1686 – Les États-Unis bloquent la déclaration contre le protectionnisme dans le communiqué du G20

1- Les États-Unis bloquent la déclaration contre le protectionnisme dans le communiqué du G20

2- Au G20 de Baden-Baden, les adeptes du libre-échange sont en alerte

3 – G20 Finances à Baden-Baden : vives tensions entre Washington et Berlin

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Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble

1- Les États-Unis bloquent la déclaration contre le protectionnisme dans le communiqué du G20

Par Nick Beams  – 21 mars 2017

La décision des grandes puissances économiques mondiales, représentant 85 pour cent de l’économie mondiale, d’abandonner leur engagement antérieur à s’opposer au protectionnisme commercial est un tournant majeur dans les relations économiques et politiques internationales, avec des implications profondes.

Réunis au cours du week-end à Baden-Baden, en Allemagne, les ministres des Finances du G20 ont retiré de leur communiqué un appel à « résister à toutes les formes de protectionnisme ».

La décision est intervenue après une opposition intransigeante à son inclusion par le représentant américain, le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, avec l’écrasante majorité des autres ministres des Finances s’opposant à lui. La seule exception semble être le Japon, qui aurait donné un certain soutien aux États-Unis.

L’opposition de Mnuchin s’aligne sur la position de « l’Amérique d’abord » de l’administration Trump et ses menaces d’imposer des taxes sur les importations, d’augmenter les tarifs douaniers contre la Chine et de chercher à contourner les décisions de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) si ces dernières s’opposent aux intérêts américains.

Puisque les décisions du G20 sont fondées sur le consensus, la majorité a été confrontée à l’alternative d’une rupture ouverte avec les États-Unis, et peut-être la dissolution de toute l’organisation, ou d’accepter une formule de compromis pour tenter de voiler les différends.

Ils ont choisi cette dernière option, en déclarant dans le communiqué qu’ils œuvreraient seulement à « renforcer la contribution du commerce à nos économies ». En déférence à la position des États-Unis selon laquelle le système actuel est préjudiciable aux intérêts de l’Amérique, la déclaration a ajouté que les États membres du G20 « s’efforceraient de réduire les déséquilibres mondiaux excessifs ».

Le communiqué a également abandonné, sur l’insistance des États-Unis, tout engagement de lutte contre le changement climatique, que Trump a déjà dénoncé comme un « canular ».

2017.03.21 Steven Terner Steve Mnuchinch né le 21 décembre 1962 est américain et gestionnaire de fonds qui est le 77ème et actuel secrétaire américain du Trésor usa-politics-trum

le représentant américain, le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin

Mnuchin a déclaré qu’il « ne pouvait pas être plus heureux avec le résultat » et qu’il y avait un « consensus ». Les États-Unis se sont concentrés sur le fait qu’ils ont des déficits commerciaux qu’ils voulaient réduire et qu’il y a une « nouvelle administration et une vision différente sur le commerce. »

Après la réunion, des efforts concertés par d’autres participants ont été déployés pour masquer les répercussions de ce qui s’était passé, tout en maintenant la perspective que les États-Unis allaient se rendre à l’évidence.

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, agissant en sa qualité de président de la réunion, a déclaré qu’il faudrait un certain temps au « ministère américain des Finances pour changer sa position. » La réunion avait atteint une impasse. « C’est pourquoi, à la fin, nous n’avons rien dit [sur l’évitement du protectionnisme], parce que cela signifiait des choses différentes quand nous disions que nous ne voulions pas de protectionnisme. »

Cependant, à l’approche de la réunion, l’Allemagne avait été parmi les adversaires les plus virulents de la position américaine. Alors que le sommet était sur le point de s’ouvrir vendredi, la ministre allemande de l’économie, Brigitte Zypries, a déclaré que si Trump allait adopter une proposition visant à imposer une taxe frontalière sur les importations de voitures allemandes pouvant atteindre 35 pour cent, l’Allemagne porterait plainte à l’OMC. En faisant allusion aux décisions des tribunaux américains qui bloquent l’interdiction de l’immigration musulmane, elle a ajouté de façon provocatrice : « Ce ne serait pas la première fois que M. Trump échouerait devant les tribunaux. »

À la veille du sommet, Schäuble et le ministère des finances réclamaient un engagement envers un système commercial « multilatéral » qui soit « fondé sur des règles, transparent, non discriminatoire, ouvert et inclusif » – une autre riposte dirigée contre l’administration Trump, notamment son hostilité à l’égard des décisions de l’OMC.

