1956 – Arctique Russe, pétrole, Paix froide …

  1. La Russie construira quatre îles artificielles en mer de Barents
  2. Un gisement de pétrole géant découvert dans l’Arctique russe
  3. Paix froide: Russie et Occident gèrent leurs différends en Arctique

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La Russie construira quatre îles artificielles en mer de Barents

21 juin 2017 Anna Tretiak
Ce projet de quelque 400 millions d’euros doit rendre plus facile l’extraction de gaz en Arctique.
ZUMA Press/Global Look PressZUMA Press/Global Look Press

Le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, a chargé les instances appropriées de construire quatre îles artificielles dans la baie de Kola (mer de Barents), indique une résolution publiée le 15 juin sur le site du gouvernement.

 Ces îles abriteront le Centre de constructions marines de gros tonnage qui produiront et livreront du GNL et qui s’occuperont de réparer le matériel maritime exploité sur les gisements.

« Les équipements seront opérationnels dès 2020, après quoi l’entreprise pourra fournir aux consommateurs jusqu’à 16,5 millions de tonnes de GNL », a déclaré Leonid Primak, directeur du centre des économies d’énergie et de performance énergétique, d’audit écologique et énergétique de l’Académie présidentielle russe de l’économie nationale et de l’administration publique.

La construction du Centre permettra de créer environ 10 000 emplois et de drainer des investissements supplémentaires dans la région, souligne le document.

« La liquéfaction sera effectuée selon le projet à bord de plateformes gravitaires qui, comme les autres matériels, seront fabriquées en usines sur des îles créées par remblaiement », a précisé l’analyste en chef du groupe TeleTrade, Piotr Pouchkariov.

La technique de construction d’îles artificielles est depuis longtemps rodée dans le monde et en Russie, a rappelé Leonid Primak. « Des dragues procèderont au remblayage de sable qui sera recouvert de blocs de béton et de gravier recouverts à leur tour de sable, de terre et de bitume pour les routes », a-t-il dit.

Le Centre sera construit à leur propre compte par les chantiers navals de Kola, filiale d’un des plus grands producteurs de gaz russes, Novatek. Les investissements se monteront au total à environ 400 millions d’euros et permettront à Novatek de réaliser ses projets dans la région, a déclaré à RBTH le directeur du Fonds de développement énergétique, Sergueï Pikine.

Novatek s’est entendu dès 2014 sur la mise en place dans la région de Mourmansk (nord-ouest) d’une base pour la réalisation de ses projets, avant tout dans la péninsule de Iamal, ce qui signifie que la société agit avec conséquence, a affirmé Dmitri Baranov, expert de Finam Management. « La construction d’îles artificielles accélèrera la réalisation du projet du Centre de constructions marines de gros tonnage ce qui, à son tour, contribuera à augmenter l’extraction d’hydrocarbures en Arctique, y compris sur le plateau continental, pour améliorer au final les résultats de Novatek », a-t-il ajouté.

Construire une île et faire des économies

Le matériel pour la production de GNL est très encombrant et prend beaucoup de place, a rappelé Leonid Primak.

« Les équipements peuvent être placés à bord d’un pétrolier, comme le fait le géant Shell, mais étant donné que les gisements gaziers en mer de Barents seront exploités pendant de nombreuses décennies, il vaut mieux mettre en place une île », a-t-il noté. En outre, cette technologie de production constitue une norme internationale non officielle qui sert à fabriquer la quasi-totalité de GNL dans le monde.

Il est également nécessaire de créer les infrastructures qui permettront d’extraire le gaz sur le plateau continental, soit une terre ferme artificielle ou des plateformes de forage, a-t-il poursuivi. « Or, les glaces et le paysage local limitent l’utilisation de plateformes et augmentent leur coût. Il est moins cher et plus rapide de construire des îles artificielles  », a-t-il fait remarquer.

Piotr Pouchkariov abonde dans ce sens. Selon lui, il était initialement prévu d’installer la production dans un village au bord de la baie de Kola. « Un examen plus détaillé a prouvé qu’il serait plus avantageux de construire des plateformes de gros tonnage pour l’extraction puis de les transporter jusqu’aux gisements par eau depuis des remblais situés plus haut, soit depuis des îles », a indiqué l’expert. Dans les conditions de permafrost, il est plus difficile de construire une usine sur la terre ferme. « En effet, en été le pergélisol devient plus mou, ce qui transformera la terre sous l’usine en marécage et il faudra encore plus d’argent pour lutter contre ce phénomène », a-t-il expliqué.

