1578 – Cinq Continents en quête de « Vérité »

2016.05.01 PLANETE TERRE3

Cinq Continents en quête de « Vérité »

« Le monde entier semble un théâtre digital dont les spectateurs se tournent les pouces, ici levés, là inclinés, devant des acteurs ivres de lumière »1. Drôle de monde que celui dans lequel nous vivons aujourd’hui ! Par une occupation permanente du terrain médiatique, les dirigeants politiques impriment durablement les cerveaux des citoyens, progressivement nourris de leurs messages en 140 signes et autres joyeusetés du moment2. Qu’importe ce qui est dit, et peu importe que cela soit contredit, l’essentiel est de s’arroger le « monopole de l’apparence »3. A titre d’exemple, Barack Obama dénonce les cyberattaques russes, expulse 35 diplomates russes4 tout en jetant un voile pudique sur la guerre saoudienne au Yémen lancée le 25 mars 2015 (10 000 morts, 80% de la population ayant besoin d’une assistance humanitaire) sous le parrainage américain (supervision des opérations depuis l’US Central Command installé non loin de la capitale saoudienne)5. Sans parler des révélations d’Edward Snowden sur les activités de la NSA et autres turpitudes de haut vol6.

Au centre du débat, figure une question centrale aussi vieille que le monde et dans un monde qui change :

  • qu’est-ce que la vérité, en règle générale, et dans les relations internationales, en particulier ?
  • La vérité, la vraie vérité comme disent les enfants, existe-t-elle dans cette discipline qui relève de la science humaine ?
  • Est-elle atteignable ?
  • Au contraire, n’est-ce qu’un leurre ?
  • Est-ce possible ?
  • Est-ce souhaitable dans des affaires touchant à la raison d’État (parfois à la déraison d’État) ?
Comme toujours, un retour sur le passé s’impose pour mieux appréhender ce concept. Nous analyserons ses évolutions récentes, voire ses dérives à l’ère de la société du numérique. Nous sommes d’abord passés d’une vérité singulière à une vérité plurielle. Puis, après avoir frôlé le Graal de la pré-vérité, nous sommes tombés dans les affres de la post-vérité, concept venu d’Outre-Manche. Mais, il nous faudra bien, à nouveau, nous interroger sur la vérité.

 

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DE LA VÉRITÉ SINGULIÈRE À LA VÉRITÉ PLURIELLE

Après de multiples vicissitudes, le monde passe insensiblement d’une vérité singulière, unique à une vérité plurielle et multiforme.

La vérité singulière : la sacralisation de la parole officielle

Mais au juste, qu’est-ce que la vérité, concept pris dans son acception la plus générale ? Selon le petit Robert, c’est : « ce à quoi l’esprit peut et doit donner son assentiment (par suite d’un rapport de conformité avec l’objet de pensée, d’une cohérence de pensée » ou bien «  le caractère de ce qui s’accorde avec notre sentiment de la réalité »

Ses synonymes sont, parmi d’autres, les suivants : exactitude, justesse, vraisemblance, certitude, sincérité…

À l’examen attentif de cette définition, on se rend rapidement compte que la vérité est souvent comparable au bonheur, inatteignable.

C’est un objectif louable vers lequel on doit tendre dans l’idéal mais qui est délicat à atteindre dans la réalité tant le concept est subjectif par nature.

La vérité est évolutive dans le temps (ce qui était acceptable hier, comme la fessée classée désormais au rang des violences éducatives ordinaires ou VEO, pour s’en tenir à un exemple actuel, ne l’est plus aujourd’hui parce que les mœurs ont évolué7) et dans l’espace (« vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » nous rappelle Pascal dans ses Pensées).

En un mot, la vérité est relative.

Elle relève de l’oxymore, étant en dernière analyse un clair-obscur. Elle dépend fortement du point de vue suivant lequel on se place. Nous sommes dans la perspective cavalière.

La situation se complique lorsque l’on abandonne la sphère intérieure pour appréhender la sphère internationale. « Le monde se nourrit d’un peu de vérité et de beaucoup de mensonge » nous avertit Romain Rolland.

Durant de nombreux siècles, le monde vit sous l’emprise d’une vérité unique, une vérité officielle, labélisée émanant des cercles du pouvoir : le souverain, son ministre des Affaires étrangères, ses courtisans officiels (la Cour) ou non officiels (plumitifs rémunérés).

