1585 – Les 22 premiers jours du Président Donald Trump …

  • 1-Prenons au sérieux le décisionnisme de Donald Trump

  • 2- Trump bloqué par les juges mais encore porté par l’opinion

  • 3 – Donald Trump aux prises avec le pouvoir des juges

  • 4 – Les Américains plutôt favorables au décret anti-immigration de Trump

  • 5 – Donald Trump président chamboule l’ordre établi

 

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1 – Prenons au sérieux le décisionnisme de Donald Trump

Par Mathieu Slama – Mis à jour le 10/02/2017 à 16h30 | Publié le 10/02/2017 à 12h31

Le président américain a pris 17 décrets en seulement huit jours. Pour Mathieu Slama, celui qui est souvent considéré comme un «fou» ou un «dingue» remplit le vide laissé par des démocraties libérales paralysées dans l’action politique.


Consultant et analyste politique, Mathieu Slama collabore à plusieurs médias, notamment Le Figaro et Le Huffington Post, où il intervient particulièrement sur les questions de politique internationale. Il a récemment publié son premier livre, La guerre des mondes, réflexions sur la croisade de Poutine contre l’Occident, aux éditions de Fallois.

A force de commenter à longueur de journée le style, la personnalité et les excès de Donald Trump, on prend le risque de passer à côté d’un élément qui paraît pourtant essentiel pour comprendre la révolution que celui-ci introduit dans la manière de faire de la politique en Occident.

En huit jours, 17 décrets étaient déjà signés.

Les premières semaines de l’administration Trump pourraient se résumer d’une manière très simple: le président américain signe des décrets à tour de bras. Tout cela est mis en scène plus ou moins habilement, le président américain et ses équipes de communication inondant les réseaux sociaux d’images de sa propre personne dans le bureau ovale signant des décrets, les membres de son cabinet et de son administration se tenant derrière lui.

En huit jours, 17 décrets étaient déjà signés.

  1. Retrait des États-Unis du Partenariat Trans-Pacifique,
  2. planification de la construction du mur à la frontière mexicaine,
  3. le «muslim ban»,
  4. remise en cause de l’Obamacare,
  5. retrait des subventions aux ONG promouvant l’avortement…:

les premiers décrets signés ont concerné des sujets très variés, mais la priorité était manifestement donnée aux promesses de campagne les plus emblématiques. Lors de la première conférence de presse qui a suivi son élection, Trump a déclaré: «Nous allons signer sans relâche, lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, et même chose la semaine suivante».

Il n’y a pas de fatalité et la décision politique a le pouvoir de faire plier le monde économique.

Même avant son investiture, Trump avait semble-t-il réussi à convaincre le constructeur Ford de renoncer à un projet de construction d’usine au Mexique pour investir dans le Michigan. Ce tour de force envoyait un signal très clair à ses électeurs: il n’y a pas de fatalité et la décision politique a le pouvoir de faire plier le monde économique.

«Nous n’accepterons plus les politiques qui ne font que parler et n’agissent pas – se plaignant sans cesse sans jamais résoudre les problèmes qu’ils déplorent. Le temps des paroles creuses est terminé. Voici venu le temps de l’action», annonçait Donald Trump dans son discours d’investiture.

Au cœur du phénomène Trump,il y a donc la question fondamentale de la décision.

Au cœur du phénomène Trump, il y a donc la question fondamentale de la décision. Francis Fukuyama écrivait récemment sur le site Politico que l’engouement pour un homme fort «à la Poutine» trouvait ses racines dans le sentiment, très fort chez une partie de la population américaine, que le système est «cassé» et «bloqué». Dans le même texte, Fukuyama alertait sur le risque d’une obstruction, de la part de l’opposition, à toutes les décisions que prendraient Trump, obstruction qui ne ferait selon lui qu’accentuer ce besoin d’un homme fort qui «casse toutes les règles».

Un sondage de novembre 2015 révélait que 40% des Français sont favorables à un régime autoritaire.

