1885 – Le bras de fer entre les deux Europe

2017.05.22 avramopoulos-740x431
Union européenne – Il n’est pas passé inaperçu que l’Union européenne envisage de recourir au désormais fameux « article 7 » du traité de Lisbonne envers la Hongrie, suspendant son droit de vote. En parallèle, la Pologne et l’Autriche ont également reçu des menaces sérieuses de sanctions pour leur refus catégorique des quotas de migrants.

« Si rien n’est fait avant notre prochain rapport en juin, la Commission n’hésitera pas à utiliser ses pouvoirs en vertu des traités et à ouvrir des procédures d’infraction », a déclaré le commissaire aux Migrations, Dimitris Avramopoulos, lors d’une conférence de presse au Parlement européen à Strasbourg, à la mi-mai.

Dans une résolution adoptée à Strasbourg par 393 voix pour, 221 contre et 64 abstentions, les eurodéputés ont estimé que la situation actuelle en Hongrie présentait « un risque clair de violation grave » des valeurs fondamentales de l’Union, ce qui selon eux « justifie le lancement de la procédure » prévu à l’article 7 du Traité de Lisbonne.

Cette disposition – qui n’a encore jamais été utilisée – peut déboucher sur la suspension des droits de vote de la Hongrie au sein du Conseil européen, qui réunit les États membres de l’Union européenne.

Selon les initiateurs de la résolution, le « régime de Viktor Orbán » présente « une grave détérioration de l’État de droit, de la démocratie et des droits fondamentaux ces dernières années » en particulier en ce qui concerne « la liberté d’expression », « l’indépendance du pouvoir judiciaire » et « les droits fondamentaux des migrants ».

Côté hongrois, on explique que les réseaux Soros contre-attaquent suite aux mesures et projets du gouvernement hongrois à l’égard des ONG et de la CEU de George Soros [1].

Les membres du PPE, le parti européen dont Orbán et son parti, le Fidesz, sont membres, ont par ailleurs majoritairement voté en faveur de cette résolution, malgré la rencontre récente entre Viktor Orbán et le président du PPE [2] afin de rassurer les eurodéputés.

La Pologne et l’Autriche également dans le collimateur, la Tchéquie et la Slovaquie sous surveillance

« Accepter des migrants provoquerait plus de dégâts à la Pologne que d’éventuelles sanctions de l’UE, » a déclaré le ministre polonais de l’Intérieur,  Mariusz  Błaszczak  ,  en réaction aux propos du commissaire européen.

Le gouvernement centriste et européiste de la Pologne avait accepté les quotas de migrants en septembre 2015, mais moins de deux mois plus tard, le nouveau gouvernement conservateur PiS s’y est opposé, conformément aux attentes de la majorité des Polonais, et s’y tient, épaulant la Hongrie en particulier dans son opposition au pouvoir central européen.

L’Autriche, en pleine crise politique en partie provoquée par la crise des migrants, voit l’ascension du jeune Sebastian Kurz [3], figure montante du conservatisme autrichien,

et les attaques de Bruxelles contre ce pays ayant fait volte-face sur la question des migrants il y a un an, pourrait bien profiter aux conservateurs menés par Kurz ainsi qu’au parti national-libéral FPÖ, qui pourraient gouverner ensemble suite aux prochaines élections parlementaires prévues pour l’an prochain, mais qui pourraient être avancées à cet automne.

Le rapprochement avec la Hongrie de Viktor Orbán et plus généralement avec le groupe de Visegrád est un thème déjà abordé et qui semble probable.

Enfin, la Tchéquie et la Slovaquie échappent pour le moment à cette volée de bois vert pour avoir accepter quelques migrants, alors que la Hongrie et la Pologne n’en n’ont accepté aucun dans le cadre des quotas de redistribution.

Cependant, en Slovaquie, le nombre de migrants acceptés est en dessous des 800 prévus et en Tchéquie, il est de 12.[4]

Une rupture de plus en plus perceptible

La question migratoire et le Brexit auront cristallisé les disparités profondes d’intérêts, d’objectifs et de plans pour l’UE des membres occidentaux et centraux.

Avec l’élection de l’européiste radical Emmanuel Macron en France, et la probable réélection d’Angela Merkel cet automne en Allemagne, l’Union européenne est en voie de se rompre.

L’article publié sur Le Monde [5] prouve la volonté très forte et ouvertement assumée de conduire une politique européenne à deux vitesses, qui rejette les projets d’intégration des pays d’Europe centrale.