Rares sont ceux qui, sous couvert d’ironie ou d’humour (les pamphlétaires), s’aventurent à la remettre en cause de quelque façon que ce soit. Ils courent de graves dangers pour leur propre intégrité physique, pouvant aller de l’embastillement prolongé à la lapidation sur la place publique.

Toute vérité n’est pas bonne à dire. Par une sorte d’ironie qui n’échappe pas aux amoureux de la vraisemblance, le principal organe de presse de l’Union soviétique, dont la qualité première n’était pas toujours l’exactitude des faits rapportés, ne porte-t-il pas pour nom la « Pravda » dont la traduction française est la vérité ? La Seconde Guerre mondiale voit les deux principales alliances se livrer à une véritable guerre de l’information, de la désinformation. Il suffit pour cela de se rapporter aux actualités de l’époque. Personne n’est blanc ou noir dans ce domaine.

Puis, le monopole de l’information fait place à un oligopole médiatique : presse écrite, radio, télévision, internet, réseaux sociaux, véritables faiseurs d’opinion en ce début du XXIe siècle.

La vérité plurielle : la désacralisation de la parole officielle

La fin du XIXe siècle et le XXe siècle apportent leurs lots de nouveautés dans le domaine des vecteurs permettant une circulation plus rapide de l’information. Après la presse écrite, c’est au tour du télégraphe, du télex, puis de la radiodiffusion et de la télévision de permettre une circulation instantanée d’une nouvelle, vraie ou fausse aux quatre coins du monde.

Parfois, le pouvoir en place parvient à la contrôler par ses services dits de propagande (Cf. les redoutables services de propagande du Troisième Reich auprès duquel le service de l’information dirigé par Jean Giraudoux faisait pâle figure),

d’autres fois, il se trouve démuni quand la rumeur circule à la vitesse de l’éclair, parvenant dans certaines circonstances à le déstabiliser.

  • Comment la démentir si elle est fausse ou ne correspond pas à la doctrine officielle ?
  • Mark Twain dit qu’ « un mensonge peut faire le tour de la terre le temps que la vérité mette ses chaussures ».
  • Soudainement, de singulière, d’unique, d’incontestable, la vérité devient plurielle.
  • Il n’y a plus une vérité mais des vérités.

Chaque vecteur d’information nous apporte un son de cloche différent, parfois contradictoire.

  • Où se cache la vérité ?
Difficile de le savoir, déjà dès cette époque, tant sa manipulation est presqu’un jeu d’enfant. La Guerre froide entre l’Ouest et l’Est constitue le champ clos de cette bataille de l’information, de la vérité avec un grand « V » pendant une petite cinquantaine d’années.

La fin du XXe siècle et le début du XXIe siècle voient les révolutions médiatiques succéder, à un rythme soutenu, aux révolutions médiatiques dans le village planétaire.

Dernière en date, la révolution numérique ou révolution digitale rebat complètement les cartes. A chacun sa vérité, pourrait-on dire en plagiant Luigi Pirandello !

La question du rôle et de l’influence des médias devient en effet cruciale dans un monde où les rumeurs et fausses informations semblent de plus en plus l’emporter sur la « vérité des faits », chère à Hannah Arendt.

Aujourd’hui, confronté à un tsunami d’informations (« l’infobésité », Richard Labévière), il est de plus en plus difficile au citoyen normal de trouver les clés de la vérité.

Encore faudrait-il qu’il en revienne « à cette raison cartésienne qui faisait dire à l’auteur du discours de la méthode que, pour trouver les voies de la vérité, ‘ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, le principal est de l’appliquer bien’ »8 ?

  • Le veut-il ?
  • Le peut-il ?
  • En a-t-il les moyens ?
  • En a-t-il le temps ?
  • N’est-il pas plus confortable intellectuellement de s’en remettre aux pseudo-sachants et autres toutologues qui commentent l’actualité en direct sur les chaines d’abrutissement en continu ?
  • Mais, le diable ne se cache-t-il pas dans les détails d’une information objective en apparence mais orientée en réalité comme elle l’a toujours été ?

L’excès est un défaut en tout. « Si notre passé est un mensonge, qui nous dit que notre futur n’en est pas un aussi » ?9

DE LA PRÉ-VÉRITÉ À LA « POST-VÉRITÉ  »

Après le temps heureux de la pré-vérité qui annonçait la fin du monde des bobards, vient malheureusement, celui moins glorieux, du choc de la « post-vérité » ou règne des craques et autres fantaisies du même acabit.