Ce phénomène n’est pas propre aux États-Unis ; il touche l’ensemble du monde occidental. Les peuples occidentaux, inquiets des ravages provoqués par la mondialisation, ont le sentiment d’être dépossédés de la maîtrise de leur destin.

Les sociétés libérales échouent, aux yeux de beaucoup d’entre eux, en raison de l’impuissance dont elles font preuve face aux bouleversements introduits par la mondialisation (immigration, délocalisations, chômage de masse).

Qu’on soit d’accord ou non avec ce constat, il faut écouter cette inquiétude.

Celle-ci n’épargne pas la France, bien au contraire. Un sondage de novembre 2015 révélait que 40% des Français sont favorables à un régime autoritaire. Un sondage similaire mené un an plus tard était plus nuancé mais indiquait néanmoins que 18% des Français sont favorables à une alternative autoritaire à notre modèle démocratique actuel et 40% sont en désaccord avec l’idée selon laquelle la démocratie est un modèle supérieur au régime autoritaire.

Tout cela doit être analysé avec précaution mais ne doit en aucun cas être sous-estimé. Il y a là le symptôme d’une crise grave du modèle de la démocratie libérale.

Ceux qui qualifient Trump de «dingue» ne comprennent rien à ce qui se joue. Ce sont ceux-là mêmes qui, sans le savoir, creusent la tombe du libéralisme politique.

Cette crise de la démocratie libérale n’est évidemment pas nouvelle, même si son visage a changé. Dans un célèbre ouvrage publié en 1922, Théologie Politique, le juriste allemand Carl Schmitt (adversaire résolu du libéralisme) prenait appui sur le concept de situation d’exception pour défendre une conception «décisionniste» de la politique.

Pour qu’une autorité soit réellement autoritaire, il faut, pour Schmitt, qu’

«il y ait de la décision, et que toute décision soit valable et valide, car dans les choses les plus essentielles du politique, il est plus important de savoir que quelqu’un décide que de savoir comment cette décision est décidée». Schmitt écrit: «L’essence de l’État réside en ceci, qu’il y ait à travers lui une décision».

Cette primauté de la décision suppose la subordination du droit. Schmitt précise en effet:

«Dans cette situation [d’exception] une chose est claire: l’État subsiste tandis que le droit recule. L’existence de l’État conserve une incontestable supériorité sur la validité de la norme juridique».

On mesure intuitivement les dangers d’une telle conception du pouvoir débarrassé de l’outil de contrôle juridique. Mais on mesure également sa pertinence à une époque où le libéralisme met en péril le concept même de politique en le réduisant à la seule garantie des libertés individuelles.

Schmitt s’est compromis de façon impardonnable avec le régime nazi, au moins jusqu’en 1936. Cependant il a vu, comme son contemporain Ernst Jünger (pour lequel la décision était la vertu politique principale), le problème fondamental qui réside au cœur même des démocraties libérales, c’est-à-dire la contradiction entre les principes libéraux et l’action politique.

La victoire de Trump et le succès des mouvements populistes en Europe en témoignent, leur réflexion est plus actuelle que jamais.

Ceux qui, à l’instar d’un hebdomadaire de gauche cette semaine, qualifient Trump de «dingue» ne comprennent rien à ce qui est en train de se jouer. Et ce sont ceux-là mêmes qui, sans le savoir, creusent chaque jour un peu plus la tombe du libéralisme politique.


source  http://premium.lefigaro.fr/vox/monde/2017/02/10/31002-20170210ARTFIG00132-prenons-au-serieux-le-decisionnisme-de-donald-trump.php


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2 – Trump bloqué par les juges mais encore porté par l’opinion

ANALYSE – Des sondages révèlent qu’une majorité de citoyens jugent l’administration Trump plus sincère que les médias. Un résultat qui vient rappeler aux élites la rupture totale qui existe entre les classes populaires et «l’Amérique d’en haut», explique Laure Mandeville.

