2082 – Nouvelle crise des missiles … Corée du Nord, Russie …et la France … 4 articles

1 – Le battage médiatique contre la Corée du Nord a-t-il pour but de relancer la guerre des étoiles de Reagan ? – Par Moon of Alabama – 15/08/2017

2 – La Russie «ennemie des États-Unis d’Amérique» …le 13 août 2017 par Editeur

3 – L’impératif nucléaire français – par Général Jean-Bernard PINATEL, le 13 Août 2017

4 – Nouvelle crise des missiles – mais où en est la France en matière de dissuasion nucléaire et que doit-elle apprendre du cas nord-coréen ? Par Général Jean-Bernard PINATEL, le 12 Août 2017,

1 – Le battage médiatique contre la Corée du Nord a-t-il pour but de relancer la guerre des étoiles de Reagan ?

 

Moon of Alabama – 15/08/2017

Depuis que Trump a menacé la Corée du Nord (la RPDC), du « feu et de la fureur » des États-Unis, la raison est revenue aux personnes dotées d’un minimum de bon sens.

Les experts ont largement cessé de parler d’attaques préventives sur la Corée du Nord, attaques qui n’ont d’ailleurs jamais été sérieusement envisagées. La Corée du Nord a de nombreux moyens de riposter à une frappe et ils pourraient tous causer des dommages catastrophiques à la Corée du Sud et au Japon et, partant, aux intérêts américains en Asie.

Il est possible de dissuader la Corée du Nord d’utiliser ses armes nucléaires de la même manière qu’on en dissuade tous les États dotés d’armes nucléaires.

Malheureusement, le conseiller en sécurité nationale McMaster n’a pas encore compris [1] ce simple fait :

STEPHANOPOULOS : Mais votre prédécesseur, Susan Rice, a écrit cette semaine que les États-Unis pouvaient tolérer les armes nucléaires en Corée du Nord de la même manière que nous avons toléré les armes nucléaires en Union soviétique dans une bien plus grande mesure pendant la guerre froide. A-t-elle raison ?

MCMASTER : Non, elle a tort. Comment la théorie classique de la dissuasion pourrait-elle s’appliquer à un régime comme le régime de la Corée du Nord ? Un régime qui fait preuve d’une brutalité indescriptible envers son propre peuple ? Un régime qui constitue une menace permanente pour ses voisins dans la région et qui peut maintenant constituer une menace, une menace directe, pour les États-Unis avec ses armes de destruction massive ? Un régime qui emprisonne et menace quiconque semble s’opposer à lui, y compris les membres de sa propre famille, en utilisant du gaz Sarin dans un aéroport public ?

La dissuasion classique a marché contre l’Union soviétique aussi bien que contre la Chine de Mao. (Et à l’inverse, elle a également marché contre les États-Unis.)

Comme la Corée du Nord, ces deux régimes étaient censément des régimes qui réprimaient brutalement les dissidents internes et menaçaient leurs voisins et les adversaires militaires des États-Unis. S’ils pouvaient être dissuadés, alors la Corée du Nord peut également l’être.

Pour ramener l’équipe Trump à la réalité, la Chine a réaffirmé qu’elle garantirait la sécurité de la Corée du Nord. The Global Times, un porte-parole non officiel du Parti communiste chinois, a écrit[2] dans un éditorial :

« Il faudrait que la Chine précise également que si la Corée du Nord lance, la première, des missiles qui menacent le sol américain, et que les États-Unis ripostent, la Chine restera neutre, » […].

« Mais si les États-Unis et la Corée du Sud se livrent à des frappes préventives et tentent de renverser le régime nord-coréen pour changer le modèle politique de la péninsule coréenne, la Chine les empêchera de le faire ».

Toute guerre non provoquée contre la Corée du Nord deviendrait donc une guerre avec la Chine et personne ne veut sérieusement se lancer dans une telle aventure. La seule voie raisonnable est de négocier un nouvel équilibre entre les intérêts nord-coréens et américains.

Les États-Unis continuent à mener des manœuvres à grande échelle avec la Corée du Sud et à faire voler des bombardiers stratégiques à capacité nucléaire près des frontières nord-coréennes. Cela force l’armée de la Corée du Nord à maintenir un niveau d’alerte élevé et coûteux, pour se prémunir contre de potentielles attaques surprises. L’une des raisons pour laquelle la Corée du Nord a développé l’arme nucléaire est de diminuer la nécessité[3] d’être toujours prêt à se défendre dans une guerre conventionnelle.