L’espoir de la pré-vérité : la fin des bobards ?

A défaut de parvenir en tout lieu et en tout temps à cerner la vérité, nous sommes nourris de la fable de la fin de l’Histoire et autres coquecigrues développées dans les meilleurs « think tanks » d’Outre-Atlantique.

  • À quoi bon se mentir désormais alors que le paradis, une sorte de monde des bisounours, nous est promis !
  • À quoi bon se mentir alors que le mensonge est inexorablement traqué par les shériffs des temps modernes que sont les réseaux sociaux !
Fini le temps béni, pour les faussaires de l’Histoire, de la désinformation, du mensonge. Nous sommes désormais parvenus dans celui de la pré-vérité, de la quasi-vérité, du manichéisme établissant la distinction entre le Bien et le Mal.

L’objectif rêvé est à portée de main. Certains États n’ont-ils pas été mis au ban de la société, marqués au sceau de l’infamie en étant classés dans la catégorie de « l’axe du mal » par les néo-conservateurs américains.

L’Occident brille de tous ses feux, de toutes ses valeurs qu’il cherche à exporter dans le monde entier, au premier rang desquelles figure la vérité, la vérité vraie. Il nous parle d’un « Grand Moyen-Orient » qui sera imposée, y compris par les armes aux récalcitrants. On sait ce qu’il est advenue de cette noble et généreuse idée à la faveur des « révolutions arabes ». Ce serait plutôt retour à la case départ.

L’Amérique se présente comme le phare de la liberté, de la défense du droit, au premier rang duquel figure la liberté d’expression.

  • Qui dit liberté d’expression dit bien évidemment vérité.
    • Vérité qui transpire des éléments de langage savamment dosés dans les officines de « spin doctors », à en croire la doxa officielle.

Nonobstant, cette pétition de principe, le mensonge systématique change de camp.

Avant la chute du mur de Berlin, il sévit presque exclusivement chez les méchants soviétiques et leur horrible propagande.

Or, les temps ont bien changé. Depuis la seconde guerre d’Irak déclenchée en 2003 par George W. Bush pour trouver d’improbables armes de destruction massive, plus récemment avec les guerres en Libye, en Irak et en Syrie, il tient le haut du pavé chez les Occidentaux, donneurs de leçons de morale devant l’éternel.

Quelques exemples éclairent notre propos.

On nous annonce, comme un fait acquis, le départ imminent du tyran Bachar Al-Assad (Laurent Fabius, août 2012) et le président syrien est toujours fidèle au poste (janvier 2017).

On nous annonce, sans l’ombre d’un doute, la victoire du « Brexin » et c’est le « brexit » qui l’emporte.

On nous annonce, avec la plus grande assurance, la victoire d’Hillary Clinton et c’est Donald Trump qui l’emporte.

On nous annonce la reconquête de Mossoul en quelques jours et quelques mois après le compte n’y est pas.

Un arrêt sur le présent est important pour mesurer la révolution copernicienne qui touche notre monde en termes de vérité.

Le choc de la « post-vérité » : le règne des craques !

Mais, patatras, le monde n’est pas celui que l’on nous annonçait à grands coups de flamboyants communiqués concluant les sommets de l’information et autres rencontres sur la bonne gouvernance.

Le très respectable dictionnaire d’Oxford choisit comme mot de l’année 2016 l’adjectif « post truth », en français « post-vérité ».

Cette expression signifie

« relatif aux circonstances dans lesquelles les faits ont moins d’influence sur la formation de l’opinion que l’appel aux croyances et aux émotions personnelles ».

Apparue, il y a une douzaine d’années, elle reprend de la vigueur à la faveur de deux « surprises » que nous réserve l’année 2016 :

  • le referendum sur le « brexit » du 23 juin
  • l’élection de Donald Trump du 8 novembre.

L’éditorialiste du Monde lance un avertissement : dans la perspective de plusieurs élections de 2017 (Pays-Bas, France, Allemagne et, peut-être, Italie), le défi de cette ère médiatique post-vérité est cruciale10. Le méchant ours russe pourrait faire triompher ses sicaires lors des prochaines élections comme il l’a déjà fait, avec succès, aux présidentielles américaines.