Donald Trump vient de perdre une bataille légale devant les tribunaux. Un fiasco qu’il aurait bien fait d’éviter, trois semaines après le début de son mandat. Mais a-t-il pour autant perdu la guerre? Rien n’est moins sûr, vu le soutien étonnamment persistant dont il continue de jouir dans une bonne partie des sondages.

La seule fin était de montrer à l’électorat de Trump que le nouveau shérif de l’Amérique était prêt à serrer les boulons de la sécurité et de l’immigration

Aucun doute, son décret présidentiel destiné à bloquer temporairement les ressortissants de sept pays à majorité musulmane, reste suspendu.

Malgré un droit apparemment en sa faveur, la Maison-Blanche n’a pas été capable de convaincre les juges qu’il était nécessaire de le rétablir jusqu’à ce que l’affaire soit jugée sur le fond. La faiblesse de l’argumentaire gouvernemental, qui a échoué à expliquer pourquoi le gel du décret portait atteinte à la sécurité nationale, s’est avérée patente.

Clairement, l’oukase présidentiel a été décidé dans l’improvisation la plus totale, à seule fin de montrer à l’électorat de Trump que le nouveau shérif de l’Amérique était prêt à serrer les boulons de la sécurité et de l’immigration.

  • Comment avoir pu laisser concocter un texte qui n’excluait même pas, parmi les ressortissants de ces pays, les détenteurs de «cartes vertes», c’est-à-dire les résidents étrangers en situation régulière aux États-Unis?
  • Pourquoi avoir inclus l’Iran et pas l’Arabie saoudite ou le Pakistan dans la liste des États à risque?

L’équipe Trump aurait pu souligner qu’elle avait sélectionné des pays dont les services de sécurité ne travaillent pas en confiance avec ceux de l’Amérique. Mais elle ne l’a même pas fait! Toutes ces gaffes et questions sans réponses pourraient peser lourd si l’équipe présidentielle ne peaufine pas son décret ou sa défense, avant une saisine de la Cour suprême.

«On se verra au tribunal»

Pour l’heure, Trump – qui, par tempérament, déteste reconnaître ses erreurs au milieu du ring – ne semble pas pressé de céder. «On se verra au tribunal», a-t-il tweeté. «Il ne regrette rien», a lâché son porte-parole Sean Spicer, alors que les reporters de la Maison-Blanche le pressaient de dire si le président s’en voulait de s’en être pris à l’intégrité des juges.

Est-ce parce que Trump est persuadé qu’il garde le soutien de « sa base » et qu’il parie que cette tempête, comme toutes celles de la campagne, finira par s’apaiser ?

  • Est-ce parce que Trump est persuadé qu’il garde le soutien de «sa base» et qu’il parie que cette tempête, comme toutes celles de la campagne, finira par s’apaiser?

La question mérite évidemment d’être posée, surtout au regard des derniers sondages. Malgré la polémique, Trump est très loin de voir son électorat l’abandonner. Ses adversaires démocrates et la presse l’accablent, certains psychiatres et éditorialistes l’ont déjà proclamé «fou» et certaines enquêtes affirment que 4 Américains sur 10 veulent sa destitution!

Mais selon la moyenne des sondages recensés par le site de référence RealClearPolitics,

  • son décret sur l’immigration n’en a pas moins été soutenu par une majorité de 48% d’Américains,
  • contre 46,6% qui s’y opposent.

Si un sondage CNN

  • donne 47% des personnes interrogées en faveur du décret (et 53% contre),

Rasmussen

  • affiche 52% d’opinions favorables contre 47% d’avis négatifs.

Reuters est dans les mêmes ordres de grandeur, avec 49% pour et 41 contre!

Une enquête de Politico, juste après l’adoption du décret, montre que 55% des électeurs enregistrés soutiennent la décision présidentielle alors que 38% la désapprouvent.