La Corée du Nord a offert plusieurs fois de mettre fin à tous ses essais de missiles et d’armes nucléaires si les États-Unis arrêtaient leurs grandes manœuvres près de ses frontières. L’administration Trump a rejeté ses offres, mais la Corée du Nord vient d’augmenter la pression avec ses tests récents.

La semaine dernière, la Corée du Nord a de nouveau offert de limiter ses efforts si les États-Unis mettaient fin à certaines de leurs provocations. Elle a annoncé un éventuel test de quatre missiles en direction de la base des États-Unis sur l’île de Guam. Les bombardiers américains stratégiques qui volent près de la Corée du Nord décollent habituellement de Guam. Peu de personnes[4] ont remarqué que l’annonce[5] était assortie d’une condition et d’une offre :

Les bombardiers stratégiques nucléaires venant de Guam qui volent au-dessus de la Corée du Sud mènent ouvertement des exercices de guerre réelle avec toute la force nécessaire pour frapper les bases stratégiques de la RPDC. Cette situation extrême force la KPA (armée nord-coréenne, ndt) à surveiller constamment Guam, l’avant-poste et la tête de pont des Etats-Unis pour envahir la RPDC, et à prendre les mesures nécessaires, des mesures concrètes de grande envergure, pour empêcher cela.

Dans la matinée du 8 août, les pirates aériens de Guam sont apparus dans le ciel au-dessus de la Corée du Sud pour mettre en scène une série d’exercices simulant une guerre réelle dignes d’un fou furieux.

[Les États-Unis] devraient immédiatement arrêter leurs provocations militaires irresponsables contre la Corée du Nord sinon elle sera obligée de faire un choix militaire inévitable.

En d’autres termes : Arrêtez les vols en provenance de Guam sinon nous allons tester nos missiles en ciblant des zones proches de l’île. Les États-Unis n’ont aucune défense capable de détruire quatre missiles lancés simultanément vers Guam. Si la Corée du Nord mettait sa menace à exécution, les États-Unis perdraient la face. S’ils essayaient d’intercepter les missiles et qu’ils échouaient, ils perdraient encore plus la face. Je suis convaincu que les vols stratégiques des bombardiers de Guam au-dessus de la Corée du Sud cesseront bientôt.

Plusieurs commentateurs ont affirmé que les États-Unis exagéraient les capacités nord-coréennes.

  • Que la confirmation par les services de Renseignements de l’existence de têtes nucléaires miniaturisés en Corée du Nord est un mensonge[6],
  • que les missiles nord-coréens ne sont pas assez puissants[7] pour atteindre les États-Unis
  • que les têtes nucléaires utilisées par la Corée du Nord dans les essais récents ne sont pas suffisamment solides[8] pour protéger leur charge nucléaire en rentrant dans l’atmosphère.

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Le leader nord-coréen Kim Jong-un a été photographié à côté de ce qui semble être une maquette (???) d’une arme nucléaire miniaturisée.

Mais la Corée du Nord a exhibé[9] une tête nucléaire miniaturisée en mars 2016. La portée d’un missile est variable et dépend en grande partie de la taille de la charge utile et du temps de combustion, et l’échec du test[10] du 16 avril 2017 vient de la trajectoire inhabituelle que la Corée du Nord avait choisie pour le test.

Il y a plus de 50% de chance que la Corée du Nord dise la vérité quand elle prétend pouvoir frapper les États-Unis.

Il faut se résoudre à l’évidence et accepter l’idée que la Corée du Nord est désormais un État doté d’armes nucléaires[11] et que ses multiples missiles nucléaires sont en capacité d’atteindre les États-Unis.

Ceux qui disent que les agences de renseignement des États-Unis exagèrent les capacités nord-coréennes mentent probablement. Mais ils ont raison de le faire pour essayer d’empêcher l’administration Trump, le Pentagone et les marchands d’armes d’en profiter pour faire avancer leurs objectifs et/ou leurs intérêts.