« À l’ère d’Internet, le mensonge aura été répété tant de fois sur les réseaux sociaux qu’il sera devenu une vérité. Les impostures téléphoniques de Jean-Yves Lafesse sont poétiques. Celles de la médiasphère, pathétique. Elles font pourtant office de vérités révélées et sont moulinées sous toutes les formes par une classe journalistique où, à quelques exceptions près, l’ignorance et le panurgisme ne cessent de faire des progrès »11.

  • Que dire des bobards permanents de Donald Trump et de ses libertés avec la vérité ?
  • Ne va-t-il pas lui aussi influencer les scrutins en Europe ?12

Comme le souligne si justement, Richard Labévière dans ses tribunes, les journaux de la presse mainstream contiennent tellement peu d’informations véritables et tant de fausses informations que les citoyens sont obligés d’aller voir ailleurs. C’est ce qui déplaît tellement à cette presse qui se croit professionnelle mais qui n’est qu’un atelier, copieusement subventionné par nos impôts, de réécriture des dépêches de l’AFP.

Le Figaro dans un article de Roland Gauron dresse un constat alarmant : «Une année 2016 jalonnée de ‘fausses informations’»

Pour Marcus Graven, le mensonge systématique change de camp :

  • avant la chute du mur il sévissait chez les soviétiques,
  • depuis Bush, la guerre en Irak, en Lybie puis en Syrie il triomphe désormais chez les Occidentaux.

En effet, outre-Rhin, d’après Der Spiegel, le gouvernement va se doter d’un « Centre de défense contre les fausses informations ».

Ce centre, supervisé par le  Bundespresseamt, le service de presse fédéral, qui dépend de la Chancellerie allemande, compte déjà 500 employés.

Le défi est d’importance si l’on s’en tient à quelques bonnes blagues de l’année 2016 :

  • les gentils djihadistes syriens qui faisaient du bon boulot contre la soldatesque de Bachar Al-Assad ;
  • l’utilisation de l’OSDH pour parler de la situation en Syrie sans mentionner que cet « observatoire syrien des droits de l’homme », basé à Londres, n’est composé que d’une seule personne dont l’objectivité est douteuse ;
  • les écoles et hôpitaux d’Alep-est servant de centre opérationnel pour les djihadistes ;
  • le silence assourdissant sur les victimes civiles de la bataille de Mossoul…
  • « L’état d’urgence est un bon laboratoire du phénomène de « post-vérité » où, afin d’accréditer dans l’opinion le sentiment d’efficacité de leurs actions, les autorités publiques tiennent des discours qui ne correspondent pas à la réalité des faits. Exemple avec une question de procédure contentieuse : le délai de 48 h dans lequel le juge administratif du référé-liberté est censé statuer »13.

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DE LA « POST-VÉRITÉ » À LA VÉRITÉ ?

Aujourd’hui, nous mesurons pleinement les méfaits de la « post-vérité » dans le champ des relations internationales.

  • Comment revenir à la vérité ?
  • Comme par une sorte d’ironie de l’Histoire, ne sommes-nous pas en train de revenir à la case départ ?

Les méfaits de la « post-vérité » : le monde déboussolé

Pour répondre à cette question, et de manière inhabituelle, nous citerons in extenso (sans la moindre censure) le contenu d’un blog dont nous ne connaissons, ni de loin, ni de près l’auteur pour relancer la discussion.

« En 2016, le terme « post-vérité » (post-truth) est devenu le mot de l’année selon le classement des dictionnaires d’Oxford.

Ce néologisme témoigne des multiples dérives plus ou moins « complotistes » qu’Internet peut véhiculer. Il oblige aussi à s’interroger sur l’existence même de ce que l’on appelle la « vérité », ce qui est bien plus problématique qu’on ne pourrait le penser de prime abord. Le sens commun et bien des dictionnaires définissent la « vérité » comme une connaissance conforme à la réalité ou au réel, mais on doit alors se demander ce que sont la « réalité » ou le « réel ».Certes, on peut considérer qu’il existe des « faits », des « manifestations » et des « phénomènes » concrets et matériels, visibles et plus ou moins mesurables. Et là on pourrait s’accorder à dire qu’il s’agit du « réel », mais ce serait négliger la part de « représentation » qui permet à l’esprit humain de les saisir et de les « interpréter ».