Toutefois, le ministère a accepté les demandes du bureau de la chancelière Merkel que les références à « multilatéral » et « fondées sur des règles » soient abandonnées. La tentative de conciliation a néanmoins échoué.

La directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, a également tenté de minimiser la rupture, affirmant que la nouvelle Maison Blanche avait simplement besoin de temps pour « s’adapter et apprendre ».

Si Schäuble a déclaré que la décision était « quelque chose que nous pouvons tolérer », d’autres n’en sont pas si sûr. Le commissaire européen à l’économie, Pierre Moscovici, a déclaré que, puisque la réunion de Baden-Baden était le « premier contact » avec la nouvelle administration américaine, « il aurait été inutile d’engager une querelle ». Mais il a exprimé l’espoir que lors du sommet des dirigeants du G20 à Hambourg en juillet, la formulation serait différente.

« Nous en avons besoin », dit-il. « C’est la raison d’être du G20 ». En d’autres termes, si on ne peut pas parvenir à un accord, l’organisation pourrait se briser.

Ses paroles n’étaient pas une exagération rhétorique. Au lendemain de la crise financière mondiale de 2008, le G20 est devenu le premier forum international au monde, remplaçant le groupe des économies capitalistes du G7 en 2009.
En reconnaissant que la crise économique et financière mondiale la plus grave depuis les années 1930 présentait le danger d’une guerre commerciale, il a décidé d’insister sur l’opposition au protectionnisme et aux dévaluations monétaires, de peur que les pays n’adoptent des politiques de chacun pour soi à travers lesquelles les grandes puissances chercheraient à faire porter les effets de la crise à leurs rivaux.
Les dirigeants gouvernementaux sortirent de la réunion de 2009 en se félicitant sur la façon dont ils avaient appris les leçons du passé et l’engagement à s’opposer au protectionnisme a été inclus dans toutes les déclarations suivantes du G20. Il est maintenant lettre morte.

L’axe des politiques du gouvernement Trump, s’appuyant sur « l’Amérique d’abord », vise non pas à faire quelque « ajustement » du système actuel, mais son renversement. Le gouvernement américain maintient que les déficits commerciaux avec la Chine et l’Allemagne sont responsables du déclin économique relatif de l’Amérique, particulièrement depuis l’admission de la Chine à l’OMC en 2001, quelque chose que l’administration Trump est résolue à corriger. Cette politique va de pair avec la décision de renforcer l’armée américaine.

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Peter Navarro,

Alors que l’opposition à la Chine a attiré plus d’attention, l’Allemagne est autant une cible, avec le conseiller économique de Trump, Peter Navarro, déclarant que l’Allemagne a été un bénéficiaire majeur de la faible valeur de l’euro par rapport au dollar et que l’excédent commercial allemand avec Les États-Unis est une « question sérieuse » et « l’un des problèmes les plus difficiles » pour les États-Unis en matière de politique commerciale.

Alors que les ministres des Finances du G20 cherchaient à minimiser l’importance du différend, en gardant l’espoir que l’administration Trump « apprendrait », les mots ne peuvent dissimuler ce qui a été fait.

En juin 1930, le Congrès américain adopta la loi Smoot-Hawley, qui imposa des hausses importantes des tarifs douaniers. Au cours des décennies qui ont suivi, cette loi a été presque universellement reconnue comme ayant largement contribué à la spirale descendante du commerce mondial au début des années 1930, exacerbant les effets de la Grande Dépression et contribuant à la montée des blocs commerciaux et monétaires qui jouèrent un rôle majeur dans les événements menant à la Seconde Guerre mondiale.

La décision du G20, dictée par Washington, de supprimer un engagement pris en reconnaissance de ce qu’elle considérait comme les leçons de cette expérience, pourrait avoir des conséquences aussi importantes aujourd’hui.

(Article paru en anglais le 20 mars 2017)


source/https://www.wsws.org/fr/articles/2017/mar2017/prot-m21.shtml


2- Au G20 de Baden-Baden, les adeptes du libre-échange sont en alerte
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Réunis à Baden Baden jusqu ’à samedi, les ministres des Finances pourraient décider de remettre aux mains de leurs chefs d’Etat respectifs, en juillet prochain, toute décision concernant le libre échange et la lutte contre le protectionnisme

« Nous résisterons à toutes les formes de protectionnisme » . Depuis 2005, cet engagement en faveur du libre-échange figure, quasiment au mot près, dans le communiqué final des ministres des Finances du G20. Alors que ceux-ci se réunissent jusqu’à samedi à Baden-Baden, en Allemagne , il pourrait disparaître pour la première fois des engagements formels des vingt pays membres.

