1886 – Énergie – Les Suisses tournent le dos à l’atome … Les cinq enseignements du 21 mai… Les résultats en direct, canton par canton

21. mai 2017 – 16:27 Par Balz Rigendinger

La Suisse s’est prononcée en faveur d’un abandon de l’énergie nucléaire. Le résultat de la votation fédérale du 21 mai livre cinq enseignements.

1. Doris Leuthard a atteint le but de sa vie

La Stratégie énergétique 2050 est le grand projet de la vie politique de Doris Leuthard.
La Stratégie énergétique 2050 est le grand projet de la vie politique de Doris Leuthard.

(Keystone)

Il n’y a pas grand-chose que la conseillère fédérale Doris Leuthard, une femme sympathique et avec les pieds sur terre, ne pourrait pas vendre. Elle a été récemment vue dans un passage souterrain de la gare de Berne un vendredi soir, lorsque les pendulaires fatigués d’une semaine de travail partaient en week-end. Doris Leuthard était bien visible dans cette masse. Pas parce qu’elle est une personnalité, mais parce qu’elle était la plus heureuse de tous. Le oui clair à la Stratégie énergétique 2050 est sa victoire. Tous les conseillers fédéraux sont «sûrs de leurs dossiers», mais une seule est de bonne humeur. Cela a fait toute la différence dans ce vote plein d’incertitude. Deux tiers des citoyens font confiance à Doris Leuthard et presque autant ont accordé leur voix à la Stratégie énergétique.

2. Les Suisses ne pardonnent pas les exagérations

La fameuse affiche de la douche froide.
La fameuse affiche de la douche froide.

(Keystone)

Il y avait du côté des adversaires des arguments qui auraient pu gagner en puissance. Par exemple, les coûts supplémentaires que chaque ménage devra à un moment ou à un autre payer pour financer la stratégie qui a été maintenant choisie. Mais les adversaires ont attaqué sur ce point avec trop d’exagérations. Ils ont perdu du crédit avec leur campagne qui mettait en garde contre les douches froides. Un argument convaincant aurait été la critique d’une «économie planifiée» dans le futur marché de l’électricité et de mesures de pilotage de l’économie énergétique qui rendront impossible durant plusieurs décennies un marché de l’électricité libre que pourtant presque tout le monde souhaite. Diffuser cet argument aurait été la tâche naturelle d’economiesuisse. Mais l’organisation faîtière de l’économie est encore sous le coup de sa dernière défaite sur la réforme de la fiscalité des entreprises III. Une défaite si violente qu’economiesuisse n’a pas retrouvé assez de détermination pour donner un mot d’ordre. C’est aussi pour cette raison que Doris Leuthard a pu avancer avec ses idées.

3. La solidarité entre générations est encore intacte

Il y a longtemps que l'on cherche un endroit définitif pour le stockage des déchets nucléaires, comme ici dans le Jura en 2010.
Il y a longtemps que l’on cherche un endroit définitif pour le stockage des déchets nucléaires, comme ici dans le Jura en 2010.

(Keystone)

L’énergie tirée du nucléaire est du courant aux frais des générations futures. En fait, ce n’est pas tant Fukushima qui a fait douter le centre politique sur l’énergie nucléaire que la question non résolue des déchets. Les Suisses ont toujours fait preuve d’une clairvoyance généreuse quand il s’agit d’être équitable avec ceux qui viendront après eux. C’est avec cet enseignement que le pays va maintenant voter sur la réforme des retraites – cela sera le plus grand test jamais réalisé pour le contrat générationnel en Suisse.

4. Les Suisses croient en l’avenir

Solar Impulse, ambassadeur de l'énergie solaire.
Solar Impulse, ambassadeur de l’énergie solaire.

(Keystone)

Le oui à la Stratégie énergétique 2050 est aussi l’expression d’une vision optimiste de l’avenir, d’un clair «On peut le faire!». Pourtant, personne ne sait vraiment comment il sera possible de tirer assez d’énergie de l’eau, de la terre, du soleil et du vent pour ce pays en croissance. Mais la Suisse a toujours été marquée par sa foi en la technique et la confiance en ses propres forces. L’avion solaire de Bertrand Piccard a apporté ce message au monde, même avec des pannes. En même temps, le pays a fêté l’ouverture du nouveau tunnel ferroviaire du Gothard, une prestation exceptionnelle longtemps impensable. Barrages, cellules solaires, éoliennes, géothermie: toutes ces technologies fonctionnent et ont du potentiel.

