1414 – Grèce… la honte et la colère

1- Grèce : La honte & la colère par Jacques Sapir

2- Grèce : Le ton monte entre l’Eurogroupe & le gouvernement

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Wolfgang Schäuble, ministre des Finances allemand, et Klaus Regling, président du MES, n’ont pas apprécié les annonces d’Alexis Tsipras. (Crédits : Reuters)

1- Grèce : La honte & la colère par Jacques Sapir

La Grèce revient sur le devant de l’actualité avec un incident qui dit, en des termes d’une telle simplicité qu’elle en devient évidente, la réalité de l’oppression exercée par l’Union européenne sur ce pauvre pays.


par · Publication 18 décembre 2016 · Mis à jour 18 décembre 2016


 

Le Mécanisme Européen de Stabilité (MES), vient d’annoncer le gel du « toilettage » de la dette décidé par l’Eurogroupe du 5 décembre dernier.

Cela signifie, en clair que Les créanciers européens de la Grèce ont suspendu les mesures prises sur la dette la semaine passée. Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe qui dirige de fait le MES, le dit sans ambages :

« Les institutions sont arrivées à la conclusion que les actions du gouvernement grec semblent ne pas être en ligne avec nos accords »[1].

Ce qui est en cause est une mesure sociale, parfaitement dans la ligne de ce qui est autorisé au gouvernement grec par les dits « accords », au profit des retraités.

  • En effet le mémorandum d’août 2015, signé on le rappelle sous la contrainte, le couteau sous la gorge, prévoit que la Grèce puisse disposer de sommes équivalentes à 40 % des excédents budgétaires supplémentaires dégagés par le pays.
    • Or, cet excédent budgétaire s’est élevé en octobre 2016 à environ 3 milliards d’euros.
  • Les mesures prévues par le gouvernement grec au profit des retraités ne couteront que de 674 millions d’euros.

On le constate, le MES, et M. Dijsselbloem en particulier, mène une politique d’humiliation systématique du gouvernement grec.

Rappelons que, depuis qu’elle applique les mesures d’austérité imposées par ses créanciers, la « Troïka » soit l’Union européenne, la BCE et le FMI, le PIB de la Grèce est revenu à son niveau de 2004. Les investissements (en capital fixe) sont descendus quant à eux sous leur niveau de 1996, autrement dit d’il y a 20 ans.

Graphique 1

Évolution du PIB et de l’investissement en capital fixe (à prix constants)

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Source : Elstat

La situation est d’ailleurs d’autant plus dramatique si l’on regarde les investissements par secteurs.

  • Dans l’industrie mécanique, on est au-dessous du niveau de 1997.
  • Pour les transports, au niveau de 1996,
  • Pour le logement bien en-dessous du niveau de 1996.

Non seulement on affame et l’on assassine le peuple grec aujourd’hui, mais on lui retire tous les moyens de pouvoir un jour se redresser.

Graphique 2

Evolution de l’investissement en capital fixe par activité (à prix constants)

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Source : Elstat

La situation de la Grèce est aujourd’hui à ce point dramatique que le FMI, qui en a pourtant vu d’autres, appelle les institutions européennes à autoriser les mesures prises par le gouvernement grec et à annuler une partie importante de la dette grecques.

Mais, rien n’y fait et n’y fera. Les institutions européennes n’ont de cesse que d’obtenir la chute du gouvernement Tsipras et conduisent à son égard une véritable vendetta politique.

Cela montre bien, s’il en était besoin, que la capitulation de juillet 2015 n’a servi à rien. Seule, une politique de rupture avec les institutions européennes, et avec l’Eurogroupe, pouvait permettre à la Grèce de retrouver un espoir.

Il n’y a pas d’avenir pour la Grèce si elle reste dans la zone euro, ni d’ailleurs pour les autres nations de l’Europe du sud.

Ce fut la responsabilité de Tsipras de refuser cela, et ce en dépit du mandat clair qu’il avait pu obtenir du peuple grec lors du référendum.

Mais, le fait d’avoir trahi son mandat ne l’a pas sauvé de la vindicte des institutions européennes.