Déjà sur des phénomènes biologiques ou physiques faisant un immense consensus scientifique, comme l’évolution des espèces ou le réchauffement climatique, il est possible d’observer des remises en question, souvent liées à des croyances religieuses ou à la volonté d’éviter une remise en question du modèle de production et de consommation de masse.

  • Les complotistes qui veulent attaquer ces théories effectuent un travail de sape s’appuyant sur le fait qu’on ne peut jamais être sûr à 100 % de quelque chose.
  • Ils ont alors de nombreuses options entre des attaques ad hominem contre les chercheurs ou les journalistes, ou bien la diffusion d’informations déformées ou inventées.

Dans un monde où les sujets sont de plus en plus complexes, rien de plus facile, et à part quelques spécialistes peu de personnes sont capables de faire la part des choses, a fortiori dans l’Amérique à venir de Donald Trump ou dans la Russie de Vladimir Poutine.

Cela se complique encore avec les questions politiques ou économiques14.

  • Où est la « vérité » dans les conflits israélo-palestinien, russo-ukrainien, ou syrien ?
  • Ou bien dans l’analyse des crises économiques ou des affirmations selon lesquels le libéralisme mènerait le monde à la prospérité ?

Là, on est bien contraint de reconnaître que l’on a affaire à des « discours » plus ou moins idéologiques ou orientés. Dans ces cas-là, la plupart des gens vont appliquer le qualificatif « vrai » au discours « dominant » de leur société, ou à celui qui leur est le plus proche, même s’il existe des discours concurrents non dénués d’intérêt ou de pertinence.

  • Mais qui écoute vraiment les discours de ses adversaires, et qui en fait une analyse sérieuse dénuée de partialité ?

Cela étant tomber dans un relativisme absolu n’est pas une solution non plus, car c’est l’option préférée des complotistes (selon eux, rien ne serait « sûr », donc leur version serait aussi valable que celle des autres…).

Bref, dans ce contexte, rien n’est simple, mais en tout cas, une chose est certaine, on ne pourra dépasser la question de la « post-vérité » sans passer par une réflexion en profondeur sur ce qu’on appelle la « vérité ». « Il nous faut refuser, en effet, cette tentation de plus en plus prégnante de postvérité »15. Et là, le travail est énorme, tant dans les médias, que dans les mondes économiques et politiques, car pour cela il faut s’appliquer son propre sens critique et être capable de ne pas seulement chercher la paille (ou la poutre ?) dans l’œil du voisin… »16.

Le retour de la vérité : vérité vraie

On l’aura compris, le défi est d’importance dans notre « médiacratie » à l’origine d’une « tyrannie cathodique » (François Fillon).

Aucun critère quantitatif ne permet de mesurer l’efficacité et la vérité de la parole politique. Il est bon que certains politiques en prennent la juste mesure à leurs dépens. Une fois encore, à toute chose, malheur est bon.

L’élection de Donald Trump pourrait être salutaire pour tous, voire être salutaire pour les médias de qualité. Là encore, une distance salutaire, froide s’impose face à l’évènement quel qu’il soit pour démêler le vrai du faux dans le fatras des « fake news » et « faits alternatifs »…

Une conclusion s’impose aux dirigeants européens qui se réunissent à Malte le 3 février 2017 pour tenter de penser – il est grand temps – à la manière de s’organiser contre Donald Trump17. « Contre la post-vérité et ses avatars, plus que jamais, l’heure est à la vraie vérité. A la vérité vraie »18. Est-ce réaliste ? Est-ce utopique ? Nous aurons la réponse à cette question dans les prochaines semaines, dans les prochains mois.

L’ÉTERNEL DÉFI DE LA VÉRITÉ

« De la vérité espérant quelques appuis » (André Chénier). Comprendre, reste le plus important pour les médias, en priorité et pour les citoyens également.

  • Avons-nous évalué toutes les données d’un problème avant de juger ?
  • Que nous annonce-t-on pour demain ?
« Les campagnes de désinformation de la Russie sont complexes et à multiples facettes, mais participent toutes à la même mission : saper la confiance des Européens dans la démocratie et ses valeurs… Pour se défendre contre cette attaque, l’Occident devrait promouvoir la liberté des médias, récompenser leur responsabilité et fournir des moyens juridiques de fermer les canaux de désinformation systémiques… »19.

Diantre !