5. Le pays fait face à une grande tâche

Les éoliennes vont-elles pousser comme des champignons grâce aux nouvelles subventions?
Les éoliennes vont-elles pousser comme des champignons grâce aux nouvelles subventions?

(Keystone)

Celui qui va dans la direction indiquée est désormais récompensé par l’Etat. Mais aussi judicieux que cela soit, il existe aussi le danger que les paysages soient défigurés et que l’on se livre à des expériences douteuses. Le pays doit maintenant en discuter. La manière de régler ces choses est établie et éprouvée. Mais il serait en revanche dangereux de laisser la seule économie se développer en s’alimentant à cette nouvelle manne de l’Etat et en devenant puissante grâce aux subventions, comme l’avaient fait les barons de l’atome il y a cinquante ans. La Suisse fait désormais face à une tâche qui ne pourra pas être résolue uniquement avec du charisme et de la sympathie. Si les Suisses payent – ce qu’ils ont fait dans les urnes – ils veulent aussi le contrôle.

http://www.swissinfo.ch/fre/tournant-%C3%A9nerg%C3%A9tique_les-cinq-enseignements-du-21-mai/43198972
(Traduction de l’allemand: Olivier Pauchard)


Par Samuel Jaberg –21. mai 2017 – 17:27

Les cinq centrales nucléaires du pays seront débranchées du réseau à moyen terme. 
Les cinq centrales nucléaires du pays seront débranchées du réseau à moyen terme.

(Keystone)

Les Suisses sont prêts à renoncer progressivement à leurs centrales nucléaires et à prendre le virage des énergies renouvelables. La nouvelle Loi sur l’énergie a été acceptée à plus de 58% des voix ce dimanche lors d’une votation populaire à portée historique.

Après une fin de campagne à suspense, c’est finalement un «oui» clair et net à la Stratégie énergétique 2050 (SE 2050) de la Confédération qui est sorti des urnes ce dimanche. Les partisans de ce tournant vert l’ont emporté avec 58,2% des voix.

Le soutien à ce projet porté par le gouvernement et une majorité du Parlement a été particulièrement fort en Suisse francophone: dans les cantons de Vaud et Genève, près des trois quarts des votants ont plébiscité la sortie progressive du nucléaire et un soutien plus important aux nouvelles énergies renouvelables.

Seule quatre cantons alémaniques ont glissé un «non» dans les urnes. Parmi eux, on retrouve sans surprise le canton d’Argovie, qui accueille sur son territoire trois des cinq réacteurs nucléaires du pays.

 Les résultats en direct, canton par canton, de la votation du 21 mai 2017.

Votation du 21/5/2017

Participation: 42.3%

Vaud

74% >> oui 137’451 26%>>  49’514 non

Genève

73%>> oui 79’311 27%>> 30’013 non

 Neuchâtel

70%>> oui  29’884 30%>> 13’048 non

 Bâle-Ville

63%>> oui  34’995 37%>> 20’160 non

 Valais

63% >> oui 57’831 37%>> 33’414 non

Fribourg

63%>> oui 48’468 37%>> 28’258 non

 Jura


63%>> oui 12’304 37%>> 7’312 non

 Zurich

59%>> oui 240’983 41%>> 168’938 non

 Grisons

59%>> oui 30’963 41%>> 21’748 non

 Lucerne

58%>> oui 72’209 42%>> 51’3019 non

 Tessin

57%>> oui 51’831 43%>> 39’515 non

 Appenzell Rhodes-Intérieures

6%>> oui 2’303 44%>> 1’809 non

 Berne


56%>> oui 166’071 44%>> 132’930 non

 Appenzell Rhodes-Extérieures

54%>> oui 9’323 46%>> 7’991 non

 Zoug

54%>> oui 19’139 46%>> 16’407 non

Bâle-Campagne

53%>> oui 42’251 47%>> 36’891 non

Saint-Gall

52%>> oui 68’346 48%>> 62’523 non

 Uri

52%>> oui 5’128 48%>> 4’787 non

 Thurgovie

51%>> oui 33’955 49%>> 32’116 non

 Schaffhouse

51%>> oui 16’251 49%>> 15’506 non

 Soleure

51%>> oui 38’976 49%>> 38’072 non

 Nidwald

51%>> oui 6’983 49%>> 6’826 non

 Obwald

50%>> oui 6’364 50%>> 6’415 non*

 Argovie

48%>> oui 85’056 52%>> 91’280 non*

 Schwytz

44%>> oui 21’452 56%>> 27’077 non*

 Glaris

44%>> oui 4’119 56%>> 5’300 non*

Tournant historique

Cette votation intervenait moins de six mois seulement après l’échec de l’initiative des Verts qui exigeait la fermeture des cinq centrales nucléaires du pays d’ici 2029.

