1910 – Daech se répand en Asie aux Philippines, en Malaisie …

  • Philippines : l’inquiétante résistance de Daech à Marawi
  • Philippines : le siège de Marawi « planifié » par les extrémistes liés à Daech 
  • Daech à l’attaque en Asie du Sud-Est : une action coordonnée ?

1 juin 2017 – Par Emeric Des Closières – Asialyst

Philippines : l’inquiétante résistance de Daech à Marawi

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Des soldats gouvernementaux prennent position contre des snipers du groupe Maute, alors qu’ils escortent des résidents hors de Marawi au sud des Philippines, le 1er juin 2017. (Crédits : AFP PHOTO / TED ALJIBE)

Même si 90 % de la ville de Marawi a été « nettoyée » des combattants affiliés à Daech, la situation n’est toujours pas stabilisée. Alors que l’armée peine à trouver un moyen de mettre un terme aux agissements des sympathisants du groupe État Islamique dans la région, de nombreuses inquiétudes planent autour de l’après-siège de Marawi.

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Après une semaine de combats, Manille est toujours aux prises avec des combattants se réclamant de l’État Islamique. Selon le général de brigade Restituto Padilla [1], porte-parole des forces armées philippines, les rebelles ne tiennent plus que 10 % de Marawi. 89 d’entre eux seraient morts, tandis que 21 policiers auraient péri dans les affrontements.

Pas moins de 1 000 civils seraient encore prisonniers de la poche de résistance islamiste.

Si les troupes gouvernementales semblent en passe de reprendre la ville, l’ampleur des combats qui ont toujours lieu soulèvent des interrogations.

  • Une fois la ville reprise, quel avenir pour cette région coutumière des soulèvements anti-gouvernementaux ?

Pour Raul Dauncel, correspondant du Straits Times[2] au Philippines, l’offensive du groupe Maute serait un moyen de constituer un foyer islamiste radical sur l’île de Mindanao qui servirait de base arrière pour des actions ultérieures.

L’objectif des combats ne serait pas tant de conserver le contrôle de Marawi que de prouver au monde l’existence d’une cellule active du groupe État Islamique afin d’attirer sur place un maximum de sympathisants.

Sur le terrain, l’armée peine à trouver une stratégie adéquate pour investir le bastion des insurgés. La politique de frappes chirurgicales depuis des hélicoptères semble avoir fait long feu maintenant que la zone de front s’est considérablement resserrée. Une erreur de visée lors d’un bombardement a tué 11 soldats et blessé sept autres, a annoncé l’état-major ce jeudi 1er juin sans préciser la date de cette erreur tragique.

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Le secrétaire philippin à la Défense Delfin Lorenzana a déclaré vouloir cesser d’avoir recours à ces méthodes lors d’une conférence de presse, rapporte le Philippine Daily Inquirer [3] : « J’ai soumis cette décision au commandement de l’armée de terre afin de savoir s’ils ont toujours besoins de soutien aérien. Maintenant que nous avons plus de troupes opérant au sol, la possibilité de frapper nos propres forces va augmenter. »

L’implantation sur le long terme de djihadistes dans la zone pose également la question de la connexion avec la criminalité locale.

Pour le président Rodrigo Duterte cela ne fait aucun doute. « Ceux qui sont dans le shabu [nom local de la méthamphétamine] cherchent un sanctuaire parmi les terroristes pour se protéger et assurer le succès de leurs affaires », a-t-il déclaré lors des célébrations des 119 ans de la marine philippine [4].

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President Rodrigo Duterte views a presentation by Gen. Eduardo Año, Armed Forces of the Philippines chief of staff, on developments on the terror crisis in Marawi City during a meeting in Davao City on May 29, 2017. With them is Special Assistant to the President Bong Go. PPD, file

Une connexion solide entre les islamistes et les trafiquants permettrait aux deux démons de l’île de Mindanao de se renforcer mutuellement. Mais, rappelle le Phillipine Star [5], le gouvernement peine de plus en plus à justifier le recours à la loi martiale, toujours très critiquée au sein de la classe politique.
Faire le lien entre terroristes et narcotrafiquants permettrait sans doute à Duterte de justifier son extension après la reprise totale de Marawi.