Certes, la réunion des grands argentiers, qui se rassemblent chaque année depuis 1999, n’est pas terminée. Après les discussions techniques entre leurs conseillers , les ministres doivent à leur tour se pencher sur le projet de communiqué cet après- midi et demain. Théoriquement, ils peuvent arrêter une position commune à la fin du sommet, prévu samedi à 16.00 heures.

Les pays ont finalement confirmé leur engagement à éviter toute dévaluation compétitive. Par ailleurs, un participant décrit l’ atmosphère comme « constructive et pas du tout agressive » . Mais l’ombre du nouveau président américain Donald Trump , qui menace d’ériger des barrières douanières pour réduire un déficit commercial américain, domine les discussions sur le commerce. « Le but est de conserver cet engagement à lutter contre le protectionnisme, sous une forme ou sous une autre, mais on ne peut pas exclure qu’il disparaisse » , dit une source. « Le commerce est aussi une question très importante pour les sherpas » , souligne une autre. Il n’est donc pas impossible qu’elle soit renvoyée au sommet des chefs d’États et de gouvernement du G20, début juillet à Hambourg . Jeudi, le nouveau secrétaire américain au Trésor avait annoncé la couleur. « Notre objectif est de créer de la croissance économique qui est bonne pour les États-unienne et pour le reste du monde , avait déclaré Steven Mnuchin lors d’une rencontre à Berlin avec son homologue Wolfgang Schäuble. Notre désir n’est pas d’entrer dans des guerres commerciales ».

Washington contre une guerre commerciale

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Angel Gurria, le secrétaire général de l’OCDE

Certains préparent déjà le terrain. « Le but n’est pas de prendre des décisions finales, mais d’avoir une compréhension et un échange bien meilleurs sur le chemin à prendre , a jugé vendredi à Baden-Baden Angel Gurria, le secrétaire général de l’OCDE. Les communiqués ne sont pas au centre de ces meetings, ce qui compte c’est ce qui se passe pendant les réunions et les bilatérales » . Mais l’absence provisoire de cette phrase symbolique alarme les industriels.

« Nous demandons aux responsables du G20 de mettre en oeuvre leurs engagements pour une économie mondiale ouverte et pour résister à toutes les tentations protectionnistes, en particulier sur le commerce, l’ investissement et la fiscalité » , ont déclaré le Medef et ses homologues allemands, le BDI et le BDA. « Nous souhaitons qu’il y ait une affirmation positive en faveur du libre-échange pour marquer que c’est bien là le cadre dans lequel doit s’ organiser la vie économique de la planète » , a déclaré le commissaire européen Pierre Moscovici dans un entretien avec l’AFP.

Thibaut Madelin envoyé spécial à Baden Baden

source/https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/0211889880603-au-g20-de-baden-baden-les-adeptes-du-libre-echange-sont-en-alerte-2073306.php


Les ministres des Finances et les banquiers centraux du G20 sont réunis dans la station thermale allemande. L’Allemagne menace de déposer devant l’OMC un recours contre les États-Unis pour dénoncer le projet de Donald Trump de taxe aux importations.

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 © JOHN MACDOUGALL/AFP Le ministre allemand Wolfgang Schäuble et le secrétaire d’État au Commerce Steven Mnuchin se sont rencontrés à Berlin avant la réunion du G20 Finances à Baden-Baden.

Réunis vendredi et samedi à Baden-Baden en Allemagne pour le «G20 Finances», les grands argentiers et les banquiers centraux des vingt premières puissances mondiales font face à la crainte d’un retour du protectionnisme de la part des États-Unis, ce qui pourrait fragiliser tant le consensus libre-échangiste en vigueur au sein du groupe que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) elle-même, contre laquelle Donald Trump s’est déjà montré très vindicatif. 

 

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Brigitte Zypries.

La tension est notamment palpable entre le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, qui participe à sa première réunion multilatérale, et son homologue allemand, Brigitte Zypries, qui rejette le projet de Donald Trump d’une taxe aux importations.