Volonté de changement

Le jugement porté sur le début de la présidence Trump, reste également nuancé, aligné sur les divisions du pays, et non conforme à la vision ultra-critique de la presse américaine. Selon un sondage Emerson qui vient de sortir, notamment, Trump a 48% d’opinions favorables, et 47% d’avis défavorables. L’enquête d’Emerson affirme qu’une majorité de citoyens jugent l’Administration actuelle plus sincère que les médias!

Un résultat qui vient rappeler aux élites la rupture totale qui existe entre les classes populaires et «l’Amérique d’en haut».

«La volonté de changement a été la motivation dominante positive de sa campagne, les sondages montrent qu’il a encore un vrai capital», décrypte l’experte Karlyn Bowman, de l’American Enterprise Institute, pour la journaliste Linda Feldman, dans le Christian Science Monitor. À côté des anti-Trump, qui traquent toutes ses erreurs pour le «contenir» et l’affaiblir, y voyant un enjeu crucial pour l’avenir démocratique du pays, une autre partie de l’Amérique, majoritaire, veut encore «lui donner une chance», note Feldman dans son enquête. Détail intéressant, 34% des votants démocrates veulent que leurs élus trouvent le moyen de travailler avec Trump.


source/http://premium.lefigaro.fr/vox/monde/2017/02/10/31002-20170210ARTFIG00278-trump-bloque-par-les-juges-mais-encore-porte-par-l-opinion.php


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3 – Donald Trump aux prises avec le pouvoir des juges

Par Philippe Gélie – Mis à jour le 09/02/2017 à 08h07 | Publié le 08/02/2017 à 19h00

– Le président dénonce une justice «politisée» alors que le sort de son décret migratoire, actuellement suspendu, est entre les mains de trois magistrats.

Dans sa bataille contre les pouvoirs établis, Donald Trump s’est trouvé un nouvel adversaire à sa mesure: des juges qu’il soupçonne d’interpréter la loi selon leurs inclinations politiques et qu’il présente comme déconnectés de la vie réelle des Américains.

Mercredi, alors qu’on attendait la décision – une nouvelle fois reportée dans la soirée – de la cour d’appel de San Francisco sur la suspension temporaire de son décret limitant l’immigration aux États-Unis, ordonnée vendredi soir par un juge de Seattle, le président s’est livré à un cours de droit élémentaire, lisant la loi de 1952 qui lui confère de larges pouvoirs en la matière.

«Lorsque le président estime que l’entrée aux États-Unis de tout étranger ou catégorie d’étrangers nuirait aux intérêts du pays, il peut, par proclamation, et pour la période qu’il jugera nécessaire, suspendre l’entrée (des personnes désignées) en tant qu’immigrants ou non-immigrants, ou imposer toute restriction qu’il jugera appropriée.»

«Ce n’est pas clair?, a lancé Trump devant l’association des shérifs réunie à Washington. Un mauvais lycéen comprendrait ça.»

La veille au soir, lors d’une audience téléphonique retransmise en direct dans tout le pays, trois juges de la Cour fédérale du 9e Circuit, dont la juridiction couvre tout l’ouest des États-Unis, avaient examiné en appel la décision de suspension ordonnée à titre conservatoire par le juge James Robart. Cette mesure a stoppé l’application de l’ordonnance présidentielle du 27 janvier qui gèle pour 120 jours l’accueil des réfugiés – indéfiniment dans le cas des réfugiés syriens – et ferme pour trois mois les frontières aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane. L’instance d’appel ne doit pas se prononcer sur la légalité du décret, mais sur la pertinence de lever ou pas l’ordre judiciaire de suspension imposé à l’ensemble des États-Unis, dans l’attente d’un jugement au fond.