Par Emeric Des Closières

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  1.  http://m.philstar.com/314191/show/1a463758104618f02d47613940adbf90/?
  2.  http://www.straitstimes.com/asia/se-asia/marawi-issue-a-cause-for-worry?xtor=CS3-18
  3.  http://newsinfo.inquirer.net/901677/dnd-chief-wants-halt-of-marawi-airstrike
  4.  http://www.philstar.com/headlines/2017/06/01/1705623/drugs-funding-terror
  5.  http://www.philstar.com/headlines/2017/05/31/1705400/90-marawi-retaken-govt-vague-about-lifting-martial-law

https://asialyst.com/fr/2017/06/01/philippines-inquietante-resistance-daech-marawi/


31 mai 2017 – L’Asie du Sud-Est dans la presse – Par Emeric Des Closières

Philippines : le siège de Marawi « planifié » par les extrémistes liés à Daech

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Des soldats philippins escortent les civils d’un village proche de Marawi dans l’île de Mindanao au sud des Philippines, le 31 mai 2017. (Crédits : AFP PHOTO / TED ALJIBE)

L’ordre ne règne toujours pas à Marawi.

  • Malgré la loi martiale décrétée par le président Rodrigo Duterte,
  • malgré les frappes aériennes,

Manille n’a pas encore réussi à reprendre au groupe Maute affilié à Daech le contrôle de cette ville de 200 000 habitants située dans le sud du pays à forte population musulmane. Loin d’être une réaction spontanée à une opération anti-terroriste, les combats auraient été minutieusement préparés par les islamistes, selon l’armée philippine.

L’attaque de la ville par un groupe ayant prêté allégeance à Daech était-elle prévue de longue date ?

C’est la version désormais privilégiée par le général de brigade Restituto Padilla, porte-parole des forces armées philippines. « La zone a révélé une grande quantité d’éléments qui indiquent que ces activités ont été planifiées longtemps avant notre arrivée sur place », a déclaré Padilla, cité par le Philippine Star[1].

Philippines Muslim Militants

Les forces gouvernementales font état d’armes de longue portée et d’éléments servant à la fabrication d’engins explosifs improvisés découverts dans les quartiers récemment libérés. Si le groupe Maute était bien en train de préparer une action à Marawi, cela expliquerait la rapidité et la brutalité de leur réaction au raid des forces de sécurité venues arrêter Isnilon Hapilon, l’homme fort de Daech en Asie du Sud-Est.

Alors que les combats se prolongent depuis près d’une semaine, le bilan s’élève désormais à 89 morts parmi les rebelles islamistes. D’après le Philippine Daily Inquirer[2], les militaires philippins disent progresser de manière « très positive ». Les combattants ne contrôleraient plus que 10 % du territoire de la ville. Pourtant le plus dur reste à venir. « Il s’agit certainement d’une zone bien gardée et défendue par tous les hommes armés disponibles », rappelle le général Padilla lors d’une conférence de presse tenue ce vendredi, indique le Straits Times[3].

Pour les renseignements philippins, Isnilon Hapilon pourrait toujours se trouver à Marawi, ce qui expliquerait la résistance acharnée de ses partisans. Le porte-parole de l’armée a exhorté ces derniers à cesser le combat : « Réfléchissez bien à la reddition tant que vous en avez encore le temps. Posez vos armes et parlons. Vous serez traités humainement. » Selon le site philippin Rappler[4], huit d’entre eux ont déjà pris cette initiative. « Ces individus ont été interrogés et nous ont fourni des renseignements de grande valeur », a précisé le général Padilla.

Les autres combattants vont-il suivre l’exemple de leurs camarades ? Rien de moins sûr. Ces derniers se sont solidement retranchés, renforcés par du matériel volé et appuyés par des condamnés libérés de la prison locale. D’après le Straits Times[4], des photos circulent sur les réseaux sociaux montrant des véhicules de police blindés repeints aux couleurs de Daech. Les autorités appellent à ne pas diffuser ces images de propagande.

