2043 – Extrême-Orient russe & Qui sont les Asiatiques de Russie?

1-Extrême-Orient russe: comment la Russie a t-elle conquis cet immense territoire?

2- Qui sont les Asiatiques de Russie?

2017.04.10 Formation de l'Empire russe


1-Extrême-Orient russe: comment la Russie a t-elle conquis cet immense territoire?
Récits des premières expéditions en Iakoutie, en Tchoukotka et au Kamtchatka, à la recherche d’ivoire de morse et de fourrure.
Par RBTH

Crédit : Nicolaes WitsenCrédit : Nicolaes Witsen

Au début du XVIIe siècle, la Russie émergeait tout juste du Temps des Troubles, les invasions polonaises commençant à se faire plus rares et l’anarchie générale touchant à sa fin. En 1613, Mikhaïl Romanov recevait le titre de tsar, ce qui marqua l’avènement de la dynastie des Romanov. Cette lignée continuera de diriger le pays jusqu’à la Révolution russe de 1917, qui fut le théâtre du meurtre du tsar Nicolas II et de sa famille.

Au cours du premier siècle du règne des Romanov, les explorateurs russes entreprirent de lointains voyages vers l’inconnu, en direction de territoires portant le nom de Kamtchatka, Sakhaline, îles Kouriles et encore bien d’autres terres situées à l’est.

La Iakoutie et le fleuve Léna

Crédit : Stepan ZharkyCrédit : Stepan Zharky

En 1619, après avoir parcouru plus de 2 000 kilomètres, un groupe de soldats atteignit le fleuve Ienisseï et y établit la première colonie russe de la région. La même année, un prisonnier d’une tribu evenk les informa de l’existence d’un autre grand fleuve situé à 1 000 km de là.

Sept ans s’écoulèrent avant que les Russes ne finissent par trouver ce fameux fleuve, la Léna. En réalité, c’est un groupe d’explorateurs composé d’industriels volontaires, menés par Panteleï Pyanda, qui fut le premier à fouler les terres de Iakoutie, après un périple de trois ans depuis le Ienisseï.

En 1628, deux ans après Pyanda, une unité de streltsy, un corps militaire russe, dirigée par l’officier Vassili Bougor, fit la découverte d’une voie bien plus pratique pour rejoindre la Léna, ce qui rendit cette zone plus accessible pour les Russes souhaitant s’y installer. Bientôt sur ses berges fut construite une forteresse, que l’on pense être à l’origine de la ville actuelle de Iakoutsk.

Les explorateurs étaient attirés vers ces contrées reculées et dangereuses par la fourrure noire de la zibeline de Sibérie, qui s’était imposée comme l’un des biens les plus précieux et les plus exportés de Russie.

Le fleuve Amour et l’océan Pacifique

Crédit : Stepan ZharkyCrédit : Stepan Zharky

Depuis la forteresse de bois de Iakoutsk, des expéditions commencèrent à être entreprises encore plus à l’est, sur les rivages des océans Arctique et Pacifique.

En 1639, un groupe de Cosaques, à la tête duquel se trouvait Ivan Moskvine, navigua 800 kilomètres jusqu’à la confluence de la Léna. Ils poursuivirent leur voyage à contre-courant durant huit semaines, jusqu’à atteindre la mer d’Okhotsk. Ils y fondèrent la première colonie russe de la région, située au nord de ce qui est à présent la région de Khabarovsk, à l’embouchure de la rivière Oulia (5 640 kilomètres de Moscou).

L’exploration de l’Extrême-Orient

Les explorateurs russes furent choqués de trouver un « poisson qui n’existe pas dans les fleuves de Russie », comme ils le décrivirent à leurs supérieurs. Il s’avéra plus tard qu’il s’agissait du saumon du Pacifique. Grâce au peuple autochtone des Evenks, ils apprirent également que quelque part au sud se trouvait un autre fleuve immense. Mais ce n’est qu’en 1640, après avoir navigué près de 1 000 km le long du littoral de la mer d’Okhotsk, qu’ils atteignirent l’estuaire du fleuve Amour.