En ce qui concerne l’impact sur la situation écologique dans la péninsule de Kola, Leonid Primak le qualifie de négatif au minimum. Selon lui, ces projets comportent deux grandes sources de pollution : les déversements ménagers et techniques et les déversements de pétrole. « Toutefois, les 10 000 ouvriers de ces îles n’aggraveront pas sérieusement la pollution due aux 300 000 habitants de Mourmansk et à son port géant », a-t-il dit. Quant au déversement de pétrole, il ne faut pas le redouter, car l’usine fonctionnera au gaz, volatil, inodore et incolore.


source/ https://fr.rbth.com/economie/2017/06/21/la-russie-construira-quatre-iles-artificielles-en-mer-de-barents_786822


2017.06.21 climat_impact_arctique

Un gisement de pétrole géant découvert dans l’Arctique russe

20 juin 2017 Ekaterina Sinelchtchikova

Rosneft a annoncé la découverte du premier gisement dans l’Arctique oriental, gisement qui pourrait bien être le plus grand du plateau. Les espoirs que suscite le puits sont immenses – il devrait être exploité à l’échelle industrielle d’ici quatre ans. Cette découverte peut-elle changer la donne ?

Crédit : RIA NovostiCrédit : RIA Novosti

Le premier gisement découvert par Rosneft sur le plateau de l’Arctique oriental pourrait être le plus grand de la région. Selon les estimations des analystes, d’ici 2050, le plateau fournira entre 20% et 30% de tout le pétrole russe.

Le groupe place de grands espoirs dans son exploitation. « Il est évident que c’est une chance, mais une chance rendue possible par le travail immense des géologues et des foreurs », affirme le représentant officiel de Rosneft Mikhaïl Leontiev.

Compte tenu de son rythme d’avancement, le travail accompli sur le plateau est effectivement impressionnant : le groupe a lancé le forage en avril 2017, juste après un pont télévisé avec le président russe Vladimir Poutine, qui avait alors qualifié les travaux de création « d’une véritable province pétrolière et gazière qui, selon les estimations préliminaires, recèle des millions de tonnes de carburant ».

À l’échelle industrielle, l’exploitation devrait être lancée en 2020–2021, selon des estimations approximatives, informe Kommersant FM. La question principale est, comme toujours, celle du rapport entre le coût et l’offre. Les cours du pétrole affichent une tendance baissière sur le long terme. Il est difficile de juger comment la « percée » réalisée dans l’Arctique russe s’inscrira dans ce contexte.

Pétrole onéreux

Le gisement a été découvert pendant le forage du puits le plus septentrional sur la parcelle russe du plateau arctique, Tsentralni-Olguinski-1, situé dans le golfe de Khatanga en mer de Laptev. Et ce n’est que le premier gisement de l’histoire découvert dans l’Arctique. Au total, Rosneft possède aujourd’hui 28 parcelles sous licence (la ressource totale est estimée à 34 milliards de tonnes de pétrole), soit près de 80% de toutes les parcelles possédées par les compagnies russes.
Une lutte acharnée a eu lieu pour les gisements sur cette parcelle du plateau. Et ce alors que la prospection géologique d’un seul puits était estimée à 180 millions d’euros il y a trois ans – il n’avait aucune infrastructure, et la période de navigation dans la région n’est que de deux mois par an. Pourtant, malgré les sanctions imposées par les pays occidentaux, Rosneft et ses partenaires envisagent d’investir quelque 7,5 milliards d’euros dans son exploitation dans les cinq prochaines années.

De ce fait, le pétrole devrait être assez onéreux à mettre en valeur, estime Evgueni Nadorchine, économiste en chef de la société de conseil PF Capital : « Aucun de ces projets arctiques [comme certains projets de la compagnie Sourgoutneftegaz, ndlr] ne peut actuellement être qualifié de rentable. Il y a un potentiel, c’est indubitable, mais cela ne reste qu’un potentiel, loin derrière l’horizon des prévisions ».

Scénarios peu réalistes

Aujourd’hui, les prix mondiaux du pétrole ont plongé sous l’influence de toute une série de facteurs : il s’agit tant du niveau élevé des réserves aux États-Unis que du travail intense des foreurs américains et de la hausse de la production en Lybie, non tenue par les obligations assumées dans le cadre de l’accord de l’OPEP sur la réduction de la production.