Cependant, il est de plus en plus clair que le réseau international du groupe État Islamique appuie les rebelles locaux afin de se constituer un avant-poste dans la région. Manille dénombre une quarantaine de djihadistes étrangers en provenance de pays variés. « Des Indonésiens, des Malaisiens, au moins un Pakistanais, un Saoudien, un Tchétchène, un Yéménite, un Indien, un Marocain et un homme avec un passeport turc », égrène le quotidien singapourien [5].

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Government soldiers fighting the Maute group watch a helicopter attack (not pictured) as they take a break inside a military camp in Marawi City, southern Philippines. (Photo: Reuters) 

Selon Channel News Asia [6], cet afflux de combattants internationaux est la preuve de l’émergence de l’organisation terroriste dans la région.

L’Indonésie, qui estime qu’une quarantaine de ses ressortissants seraient déjà partis rejoindre l’EI aux Philippines, a intensifié la surveillance de ses côtes afin de stopper l’hémorragie. Ses provinces de Kalimantan et de Sulawesi ne sont distantes que de cinq heures en bateau de l’archipel.

Par Emeric Des Closières

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  1.  http://www.philstar.com/headlines/2017/05/31/1705381/maute-attack-planned-long-marawi-raid-says-military
  2.  http://newsinfo.inquirer.net/901269/military-says-89-gunmen-killed-in-marawi-battle
  3.  http://www.straitstimes.com/asia/se-asia/89-isis-linked-militants-killed-in-philippines-marawi-city-as-military-fights-to
  4.  http://www.straitstimes.com/asia/se-asia/philippines-says-islamist-militants-in-marawi-keeping-up-week-long-fight-with-prisoners
  5.  http://www.straitstimes.com/asia/se-asia/marawi-city-siege-shows-foreign-fighters-being-drawn-to-the-philippines-as-isis-asian
  6.  http://www.channelnewsasia.com/news/asiapacific/ominous-signs-of-an-asian-hub-for-islamic-state-in-the-8898328

https://asialyst.com/fr/2017/05/31/philippines-siege-marawi-planifie-par-extremistes-lies-daech/


26 mai 2017 – L’Asie du Sud-Est dans la presse – Emeric Des Closières

Daech à l’attaque en Asie du Sud-Est : une action coordonnée ?

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Des soldats philippins arrivent en renfort au camp militaire de Marawi dans l’île méridionale de Mindanao le 25 mai 2017, quelques jours après l’attaque de la ville par des islamistes affiliés à Daech. (Crédits : AFP PHOTO / TED ALJIBE)

Que prépare Daech en Asie du Sud-Est ?
L’attaque de Marawi aux Philippines ce mardi 23 mai serait en lien direct avec la série d’attentats qui a secoué l’Indonésie et la Thaïlande depuis le début de la semaine. En difficulté sur ses terres syriennes, le groupe État Islamique tente toujours de s’implanter durablement en Asie.

Les Philippines subissent-elles une « invasion terroriste » ?

Alors que le bilan des combats à Marawi s’est encore alourdi à 44 morts, des combattants étrangers se trouvent bien parmi les attaquants abattus par les forces de l’ordre, rapporte le Philippine Star [1].

Selon le général de brigade Restituto Padilla, des citoyens malaisiens, indonésiens et singapouriens feraient partie des combattants.

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Située sur l’île de Mindanao, la ville de Marawi, 200 000 habitants, s’est embrasée après que des assaillants, drapeau de Daech au poing, ont attaqué un poste de l’armée. Une action terroriste en représailles contre un raid des forces philippines dans une cache suspectée d’Isnilon Hapilon, l’un des leaders d’Abou Sayyaf, désigné par Daech comme l’un de ses coordinateurs en Asie, rappelle le Straits Times[2].

Le groupe État Islamique serait donc bien en train de s’implanter au sud du pays, dans cette île à majorité musulmane. Pour Jose Calida, l’avocat général des Philippines, cela ne fait aucun doute : « Ce qui se passe à Mindanao n’est plus une révolte de citoyens philippins. Cela s’est transformé en une invasion de terroristes étranger qui répondent à l’appel de l’EI. » Or une « invasion » est l’une des deux seules conditions prévues par la constitution philippine pour déclarer la loi martiale. Ce qu’a fait le président Rodrigo Duterte ce mardi 23 mai [3].