Néanmoins, le premier établissement russe sur ce cours d’eau n’apparut qu’en 1651, lorsqu’il fut implanté par Ierofeï Khabarov, dont la ville de Khabarovsk hérita le nom. La forteresse d’Albazin érigée à cet endroit sera par ailleurs le lieu de nombreuses attaques perpétrées par les tribus mandchoues.

En 1642, un groupe de 133 Cosaques, différent de celui mené par Moskvine, partit de Iakoutsk en quête du fleuve Amour. Ils étaient dirigés par Vassili Poïarkov, qui avait entendu qu’en suivant ce cours d’eau, quelqu’un avait pu rejoindre la Chine. Ils naviguèrent donc sur l’Amour jusqu’à en atteindre l’embouchure. C’est là que le peuple autochtone des Aïnous leur signala l’existence de l’île de Sakhaline, qui était selon eux habitée par des « personnes poilues ».

Au final, seulement 20 membres de l’expédition de Poïarkov parvinrent à regagner Iakoutsk en vie.

La Kolyma et la Tchoukotka

Crédit : Stepan ZharkyCrédit : Stepan Zharky

La même année, en 1642, un autre groupe, mené par Mikhaïl Stadoukhine, quitta Iakoutsk pour se lancer à la recherche du fleuve Amour. Mais c’est un autre cour d’eau qu’ils découvrirent à la place, la Kolyma. Ils parcoururent plus de 1 000 kilomètres et passèrent notamment par un territoire où l’on trouve aujourd’hui le village d’Oïmiakon. Il s’agit de l’un des lieux les plus froids de la planète avec, en hiver, des températures pouvant parfois descendre en dessous de –70° Celsius.

Stadoukhine établit une petite forteresse sur les berges de la Kolyma qu’il laissa à la charge d’un dénommé Semion Dejnev. Cet homme deviendra plus tard l’un des plus célèbres pionniers et explorateurs russes, connu pour avoir été le premier à atteindre la Tchoukotka et à naviguer sur le détroit séparant l’Asie de l’Amérique. D’ailleurs, le point le plus à l’est de l’Eurasie fut baptisé Cap Dejnev en son honneur.

En juillet 1648, Dejnev atteignit ce qu’il appela la « mer de Glace » (l’océan Arctique) alors qu’il était à la recherche d’ivoire de morse et de fourrure. Les violentes tempêtes détruisirent trois des sept navires de Dejnev, mais ceux qui survécurent purent rejoindre la Tchoukotka. Les explorateurs découvrirent le peuple esquimau, qui vivait ici, et le surnommèrent « le peuple denté » en raison des dents de morses que ses membres portaient.

Le temps que Dejnev gagne le fleuve Anadyr, les deux tiers de son équipe avait péri, et seuls 25 d’entre eux en sortirent sains et saufs. Ils passèrent les 20 jours suivants à marcher à travers les montagnes, affamés, sans route ou population à l’horizon. Ils furent les premiers à atteindre la Tchoukotka.

Le Kamtchatka et les îles Kouriles

Crédit : Stepan ZharkyCrédit : Stepan Zharky

Stadoukhine, qui avait découvert le fleuve Kolyma, devint aussi le premier Russe à apercevoir les montagnes du Kamtchatka, bien que seulement de loin, alors qu’il explorait le littoral de la mer d’Okhotsk en 1651.

Le premier homme à avoir foulé ces terres fut en réalité Ivan Kamtchatka, un Cosaque et marchand de Sibérie, venu des rives du Ienisseï. C’est de son nom que seront baptisées ces montagnes. En 1658, il navigua vers les côtes nord de la mer d’Okhotsk, à la recherche d’ivoire de morse. Tout ce qu’il trouva, ce sont des perles de rivière, mais il apprit des locaux qu’un cours d’eau important se trouvait plus au sud. Ce n’est que plus tard que le fleuve fut à son tour nommé Kamtchatka, et d’ailleurs la péninsule toute entière en vînt à porter son nom.

L’identité du premier Russe à avoir accosté sur les îles Kouriles, s’étirant de la Russie au Japon, est encore floue. Néanmoins, le premier à avoir cherché et décrit ces îles fut Ivan Kozyravski. Il arriva dans l’archipel accompagné d’un groupe de Cosaques et d’habitants du Kamtchatka. Lui et son équipe explorèrent la région de 1711 à 1713 tout en traçant des cartes des îles.