Pas de position commune sur le protectionnisme

Selon Reuters, qui a pris connaissance du projet de communiqué, les participants au G20 Finances ont d’ores et déjà confirmé leur engagement d’éviter toute dévaluation compétitive, mais ils ne sont pas parvenus encore à dégager une position commune sur le protectionnisme et le commerce international.

Le projet de communiqué souligne les risques liés à un marché des changes instable. Les grands argentiers réunis à Baden-Baden estiment que la politique monétaire continuera à œuvrer à la croissance et à la stabilité des prix sans pouvoir à elle seule amener une croissance économique équilibrée. Le communiqué définitif sera publié samedi. Chaque mot fera l’objet de négociations, de propositions en contre-propositions, et tout changement manifeste par rapport à la doctrine du G20 sera perçu comme un «effet Donald Trump».

«Pas de guerre commerciale» entre Washington et Berlin, mais un sérieux différend

L’Allemagne, un des plus grands pays exportateurs au monde, redoute tout particulièrement les menaces protectionnistes de l’administration Trump. Dans une démarche inhabituelle, la chancelière allemande Angela Merkel et le président chinois Xi Jinping ont convenu jeudi par téléphone de «promouvoir le libre-échange», selon un communiqué de la chancellerie. La question du protectionnisme ne devrait pas être discutée qu’à Baden-Baden. Alors qu’Angela Merkel est en visite aux États-Unis, le sujet devrait aussi être au menu des entretiens prévus dans la journée entre la chancelière allemande et le président américain.

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La ministre allemande de l’Économie a quant à elle reconnu que l’enjeu de ces entretiens était «important» pour l’économie allemande. «L’incertitude» sur les intentions des États-Unis en matière commerciale «agit comme un poison» sur l’économie, a-t-elle mis en garde. «Notre désir n’est pas d’entrer dans des guerres commerciales», a tenté de désamorcer son homologue américain Steven Mnuchin à l’issue d’une rencontre jeudi à Berlin avec le ministre allemand Wolfgang Schäuble.

Si les acteurs ne parlent pas de «guerre commerciale», la rivalité est très forte entre Berlin et Washington. L’administration Trump dénonce l’excédent commercial allemand de 50 milliards d’euros vis-à-vis des États-Unis. «Nous savons nous-mêmes que c’est un problème et nous y travaillons. Les Américains ont besoin de nos machines et de nos usines (…) L’autre point est que nous avons un excédent commercial seulement dans le domaine des machines et des usines; dans le secteur des services, c’est l’inverse» en raison des géants américains d’internet, s’est défendue Brigitte Zypries.

Taxe aux importations: l’Allemagne pourrait déposer un recours contre les États-Unis devant l’OMC

Alerté par les conséquences possibles d’une taxe aux importations, notamment sur son industrie automobile, Berlin a mis en garde Washington quelques heures avant le début du G20 Finances.

Sur les ondes de la radio Deutschlandfunk, Brigitte Zypries a prévenu que l’Allemagne pourrait déposer un recours contre les États-Unis devant l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) si le président américain Donald Trump concrétisait son projet de taxe aux importations.

Dans son bras de fer avec Mexico pour la construction du «mur», Donald Trump menace d’imposer une taxe de 35% sur les voitures assemblées au Mexique puis importées aux États-Unis, ce qui concernerait notamment le constructeur allemand BMW. Plus généralement, la nouvelle administration américaine envisage une taxe fiscale douanière sur l’ensemble des importations, appelée «border adjustment tax», de l’ordre de 20%.

«J’espère que la raison finira par prévaloir, mais je me prépare aussi aux tribunaux. L’autre option est que nous déposions un recours contre lui à l’OMC» a déclaré la ministre allemande de l’Économie. Brigitte Zypries a précisé qu’«il exist[ait] des procédures car dans les accords de l’OMC il est clairement exposé que vous n’êtes pas autorisé à prélever plus de 2,5% de taxe sur les importations de voitures». «Ce que je veux dire, c’est que ce ne serait pas la première fois que Monsieur Trump échouerait devant les tribunaux», a ironisé la ministre social-démocrate en écho aux déboires judiciaires rencontrés par Donald Trump avec son décret migratoire.

Dans la bucolique station thermale allemande non loin de la frontière française, la réunion des ministres des Finances et des banquiers centraux des pays les plus puissants du monde ne s’annonce décidément pas de tout repos.


source/ http://premium.lefigaro.fr/conjoncture/2017/03/17/20002-20170317ARTFIG00158-g20-financesa-baden-baden-vives-tensions-entre-washington-et-berlin.php

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