Donald Trump, dont c’est la première bataille judiciaire en tant que président, a suivi les débats avec «stupéfaction». «Ils parlaient de choses qui n’ont rien à voir» avec la loi, dit-il. Les magistrats ont soumis à un feu roulant de questions les deux parties, August Flentje du ministère de la Justice dans le rôle du plaignant, Noah Purcell en défense des États de Washington et du Minnesota qui avaient obtenu le gel du décret. Les plaideurs ont paru assez mal préparés, incapables pour l’un de citer des exemples d’actes terroristes commis contre des Américains par des citoyens des sept pays visés, assez en peine pour l’autre de démontrer la nature des «dommages» causés à la population par l’ordonnance présidentielle. «Je ne suis pas sûr de convaincre la cour», a avoué maladroitement Flentje.

Des pressions qui pèsent sur le climat des délibérations

L’audience a tourné autour de deux questions de fond, l’étendue des pouvoirs et «l’intention» de l’exécutif.

  • «Soutenez-vous que la décision du président ne peut être soumise à révision (par la justice)?», a demandé la juge Michelle Friedland.
  • «Oui», a dit Flentje.

Mais alors, «le président pourrait-il simplement interdire d’entrée tous les musulmans?», une discrimination potentiellement inconstitutionnelle, a rebondi son collègue William Canby. «Ce n’est pas le cas», a répliqué le représentant du gouvernement.

La question sera au cœur des audiences à venir sur la légalité du décret.

L’ancien maire de New York, Rudy Giuliani, a imprudemment déclaré que Donald Trump lui avait demandé de réunir un groupe d’experts pour formuler une interdiction des musulmans «qui soit légale».

La Maison-Blanche fait valoir que plus de 40 pays à majorité musulmane ne sont pas visés par sa décision et que six des sept derniers présidents ont pris des mesures excluant certaines catégories d’étrangers sur la base de la même loi.

  • Jimmy Carter avait banni les Iraniens lors de la crise des otages en 1980,
  • Ronald Reagan avait ciblé les Haïtiens et les Cubains en 1981,
  • Bill Clinton les responsables de la répression au Kosovo en 1999,
  • George W. Bush les auteurs d’atrocités dans les Balkans en 2001 et
  • Barack Obama tout tortionnaire ou criminel de guerre en 2011.

Toutefois, la justification du décret de Trump pourrait être malmenée par le fait que sur 182 terroristes ayant eu un projet d’attentat aux États-Unis depuis 1990, aucun ne provenait des pays concernés (101 étaient des citoyens américains).

Une centaine d’entreprises de la Silicon Valley se sont jointes à la plainte, alléguant «des dommages importants au commerce américain, à l’innovation et à la croissance». Près de trois cents professeurs de droit, seize procureurs généraux et dix anciens hauts responsables du département d’État ou de la CIA les appuient.

Donald Trump promet d’aller «jusqu’au bout du système», c’est-à-dire jusqu’à la Cour suprême si les juges de San Francisco ne lui donnent pas gain de cause. Mais les pressions qu’il exerce pèsent sur le climat des délibérations. Après avoir qualifié James Robart de «soi-disant juge», il a déclaré mercredi: «Je ne veux pas qualifier une cour de partiale», mais «le système judiciaire paraît si politisé… Ce serait si formidable si la justice faisait ce qu’elle doit. Notre sécurité est en jeu».


source/ http://premium.lefigaro.fr/international/2017/02/08/01003-20170208ARTFIG00276-donald-trump-aux-prises-avec-le-pouvoir-des-juges.php


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4 – Les Américains plutôt favorables au décret anti-immigration de Trump

Par Eugénie Bastié – Mis à jour le 03/02/2017 à 10h02 | Publié le 02/02/2017 à 16h26

Selon un sondage IPSOS-Reuters, 49% des Américains sont pour le décret de leur nouveau président interdisant l’immigration venant de sept pays musulmans, contre 41 % qui y sont opposés.

Trump a beau chuter dans les sondages plus vite que n’importe lequel de ses prédécesseurs, son décret contre l’immigration – qualifié de «Muslim Ban» par ses adversaires – pourrait bien être moins impopulaire que les manifestations et le tollé suscité dans la base libérale ne le laisseraient croire. Mercredi, Sean Spicer, le responsable presse de la Maison Blanche, a brandi en conférence de presse plusieurs sondages montrant l’adhésion d’une large partie de la population à cette mesure très contestée.

