2011 – Entre le Chef des Armées Macron et le Chef d’État Major, Général de Villiers… allons nous à la rupture ?

1/– Budget défense : le général de Villiers laisse éclater sa colère

2/- Guillaume Tabard: «L’étonnant coup de gueule du chef des armées»

3/- «Un militaire ne peut pas démissionner aussi facilement qu’un cadre»

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1/– Budget défense : le général de Villiers laisse éclater sa colère

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Par Edouard de Mareschal
Mis à jour le 14/07/2017 à 12h24 | Publié le 13/07/2017 à 13h36

«Son verbe était clair, passionné et ferme», rapporte l’un des participants à l’audition du général Pierre de Villiers mercredi devant la commission de Défense. Effectivement, le cri du cœur du chef d’État major des armées ne pouvait être plus clair: «Je ne vais pas me faire b… comme ça», a-t-il tonné face aux députés.

Le général a laissé éclater sa colère après la nouvelle coupe de 850 millions d’euros annoncée la veille par Bercy pour 2017. «Je ne pourrai plus regarder mes gars dans les yeux si on réduit encore nos moyens», a-t-il poursuivi devant les élus. Malgré la polémique, le chef d’état-major des armées était bien présent ce vendredi matin au côté du président Emmanuel Macron au défilé du 14 Juillet.

Confirmé à la tête des Armées jusqu’au 31 juillet 2018 par un décret paru mercredi au Journal officiel, le général de Villiers ne cache pas son exaspération face à la tournure que prennent les arbitrages budgétaires.

«Le ministère de la Défense a été la principale victime des politiques de révision générale des politiques publiques», a-t-il déclaré devant les députés. «On a déjà tout donné, tout donné», a-t-il encore dit. «Beaucoup de jeunes sous-officiers n’arrivent même plus à se loger.» Pour sauvegarder ses crédits, le chef d’État major des armées aurait une nouvelle fois mis sa démission dans la balance, selon Les Echos .

20% du plan d’économie supporté par la Défense

Le chef de l’État a vertement recadré jeudi le général qui s’était insurgé devant des députés contre une réduction des moyens des armées en 2017. Emmanuel Macron a considéré qu’il n’était «pas digne d’étaler certains débats sur la place publique» et rappelé les militaires à leur «sens du devoir et de la réserve». «Il a rappelé à certains la nécessaire discipline collective», a commenté la ministre des Armées, Florence Parly, sur RTL.

Le président a aussi annoncé une hausse du budget des Armées en 2018, après les coupes d’au moins 850 millions d’euros annoncées mardi pour cette année, et réaffirmé son engagement de porter l’effort de défense à 2% du produit intérieur brut (PIB) en 2025. Le budget des Armées s’élèvera alors à 50 milliards d’euros contre 32,7 milliards en 2017 et les 34,2 milliards annoncés pour l’an prochain.

Vendredi matin, Jean-Jacques Bridey, président de la commission de la défense de l’Assemblée et conseiller défense d’Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, a lui aussi regretté le montant des économies réclamées aux armées. «C’est un choix. Personnellement, je le regrette, surtout quand je vois l’explication qui a été donnée par Bercy, puisqu’on nous dit qu’il faut faire 4 et quelques milliards d’économies mais que dans le même temps, on ouvre 1,5 milliard d’ouverture de crédit pour la capitalisation d’Areva», a déclaré Jean-Jacques Bridey sur RFI.

Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron a promis d’augmenter le budget de la Défense pour le faire passer à 2% du PIB. Un objectif réaffirmé le 4 juillet dernier par le premier ministre Edouard Philippe ; Dans son discours de politique générale, il annonçait l’application de ce principe dans la loi de programmation militaire dès 2018.

Ainsi, la coupe annoncée mardi par Bercy a fait l’effet d’une douche froide dans le monde militaire. Le général de Villiers a donc intensifié son offensive pour sauvegarder son enveloppe. «Le général est attentif au moindre soutien politique», poursuit ce participant à la commission.

