1487 – LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME SELON FRANÇOIS FILLON

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Former French Prime Minister and rightist UMP party member Francois Fillon attends a party meeting on September, 13, 2013 in the southeastern French city of Nice. AFP PHOTO / JEAN-CHRISTOPHE MAGNENET

« Lorsque le feu est à la maison, on ne se préoccupe pas des écuries » (comte de Lally, 1759).

L’Allemagne d’Angela Merkel, qui s’estimait presqu’à l’écart de la vague de terrorisme islamique qui frappait l’Europe à intervalles réguliers, en fait les frais1. L’attaque perpétrée par un ressortissant tunisien, Anis Amri contre le marché de Noël à Berlin le 19 décembre 2016 vient lui rappeler que le cancer islamique est encore loin d’être éradiqué aux quatre coins du monde, et certainement pas sur notre vieux continent2.

La déstabilisation de l’EIIL en Irak, en Syrie, en Libye par les forces de la coalition, à coup de bombardements aériens à grande échelle se traduit, de façon quasi-mécanique, par une déstabilisation hors de son sanctuaire par l’EIIL, à travers des attaques terroristes comme celle perpétrée à Istanbul le 31 décembre 2016 dans une discothèque.

C’est bien de guerre asymétrique dont il s’agit. Quel remède efficace apporter à ce mal qui ronge nos sociétés, dénature la démocratie, fait le lit du populisme… ?

Candidat à l’élection présidentielle de mai 2017 en France, l’homme politique désigné par la droite et le centre, François Fillon nous livre sa recette dans un opuscule au format de poche de 150 pages3. Il complète ainsi sa plate-forme internationale présentée durant sa campagne pour les primaires4. D’entrée de jeu, précisons-bien, que sa démarche générale n’a rien d’un travail quasi-universitaire tel que celui publié récemment par Richard Labévière sur le même sujet5. Nous sommes en face d’un ouvrage de qualité, d’un ouvrage pédagogique, d’un ouvrage à méditer.

UN OUVRAGE DE QUALITÉ

D’une manière générale,

  • son ouvrage est bien écrit (ce qui change par les temps qui courent) ;
  • synthétique (ce qui est de moins en moins le cas) ;
  • rafraichissant (ce qui tranche par rapport à la pensée unique) ;
  • courageux (ce qui n’est pas la qualité première des politiques sollicitant le suffrage du peuple)
  • et logique (ce qui nous ramène heureusement à René Descartes).

En un mot, la lecture du madrigal de l’écrivain candidat à la magistrature suprême, François Fillon est plaisant, agréable de bout en bout. Son livre peut être aussi bien survolé (pour les adeptes de la lecture rapide) que lu plume à la main – à l’ancienne, pourrait-on dire – pour en extraire la substantifique moelle (pour les adeptes de la lecture lente).

Il faut lui reconnaître un immense mérite : mettre à la portée de tous une approche abordable de la problématique de la lutte contre le totalitarisme islamique dans ses différentes dimensions. Comme aurait dit Voltaire, « le vrai style c’est d’écrire le français de tout le monde, mais comme personne ».

UN OUVRAGE PÉDAGOGIQUE

D’une manière spécifique, l’ex-premier ministre fait œuvre pédagogique en organisant sa démonstration autour de cinq principaux axes de recherche sur ce sujet tarte à la crème à propos duquel est écrit tout et n’importe quoi.

Le premier chapitre intitulé : « l’aveuglement volontaire » (vraisemblablement par référence à la théorie de la servitude volontaire de La Boétie) insiste sur les raisons de cette propension française à ne pas nommer les choses, à refuser d’appeler un chat en dépit de la prégnance du phénomène du terrorisme depuis au moins le 11 septembre 2001. François Fillon instruit le procès de « la nouvelle trahison des clercs » qui débouche immanquablement sur cet « état d’indigence » (référence faite à la prolongation de l’état d’urgence) qui frappe la classe politique française. Au passage, il égratigne « la présence catastrophique de Laurent Fabius aux Affaires étrangères ». Résultat : « les Français ont peur ».

Le deuxième chapitre intitulé : « le totalitarisme islamiste, voilà l’ennemi ! » nous rappelle que le terrorisme n’est pas une création récente ex nihilo mais qui plonge ses racines dans un passé ancien. Il nous rappelle les épisodes que nous avons connus dans les années 1980 et que nous aurions trop tendance à omettre. « La France, que nous aimons est, aujourd’hui, menacée ». François Fillon nous incite, et ceci ne constitue pas une surprise, à « ne pas faire une croix sur les chrétiens d’Orient ».

Le troisième chapitre intitulé « la revanche du politique » instruit, cette fois, le procès de notre approche de la guerre contre l’EIIL sur le terrain (tout en rendant hommage au professionnalisme de nos militaires) mais surtout aux errements de notre diplomatie (stigmatisant sa duplicité avec certaines monarchies du Golfe). Il lance un appel à un sursaut de l’Europe. Mais, ne rêvons-pas ! On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif.