Un premier sondage publié mardi par l’institut Rassmussen montrait que 57 % des américains étaient favorables à «une interdiction temporaire des réfugiés venant de Syrie». Mais comme le notait Le Monde et plusieurs journaux américains, ce sondage est à prendre avec des pincettes, puisqu’il a été réalisé avant la mise en œuvre du décret et que la formulation des questions était assez orientée: «Êtes-vous favorable ou opposés à une interdiction temporaire des réfugiés venant de Syrie, d’Irak, d’Iran, de Libye, de Somalie du Soudan ou du Yémen, jusqu’à ce que le gouvernement améliore sa capacité à éliminer de potentiels terroristes venant de ces pays?». Le lien entre «terrorisme» et «immigration» dans la même phrase a pu incliner les sondés dans une direction.

66% des sondés favorables à une limitation du nombre de réfugiés

Cependant, un autre sondage beaucoup plus sérieux publié par Reuters et réalisé par Ipsos, vient confirmer cette tendance. Selon cette enquête réalisée en début de semaine et publiée mardi, 49 % des personnes interrogées sont favorables au «Muslim Ban» contre 41 % qui y sont opposées. 10 % n’ont «pas d’opinion». La question est formulée ainsi: «Êtes-vous d’accord ou pas d’accord avec le décret que le président Trump a pris pour bloquer des réfugiés et interdire les gens venant de sept pays à majorité musulmane d’entrer aux États-Unis?» 26 % des personnes interrogés sont «totalement d’accord» et 22 % «d’accord». Le clivage entre Républicains et démocrates sur cette question est très élevé: 82 % des Républicains y sont favorables pour 23 % seulement des démocrates. «La leçon politique que Trump semble avoir comprise, c’est que la division fonctionne: il n’y a aucune nécessité d’ajuster ou d’élargir sa base au-delà des 46 % de votants qui l’ont mené à la Maison Blanche», commente la journaliste Maria Liasson sur NPR

À la question «Faut-il interdire le pays aux musulmans pour prévenir le terrorisme?», sans référence directe au décret de Trump, 43 % se disent pour, contre 44 % favorables à l’accueil des réfugiés. Selon le même sondage, 66 % des personnes interrogées se disent favorables à une «limitation du nombre réfugiés autorisés à entrer dans le pays». Enfin, 31 % des sondés disent se sentir «plus en sécurité» depuis le décret Trump.

Des chiffres plutôt favorables au nouveau maître de la Maison Blanche, qui a pourtant pour coutume de dénoncer régulièrement la pratique sondagière. Ainsi récemment, au sujet de mauvais sondages sur sa popularité, il tweetait: «Les mêmes gens qui faisaient les sondages bidons pour les élections, et ont eu tout faux, font maintenant des sondages de popularité. Ils sont truqués, comme avant.» Pas tous?


SUR LE MÊME SUJET – Selon l’ONU «Le décret anti-immigration de Trump doit être retiré le plus tôt possible»:

source/http://premium.lefigaro.fr/international/2017/02/02/01003-20170202ARTFIG00210-les-americains-plutot-favorables-au-decret-anti-immigration-de-trump.php

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5- Donald Trump président chamboule l’ordre établi

Par Philippe Gélie – Mis à jour le 27/01/2017 à 00h02 | Publié le 26/01/2017 à 19h48

La Maison-Blanche ne l’a pas encore changé. En une semaine, une douzaine de décrets et d’ordonnances ont déjà bousculé la donne.

Correspondant à Washington

La Maison-Blanche n’a pas changé Donald Trump, en tout cas pas en une semaine. Le nouveau président a pris les commandes de la première puissance mondiale le pied au plancher, bousculant une longue tradition de prudence et de mesure. Il a promis le changement et entend le concrétiser sans délai. Les ordres présidentiels se succèdent, les déclarations fusent, les tensions surgissent. Qu’on se le dise, Donald Trump est au pouvoir.