Un expert en marketing de défense antimissile a déclaré[12] aujourd’hui que les moteurs des lanceurs de missiles nord-coréens utilisés dans les essais récents ont été achetés dans des usines d’Ukraine ou de Russie. Les propagandistes patentés du New York Times ont repris[13] sa déclaration pour alimenter leur parti-pris anti-russe :

Mr. Elleman n’a pas pu exclure la possibilité qu’une grande entreprise de missiles russes, Energomash, qui a de solides liens avec le complexe ukrainien, ait joué un rôle dans le transfert de la technologie des moteurs RD-250 vers la Corée du Nord. Il a déclaré que les moteurs RD-250 restants pourraient également être stockés dans des entrepôts russes.

Mais les moteurs en question sont d’une taille et d’une force différentes de celles des moteurs R-250 et les événements ne peuvent pas s’être déroulés dans le temps comme ils le prétendent. Le gouvernement ukrainien a nié[14] tout transfert de missiles ou de plans. L’article a été réfuté en l’espace de quelques heures par deux experts éminents[15]. Mais impliquer la Russie, même si c’est saugrenu, est toujours une bonne chose si l’on veut vendre plus d’armes.

Un des dadas du Pentagone est le système de défense antimissile de moyenne portée THAAD qui va maintenant être installé en Corée du Sud. Ceci, alors que le Pentagone est incapable de défendre la Corée du Sud même contre les missiles nord-coréens de courte portée. Le système antimissile cible clairement la Chine.

L’admirateur de Reagan qui règne actuellement à la Maison Blanche pourrait bientôt relancer l’Initiative de défense stratégique[16] de Reagan, surnommée la « guerre des étoiles », lancée en 1984.

L’Initiative incarnait le rêve coûteux et irréaliste des lasers et autres gadgets dans l’espace. Dans le cadre de l’Initiative, les militaires américains ont injecté des centaines de milliards dans un système de défense global contre les missiles balistiques, qui aurait protégé les États-Unis contre les missiles intercontinentaux.

Le programme a été enterré au début des années 1990.

Un des rejetons de la guerre des étoiles a survécu. C’est le National Missile Defense (bouclier anti-missile) avec ses 40 intercepteurs en Alaska et en Californie. Il n’a jamais bien fonctionné et ne fonctionnera probablement jamais bien. Si le bouclier fonctionnait comme promis, il n’y aurait aucune raison de craindre les missiles intercontinentaux nord-coréens. La défense antimissile est en grande partie un moyen frauduleux[17] de transférer des milliards de dollars des contribuables américains à divers conglomérats de fabricants d’armes.

Je m’attends à ce que la « menace » nord-coréenne soit bientôt utilisée pour lancer « Initiative de défense stratégique – Suite », dans un nouvel effort pour militariser l’espace en jetant des milliards de dollars dans des projets de « défense » futuristes complètement inutiles.

Cela consolera le Pentagone des succès que la Corée du Nord vient de remporter en dépit des décennies de tentatives étasuniennes pour la soumettre.

Moon of Alabama

LIENS[]

  1. http://abcnews.go.com/Politics/week-transcript-13-17-lt-gen-mcmaster-anthony/story?id=49177024
  2. http://www.atimes.com/article/china-neutral-north-korea-attacks-us-global-times/
  3. http://www.moonofalabama.org/2017/04/the-reason-behind-north-koreas-nuclear-program-and-its-offer-to-end-it.html
  4. https://nucleardiner.wordpress.com/2017/08/11/north-korea-reaches-out/
  5. http://www.nkleadershipwatch.org/2017/08/09/kpa-strategic-force-issues-statement/
  6. http://www.atimes.com/article/north-korea-fire-fury-fear/
  7. http://thebulletin.org/north-korea%E2%80%99s-%E2%80%9Cnot-quite%E2%80%9D-icbm-can%E2%80%99t-hit-lower-48-states11012
  8. http://www.businessinsider.de/north-korea-icbm-launch-reentry-vehicle-failure-2017-7?r=US&IR=T
  9. http://www.popularmechanics.com/military/weapons/news/a19855/north-korea-unveils-miniaturized-nuclear-warhead/
  10. http://thediplomat.com/2017/08/us-intelligence-north-koreas-icbm-reentry-vehicles-are-likely-good-enough-to-hit-the-continental-us/
  11. http://www.moonofalabama.org/2017/08/stop-the-bluster-north-korea-is-a-nuclear-weapon-state.html
  12. http://www.iiss.org/en/iiss%20voices/blogsections/iiss-voices-2017-adeb/august-2b48/north-korea-icbm-success-3abb#.WZF4QCG9rns.twitter
  13. https://www.nytimes.com/2017/08/14/world/asia/north-korea-missiles-ukraine-factory.html
  14. http://www.rnbo.gov.ua/en/news/2856.html
  15. https://www.washingtonpost.com/amphtml/world/national-security/the-secret-to-kims-success-some-experts-see-russian-echoes-in-north-koreas-missiles-advances/2017/07/08/5d4f5fca-6364-11e7-a4f7-af34fc1d9d39_story.html et https://twitter.com/ArmsControlWonk/status/897096520314437632
  16. https://en.wikipedia.org/wiki/Strategic_Defense_Initiative
  17. http://www.atimes.com/north-korea-fraud-missile-defense/