SOURCE/ https://fr.rbth.com/art/histoire/2017/07/30/extreme-orient-russe-comment-la-russie-a-t-elle-conquis-cet-immense-territoire_813332


2- Qui sont les Asiatiques de Russie?

19 juin 2017 Aïjan Kazak
La diversité ethnique de la Russie surprend souvent les touristes, qui s’attendent à visiter un pays plus homogène. Au sein de ses 147 millions d’habitants, on dénombre plus de 190 groupes ethniques différents, tels que les Russes, qui constituent 78% de la population et les Kètes, peuple de Sibérie dépassant à peine le millier d’individus. La plupart des Russes ethniques sont d’apparence européenne, néanmoins, nombreux sont les citoyens de la fédération à pouvoir être qualifiés d’asiatiques.
Crédit : Getty ImagesCrédit : Getty Images

Avant tout, qu’est-ce qu’un Asiatique ?

Selon Egor Kitov, chercheur au Centre d’anthropologie physique de l’Académie des sciences de Moscou, la notion d’« asiatique » dans le contexte russe diffère grandement en fonction des facteurs pris en considération. Ainsi, peuvent rentrer en jeu la situation géographique d’une population, la majeure partie de la fédération se trouvant en Asie, mais également le sentiment d’auto-identification basé sur des aspects culturels et linguistiques. Ce terme pourrait aussi désigner simplement toute personne de type mongoloïde, ce qui engloberait des populations telles que les Kalmoukes, les Evenks, Youkaguirs, Bouriates, Touvains, etc., mais là aussi, être catégorique semble impossible.

« Le territoire de la Russie contemporaine comprend au moins deux types de population: les Caucasiens et les Mongoloïdes », or, après plusieurs siècles de cohabitation, ils se sont mélangés dans des proportions diverses, explique en effet Kitov.

Ilya Perevoztchikov, professeur et auteur du principal manuel d’anthropologie utilisé par les étudiants russes, rejoint cet avis. Lors d’un entretien avec RBTH, il a, pour illustrer la confusion que suscite le terme « asiatique », pris en exemple les Tatars et les Kazakhs. Il s’avère que ces deux peuples sont d’apparence asiatique mais possèdent des origines diverses, à la fois caucasiennes et mongoloïdes. Le type et l’ethnie ne sont aucunement connectés, le type étant un concept biologique et l’ethnie uniquement une notion sociale, précise-t-il. Aussi, si les recensements gouvernementaux effectués en Russie classent la population en fonction de l’ethnie, il est difficile de décider objectivement lesquelles peuvent être qualifiées d’asiatiques.

Combien d’Asiatiques vivent en Russie ?

Selon le recensement russe de 2010, le pays compte 193 ethnies.

 

La Russie compterait ainsi 9,5 millions d’habitants que l’on pourrait qualifier d’asiatiques, soit 6,5% de la population fédérale. À titre de comparaison, selon le Pew Research Center, les Asiatiques représenteraient 5,8% de la population des États-Unis. La majeure partie des Asiatiques de Russie vivent en zone rurale, les seules communautés asiatiques à être largement urbanisées étant les Coréens, les Tatars, les Ouzbeks et les Kirghizes. En outre, les statistiques montrent que les femmes sont majoritaires au sein des ethnies asiatiques, ce qui est en adéquation avec la tendance générale du pays. Néanmoins, de nombreux peuples autochtones du Grand Nord et de l’Extrême-Orient russes, tels que les Tchouktches et les Aléoutes, ne sont, bien que de type mongoloïde, pas comptabilisés en raison de leur population très réduite ou en déclin.

Le gouvernement russe a cependant entrepris des mesures visant à préserver la culture et les traditions de ces populations, apportant son soutien aux associations locales et leur accordant plus d’autonomie dans divers domaines.

Aussi, la Constitution russe garantie le droit des républiques de la Fédération à choisir leurs propres langues officielles, en plus du russe, et de créer les conditions nécessaires à leur enseignement et à leur développement. Le gouvernement russe a par ailleurs créé une Agence fédérale aux Affaires ethniques.