Sa diplomatie s’amorce comme un jeu public d’oukases, de séduction et de chantage.

  • Mercredi, il a garanti que les relations avec le Mexique allaient s’améliorer grâce à «une coopération inédite».
  • Jeudi, il a menacé d’annuler le rendez-vous prévu avec le président Pena Nieto si celui-ci ne voulait pas «payer pour le mur».
  • Dans la foulée, Mexico a fait savoir que le président ne se rendrait pas à Washington mardi prochain comme annoncé.
  • Trump a riposté en annonçant une taxe de 20 % sur les produits exportés par le Mexique aux États-Unis. Ce tarif douanier, rompant de facto l’accord de libre-échange nord-américain (Aléna), serait affecté à la construction du mur.

Le bruit et l’agitation qui émanent de la Maison-Blanche commencent à donner une impression de chaos

Un tel affrontement permet à Donald Trump de montrer qu’il se bat pour les intérêts américains et qu’il tient ses promesses. Mais le bruit et l’agitation qui émanent de sa Maison-Blanche commencent à donner une impression de chaos.

  • Y- a-t-il une logique dans ce désordre?

Pour le nouveau président, «le temps de l’action» annoncé dans son discours d’investiture requiert d’être toujours en mouvement. Il veut «des événements quotidiens». Qu’il signe des décrets, tweete ou s’entretienne avec des chefs d’entreprise, le public est servi.

La parole de Trump elle-même est action.

  • Lorsqu’il ordonne le «lancement immédiat» du chantier du mur sur la frontière, peu importe que les pelleteuses arrivent dans plusieurs mois.
  • Après un rendez-vous lundi, Sean McGarvey, patron du syndicat de la construction NABTU, a commenté: «C’était de loin la meilleure réunion à laquelle j’aie jamais participé».

Une grande partie de l’activité présidentielle se déroule sous les projecteurs. Des signatures mises en scène sur de grands parchemins en présence d’une cour de collaborateurs dans le Bureau ovale. En une semaine, une douzaine de décrets et d’ordonnances ont déjà bousculé la donne

  • sur l’assurance-maladie,
  • l’immigration,
  • les accords de libre-échange,
  • l’énergie,
  • les réglementations fédérales
  • la gestion de l’Administration.

Parallèlement, des décisions plus furtives font leur œuvre.

  • Toute référence au changement climatique a été retirée du site Internet de la Maison-Blanche et de celui de l’Agence pour la protection de l’environnement (EPA), avec interdiction aux fonctionnaires de communiquer en direction du public.
  • La plupart des autres administrations ont aussi été réduites au silence, provoquant l’apparition de comptes Twitter officieux créés par les employés pour contourner la mesure.
  • Une conférence sur le climat et la prévention des maladies préparée depuis plusieurs mois a été annulée sans préavis.
  • L’EPA a été priée de geler tous ses contrats et attributions de crédits – quelque 4 milliards de dollars – liés à la recherche sur le réchauffement.

Les ministères enregistrent une véritable hémorragie de talents

  •  Au département d’État, une demi-douzaine des plus hauts diplomates de carrière ont démissionné en bloc mercredi, sans que Trump cherche à les retenir.

Les premiers décrets présidentiels ont été rédigés par les conseillers du président sans consultation des responsables et experts au sein du gouvernement pour mesurer leur impact.

  • L’ordre adressé aux agences fédérales «d’alléger le fardeau» de l’assurance-maladie ne remet pas en cause la loi Obamacare, mais il pourrait avoir un effet négatif sur le marché en supprimant l’obligation individuelle de s’assurer.
  • Le mémorandum décrétant le gel de toutes les réglementations non encore publiées a mis dans les limbes plus de 60 dispositions disparates, de la levée des sanctions frappant la Birmanie à l’inspection du fuselage des avions…

L’évocation d’un rétablissement du «waterboarding», technique d’interrogatoire simulant la noyade bannie en 2009, a pris de court le ministre de la Défense, James Mattis, et le directeur de la CIA, Mike Pompeo. Ils n’y sont pas favorables, mais Trump, lui, «pense absolument que ça marche».