sources »» http://www.moonofalabama.org/2017/08/north-korea-and-the-remake-of-rea…
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https://www.legrandsoir.info/le-battage-mediatique-contre-la-coree-du-nord-a-t-il-pour-but-de-relancer-la-guerre-des-etoiles-de-reagan.html

2 – La Russie «ennemie des États-Unis d’Amérique» …

Publié le 13 août 2017 par Editeur

Vice-président de l’Association des diplomates russes Andrei Baklanov a commenté la décision du Pentagone de lancer la production de missiles de moyenne portée. Il a également indiqué que d’ autres décisions graves, bien plus importantes que toutes les sanctions, sont prises «tranquillement» aux États-Unis.

Le Congrès américain prépare actuellement un projet de loi pour relancer la production de missiles à moyenne portée, en violation du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (Traité INF), sous le prétexte que Moscou a violé cet accord.

– A votre avis, si les américains se retirent du traité INF, de quoi devrons-nous avoir peur? Est-il possible de voir des missiles à courte et moyenne portée dans les pays baltes ou en Ukraine, ou peut-être, en Géorgie?

  • Il y a une notion de menace militaire. Elle vient actuellement de notre ennemi potentiel – les États-Unis d’Amérique. Et avec l’expansion de l’OTAN vers l’est, nous sommes concernés et inquiets.

 

Mais il y a quelque chose d’encore plus dangereux, c’est la mise en place de systèmes de missiles nucléaires proches de notre territoire.

Maintenant, nous retrouvons une situation qui se pose pour la troisième fois, en ce qui concerne la présence d’armes nucléaires à nos frontières.

1- La première fois dans les années 1958-1961, quand les américains en ont placé en Turquie et ont commencé à en mettre en place en Italie. Le temps de vol des missiles s’est réduit de 35 minutes à 10-12 minutes.

Nous avons répondu en en déployant à Cuba. Nous avons donc fait ressentir aux américains combien il était inquiétant pour nous d’avoir des missiles à une dizaine de minutes de vol.

Après cette crise s’est réglée, les américains ont retiré leurs missiles, nous avons retiré les nôtres.

2 – Ce genre de situation est apparu à nouveau une seconde fois au début des années 1980.

Il y a eu de longues négociations très complexes et finalement en 1987 nous avons détruit 1800 missiles, les américains en ont détruit 800 et ont annulé leurs plans de déploiement. C’était une sorte d’échange. Nous avons détruit ce que nous avions, et ils annulaient leurs plans d’expansion. C’était plus profitable bien sûr pour les États-Unis, mais nous avions le plus important pour nous, éviter d’avoir leurs missiles à nos frontières.

3 – Aujourd’hui il est possible que ce problème de déploiement de missiles nucléaires à moyenne portée à nos frontières se pose à nouveau, et ceci change radicalement la situation militaire stratégique.

Parfois, je vois dans la presse: «Bah, rien de grave.» Non, c’est une chose très dangereuse. Si, par exemple, ils sont déployés dans un pays, l’ Ukraine, alors ce n’est plus une crise ukrainienne mais une menace directe pour nos intérêts nationaux, dans le sens le plus direct du terme. Et nous devrons réagir avec force à ce genre de danger à nos frontières.