Le prix du pétrole chute pour la quatrième semaine consécutive et il sera sans doute impossible de renverser la tendance sur ce marché capricieux avec les travaux sur le plateau arctique, aussi bien maintenant qu’au moment de la mise en exploitation, confirme Vladimir Braguine, directeur d’analyse des marchés financiers et de la macroéconomie chez Alfa Capital. « Aujourd’hui, cela n’aura aucun impact significatif pour la simple et bonne raison que nous en produisons déjà ailleurs et à des coûts un peu moins élevés. La question est plutôt de savoir combien coûtera le transport, l’extraction, le stockage, etc. En gros, pour extraire ce type de pétrole, il faut que les prix de l’or noir soient plus élevés. Et pour qu’ils soient plus élevés, il faut que les gisements alternatifs ne couvrent pas la demande existante », estime l’analyste.

À l’heure actuelle, il n’y a pas de déficit. De plus, les conditions pour le financement de l’exploitation de ces gisements ne sont pas les plus avantageuses actuellement, estime l’analyste de la compagnie Open Broker Andreï Kotchetkov : compte tenu des faibles prix mondiaux, l’endettement de Rosneft est conséquent, alors que les restrictions sur le financement extérieur demeurent. « Ainsi, ce gisement sera très utile à long terme, quand le marché connaîtra un déficit », estime l’expert.

Par ailleurs, il faut garder à l’esprit la reconduction de l’accord de l’OPEP sur la réduction de la production, même si son application peut sembler peu réaliste à ce jour, indique Nadorchine. Depuis la première transaction conclue l’année dernière, les représentants du secteur soupçonnent ce que l’on appelle « une manœuvre sur les volumes » : les compagnies manipulent les indicateurs de production et d’exportation, et il est de ce fait fort probable qu’au deuxième semestre, les questions seront encore plus nombreuses qu’à l’issue de la conclusion du premier accord.

« J’ai également l’impression que la discipline concernant le respect de l’accord au deuxième trimestre retombera fortement au sein de l’OPEP. Ainsi, il se peut que le volume produit suite au non-respect de cet accord dépasse largement ce que l’on espère produire dans l’Arctique », estime-t-il.


source / https://fr.rbth.com/economie/2017/06/20/un-gisement-de-petrole-geant-decouvert-dans-larctique-russe_786117


Paix froide: Russie et Occident gèrent leurs différends en Arctique

12 mai 2017 Oleg Egorov

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré à la réunion ministérielle du Conseil arctique qu’il n’existait pas de potentiel de conflit entre la Russie et les autres pays riverains de l’Arctique. Les experts en relations internationales estiment que la situation est plus complexe, mais constatent que jusqu’ici il a toujours été possible de régler les problèmes.

Crédit : Alexander Chtcherbak / TASS Crédit : Alexander Chtcherbak / TASS

La Russie et l’Occident sont rarement d’accord ces dernières années. Washington, en commun avec les capitales européennes, et Moscou soutiennent des camps opposés dans la guerre civile en Syrie, interprètent de manières différentes le conflit dans les régions orientales de l’Ukraine et s’entraccusent de tentatives d’ingérence dans leurs affaires intérieures. Dans ce contexte, la rhétorique concernant l’Arctique semble plus que pacifique.

Ceci vient d’être confirmé le 11 mai à Fairbanks (Alaska) dans le cadre d’une rencontre ministérielle du Conseil arctique. « Il n’existe pas de potentiel de conflit quelconque en Arctique », a affirmé le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, lors de la rencontre. Selon lui, la Russie fait tout pour que la région arctique reste un territoire de paix et de coopération.

Des déclarations semblables ont été faites par ses homologues occidentaux, les ministres des Affaires étrangères du Danemark, d’Islande, du Canada, de Norvège, des États-Unis, de Finlande et de Suède (tous membres du Conseil arctique). « L’Arctique est un territoire de paix » : tel est le slogan traditionnel de tous les forums consacrés à la région. Pourtant, certains pensent que ce n’est pas tout à fait le cas.

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Menaces cachées

La région polaire reste hautement militarisée depuis la guerre froide, rappelle Alexeï Fenenko, expert de l’Institut de sécurité internationale. « Tous les itinéraires des missiles balistiques intercontinentaux, aussi bien russes qu’américains, passent par l’Arctique », a-t-il indiqué à RBTH. C’est également ici que sont concentrées les principales forces stratégiques nucléaires de Russie. « Dans ce sens, l’Arctique est le fer de lance du pays (dans la confrontation) », a-t-il affirmé.

