et les dommages subis par les sites de transformation, c’est aujourd’hui 1/5ème de la production d’hydrocarbures qui est à l’arrêt. L’expérience de l’ouragan Katrina montre que le retour à la normale est lent. De plus, le pic des inondations est encore à venir, et devrait se produire dans la nuit de vendredi à samedi.

Il est donc clair que l’on n’a pas encore une image complète des conséquences économiques de cette catastrophe. Ce que l’on peut dire cependant c’est que ces conséquences seront certainement considérables et durables. Ces conséquences devront être mesurées aussi du point de vue de leur impact sur l’économie des États-Unis, mais aussi sur l’économie de la France.

 

Une administration déficiente ?

Le Dr. Joël N. Myers, qui est le fondateur et président d’AccuWeather, une société privée de météorologie a fait cette nuit la déclaration suivante, que je traduit ici :

« Ce sera la pire catastrophe naturelle dans l’histoire américaine. L’impact sur l’économie, au moment où la destruction totale pourra être enfin estimée, s’approchera de 160 milliards de dollars, ce qui est similaire à l’effet combiné des ouragans Katrina et Sandy.
Cela représente un impact négatif sur l’économie de 0,8% du PIB.
Or, le PIB atteint actuellement 19 billions de dollars. Les dirigeants des entreprises et de la Réserve fédérale, les grandes banques, les compagnies d’assurance, etc. devraient commencer à tenir compte de l’impact négatif que cette catastrophe aura. Les quartiers de Houston, la quatrième plus grande ville des États-Unis, seront inhabités pendant des semaines et peut-être des mois en raison de dommages causés par l’eau (…).
Les météorologues dans leur ensemble ont fait un très bon travail pour avertir les gens de cette tempête et prévenir les communautés rurales dispersées.
Mais, les fonctionnaires ont été lents, dans certains cas, à réagir ou à savoir quoi faire, ce qui a touché trop de personnes et a causé la perte de biens, des dommages et des destructions. C’est malheureux car, lorsqu’une catastrophe naturelle menace, la réaction en amont et les heures de préparation (avant cette catastrophe) pour éviter les risques sont impératifs.[1] »

Le problème semble donc, et à nouveau si l’on se souvient du précédent de Katrina, résider dans la mobilisation des fonctionnaires locaux (de l’Etat du Texas notamment) et des autorités locales. Si les fonctionnaires fédéraux semblent avoir rempli leur rôle de manière satisfaisante, l’administration locale est à nouveau le maillon faible aux États-Unis quand ce dernier pays est confronté à une catastrophe naturelle de grande ampleur.

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[1] http://view.s6.exacttarget.com/?qs=e4a723bd176eb107fa094f9a7d3ab246376330a39f4e9e8fbc20a2677b76b4   aee6b8843


source/ http://russeurope.hypotheses.org/6245

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