Néanmoins, nombreux sont les représentants des peuples asiatiques des républiques de Russie à migrer vers Moscou ou d’autres centres économiques de l’Ouest du pays. En 2013, plus d’un demi-million de migrants internes se sont ainsi installés dans la partie européenne du pays.

Des origines diverses

Chamil, 20 ans, originaire du Tatarstan. Crédit : Aïjan Kazak Crédit : Aïjan Kazak

Chamil, 20 ans, originaire du Tatarstan

De nombreuses ethnies asiatiques ont une histoire assez floue, ce qui rend l’étude de leurs origines difficile pour les chercheurs contemporains. Les Bouriates, par exemple, sont les descendants de tribus sibériennes et mongoles, qui se sont probablement installés ultérieurement sur les rives du lac Baïkal et dans l’actuelle république de Bouriatie. La première mention connue de ce peuple se trouve dans « L’histoire des Mongols », la plus ancienne œuvre littéraire en langue mongole ayant survécu, datant de la fin du XIIIème siècle.
L’histoire des Kalmouks est également étroitement liée à une tribu mongole, les Oïrats. Les premiers écrits touvains y font référence sous le nom de « Dingling ».

De leur côté, les Tatars et les Kazakhs partagent des racines communes et parlent des langues turques. On pense que les Yakoutes, Bachkirs, Ouzbeks et Kirghizes descendent aussi des populations turques natives d’Asie centrale.
De nombreuses communautés coréennes de Russie ont pu établir leur arbre généalogique, remontant jusqu’aux Coréens ayant vécu dans l’Extrême-Orient russe à la fin du XIXe siècle. Beaucoup d’entre eux avaient en effet quitté leur pays d’origine en raison de la pauvreté, et s’étaient rapidement adaptés aux conditions de vie dans les confins de la Russie, s’y établissant pour cultiver ces vastes étendues inhabitées. Dans les années 1930, l’Union soviétique déporta la plupart d’entre eux vers les pays d’Asie centrale, où ils résident encore aujourd’hui.

Témoignages

Irina Kravtchenko, 22 ans, est d'origine kalmouke, seule peuple bouddhiste et de type asiatique d’Europe.   « Russe » est tout de même un indicateur ethnique, alors me qualifier de Russe, je ne le peux pas. Dans ma famille, tous sont Kalmoukes, sauf mon grand-père, qui est Ukrainien. Je porte son nom, mais ceci-dit je me considère comme Kalmouke. C'est ma nationalité, j'ai grandi en Kalmoukie et on m'a éduquée en essayant de suivre les traditions et coutumes kalmoukes. Dès notre enfance nous avons étudié la langue kalmouke, l'histoire de notre peuple, sa littérature. Préserver notre culture et nos traditions a été difficile pour nous, surtout durant la déportation (En 1943 et 1944 les Kalmoukes furent déportés vers la Sibérie, l'Altaï et l'Asie centrale, ndlr). Alors depuis notre plus jeune âge, ma sœur et moi avons appris à ne pas oublier nos racines et à respecter notre culture maternelle. Mais à côté de cela, je suis de citoyenneté russe, la Russie est ma patrie.   Notre peuple vit sur le territoire russe depuis plus de 400 ans, ce qui a eu une influence considérable sur notre culture et notre quotidien. Nous parlons aussi russe, mangeons de la nourriture russe, célébrons le Nouvel an, Maslenitsa et Pâques. Notre mode de vie et notre mentalité sont à présent très semblables. Mais en tant que représentants d'une autre nationalité, les Kalmoukes se distinguent des Russes tant par leur apparence que par leur culture : nous avons nos propres fêtes nationales, notre cuisine, nos croyances. La religion aussi est différente : nous sommes de confession bouddhiste.     Les Kalmouks se distinguent également sûrement par leur authenticité. Nous sommes un peuple nomade, du coup notre cuisine, notre architecture, notre art, nos costumes nationaux etc., sont très caractéristiques. Aussi, nous vivons dans la partie européenne de la Russie, notre mode de vie diffère donc à un certain degré de celui que l'on trouve en Asie. Néanmoins, malgré le fait que les Kalmoukes soient un peuple d'Europe, nous sommes bien des Asiatiques, et nous sommes d'ailleurs par là même le seul peuple asiatique d'Europe.   Beaucoup de Kalmouks, surtout chez les jeunes, partent s'installer dans les grandes villes pour étudier ou travailler, et certains y restent. Ceci dit, presque tous s'efforcent de revenir dans leur « petite patrie » pendant les fêtes ou les vacances. Je pense donc que parmi les Kalmouks peu nombreux sont ceux qui oublient leurs racines. Mais je suppose que si l'on passe toute sa vie loin de sa terre natale, c'est tout-à-fait possible. Aïjan KazakIrina Kravtchenko, 22 ans, est d’origine kalmouke, seule peuple bouddhiste et de type asiatique d’Europe.