(Avec agences)


source/http://premium.lefigaro.fr/politique/2017/07/13/01002-20170713ARTFIG00179-budget-defense-le-general-de-villiers-laisse-eclater-sa-colere.php


2/- Guillaume Tabard: «L’étonnant coup de gueule du chef des armées»

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Par Guillaume Tabard
Mis à jour le 14/07/2017 à 20h10 | Publié le 14/07/2017 à 19h47

CONTRE-POINT – La formule du général Pierre de Villiers à propos du budget des armées a déclenché la colère d’Emmanuel Macron. Les deux hommes avaient pourtant jusqu’ici d’excellents rapports personnels.

Soucieux de son autorité, Emmanuel Macron a-t-il fait preuve d’autoritarisme? Inattendue, la soufflante adressée jeudi soir au chef d’état-major des armées, le général Pierre de Villiers, est spectaculaire.

«Je ne vais pas me faire baiser.» La formule pour le moins fleurie de la plus haute autorité militaire a semble-t-il déclenché l’ire présidentielle. Le général de Villiers parlait des efforts budgétaires demandés aux armées pour boucler l’exercice 2017.

Encore faut-il rappeler que ces propos ont été tenus dans le huis clos de la commission de la défense, c’est-à-dire une enceinte où parlementaires et responsables auditionnés se parlent en toute confidentialité et sans langue de bois.

«Je suis votre chef »

Emmanuel Macron

Certes, les phrases du chef d’état-major ont fuité. Elles n’auraient pas dû.

Mais Emmanuel Macron connaissait ce contexte. Et sait que parfois se retrouvent dans la presse des conversations privées ou des propos tenus «off» – raison pour laquelle d’ailleurs il maîtrise à ce point sa propre communication. Mais justement, il aurait pu choisir d’ignorer ces fuites ; dire qu’il n’avait pas à commenter des phrases rapportées. Il aurait pu encore décider de remonter les bretelles du chef d’état-major, mais en privé. Voire, faire fuiter ces remontrances.

Le président de la République a fait le choix inverse : celui de dramatiser l’incident.

Il y a en effet un contraste délibéré entre les deux expressions :

à confidence privée, rappel à l’ordre public.

Et de la manière la plus appuyée qui soit.

Par le lieu d’abord : le ministère de la Défense où, comme le veut la tradition, le chef de l’État intervenait la veille du 14 Juillet. C’est en quelque sorte «à domicile» que Villiers s’est fait recadrer.

Devant ses pairs, devant les siens.

Par les mots utilisés ensuite : «pas digne», «je n’ai besoin de nulle pression et de nul commentaire», rappel au «sens du devoir et de la réserve». Et bien sûr ce «je suis votre chef» qui sonne comme une injonction à rentrer dans le rang séance tenante.

Chef des armées

C’est vrai, le président de la République est le chef des armées. On se souvient, autour d’un même 14 Juillet, Jacques Chirac rappelant à propos de son ministre des Finances, un certain Nicolas Sarkozy, qu’en matière de budget militaire «je décide, il exécute». Mais alors, on était dans le rapport de forces politique. Là, c’est le lien hiérarchique qui est rappelé. Et on a du mal à imaginer que ce qui est à proprement parler une humiliation ne soit pas intentionnel.

On a du mal à imaginer que ce qui est à proprement parler une humiliation ne soit pas intentionnel

Cette passe d’armes – c’est le cas de le dire – est d’autant plus étonnante que les deux hommes avaient jusqu’ici d’excellents rapports personnels. Lorsqu’il était à Bercy, Macron s’était montré bienveillant envers les demandes de Villiers ; et celui-ci lui en avait été reconnaissant. Politiquement, le chef d’état-major a toujours été d’une parfaite loyauté envers son président comme en témoignent les rapports complices qu’il a entretenus avec un François Hollande dont il ne partageait pas forcément tous les choix. Il y a quelques jours, Macron avait d’ailleurs prolongé Villiers d’un an. En échange semble-t-il de garanties budgétaires que le chef d’état-major juge aujourd’hui trahies. D’où peut-être sa liberté de ton en privé.

Par sa réaction sèche, le chef de l’État ne laisse sans doute pas d’autre issue à Villiers qu’une démission. Mais avec le risque que cet acte d’autorité brise un lien et la confiance avec l’ensemble des militaires. Un pari risqué.