Certains officiels constatent également que la région est en proie à une course aux armements dissimulée. Ainsi, le commandant de la Garde côtière des États-Unis, Paul Zukunft, a exprimé le 3 mai dernier son inquiétude et a déclaré au magazine américain Foreign Policy que la Russie « mettait échec et mat » les États-Unis en Arctique en dépassant les Américains en termes de quantité et de qualité des armements et des matériels, notamment des brise-glaces.

La Russie, elle, est traditionnellement mécontente du renforcement de l’Otan en Arctique. Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a vivement critiqué le 26 avril dernier la mise en place dans le nord de la Norvège d’un polygone accueillant en alternance des contingents de l’Alliance. Il a estimé que c’était « une démonstration de la promotion des intérêts de l’Otan par la force ».

Intérêts particuliers de la Russie

Toutefois, malgré certaines déclarations acerbes, la Russie et l’Occident essaient tant bien que mal de maintenir un développement pacifique, a noté Andreï Kortounov, le directeur général du Conseil russe pour les affaires internationales. « En ce qui concerne les déclarations sur la supériorité de la Russie sur le plan militaire en Arctique, cette situation s’est formée historiquement », a-t-il dit à RBTH.

Selon lui, l’Occident a toujours réalisé que l’Arctique revêtait une importance particulière pour la Russie, étant donné que ses forces navales, à la différence de la flotte des États-Unis, n’ont pas d’accès direct aux océans Atlantique ou Pacifique, ce qui fait que les pays de l’Otan ne cherchent pas à atteindre la parité dans la région. Et d’ajouter : « Si cette compréhension persiste, je pense que nous pourrons éviter la course aux armements ».

Ressources et territoires

L’Arctique est une région très précieuse qui concentre, selon les chercheurs, 13% des réserves mondiales conventionnelles de pétrole et 30% des réserves de gaz. Au fur et à mesure de la fonte des glaces, la Route maritime du Nord prendra de plus en plus d’importance : d’ici la fin des années 2030, elle pourrait être entièrement dégagée des glaces et devenir la plus grande voie de transport.

Crédit : Alexander Chtcherbak / TASS Crédit : Alexander Chtcherbak / TASS

Dans ce contexte, le fait que le problème de l’appartenance des eaux arctiques ne soit pas encore définitivement résolu a son importance.

L’Arctique est divisée entre cinq pays Russie, États-Unis, Norvège, Danemark et Canada avec préservation de la zone patrimoine mondial, mais ces pays se formulent des griefs territoriaux réciproques.

Ainsi, les demandes d’extension de leurs territoires en Arctique déposées devant les Nations unies par la Russie, le Canada et le Danemark se recoupent, car chacun des pays calcule à sa manière le territoire du plateau continental et estime les griefs des voisins infondés.

Un litige, pas de guerre

Alexeï Fenenko estime que de sérieuses tensions pourraient apparaître dans cinq à dix ans, lorsque les Nations unies prendront leur décision. Ainsi, d’éventuels heurts seraient possibles si l’Onu accorde un territoire près du pôle Nord à un pays membre de l’Otan dont les avions survoleront la région. « Un conflit local pourrait éclater sur la Route maritime du Nord », a-t-il souligné.

Pourtant, Andreï Kortounov cite trois sérieux facteurs de dissuasion.

Premièrement, les principales réserves de ressources naturelles sont concentrées dans des régions mises en valeur et délimitées dont l’appartenance n’est pas contestée.

Deuxièmement, les demandes aux Nations unies sont présentées « avec une marge » et bien que des litiges territoriaux existent, les pays sont capables de les régler sur la base de concessions réciproques, comme l’ont fait la Russie et la Norvège en partageant la mer de Barents en 2010.

Troisièmement, l’Onu examine les demandes progressivement : « La décision ne sera vraisemblablement pas prise avant le milieu des années 2020. D’ici là, beaucoup de choses vont changer et la tension dans les relations internationales pourrait disparaître ». Par conséquent, il ne faut pas dramatiser le problème arctique : il existe, mais nul risque d’être confrontés ici à une guerre chaude.

Ship on the frozen sea.

source/ https://fr.rbth.com/international/2017/05/12/paix-froide-russie-et-occident-gerent-leurs-differends-en-arctique_761726

Une réflexion au sujet de « 1956 – Arctique Russe, pétrole, Paix froide … »

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