– Quel genre de réaction devrait-il y avoir, dans ce cas hypothétique?

  • Militaire. Militaire et politique. A peu près du même genre qu’en 1958-1961 dans la crise de Cuba.

Donc retourner à Cuba et y déployer des missiles?

Pas nécessairement à Cuba. Nous avons des forces navales, il y a d’autres d’options.

– La technologie a fait un bond en avant depuis.

Oui et je ne peux pas en parler actuellement, mais de nouvelles options ont été mises au point depuis la crise de Cuba. Nous avons beaucoup de possibilités. Et dans des situations extrêmes, il faut se comporter avec les américains de manière très stricte. Dans le cas contraire, ils vont en profiter, et nous ne pouvons pas nous permettre de placer notre propre territoire sous ce genre de menace.

– On sait également que le système de défense antimissile, qui est maintenant disponible en Europe de l’ Est, peut être rapidement converti en système de lancement de ce type de missile à intermédiaire et courte portée. En cas de sortie des américains du traite INF, ce système pourra donc être adapté à cette fin.

Il y a plusieurs aspects à la défense antimissile. Le premier est politique et psychologique. Le fait que des armes américaines soient dans un pays, etc.

Le second aspect est la question de «vulnérabilité-invulnérabilité» dans le cas de représailles. Par conséquent, il fait partie intégrante des armes stratégiques dirigées contre nous.

Troisièmement, nous cherchons à supprimer les systèmes militaires à nos frontières. Mais ces dernières années c’est le processus inverse, car ils s’approchent de nos frontières depuis des décennies. Il faut, bien sûr, mettre une barrière, parce qu’ensuite c’est Moscou, et nous n’avons donc rien à céder.

– Il est intéressant de constater que c’est le Congrès qui lance le mouvement. Or, selon la loi, le président peut décider de se retirer de tout traité. Et ici le Congrès insiste. Qu’est-ce que cela signifie?

Cela montre que, d’une part, le complexe militaro-industriel est retourné à une position rigide et prend de plus en plus le dessus sur les autorités. Et cela est un facteur dont nous devons maintenant tenir compte et il faut nous adapter en vue d’une confrontation plus difficile.

Il [le complexe militaro-industriel] prend des décisions dans la majorité des plans militaire et politico-militaire. En outre, aux États-Unis, tout ce qu’il se passe d’important est traité dans les journaux. Or en ce moment, tout le monde parle de sanctions. Avec tout le respect dû aux sanctions (c’est bien sur une question importante)autre chose est beaucoup plus important.

Le 21 juillet a été tranquillement adopté, en toute discrétion, une directive américaine, qui a été soutenue par toutes les structures du pouvoir.

Selon cette directive dans un délai de neuf mois sera établi un inventaire très complet des capacités militaires, des forces nucléaires, et de la capacité de production industrielle des États-Unis. A la suite de quoi ils vont tirer des conclusions sur la façon de promouvoir la course aux armements. Ceci est très grave.

D’autre part, le nom de la loi adoptée par le Congrès. Ya t’il le mot «sanctions»? Non . Il y a le mot «ennemis» dans le titre « réactions aux «ennemis des Etats-Unis d’Amérique» ». Ceci est très grave.

Ils nous ont donc déclaré officiellement, noir sur blanc, non pas de partenaires, mais d’ennemis sur les plans politique et militaire. Et ceci est dangereux.



3 – L’impératif nucléaire français

2017.08.16 Tir de missile M51 par un SNLE © DGA 20130803152433_s3

Publié par Jean-Bernard PINATEL, le 13 Août 2017, dans Analyses, Défense-Armées

A l’heure où six militaires de l’opération sentinelle ont été blessés par une voiture bélier pilotée par un terroriste islamique, où nos armées sont engagées sur plusieurs théâtres d’opérations contre les tenants d’un Islam radical, où les crédits militaires en 2016 ont été rognés par rapport aux engagements pris de près de 1,5 milliards par le gouvernement actuel et où notre armée et ses matériels sont à bout de souffle, la crise nord-coréenne attire notre attention sur le risque nucléaire à l’autre bout du monde.