Les Suisses étaient cette-fois invités à se prononcer sur un projet moins radical mais à la portée néanmoins historique. Élaborée en 2011 par le gouvernement à la suite de l’accident nucléaire de Fukushima, puis acceptée par le Parlement à l’automne 2016, la SE 2050 prévoit la fermeture graduelle des centrales existantes – qui ne seraient pas désactivées à une date limite, mais au terme de leur durée de vie – et l’interdiction d’en construire de nouvelles.

L'engagement sans faille de Doris Leuthard, la très populaire ministre de l'Energie et de l'Environnement, a joué un rôle important dans le résultat de la votation de dimanche. 
L’engagement sans faille de Doris Leuthard, la très populaire ministre de l’Energie et de l’Environnement, a joué un rôle important dans le résultat de la votation de dimanche.

(Keystone)

A l’avenir, l’énergie nucléaire, qui fournit près d’un tiers de l’électricité consommée en Suisse, sera remplacée – du moins en partie – par les «nouvelles» énergies renouvelables issues du soleil, du vent ou encore de la biomasse. Pour réussir ce tournant, la Suisse devra également entreprendre des efforts dans le domaine de l’efficience énergétique et de la réduction de la consommation d’électricité et d’énergie.

Guerre des chiffres

Le projet était combattu par la droite conservatrice, qui a lancé le référendum après avoir échoué à torpiller le projet au Parlement. L’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) estime en particulier que les énergies renouvelables ne permettront pas de produire de l’énergie en quantité suffisante, de manière fiable et à des prix raisonnables.

Au cours de la campagne, le premier parti du pays, soutenu par une forte minorité du Parti libéral-radical (PLR / droite) et une partie des milieux économiques, n’a ainsi eu de cesse de dénoncer un projet très douloureux pour le porte-monnaie des Suisses. Les citoyens devront débourser 3200 francs par an et par ménage pour soutenir les énergies alternatives, ont-ils menacé.

Un chiffre totalement hors réalité aux yeux des partisans du projet, puisqu’il inclut la deuxième partie de la Stratégie énergétique non soumise au vote et quasi enterrée par le Parlement. Le gouvernement a pour sa part évalué à 40 francs par an et par ménage le coût de cette transition énergétique.

Nouveau succès pour Doris Leuthard

Pour les partis situés au centre et à gauche de l’échiquier politique, la transformation du système énergétique national représente au contraire une formidable opportunité pour la Suisse. La transition vers un approvisionnement «local, sûr et propre» contribuera à leurs yeux à protéger le climat et à créer de nouveaux postes de travail.

Ces arguments ont été martelés tout au long de la campagne par Doris Leuthard, la très populaire ministre de l’Energie et de l’Environnement, dont l’engagement sans faille a sans doute joué un rôle déterminant dans le résultat sans discussion de la votatoin.

Appelée à commenter sa dixième victoire en votation populaire depuis son arrivée à la tête du département de l’Environnement et de l’Energie – contre seulement deux défaites -, Doris Leuthard a estimé que ce soutien du peuple à la stratégie énergétique «ouvre une nouvelle page vers un futur énergétique moderne».

Satisfaction des écologistes

Dimanche après-midi, les écologistes suisses n’ont pas non plus manqué de souligner la dimension historique de ce vote. «Cela fait plus d’une génération que les Verts s’engagent sur ce thème. Aujourd’hui, on sort du nucléaire, je ressens donc une immense joie et une vive émotion», a ainsi réagi la députée verte Adèle Thorens sur le plateau de la télévision publique suisse (RTS).

Greenpeace, Pro Natura et le WWF ont également salué le vote des Helvètes dans des communiqués distincts, plaidant pour une mise en oeuvre rapide mais néanmoins respectueuse de la nature de la stratégie énergétique.

Reste que cette loi ne fait pas l’unanimité parmi les défenseurs de la nature et de l’environnement. C’est le cas notamment chez les anti-éoliens, qui comptent dans leurs rangs l’ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement Philipp Roch. La stratégie énergétique sera non seulement moins efficace qu’escompté, mais elle sera aussi plus chère et bureaucratique, a-t-il mis en garde à l’issue du vote.

(swissinfo.ch)
 

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