Cet article est publié dans l’édition du Figaro du 15/07/2017.


http://premium.lefigaro.fr/politique/2017/07/14/01002-20170714ARTFIG00196-guillaume-tabard-l-etonnant-coup-de-gueule-du-chef-des-armees.php


3/-  «Un militaire ne peut pas démissionner aussi facilement qu’un cadre»

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Par Quentin Périnel
Publié le 13/07/2017 à 17h22

INTERVIEW – En apprenant les coupes budgétaires prévues sur le budget de la Défense, le chef d’état-major des armées Pierre de Villiers a menacé de «démissionner». Me Mougin, spécialiste des droits des militaires, explique au Figaro pourquoi il n’est pas simple de démissionner de l’armée.

En entreprise, il arrive que certains conflits ou incompréhensions engendrent le départ d’un ou plusieurs collaborateurs. L’action de «claquer la porte», ou de «poser sa dém’» – selon l’expression à la mode – est chose triviale dans le monde du travail. En revanche, cette décision est beaucoup moins fréquente chez les militaires, a fortiori lorsqu’elle est formulée avec l’éclat de Pierre de Villiers, le chef d’état-major des armées. Ce dernier, après avoir clamé haut et fort qu’il ne se laissera pas «baiser» par Bercy, a menacé de démissionner de son poste devant une cinquantaine de députés réunis mercredi matin, au sein de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale.

Pourquoi cette menace? Parce que le chef d’état-major des armées a très mal digéré l’annonce des coupes budgétaires imposées de 850 millions d’euros pour la Défense en 2017 promises par le Premier ministre Édouard Philippe…

Au delà de ce «coup de gueule» – ou coup de communication – un haut gradé du même rang que Pierre de Villiers peut-il vraiment démissionner de l’armée? Maître Hannelore Mougin, avocate au sein du cabinet MDMH spécialisé dans la défense des droits des militaires, explique au Figaro les modalités en vigueur pour quitter l’armée.

LE FIGARO. – Un haut gradé de l’armée peut-il démissionner aussi «simplement» dans le monde du travail?

Maître MOUGIN. – Absolument pas. Un militaire ne peut pas démissionner de l’armée aussi simplement qu’un cadre qui décide de quitter son entreprise… Et cela ne concerne pas uniquement les hauts gradés. Qu’il s’agisse d’un militaire de carrière ou un militaire contractuel, la liberté de prendre congé n’est pas la même qu’avec un employeur lambda… La procédure est beaucoup plus complexe.

Qu’est-ce qui diffère par exemple?

Lorsqu’un militaire souhaite démissionner, cette décision doit être acceptée et agréée par les supérieurs, qui reçoivent cette demande en cascade, jusqu’en haut de la pyramide hiérarchique. C’est à ce moment qu’une décision est prise…

Et naturellement, les réponses ne sont pas toutes favorables…

Effectivement. Nous travaillons régulièrement sur des cas de démissions de l’armée qui ont été refusées. Les raisons de ces refus sont divers: pour l’intérêt du service, une spécialité ou un profil indispensable dont la perte ne saurait être cautionnée, un poste déficitaire. Comme pour toutes les procédures, les résultats sont aléatoires, et cela prend du temps. Il faut compter plusieurs mois avant qu’une décision soit rendue.

Que risque un militaire qui démissionnerait sans passer par ces différentes étapes?

Un militaire qui déciderait d’abandonner son poste pourrait être jugé pour «désertion». Il s’agit d’une faute disciplinaire et pénale passible de trois à dix ans d’emprisonnement selon le contexte de cette désertion: en temps de paix, de guerre ou un laps de temps durant lequel un état d’urgence ou de siège a été proclamé.

Que faut-il retenir du «coup de gueule» de Pierre de Villiers?

Sans parler de son cas personnel, les raisons qu’il met en avant sont compréhensibles. Son message est clair. Ce sont d’ailleurs des arguments que nous rencontrons fréquemment dans les cas que nous défendons: l’armée manque effectivement de moyens, et la répartition des dépenses est parfois illogique… La Défense rencontre un problème de RH qui nous est fréquemment remonté!


http://premium.lefigaro.fr/emploi/2017/07/13/09005-20170713ARTFIG00262-un-militaire-ne-peut-pas-demissionner-aussi-facilement-qu-un-cadre.php