Le Collectif** signataire de cet article insiste : « Il faut abandonner l’illusion que tous les Etats membres pourront trouver un niveau d’intégration homogène » et appelle « à recourir à des accords ou à des traités ad hoc à l’extérieur du cadre de l’UE » afin de mener à bien la politique germano-française.


liens[]

  1. https://visegradpost.com/fr/2017/04/18/luniversite-deurope-centrale-orban-contre-les-ong-match-retour/
  2. https://visegradpost.com/fr/2017/04/27/a-bruxelles-orban-tente-de-calmer-le-jeu/
  3. https://visegradpost.com/fr/2017/05/16/lascension-de-sebastian-kurz-un-macron-autrichien/
  4. https://visegradpost.com/fr/2017/04/21/pas-plus-de-12-migrants-pour-la-tchequie/
  5. http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/05/15/union-europeenne-il-faut-abandonner-l-illusion-que-tous-les-etats-membres-pourront-trouver-un-niveau-d-integration-homogene_5127988_3232.html

Le Collectif**

…Un tel schéma n’est possible que si le nouveau président français, proeuropéen, Emmanuel Macron et la nouvelle majorité parlementaire issue des élections de juin 2017, ainsi que le Chancelier fédéral issu des élections de septembre 2017, l’assument et l’initient ensemble. Si un tel schéma ne voit pas le jour à l’issue des élections française et allemande, l’UE est condamnée au statu quo, ou pire à la régression.

Les signataires: le groupe de réflexion franco-allemand Institut français des relations internationales (IFRI)/Genshagen, constitué à l’automne 2014, réunit 20 représentants français et allemands soucieux d’apporter une contribution constructive, en France et en Allemagne, au débat européen:

  1. Eric Bonse, journaliste indépendant, Bruxelles ;
  2. Jörn Bousselmi, directeur général, Chambre franco-allemande de commerce et d’industrie, Paris ;
  3. Henri de Bresson, journaliste, ancien chef-adjoint du service France-Europe du Monde, ancien rédacteur en chef de ParisBerlin ;
  4. Céline Caro, Senior Policy Analyst, Konrad-Adenauer-Stiftung (KAS), Washington ;
  5. Claire Demesmay, directrice du programme France/relations franco-allemandes, Deutsche Gesellschaft für Auswärtige Politik (DGAP) ;
  6. Christian Deubner, conseiller indépendant pour les questions européennes et les relations franco-allemandes, Berlin ;
  7. Michel Drain, chercheur associé au Comité d’études des relations franco-allemandes à l’Institut français des relations internationales (Cerfa/IFRI) ;
  8. Etienne François, professeur émérite d’histoire à la FU Berlin et à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, président du conseil consultatif de la Fondation Genshagen ;
  9. Hans-Dieter Heumann, membre du comité de direction, Center for International Security and Governance (CISG) de l’université de Bonn, ancien président de l’Académie fédérale pour la politique de sécurité (Bundesakademie für Sicherheitspolitik), Bonn/Berlin ;
  10. Ronja Kempin, Senior Fellow, groupe de recherche UE/Europe, Stiftung Wissenschaft und Politik (SWP);
  11. Martin Koopmann, directeur exécutif, directeur du Dialogue européen, Fondation Genshagen ;
  12. Barbara Kunz, chercheuse au Cerfa/IFRI ; Rémi Lallement, chef de projet, département Economie, France Stratégie, services du premier ministre, Paris
  13. Christian Lequesne, professeur et directeur de recherche au Centre de recherches internationales (CERI), Sciences Po ;
  14. Michel Marlière, entrepreneur, projet TerraEuropa, Köln/Berlin ;
  15. Stephan Martens, professeur de civilisation allemande à l’université de Cergy-Pontoise, ancien recteur de l’académie de Guadeloupe ;
  16. Christine de Mazières, conseillère référendaire à la Cour des Comptes ;
  17. Jochen Möller, Planungsstab, Auswärtiges Amt, Berlin ;
  18. Vincent Muller, consul général, consulat général de France à Düsseldorf ;
  19. Sabine von Oppeln, conseillère académique, Otto-Suhr-Institut für Politikwissenschaft, Freie Universität Berlin ;
  20. Joachim Schild, professeur de sciences politiques et de politique comparée à l‘université de Trèves ;
  21. Daniela Schwarzer, directrice de recherche senior et directrice du programme Europe, German Marshall Fund of the United States (GMF) ;
  22. Hans Stark, secrétaire général du Cerfa/IFRI, professeur de civilisation allemande contemporaine à l’université Paris-Sorbonne et Daniel Vernet, journaliste, ancien directeur de la rédaction du Monde.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/05/15/union-europeenne-il-faut-abandonner-l-illusion-que-tous-les-etats-membres-pourront-trouver-un-niveau-d-integration-homogene_5127988_3232.html#ADFBsvj8dCwsWlFv.99


source/https://visegradpost.com/fr/2017/05/21/le-bras-de-fer-entre-les-deux-europes/