« Russe » est tout de même un indicateur ethnique, alors me qualifier de Russe, je ne le peux pas. Dans ma famille, tous sont Kalmoukes, sauf mon grand-père, qui est Ukrainien. Je porte son nom, mais ceci-dit je me considère comme Kalmouke. C’est ma nationalité, j’ai grandi en Kalmoukie et on m’a éduquée en essayant de suivre les traditions et coutumes kalmoukes. Dès notre enfance nous avons étudié la langue kalmouke, l’histoire de notre peuple, sa littérature. Préserver notre culture et nos traditions a été difficile pour nous, surtout durant la déportation (En 1943 et 1944 les Kalmoukes furent déportés vers la Sibérie, l’Altaï et l’Asie centrale, ndlr). Alors depuis notre plus jeune âge, ma sœur et moi avons appris à ne pas oublier nos racines et à respecter notre culture maternelle. Mais à côté de cela, je suis de citoyenneté russe, la Russie est ma patrie.

Notre peuple vit sur le territoire russe depuis plus de 400 ans, ce qui a eu une influence considérable sur notre culture et notre quotidien. Nous parlons aussi russe, mangeons de la nourriture russe, célébrons le Nouvel an, Maslenitsa et Pâques. Notre mode de vie et notre mentalité sont à présent très semblables. Mais en tant que représentants d’une autre nationalité, les Kalmoukes se distinguent des Russes tant par leur apparence que par leur culture : nous avons nos propres fêtes nationales, notre cuisine, nos croyances. La religion aussi est différente : nous sommes de confession bouddhiste.  

Les Kalmouks se distinguent également sûrement par leur authenticité. Nous sommes un peuple nomade, du coup notre cuisine, notre architecture, notre art, nos costumes nationaux etc., sont très caractéristiques. Aussi, nous vivons dans la partie européenne de la Russie, notre mode de vie diffère donc à un certain degré de celui que l’on trouve en Asie. Néanmoins, malgré le fait que les Kalmoukes soient un peuple d’Europe, nous sommes bien des Asiatiques, et nous sommes d’ailleurs par là même le seul peuple asiatique d’Europe.

Beaucoup de Kalmouks, surtout chez les jeunes, partent s’installer dans les grandes villes pour étudier ou travailler, et certains y restent. Ceci dit, presque tous s’efforcent de revenir dans leur « petite patrie » pendant les fêtes ou les vacances. Je pense donc que parmi les Kalmouks peu nombreux sont ceux qui oublient leurs racines. Mais je suppose que si l’on passe toute sa vie loin de sa terre natale, c’est tout-à-fait possible.