  • Craint-il de «provoquer la colère» du monde musulman en fermant les frontières aux étrangers indésirables?
  • «Il y a déjà beaucoup de colère, répond le président, comment pourrait-il y en avoir davantage? Le monde est en colère, le monde est un foutoir.»

Lors de sa première interview à la Maison-Blanche, mercredi soir sur ABC, le nouveau locataire est apparu tel que durant la campagne: combatif, déterminé à changer les choses et consumé par sa propre image. Il n’en finit pas de contempler les photos de son investiture montrant une foule «massive» qu’il «ne laissera personne dénigrer».Il insiste sur sa conviction qu’entre 3 et 5 millions de personnes ont voté illégalement le 8 novembre, lui coûtant le suffrage populaire.

  • Il a ordonné jeudi une enquête officielle qui a toutes les chances de le démentir.

Aux commentateurs, cette polémique semble absurde, une théorie conspirationniste susceptible d’affaiblir sa légitimité. Mais elle lui permet de dicter l’ordre du jour des médias et prouve à ses partisans qu’il ne se laisse pas faire.

Dans son Bureau ovale partiellement redécoré, Donald Trump se dit « périodiquement saisi par l’ampleur phénoménale » de la tâche

Mais pas intimidé pour autant. Son discours est ponctué de déclarations d’assurance: «Je sais ce qui est bon et ce qui est mauvais», «je suis vraiment bon à ce truc-là». Apparaît aussi le profil d’un président un peu paternaliste, qui entend «être sûr que personne ne mourra dans les rues» avant de valider une réforme de l’Obamaca, et qui se rangera à l’avis de ses conseillers sur la torture parce qu’il veut «être le président d’un pays en sécurité».

Trump se préoccupe moins des règles de la politique et des dogmes des partis que de «ce qui marche». Mais il lui reste à unir les forces du pays derrière son projet. Ce qu’il voit comme des usages dépassés ou des gages à distribuer pourrait se révéler crucial à sa réussite.


Ses premiers actes

Voici les mesures prises en une semaine par Donald Trump.

Jour 1: Décret contre l’Obamacare

Donald Trump proclame le 20 janvier, date de son investiture, «Journée nationale du dévouement patriotique».

Il signe un premier décret contre l’emblématique loi d’assurance-santé Obamacare.

Jour 3: Vers une renégociation de l’Aléna

Il annonce qu’il va commencer à renégocier l’accord de libre-échange nord-américain avec les dirigeants du Canada et du Mexique.

Jour 4: Retrait du TPP, coupure des fonds aux ONG pro-IVG

Trump signe l’acte de retrait des États-Unis du traité de libre-échange transpacifique (TPP), dont l’Administration Obama avait fait l’une de ses priorités.

Il signe un décret interdisant le financement, par des fonds fédéraux, d’ONG internationales qui soutiennent l’avortement.

Il signe un décret gelant les embauches des fonctionnaires au niveau fédéral, à l’exception du personnel militaire.

Jour 5 : Relance de projets d’oléoducs controversés

Trump redonne vie au projet du gigantesque oléoduc Keystone XL reliant le Canada aux États-Unis, dont la construction avait été bloquée par Obama au nom de la lutte contre le changement climatique.

Jour 6: Lancement du mur anti-immigration

Trump signe un décret lançant le projet de construction d’un mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, la promesse la plus emblématique de sa campagne, qu’il entend faire payer à Mexico.

Il signe un autre décret portant sur une application plus rigoureuse des lois sur l’immigration, y compris une limitation de l’accès aux fonds fédéraux pour les «villes sanctuaires» qui accueillent des immigrants clandestins.


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