Ce qui se passe sur l’archipel est loin d’être un cas isolé.

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Dès le lendemain, mercredi 24 mai, Jakarta a subi deux attaques à la bombe. Frappant autour de la station de bus Kampung Melayu, ces explosions visaient les policiers encadrant un cortège de célébration pour le début du Ramadan en Indonésie. Daech, via son son agence de presse Amaq, a revendiqué ce double attentat ce vendredi 26 mai, confirme le Jakarta Globe [4]. Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière dans le pays depuis janvier 2016. La police indonésienne a arrêté ce vendredi trois suspects en lien avec ces attaques et aurait identifié l’un des deux kamikazes. Pour le Jakarta Globe [5], l’un des deux terroristes serait lié à l’organisation Jemaah Ansharut Daulah, qui regroupe des sympathisants de l’État Islamique, et qui est responsable d’une autre attaque à Bandung en février dernier.

Ces attaques dans différents pays du Sud-Est asiatique sont-elles reliées ? C’est en tout cas ce qu’a déclaré le vice-premier ministre malaisien Ahmad Zahid Hamidi ce vendredi lors d’une conférence de presse à Kuala Lumpur, citée par le Straits Times [6].

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Malaysia’s Deputy Prime Minister Ahmad Zahid Hamidi urged people to be vigilant. PHOTO: THE STAR

Elles seraient liées à la mort d’un Malaisien membre de Daech, Muhammad Wanndy Mohamed Jedi, lors d’un raid sur Raqqa en Syrie le 29 avril dernier. D’après l’agence malaisienne de renseignements, Jedi aurait mis sur pied un réseau terroriste en Asie du Sud-Est appelé « Katibah Nusantara ».

Ainsi, affirme le ministre Hamidi, les attaques qui ont frappé les Philippines, l’Indonésie, mais aussi l’hôpital de Bangkok ce lundi 22 mai, sont toutes l’œuvre de l’EI par le biais de cette organisation. De nouvelles attaques seraient d’ailleurs à prévoir et la Malaisie est également menacée.

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Nous le rappelions au lendemain des attentats du 13-novembre à Paris, l’Asie est loin d’être épargnée par les agissements de Daech et de ses sympathisants [7].

En octobre 2016, la Malaisie avait déjà renforcé son contrôle aux frontières de peur que la bataille de Mossoul ne pousse ses 90 ressortissants ayant rejoint l’EI à revenir au pays [8]. Avec la difficulté croissante que rencontrent les apprentis djihadistes asiatiques pour rejoindre le califat, beaucoup risquent de se rabattre sur des zones de front plus proches. L’île philippine de Mindanao, en proie à la guerre civile depuis des décennies, semble un terrain de bataille tout trouvée pour poursuivre le djihad.

Emeric Des Closières

liens[]

  1.  http://www.philstar.com/headlines/2017/05/26/1703821/foreign-terrorists-among-killed-marawi-clash
  2.  http://www.straitstimes.com/asia/se-asia/singaporean-among-foreign-fighters-involved-in-isis-linked-insurgency-in-southern
  3.  http://www.channelnewsasia.com/news/asiapacific/martial-law-in-southern-philippines-could-last-a-year-duterte-8877526
  4.  http://jakartaglobe.id/news/islamic-state-claims-responsibility-jakarta-bus-station-attacks/
  5.  http://jakartaglobe.id/news/kampung-melayu-bomber-had-links-to-islamic-state/
  6.  http://www.straitstimes.com/asia/se-asia/terror-attacks-in-the-region-related-to-killing-of-malaysias-most-wanted-militant
  7.  https://asialyst.com/fr/2015/11/16/l-edito-daech-l-asie-et-nous/

https://asialyst.com/fr/2017/05/26/daech-a-lattaque-en-asie-du-sud-est-une-action-coordonnee/