1996 – Réponses du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov aux médias à l’issue de l’entretien entre le Président russe Vladimir Poutine et le Président américain Donald Trump & à l’issue de son entretien avec le Ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian

Réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à l’issue de l’entretien entre le Président russe Vladimir Poutine et le Président américain Donald Trump en marge du sommet du G20, Hambourg, 7 juillet 2017

Question: Monsieur Lavrov, comment s’est déroulé ce long entretien?

Sergueï Lavrov: Si les présidents voient qu’il y a des questions à aborder, qu’il ne s’agit pas seulement d’un échange d’avis mais qu’il faut prendre des décisions, alors je pense que la durée ne joue pas une importance décisive. En effet, ce fut une longue conversation. D’après moi, elle a confirmé que le Président russe Vladimir Poutine et le Président américain Donald Trump étaient mus par les intérêts nationaux de leur pays et ont recherché des accords mutuellement bénéfiques au lieu de tenter de jouer des scénarios de confrontation et de créer des problèmes sans raison. C’est donc d’une manière concrète et sérieuse qu’ils ont évoqué la Syrie, l’Ukraine, la péninsule coréenne, la cybersécurité et bien d’autres sujets.

Ils se sont entendus sur plusieurs points très concrets.

Premièrement. Littéralement aujourd’hui, dans la capitale jordanienne d’Amman, s’est achevé le travail des experts russes, américains et jordaniens qui ont mis au point le mémorandum sur la mise en place de zones de désescalade au sud-ouest de la Syrie – dans les régions de Deraa, de Quneitra et de Soueïda. Un cessez-le-feu sera instauré dans cette zone à partir de midi, heure de Damas, le 9 juillet.

La Russie et les États-Unis se sont engagés à assurer le respect du cessez-le-feu par tous les groupes sur place, à garantir l’accès humanitaire dans la région et à établir le contact entre les opposants et le Centre d’observation mis en place dans la capitale jordanienne. Dans un premier temps, la sécurité autour de la zone de désescalade sera assurée avec un recours à la police militaire russe en coordination avec les Américains et les Jordaniens.

Il est à noter que ce document confirme clairement l’attachement de la Russie, de la Jordanie et des USA à la souveraineté, à l’intégrité territoriale de la Syrie et aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies qui ont posé les bases pour promouvoir le processus de paix. C’est l’un des accords qui a été salué aujourd’hui par les présidents.

Deuxièmement. En évoquant l’Ukraine la partie américaine a annoncé avoir nommé un représentant spécial pour contribuer aux efforts de règlement de la crise ukrainienne. Il a été convenu de créer un canal entre les représentants russes et américains afin de profiter des capacités américaines pour promouvoir le règlement sur la base des Accords de Minsk en s’appuyant sur le potentiel du Groupe de contact et du Format Normandie. Nous espérons que le représentant américain pour le processus de paix ukrainien se rendra prochainement en Russie pour des consultations.

Le troisième thème abordé fut la cybersécurité. Pour des raisons évidentes, il a fait l’objet d’une attention particulière. Les présidents sont d’accord pour dire que ce secteur représente de plus en plus de risques. Y naissent des menaces, y compris la menace terroriste, des menaces dans d’autres domaines du crime organisé, des menaces au fonctionnement normal des sociétés comme la pédopornographie, la pédophilie et les réseaux suicidaires. Bien sûr, le Président Donald Trump a également mentionné qu’aux USA certains milieux continuaient de propager le thème de l’ingérence russe dans les élections américaines, même s’ils ne peuvent pas le prouver.

Il a été convenu que toutes ces questions dans l’ensemble, y compris la lutte contre le terrorisme, contre le crime organisé et contre le piratage sous toutes ses formes, étaient devenues l’objet d’une coopération russo-américaine. A ces fins sera créé un groupe de travail bilatéral conjoint.

Le quatrième accord porte sur l’accélération des procédures nécessaires pour nommer de nouveaux ambassadeurs – de Russie aux USA et des USA en Russie.

Question: A-t-on soulevé la question relative de la propriété diplomatique russe sur le territoire américain?

Sergueï Lavrov: Oui. Nous continuerons d’essayer de rétablir la justice.

Question: Il n’a pas été possible de s’entendre sur ce sujet durant cet entretien?

Sergueï Lavrov: Si j’ai dit que nous allions poursuivre le travail, c’est qu’il reste encore du travail.

Question: Vous êtes diplomate, vous notez les détails. Il n’y a pas de détails insignifiants dans la diplomatie. D’après vous, quelle était l’atmosphère de cet entretien, par quoi était-elle dictée? Selon vous, comment la situation peut-elle évoluer par la suite?

