1926 – « J’aime le dynamisme de la Chine »

1-June-2017

— Interview de Javier Gimeno, président de la Chambre de commerce et d’industrie française en Chine (CCIFC)

 

Javier Gimeno

 

LU RUCAI, membre de la rédaction

 

« J’aime beaucoup mon pays, mais à cette étape de ma vie, je préfère vivre en Chine. » Javier Gimeno, président de la Chambre de commerce et d’industrie française en Chine (CCIFC), n’hésite pas à exprimer l’excellente opinion qu’il a de son pays d’accueil. Depuis son arrivée à Shanghai pour son travail en 2010, cela fait 7 ans qu’il habite en Chine, un pays qui selon lui est plein de charme et dont l’économie, très dynamique, le rend « heureux d’habiter ici ».

 

Son destin l’appelle en Chine

En plus de sa casquette de président de la CCIFC, M. Gimeno est également directeur général de la région Asie-Pacifique pour le groupe français Saint-Gobain créé en 1665, leader mondial dans les domaines de l’habitat confortable et de la construction durable. Depuis quelques années, vu l’importance du marché chinois, Saint-Gobain a décidé de localiser à Shanghai son siège général pour la région Asie-Pacifique, et c’est pourquoi M. Gimeno s’est aussi installé ici.

M. Gimeno est arrivé pour la première fois en Chine dans le cadre d’un voyage d’affaires à la fin des années 90. À l’époque, il était responsable des activités automobiles de sa société, et le décollage de l’industrie automobile chinoise a fait qu’il a dû souvent se déplacer en Chine. Quelques années plus tard, Saint-Gobain lui a proposé de gérer les activités du Groupe en Asie et de s’installer en Chine, proposition qu’il a tout de suite acceptée. C’est ainsi qu’il est venu habiter à Shanghai avec sa famille en septembre 2010.

Président de la CCIFC, il se rend en mission à Beijing toutes les deux ou trois semaines. « J’aime beaucoup Shanghai, mais Beijing me plaît énormément aussi. Ce sont deux villes que je trouve charmantes chacune à sa façon. » Il voit Beijing comme une ville de culture, élégante, une ville où on rencontre des gens extrêmement cultivés ; d’autre part, la façon d’être des Pékinois lui semble conviviale et sympathique. Il apprécie également Qingdao, Hangzhou, Suzhou, Chengdu et d’autres villes encore aux caractéristiques profondément chinoises. Il sait apprécier la cuisine chinoise et son nom chinois, Meng Haowen, lui a été suggéré par son secrétaire. « J’aime tout en Chine, et en particulier les gens. Les Chinois sont sympathiques, droits, directs, affectifs. Ça me plaît beaucoup. » Il explique que sa famille s’est adaptée sans difficulté à sa nouvelle vie chinoise. Sa fille, âgée de 18 ans, habite depuis un an en Californie pour ses études dans une école de commerce, mais Shanghai lui manque et elle souhaiterait pouvoir un jour retourner dans cette ville pour y habiter. Son fils de 14 ans est scolarisé au lycée français de Shanghai.

 « Après 7 ans, je commence à bien connaître la culture chinoise et me suis adapté très rapidement à la vie d’ici. Comme d’autres expatriés français, j’ai, bien entendu, des amis chinois avec lesquels je m’entends très bien. » M. Gimeno affirme n’avoir jamais « été confronté à des conflits interculturels ». Pour lui, il reste toujours une petite barrière linguistique, mais c’est un problème surmontable, dans la mesure où de plus en plus de Chinois parlent très bien l’anglais. Dans sa société, pratiquement tous les employés chinois parlent un anglais fluide dans leur communication professionnelle. « Je connais bien la communauté des expatriés en Chine. Très peu d’entre eux sont mécontents en Chine. La plupart, au contraire, sont tristes quand ils doivent quitter ce pays », raconte-t-il. « Bien sûr, la qualité de l’air laisse à désirer, mais que ce soit à Shanghai ou à Beijing, c’est ce que l’on connaissait à Paris il y a 40 ans », poursuit-il. « La France a fait d’énormes efforts pendant des décennies et a pu ainsi améliorer la qualité de l’air, donc ne jugeons pas trop sévèrement la Chine sur la pollution ». Son expérience personnelle lui suggère que les mesures prises par le gouvernement chinois contre la pollution ont déjà eu des effets positifs.

 

La cérémonie de lancement de la zone pilote de conduite automatique à Wuhan, établie par Renault et ses partenaires.

 

Des perspectives de développement économique prometteuses

 

« Le modèle économique de la Chine a sorti de la pauvreté 790 millions de Chinois en 20 ans. C’est remarquable », affirme M. Gimeno qui se montre optimiste sur les perspectives de développement de l’économie chinoise. Il affirme que depuis 3 ans environ, on voit la Chine passer d’un modèle économique basé sur la quantité vers un modèle basé sur la qualité, l’innovation, la technologie et le tertiaire. « C’est sans doute une transformation difficile, mais elle est nécessaire et fructueuse. » D’après lui, une transformation aussi profonde s’accompagne naturellement de désagréments, d’éléments qui ne sont pas tout à fait synchronisés, mais globalement, ça se passe « plutôt très bien ». Il prend l’exemple de la croissance chinoise du premier trimestre de cette année : avec 6,9 %, c’est la plus forte de la région. Ce qui contribue le plus à la croissance ici, ce sont les secteurs des services et des technologies. Ce qui rend ce rythme de développement encore plus impressionnant.