Emile Zalilov a 21 ans et est originaire de Bachkirie, une république de 4 millions d'habitants située non loin de la frontière avec le Kazakhstan.   Je me considère comme Bachkir. C'est étrange de se dire Russe lorsque l'on a une autre ethnie. Néanmoins ma langue maternelle est le russe, je ne connais pratiquement pas le bachkir. Mon père le maîtrise mieux, mais ne le parle pas particulièrement bien non plus. Je ne me suis par contre jamais considéré comme musulman, à l'image de mon père et de ma mère, cette dernière étant d'ailleurs orthodoxe. Je n'avais pas de motif particulier de me sentir Bachkir, on m'a simplement expliqué depuis mon enfance qu'il y a différentes nationalités et que celle-ci est la mienne.   À Oufa (Capitale de la république de Bachkirie, ndlr), en plus des Bachkirs, il y a énormément de Russes et de Tatars. C'est pourquoi depuis tout jeunes nous sommes habitués aux particularités des nationalités qui nous entourent. On m'a élevé de manière neutre et on m'a fourni une éducation plus laïque qu'autre chose. Dans la famille, nous célébrions les fêtes musulmanes et orthodoxes, mais de manière formelle, en ne leur accordant pas de signification religieuse. Il y a en Russie beaucoup d’ethnies. Mais depuis l'époque soviétique toutes vivent de manière plus ou moins similaire. Il y a des exceptions bien entendu, mais elles sont peu nombreuses. Je ne considère d'ailleurs pas la nationalité comme étant un trait important d’identification chez une personne.   Pour ce qui est de savoir si mon peuple est plus asiatique ou européen, c'est pour moi difficile à dire, je dirais que c'est du 50/50. Cela dépend de quelle partie de Bachkirie sont originaires nos ancêtres. Néanmoins, il est en effet à mon avis difficile de préserver ses traditions en vivant dans les grandes villes. À Oufa, certaines familles s'efforcent d'éduquer leurs enfants dans le respect des traditions bachkires, mais je ne pense pas que cela ait une grande influence sur eux au final. Aïjan KazakEmile Zalilov a 21 ans et est originaire de Bachkirie, une république de 4 millions d’habitants située non loin de la frontière avec le Kazakhstan.

Je me considère comme Bachkir. C’est étrange de se dire Russe lorsque l’on a une autre ethnie. Néanmoins ma langue maternelle est le russe, je ne connais pratiquement pas le bachkir. Mon père le maîtrise mieux, mais ne le parle pas particulièrement bien non plus. Je ne me suis par contre jamais considéré comme musulman, à l’image de mon père et de ma mère, cette dernière étant d’ailleurs orthodoxe. Je n’avais pas de motif particulier de me sentir Bachkir, on m’a simplement expliqué depuis mon enfance qu’il y a différentes nationalités et que celle-ci est la mienne.

À Oufa (Capitale de la république de Bachkirie, ndlr), en plus des Bachkirs, il y a énormément de Russes et de Tatars. C’est pourquoi depuis tout jeunes nous sommes habitués aux particularités des nationalités qui nous entourent. On m’a élevé de manière neutre et on m’a fourni une éducation plus laïque qu’autre chose. Dans la famille, nous célébrions les fêtes musulmanes et orthodoxes, mais de manière formelle, en ne leur accordant pas de signification religieuse. Il y a en Russie beaucoup d’ethnies. Mais depuis l’époque soviétique toutes vivent de manière plus ou moins similaire. Il y a des exceptions bien entendu, mais elles sont peu nombreuses. Je ne considère d’ailleurs pas la nationalité comme étant un trait important d’identification chez une personne.

Pour ce qui est de savoir si mon peuple est plus asiatique ou européen, c’est pour moi difficile à dire, je dirais que c’est du 50/50. Cela dépend de quelle partie de Bachkirie sont originaires nos ancêtres. Néanmoins, il est en effet à mon avis difficile de préserver ses traditions en vivant dans les grandes villes. À Oufa, certaines familles s’efforcent d’éduquer leurs enfants dans le respect des traditions bachkires, mais je ne pense pas que cela ait une grande influence sur eux au final.