Sergueï Lavrov: L’atmosphère était constructive. Comme j’ai dit au début, elle était dictée par l’aspiration des deux présidents à promouvoir les intérêts nationaux de la Russie et des USA respectivement. Elle était également déterminée par la compréhension du fait que chaque pays pourra poursuivre cet objectif plus efficacement en coopérant et en cherchant un équilibre des intérêts, ainsi qu’en cherchant à stabiliser la situation dans différentes régions du monde actuellement instables – que ce soit le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord, la péninsule coréenne ou l’Afghanistan.

Question: A-t-on conclu une entente sur l’Ukraine? Le Président américain Donald Trump avait des propositions concernant un autre plan.

Sergueï Lavrov: Je ne me souviens pas que le Président américain Donald Trump ait proposé un autre plan. La longue conversation de ce matin avec le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson n’a pas non plus mis en évidence des écarts aux Accords de Minsk. Tout comme hier à Paris durant mon entretien avec le Ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, il a été constaté qu’il existait un intérêt et une aspiration à accélérer le progrès sur la voie convenue dans le cadre des Accords de Minsk.

Question: Comment a été commentée l’ingérence de la Russie dans les élections américaines?

Sergueï Lavrov: Je viens d’en parler.

Question: Vous venez d’annoncer un accord sur le sud de la Syrie. Il y a deux jours à Astana il n’y avait eu aucun résultat à ce sujet, même si la question du sud de la Syrie avait été soulevée. Le format Russie-USA-Jordanie que vous avez mentionné est-il un nouveau format? Le ferez-vous « passer » ensuite par Astana? Le sujet sera-t-il évoqué demain avec le Président turc Recep Tayyip Erdogan?

Sergueï Lavrov: Lisez le Mémorandum du 4 mai approuvé à Astana. Il y est question de quatre zones de désescalade en Syrie:

  1. le nord (près d’Idleb),
  2. le nord de Homs,
  3. la zone qui englobe la majeure partie de la Ghouta orientale
  4. le sud-ouest de la Syrie.

Évidemment il serait difficile de s’entendre sur quoi que ce soit au sud-ouest sans les Jordaniens et les Américains, qui travaillent avec les Jordaniens et représentent les intérêts de la coalition dans cette région. Il y a quelques jours à Astana nous avions avant tout parlé des trois autres zones. Comme nous l’avons déjà dit, nous savons à quoi ressembleront les zones près de Homs et dans la Ghouta orientale. Les consultations se poursuivent sur la zone nord.

Question: Est-il exact que le Président américain Donald Trump a soulevé le thème de l’ingérence russe dans les élections américaines en disant qu’il considérait ces accusations comme infondées?

Sergueï Lavrov: Le Président américain Donald Trump (je suis certain que lui-même ou le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson en parlera) a dit que cette campagne prenait une tournure étrange car depuis des mois aucune preuve n’a été apportée pour soutenir ces accusations. C’est également reconnu par les congressistes qui étaient en tête de ce mouvement à une certaine étape et ont convoqué différents représentants de l’administration américaine. Le Président américain Donald Trump a déclaré qu’il avait entendu des déclarations claires du Président russe Vladimir Poutine pour dire que c’était faux et que le gouvernement russe ne s’était pas ingéré dans ces élections. Il a dit qu’il acceptait ces déclarations. C’est tout.

Question: A-t-on parlé de la Corée du Nord?

Sergueï Lavrov: Vous ne m’écoutez pas. J’ai dit deux fois que le thème de la péninsule coréenne avait été soulevé. Avec le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson nous avons reçu la directive de poursuivre et d’intensifier la coopération des ministères des Affaires étrangères directement et au Conseil de sécurité des Nations unies sur tout l’agenda international, notamment la péninsule coréenne.

Question: A-t-on évoqué l’adhésion des USA au Format Normandie?

Sergueï Lavrov: Comme je l’ai dit, un canal bilatéral est mis en place pour soutenir les efforts entrepris par le Groupe de contact et au Format Normandie.

Question: La Russie a-t-elle demandé à Washington d’influencer les partenaires de Kiev?

Sergueï Lavrov: C’est une requête permanente adressée à Washington et aux capitales européennes.

Question: Et quelle est la réponse?

Sergueï Lavrov: Tout le monde souhaite que les parties des Accords de Minsk – or l’Ukraine en est la principale – remplissent leurs termes. Je vous assure que nos partenaires occidentaux, et nous le ressentons, sont parfaitement conscients de la nécessité d’une influence supplémentaire sur ce processus qui avance pour l’instant au ralenti.

Question: A l’issue de cet entretien le Président russe Vladimir Poutine et le Président américain Donald Trump sont des confrères, des partenaires ou peut-être même des amis?

Sergueï Lavrov: J’ai expliqué au début dans quelle atmosphère s’était déroulé cet entretien. A vous de décider.

Question: Donald Trump a-t-il expliqué les propos qu’il a tenus en Pologne?