Le quatrième chapitre intitulé : « reconquérir les territoires perdus de la République » aborde la question qui fâche des renoncements successifs, droite et gauche confondue, face aux coups de boutoir des intégristes et de leurs nombreux avocats zélés dans notre pays (les adeptes du « pas d’amalgame »). Nous sommes plus dans une ébauche de politique que dans une réponse globale à ce défi global. Le sujet mériterait une étude approfondie tant il est important.

Le cinquième chapitre intitulé : « l’indispensable sursaut » est parfaitement résumé par la citation de Richelieu mise en exergue de ce développement : « il faut écouter beaucoup et parler peu pour bien agir au gouvernement d’un État ». Pour ce faire il propose de savoir vite et d’agir rapidement dans les sphères interne (avec l’application du droit existant et de la laïcité) et internationale (avec une nouvelle politique étrangère). Il n’est pas nécessaire d’empiler de nouvelles lois alors que celles déjà existantes devraient suffire si elles étaient appliquées dans toute leur rigueur.

En guise de conclusion, François Fillon estime que les temps d’exception appellent des mesures d’exception et des hommes d’exception pour contribuer au redressement politique et moral indispensable pour vaincre le totalitarisme islamique. Une citation résume parfaitement sa pensée : « la lucidité et l’ambition doivent présider à un ‘changement de logiciel de pensée’ ». Nous sommes bien au cœur du problème de la lutte contre le terrorisme : recettes du passé pour problématiques du présent.

UN OUVRAGE À MÉDITER

Au moment où l’actualité quotidienne nous rappelle que, malgré les communiqués flamboyants de victoire de l’Occident contre l’EIIL sur les terrains irakien (bataille de Mossoul qui s’éternise), syrien, turc…, le terrorisme n’est pas prêt de prendre fin. C’est pourquoi, une réflexion s’impose à tous nos dirigeants. François Fillon apporte sa contribution à l’édifice. Toutefois, il n’épuise pas le sujet qui est inépuisable par nature même. Deux questions à dimension interne viennent immédiatement à l’esprit du lecteur critique.

  1. La première est de savoir si François Fillon mettrait un coup d’arrêt salutaire à l’inflation normative (un attentat, une loi) qui demeurera la marque de fabrique du quinquennat qui s’achève ?
  2. La seconde, plus difficile encore, est de savoir comment le candidat envisage de parvenir à un équilibre satisfaisant entre sécurité de tous et liberté de chacun ?

A cet égard, la prolongation indéfinie de l’état d’urgence, avec toutes ses dérives potentielles et réelles, constitue un sujet de préoccupation majeure pour les défenseurs authentiques des libertés publiques et de l’état de droit dans notre pays ?

Surtout, lorsque nous apprenons que 20 000 personnes sont espionnées par les services de renseignement (Cf. premier rapport de la commission nationale de contrôle des techniques de renseignement ou CNCTR).

De manière plus spécifique, quand cessera-t-on de confier au juge administratif – en particulier le Conseil d’État – la lourde de charge d’être le gardien des libertés publiques alors qu’il est avant toute chose ?6 On voit bien que le livre de François Fillon n’épuise pas le sujet. Loin de là ! Il pose la problématique générale.

« On peut rappeler, l’Histoire le montre, que c’est toujours trop tard que les démocraties agissent et renversent le sablier de la fatalité »7. Dans tous les cas, laisser se dégrader la situation s’avère le pire des choix à une époque où « le mensonge c’est la vérité, la logique, c’est l’absurde »8. Toutes les contributions intellectuelles (hommes et femmes politiques, intellectuels, chercheurs, communauté du renseignement, journalistes, militaires, forces de sécurité, diplomates…) sont les bienvenues dans le climat de pagaille intellectuelle et morale qui caractérise notre temps.

L’important pour le citoyen en quête de vérité (la vérité des faits et non les fausses informations et non les rumeurs colportées) est de parvenir à trier le bon grain de l’ivraie. Mais la tâche n’est pas aisée. C’est pourquoi, à ce stade, la seule question qui mérite d’être posée est la suivante. De nombreuses pépites pour lutter efficacement et durablement contre le terrorisme islamique par le putatif président de la République sortiront-elles du filon exploré par le candidat François Fillon dans son opuscule ?

Guillaume Berlat
9 janvier 2017

1 Gilles Kepel, « Les élites allemandes se croyaient à l’abri du terrorisme islamiste », Le Figaro, 21 décembre 2016, p. 15.
2 Renaud Dély, Barbarie sans frontières, Marianne, 22 décembre 2016-5 janvier 2017, p. 4.
3 François Fillon, Vaincre le totalitarisme islamique, Albin Michel, 2016.
4 Guillaume Berlat, Politique étrangère de François Fillon : le retour du général ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 5 décembre 2016.
5 Guillaume Berlat, Terrorisme, face cachée de la mondialisation. Le discours de la méthode, www.prochetmoyen-orient.ch , 28 novembre 2016.
6 Paul Cassia, État d’urgence : quand le Conseil d’État joue la montre, Le Blog de Paul Cassia, www.mediapart.fr , 3 janvier 2016.
7 Christophe Barbier, L’incendie, L’Express, 14 octobre 2015, p. 9.
8 Boualem Sansal, 2084. La fin du monde, Gallimard, 2015, p. 260.


source/ https://prochetmoyen-orient.ch/la-lutte-contre-le-terrorisme-selon-francois-fillon/