Sara Kazak, 14 ans, est originaire du Kazakhstan, un pays dont de nombreux citoyens se sont installés en Russie.   Je me considère comme Kazakhe, et mes parents aussi. On m'a éduqué comme ça, c'est pourquoi j'ai plus en commun avec les enfants kazakhs qu'avec les russes. Certains Kazakhs se distinguent à peine de la vision que les étrangers ont des Russes. Moi, par exemple, j'ai le teint très clair pour une Kazakhe. C'est pourquoi l'apparence ne permet pas toujours de nous différencier. Au-delà de la religion, nous nous démarquons aussi par des liens familiaux très forts, nous connaissons à fond l'histoire de notre famille sur plusieurs générations, alors que beaucoup de mes amis russes ne connaissent que leurs grands-parents.   Pour moi, les Kazakhs ont plus à voir avec l'Asie qu'avec l'Europe. Nous sommes un peuple oriental, avec des qualités typiquement asiatiques : nous honorons nos traditions, respectons nos aînés. Néanmoins je pense que plus la ville dans laquelle nous vivons est grande, plus il est difficile de préserver le cadre des nationalités. Peu à peu, l'histoire et les racines tombent dans l'oubli. Mais ceci étant, mon père par exemple se souvient de ses origines : il se rappelle la manière dont son grand-père a quitté le Sud du Kazakhstan pour rejoindre l'Iran afin de fuir le pouvoir soviétique. Pour moi et mon frère c'est intéressant, alors il nous le raconte. Mais ça n'intéresse pas mes cousins et cousines en Iran, ils se considèrent déjà presque comme des Iraniens.   Les étrangers réagissent de manière normale lorsque je leur dis que je suis Russe, mais parfois ils sont tout de même surpris par mon prénom, il est atypique pour une Russe. Ici, on retrouve de tels prénoms uniquement chez les enfants juifs, or je ne suis pas juive. Ma mère est kazakhe et un peu tatare, et mon père est quant à lui kazakh, mais a grandi en Iran. Aïjan KazakSara Kazak, 14 ans, est originaire du Kazakhstan, un pays dont de nombreux citoyens se sont installés en Russie.

Je me considère comme Kazakhe, et mes parents aussi. On m’a éduqué comme ça, c’est pourquoi j’ai plus en commun avec les enfants kazakhs qu’avec les russes. Certains Kazakhs se distinguent à peine de la vision que les étrangers ont des Russes. Moi, par exemple, j’ai le teint très clair pour une Kazakhe. C’est pourquoi l’apparence ne permet pas toujours de nous différencier. Au-delà de la religion, nous nous démarquons aussi par des liens familiaux très forts, nous connaissons à fond l’histoire de notre famille sur plusieurs générations, alors que beaucoup de mes amis russes ne connaissent que leurs grands-parents.

Pour moi, les Kazakhs ont plus à voir avec l’Asie qu’avec l’Europe. Nous sommes un peuple oriental, avec des qualités typiquement asiatiques : nous honorons nos traditions, respectons nos aînés. Néanmoins je pense que plus la ville dans laquelle nous vivons est grande, plus il est difficile de préserver le cadre des nationalités. Peu à peu, l’histoire et les racines tombent dans l’oubli. Mais ceci étant, mon père par exemple se souvient de ses origines : il se rappelle la manière dont son grand-père a quitté le Sud du Kazakhstan pour rejoindre l’Iran afin de fuir le pouvoir soviétique. Pour moi et mon frère c’est intéressant, alors il nous le raconte. Mais ça n’intéresse pas mes cousins et cousines en Iran, ils se considèrent déjà presque comme des Iraniens.

Les étrangers réagissent de manière normale lorsque je leur dis que je suis Russe, mais parfois ils sont tout de même surpris par mon prénom, il est atypique pour une Russe. Ici, on retrouve de tels prénoms uniquement chez les enfants juifs, or je ne suis pas juive. Ma mère est kazakhe et un peu tatare, et mon père est quant à lui kazakh, mais a grandi en Iran.

D’autres lectures à voir :

  1. https://fr.rbth.com/longreads/Lexploration_de_lextreme_orient/
  2. Comment la Sibérie est devenue russe https://fr.rbth.com/art/histoire/2016/10/21/comment-la-siberie-est-devenue-russe_641109

  3. Esquimaux de la Tchoukotka, le monde des chasseurs d’animaux marins – https://fr.rbth.com/ps/2017/07/05/esquimaux-de-la-tchoukotka-le-monde-des-chasseurs-danimaux-marins_795875

  4. https://fr.rbth.com/tag/kamtchatka
  5. Comment s’est constitué la Russie – https://fr.rbth.com/tag/kamtchatka

source/https://fr.rbth.com/ps/2017/06/19/qui-sont-les-asiatiques-de-russie_785345