Il en est persuadé, cette transformation profonde du modèle économique chinois bénéficie à la France. « Ce que la société chinoise réclame, ce que réclament ses consommateurs, ce sont des solutions de plus en plus performantes, de plus en plus pointues en termes de qualité, de plus en plus technologiques, et donc l’offre des entreprises françaises est très adaptée à ces demandes. Je pense que l’avenir des entreprises françaises sera brillant en Chine. »

Certains médias occidentaux affirment que la Chine a perdu de son attrait pour les entreprises étrangères. Une opinion que réfute M. Gimeno, qui rectifie : « Certes, les taux de croissance de 10 % ou 12 %, voire de 14 % appartiennent au passé. Actuellement on tourne plutôt autour de 7 %. Mais le seul taux de croissance ne fournit pas un portrait complet de la situation réelle. Au-delà du taux de croissance, considérons aussi le volume du PIB. En 2016, on a eu une croissance de 6,7 % pour un PIB de 11 000 milliards de dollars ; en 2007, la croissance était de 14,2 % mais pour un volume de seulement 3 010 milliards de dollars. En valeur absolue la croissance a donc accéléré et non ralenti. » Autre facteur à considérer au-delà du taux de croissance, l’élargissement de la classe moyenne en Chine. Un élément important pour attirer les entreprises étrangères. « La classe moyenne attache plus d’importance à la qualité, à la performance et à la technologie des produits », ce qui apporte beaucoup d’opportunités aux entreprises françaises.

Tout en se déclarant optimiste sur l’environnement des affaires, M. Gimeno espère que le gouvernement chinois saura prendre conscience des problèmes actuels, comme par exemple, celui des capacités de production excédentaires, celui de la dette des entreprises publiques et des entités locales, et qu’il s’attachera à « rendre l’environnement économique de plus en plus favorable aux entreprises étrangères » par les réformes en cours.

 

Développer l’investissement dans les deux sens

 

M. Gimeno a été élu président de la CCIFC en 2015, et réélu en avril de cette année. Il souligne que les fonctions de la CCIFC vont dans les deux sens. D’une part, elle est là pour aider les entreprises françaises à mieux saisir les opportunités du marché chinois, à établir des contacts avec les principaux acteurs économiques locaux, et à pousser une coopération directe avec les entreprises chinoises, et à faciliter leur implantation en Chine. D’autre part, elle a aussi pour fonction de représenter la France vis-à-vis des entreprises chinoises désireuses d’investir en France et de leur permettre de mieux comprendre le marché français.

« La France bénéficie depuis longtemps d’une excellente image auprès des Chinois, mais leur vision reste relativement simple et superficielle. En effet, la France a plusieurs facettes à faire découvrir aux Chinois. Pour eux, la France est romantique, le pays de la mode et du vin, une destination touristique de premier ordre. Mais il faut qu’ils sachent aussi qu’elle est un pays de hautes technologies aux premiers rangs mondiaux. » C’est pour lui une fonction parmi les plus importantes de la CCIFC : présenter une image complète et positive de la France pour permettre aux entreprises chinoises de mieux comprendre l’environnement des affaires français.

On compte actuellement 1 600 entreprises françaises inscrites à la CCIFC, qui est en partenariat avec une trentaine d’entreprises chinoises.

« D’une part, la Chine conserve sa capacité d’attraction sur les investisseurs français qui sont de plus en plus nombreux à s’installer dans ce pays ; d’autre part, de plus en plus d’entreprises chinoises viennent investir en France. » Étant donné que l’économie chinoise transitionnel vers la qualité, les hautes technologies et la tertiarisation, les investissements des entreprises françaises en Chine se concentrent dans ces domaines : technologies, numérique, médical. « À l’avenir, plus d’entreprises chinoises investiront en France, donc à terme leur nombre dépassera probablement celui des entreprises françaises qui s’implantent en Chine. » Il pense que les investissements dans les deux sens apportent des avantages réciproques pour les deux pays. Son vœu est de voir croître le volume de ces investissements.

De plus, il est persuadé de la nécessité de mieux rééquilibrer le commerce entre la France et la Chine. Quand on regarde les choses en perspective, on constate les progrès accomplis. « En 2007, la France affichait un déficit commercial de 7 milliards de dollars vis-à-vis la Chine, et l’année dernière le chiffre était ramené à 2,5 milliards, explique-t-il. Cela montre que les produits français sont très bien acceptés par les consommateurs chinois. » Bien que de plus en plus de domaines soient ouverts aux investissements étrangers, il espère que l’économie chinoise continuera de s’ouvrir davantage encore.

Parlant de l’initiative chinoise des Nouvelles Routes de la Soie, M. Gimeno la trouve extrêmement prometteuse. « La construction de toutes ces nouvelles infrastructures et leur interconnexion favoriseront le commerce international et les flux commerciaux, dans les deux sens, entre nos deux pays et nos deux continents. Cela devrait être donc un élément dynamique de l’économie mondiale. » Il considère que seulement une minorité d’entreprises françaises, celles qui ne sont jamais sorties de l’Hexagone, craignent peut-être cette initiative car elle menacerait leur marché national. Mais une large majorité des entreprises soutient le programme. « Celui qui saura s’adapter au changement, être compétitif en termes de coûts et offrir des produits de qualité à forte valeur ajoutée, marquera des points et l’emportera. » « Certes, la concurrence intercontinentale sera de plus en plus vive, mais au final, grâce à la disparition des frontières et à l’optimisation des flux logistiques, ce sera le consommateur final qui s’en bénéficiera. »

 

M. Gimeno s’est mis au chinois qu’il étudie au quotidien, parce qu’il compte continuer son aventure chinoise encore plusieurs années.

La Chine au présent

source/ http://www.chinatoday.com.cn/french/Reportage/article/2017-06/01/content_741538.htm

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