  • Mais, où sont les preuves irréfragables de ces affirmations, de ces vérités assénées avec mâle assurance ?
  • N’est-ce pas la preuve que, de nos jours, en dépit de ses rodomontades, le « roi est nu » ?

Il craint d’affronter la vérité dans tous les domaines tant elle est « simple et cruelle »20.

La presse établie préfère que les citoyens continuent à regarder le majeur qu’elle dresse devant eux plutôt que la lune qu’elle avait, au départ, pour mission de leur désigner. En URSS, personne ne croyait les informations figurant dans la Pravda (qui rappelons-le signifie Vérité). Dans l’Hexagone,
  • aucune loi,
  • aucun centre de défense contre les fausses informations,
  • aucun discours politiquement correct,
n’obligeront les citoyens à croire les multiples Pravda françaises.
La solution n’est pas normative, elle est avant tout d’ordre éthique. Le défi majeur de notre société est la crédibilité de l’information, qui dit-on, est au cœur de la démocratie et de l’état de droit. Ce que les esprits simples, que nous sommes, qualifions d’un mot simple, vérité. Nous avons le choix entre la facilité de la résignation, du renoncement et l’exigence du sursaut de la volonté, de la raison. En fin de compte, ce sont cinq continents, y compris l’Amérique du nord, qui sont aujourd’hui en quête de vérité21.

Guillaume Berlat
6 février 2017

1 Aureliano Tonet, La satiété du spectacle, Le Monde, 31 décembre 2016-1er et 2 janvier 2017, p. 27.
2 Sylvie Kauffmann, Trump, tweeteur EN CHEF !, Le Monde, 8-9 janvier 2017, p. 29.
3 Guy Debord, La société du spectacle, Buchet/Chastel, 1967.
4 Corine Lesnes, La riposte d’Obama aux cyberattaques russes, Le Monde, 31 décembre 2016-1er et 2 janvier 2017, p. 3.
5 Claude Angeli, La guerre saoudienne au Yémen dans un silence poli, Le Canard enchaîné, 28 décembre 2016, p. 3.
6 Jack Dion, La main de Moscou (saison 2), Marianne, 6-12 janvier 2017, pp. 49-50.
7 F.P., Vive la loi  «panpan-cucul » !, Le Canard enchaîné, 4 janvier 2017, p. 1.
8 Renaud Dély, Barbarie sans frontière, Marianne, 22 décembre 2016-5 janvier 2017, p. 4.
9 John Le Carré, La Maison Russie, Robert Laffont, 1989, p. 320.
10 Éditorial, Les risques de la société « post-vérité », Le Monde, 3 janvier 2017, pp. 1 et 22.
11 Franz-Olivier Giesbert, Puissent les impostures de 2016 mourir en 2017 !, Le Point, 30 décembre 2016.
12 Service Europe, En Europe, les populistes croient en Trump, Le Monde, 1er février 2017, p. 2.
13 Paul Cassia, État d’urgence : quand le Conseil d’État joue la montre, Le Blog de Paul Cassia, www.mediapart.fr , 3 janvier 2017.
14 Batoul Hassoun/Dylan Buffinton, Pour les entreprises aussi, la tentation de la « post-vérité » est grande, Le Monde, Économie et Entreprise, 2 février 2017, p. 7.
15 Jean-François Kahn, Vous avez dit postvérité ?, Marianne, 13-19 janvier 2017, p. 45.
16 Yann Quero, Post-vérité : le substrat des théoriciens du complot, Le blog de Yann Quero, www.mediapart.fr , 9 janvier 2017.
17 Arnaud Leparmentier, Monter au front contre Trump, Le Monde, 2 février 2017, p. 23.
18 Franck Nouchi, Informer face à Trump, Le Monde, 2 février 2017, p. 22.
19 Guy Verhofstadt, Résistons à la guerre hybride que Poutine mène contre l’Occident, Le Monde, 3 janvier 2017, p. 20 (traduction de l’anglais par Timothée Dormont).
20 Aquilino Morelle, « Hollande ne voulait pas exercer le pouvoir », Le Monde, 8-9 janvier 2017, p. 10.
21 Isabelle Regnier, L’Amérique défaite par le mensonge, Le Monde, 31 janvier 2017, p. 20.


source/ http://prochetmoyen-orient.ch/cinq-continents-en-quete-de-verite/

 

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