En effet, la tentation est grande, face à la menace terroriste immédiate de concentrer nos efforts financiers sur nos forces classiques remettant à plus tard la modernisation de notre force de dissuasion nucléaire. Il est donc essentiel de se demander si cette option est-elle envisageable sans risque pour la sécurité des français ?

Ma réponse est claire et s’appuie sur le travail de plus d’un an mené avec un groupe d’experts dans le cadre de la récente campagne présidentielle au service du projet de François Fillon.

La dissuasion nucléaire avec ses deux composantes sous-marine et aérienne reste le socle de notre défense nationale.

Sa crédibilité repose sur une constante modernisation, notamment dans les deux domaines de la furtivité et de la capacité de pénétration des défenses anti-balistiques adverses. Les technologies à développer ainsi que renouvellement de nos vecteurs et en particulier des SNLE à partir de 2030 vont requérir dès 2019 un effort croissant de recherche et de développement qui va mobiliser un pourcentage croissant dans le budget de la Défense.

Mais pour satisfaire ces deux impératifs, protéger les français aujourd’hui et préparer leur sécurité ’ de demain, l’objectif de 2% du PIB qui a fait consensus chez tous les candidats à la présidentielle doit être atteint en 2023 et non 2025 comme l’a promis le Président de la République.

Car si nous n’augmentons pas effectivement le budget des Armées de 2 milliards chaque année à partir de 2018, non seulement nous ne pourrons pas rattraper le retard d’équipement de nos forces classiques et maintenir un niveau élevé d’engagement opérationnel, mais aussi nous mettrons en danger la crédibilité de notre dissuasion nucléaire qui reste l’ultime protection de nos intérêts vitaux, c’est-à-dire de la sanctuarisation de notre territoire national.

Il est en effet impossible de prévoir à un horizon de 10 à 15 ans si nous n’aurons pas à nos frontières un État islamique doté d’armes nucléaires qui pratiquera un chantage encore plus radical que celui actuellement conduit par Kim Jung Un.

N’oublions pas qu’aujourd’hui l’État pakistanais est un État nucléaire et se bat au quotidien contre l’islam radical qui a causé dans ce pays [1] la mort de 21.882 civils et 6787 membres des forces de l’ordre entre 2003 et 2017.

Baisser la garde nucléaire qui est un effort de long terme face à la menace immédiate actuelle serait irresponsable. C’est pour cette raison que la Défense Nationale ne doit pas être la variable d’ajustement de la mauvaise gestion par l’État de la dépense publique.


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

Jean-Bernard Pinatel
Général (2S) et dirigeant d’entreprise, Jean-Bernard Pinatel est un expert reconnu des questions géopolitiques et d’intelligence économique.
Il est l’auteur de Carnet de Guerres et de crises, paru aux éditions Lavauzelle en 2014.
Auteur de « Histoire de l’Islam radical et de ceux qui s’en servent », Lavauzelle, Mai 2017

[1] Fatalities in Terrorist Violence in Pakistan 2003-2017


source/http://www.geopolitique-geostrategie.fr/jean-bernard-pinatel/analyses

3 – Nouvelle crise des missiles – mais où en est la France en matière de dissuasion nucléaire et que doit-elle apprendre du cas nord-coréen ?

2017.08.16 Le missile nucléaire ASMP français 11471

Par une nouvelle déclaration sur twitter, Donald Trump a pu indiquer « Mon premier ordre en tant que Président a été de rénover et de moderniser notre arsenal nucléaire. Il est aujourd’hui plus fort et plus puissant que jamais ».

Alors que l’escalade bat son plein entre Pyongyang et Washington, quel point peut on faire sur les capacités françaises en la matière ? Quel est l’état de la force de dissuasion française.?

Le Président Trump en déclarant dans un tweet : « Mon premier ordre en tant que Président a été de rénover et de moderniser notre arsenal nucléaire. Il est aujourd’hui plus fort et plus puissant que jamais » démontre une fois de plus qu’il n’est pas sérieux. En effet une décision de ce type pour qu’elle commence à se concrétiser significativement sur le terrain demande au moins dix ans.

En France, quels qu’aient été les Présidents de la République, aucun n’a remis en cause le fait que la dissuasion nucléaire est le socle sur lequel est bâtie notre défense.