Sergueï Lavrov: Il n’en a pas été question. Nous partons du fait qu’il faut évoquer les questions réellement à l’agenda de telle ou telle rencontre. Je vous ai dit tout ce qui avait été abordé aujourd’hui. Je confirme que les deux présidents ont fait preuve d’une disposition ferme à trouver des solutions qui répondent aux intérêts nationaux de la Russie, des USA et de toute la communauté internationale.

Question:  Le G20 est un forum économique. Ne prévoit-on pas une autre occasion d’évoquer précisément des questions politiques ou dans un format politique?

Sergueï Lavrov: La rencontre entre Vladimir Poutine et Donald Trump était purement politique et se déroulait en marge du forum. L’événement aurait pu être sportif, cela n’aurait rien changé.

Question: A-t-on parlé, pendant l’entretien, des détenus russes Viktor Bout et Konstantin Iarochenko?

Sergueï Lavrov: Nous continuons de travailler sur ces questions. Nous partons du fait que la nature humanitaire de ces situations est flagrante, que nos collègues américains feront le bon choix et prendront la bonne décision.


source/ http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/2809507


Réponses du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov aux médias russes à l’issue de son entretien avec le Ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian

Question: Le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson a exprimé hier ses attentes vis-à-vis du prochain sommet du G20 à Hambourg et de l’entretien entre le Président russe Vladimir Poutine et le Président américain Donald Trump. Il a particulièrement souligné la responsabilité de la Russie en Syrie, mentionnant de nouveaux mécanismes sur les zones d’exclusion aérienne et le déploiement d’observateurs sur le terrain. La Russie est-elle d’accord avec ces propositions? Quelles sont vos attentes vis-à-vis du premier contact entre le Président russe Vladimir Poutine et le Président américain Donald Trump en marge du G20?

Sergueï Lavrov: Nous avions transmis nos propositions pour le premier contact entre les présidents russe et américain au Secrétaire d’État américain Rex Tillerson et à ses collègues avant même la visite de ce dernier à Moscou. Pendant notre rencontre à Bonn en février 2017, il a lui-même exprimé l’idée qu’il fallait se préparer à l’avance au contact entre les présidents. Comme je l’ai dit, nous avons transmis nos idées. Nous attendons une réaction.

Si je comprends bien, ce que le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson a déclaré hier était un discours préparé. Nous n’avions pas été avertis qu’il serait une réaction à nos idées concernant la rencontre à Hambourg. Qui plus est, nous ignorons de quelles zones d’exclusion aérienne il est question. Nous avons fait une demande appropriée. Il n’en a jamais été question. Je suis certain que l’orientation de cette déclaration sur la coopération de la Russie et des USA, malgré toutes les questions qui se posent sur telle ou telle formulation, est un pas dans la bonne direction. Il est important que l’avancée vers le règlement de la crise syrienne soit réciproque et que personne ne fasse semblant que rien ne dépend de lui.

Question: Sur quoi mettra-t-on l’accent pendant la prochaine rencontre entre les présidents?

Sergueï Lavrov: Cela concerne les présidents.

Question: Est-ce que votre homologue français vous a dévoilé la « formule de Macron » concernant l’Ukraine? Est-elle acceptable pour la Russie? Quand se tiendra la prochaine réunion du Format Normandie?

Sergueï Lavrov: Comme vous l’avez entendu pendant la conférence de presse, nous avons dit que la Russie et la France étaient entièrement attachées aux Accords de Minsk. Cela a été confirmé par le Ministère français des Affaires étrangères et pendant notre conversation avant la conférence de presse. La seule chose que la France voudrait voir, c’est l’accélération de la mise en œuvre des Accords de Minsk. Cela coïncide entièrement avec nos approches. Nous avons montré sur des exemples concrets comment le gouvernement ukrainien, malheureusement, ralentissait l’accomplissement de ses engagements – il a par exemple été incapable de séparer les forces et les armements à Louganskaïa. On en parle depuis des mois. Chaque fois le représentant ukrainien au sein du Groupe de contact insistait sur sept jours entiers de cessez-le-feu pour séparer les forces et les armements. La Mission de l’OSCE a déjà enregistré quatre délais d’une semaine entière quand le cessez-le-feu n’était pas enfreint, mais à chaque fois la partie ukrainienne disait qu’elle n’en était pas convaincue et que la séparation ne pouvait pas avoir lieu.

Nous n’avons pas de divergences avec la France concernant la base sur laquelle il faut parvenir au règlement. Nous sommes également d’accord pour dire qu’il faut le faire au plus vite. J’espère que les récents contacts du Président ukrainien Petro Porochenko à Paris et ses prochains contacts avec le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson lui permettront de prendre conscience de sa responsabilité et de remplir sa part des Accords de Minsk.

Question: Une réunion du Format Normandie pourrait-elle se tenir?

Sergueï Lavrov: Nous y serons prêts dès que les autres conviendront des délais acceptables.


http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/2808928

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