Pour tous les responsables français il s’est agi de maintenir en permanence une capacité de seconde frappe à un niveau tel que le bénéfice que pourrait retirer un ennemi qui frapperait en premier notre pays serait inférieur aux pertes que notre capacité de seconde frappe (c’est-à-dire notre riposte à son agression) lui causerait.

Pour ce faire les actions à réaliser et les dépenses à consentir sont planifiées non pas sur 6 ans comme dans la Loi de Programmation militaire pour le reste des équipements militaires, mais sur les trente prochaines années.

C’est ainsi que l’on sait qu’il va falloir accroitre le pourcentage consacré à la dissuasion nucléaire dans les dépenses de défense dès 2018-2019 si l’on veut qu’en 2030 nous soyons toujours dissuasifs vis à vis de tout adversaire potentiel,qu’il soit une superpuissance ou un Etat voyou.

Quelles sont les leçons à tirer de la crise actuelle ? La France se doit-elle de renforcer ses capacités dans un monde ou, après la Corée du Nord, d’autres pourraient nourrir la même ambition ? En quoi le fait nouveau, qu’un seul pays membre de l’Union européenne soit détenteur de la force de dissuasion, peut-il également plaider en ce sens ?

La crise actuelle, à mon avis, n’est qu’une gesticulation verbale initiée par le Président Trump dans un but de politique intérieure. En revanche, il est certain que l’existence de capacités nucléaires et balistiques aux mains d’un régime autocratique comme celui de la Corée du Nord peut inquiéter ses voisins les plus proches et notamment la Corée du Sud et le Japon.

Pour la France, la seule leçon à en tirer est que la dissuasion nucléaire fonctionne.

Car si la Corée du Nord proférait de telles menaces sans posséder des capacités nucléaires, rien n’empêcherait les États-Unis de détruire ses capacités balistiques car le risque pour eux serait quasi nul et très minime pour leurs alliés coréen et japonais.

Par ailleurs, nos capacités nucléaires sont ajustées par rapport à l’enjeu que la France représente pour un adversaire potentiel. Elles ne peuvent constituer aucunement une protection pour les autres pays européens. Et même si elles étaient de taille supérieure, elles ne pourraient avoir un effet dissuasif que très limité pour nos voisins. En effet, hypothèse d’école, croyez-vous qu’un Président de la République française riposterait par une frappe nucléaire contre Moscou si d’aventure la Russie envahissait l’Ukraine ? La dissuasion nucléaire ne peut protéger que nos intérêts vitaux.

Quels seraient les efforts à fournir pour parvenir à ce que la France dispose d’un outil de premier plan ?

Répondre à votre question c’est poser le problème de l’effort de défense. Si nous voulons

  • d’une part maintenir un engagement opérationnel extérieur du même niveau qu’actuellement tout en poursuivant l’opération sentinelle à hauteur de 7000 hommes
  • et, simultanément, rattraper le retard dans la modernisation des équipements de nos forces armées classiques
  • et, d’autre part, maintenir la crédibilité de notre force de dissuasion nucléaire en lançant lancer dès 2018 les dépenses de recherche développement nécessaires,

il faudrait à partir de 2018 rajouter 2 milliards de plus chaque année au budget des armées voté pour 2017 .

Cela conduirait à un effort supplémentaire de 42 Milliards entre 2018 et 2023 et permettrait d’atteindre un budget militaire de 45 milliards hors pensions en 2023.

Ce qui signifie se fixer un objectif d’atteindre les 2% du PIB en 2023 et non en 2025.

Si nous refusons de faire cet effort nous ferons ce que le comte de Guibert, penseur militaire, disait à Louis XVI qui voulait pas faire un effort suffisant pour son armée: « ce qu’il y a de plus cher et de plus onéreux c’est d’avoir une demi-armée car avec cela on n’est jamais au niveau de sa politique, ni de son rang ni du rôle qu’on doit jouer et toute dépense qui est insuffisante est celle qu’il faut vraiment regretter. »


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL

2017.08.16 Succes-du-1er-tir-de-missile-nucleaire-francais-M51


source/ http://www.geopolitique-geostrategie.fr/nouvelle-crise-des-missiles-mais-ou-en-est-la-france-en-matiere-de-dissuasion-nucleaire-et-que-doit-elle-apprendre-du-cas-nord-coreen-55312