Il faudra se souvenir de cela lors de l’élection présidentielle d’avril-mai 2017, et ne pas élire quelqu’un dont la main, au moment décisif, soit susceptible de trembler.

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[1] Godin R.ci-dessous


source/ https://russeurope.hypotheses.org/5517


2- Grèce : Le ton monte entre l’Eurogroupe & le gouvernement

Par Romaric Godin    15/12/2016

 

Les créanciers européens de la Grèce ont suspendu les mesures prises sur la dette la semaine passée pour répondre aux décisions sociales annoncées par Alexis Tsipras. Ce dernier est une nouvelle fois menacé d’une humiliation cuisante.

Alexis Tsipras aura donc dû boire le calice de l’humiliation jusqu’à la dernière goutte.

Six jours après avoir annoncé des mesures en faveur des retraités, avec notamment un treizième versement de 300 à 800 euros pour 1,6 millions de pensionnés grecs et la suspension du relèvement du taux de TVA dans les îles du Nord de la mer Egée, frappés par la vague migratoire, le Mécanisme européen de Stabilité (MES), vient d’annoncer le gel du « toilettage » de la dette décidé par l’Eurogroupe du 5 décembre dernier.

Un gel sans importance ?

« Les institutions sont arrivées à la conclusion que les actions du gouvernement grec semblent ne pas être en ligne avec nos accords », a indiqué un porte-parole du président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. Les créanciers européens avaient montré de la mauvaise humeur après les annonces d’Alexis Tsipras, qui ne les en avait pas informé. Cette décision de geler les mesures sur la dette ne portent qu’assez peu à conséquence puisqu’il ne s’agissait que de mesures « préventives » contre de futures hausses de taux. Une seule mesure concerne 2017 et concerne une prime de 2 % que doit verser Athènes sur une dette contractée en 2012. L’essentiel n’est évidemment pas là.

Décision politique

Légalement, la décision d’Alexis Tsipras n’est pas en cause. Le mémorandum d’août 2015 prévoit que la Grèce puisse disposer de 40 % des excédents supplémentaires dégagés par le pays.

Cet excédent supplémentaire en octobre 2016 s’élève à près de 3 milliards d’euros et les mesures prévues par le gouvernement grec ne sont que de 674 millions d’euros.

Les engagements comptables d’Athènes ne sont essentiels que s’ils correspondent aux niveaux prévus par l’accord et par l’Eurogroupe qui a reconnu que de tels niveaux assuraient la viabilité (fictive) de la dette grecque.

Elle est d’autant moins en cause que ces mesures sont socialement justifiables après les efforts du pays qui ont payé en termes budgétaires et les effets de la crise migratoire.

Dès lors, cette mesure de rétorsion n’est qu’une décision purement politique visant à désarmer entièrement le gouvernement grec, à annihiler toute prétention à une politique sociale et économique autonome, mais aussi à achever de détruire la crédibilité politique d’Alexis Tsipras et de Syriza.

Apparemment, les vieilles rancœurs politiques, qui avaient largement inspiré l’attitude des créanciers au cours du premier semestre 2015, ne sont pas éteintes.

Alexis Tsipras dos au mur

Reste qu’Alexis Tsipras est désormais dos au mur. Ce « gel » des mesures sur la dette annonce vraisemblablement un rejet de la conclusion de la seconde revue du programme, qui est en cours, et, partant, le gel du versement des fonds dont Athènes a absolument besoin avant l’été pour pouvoir honorer 6 milliards d’euros de remboursement de dettes.

Dans ces conditions, le premier ministre grec n’a le choix qu’entre une nouvelle humiliation et un retrait de son projet, et un bras de fer qui, tôt ou tard, débouchera sur une crise proche de celle de début 2015, avec une Grèce privée de fonds devant choisir entre la sortie de l’euro ou l’acceptation des conditions des créanciers.

Il peut aussi trancher le nœud gordien en appelant à de nouvelles élections, mais il est pratiquement certain de les perdre : Syriza accuse 17 points de retard sur les conservateurs de Nouvelle Démocratie (ND) dans le dernier sondage.

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 Vers l’humiliation

Comme cela s’est déjà vu plusieurs fois depuis dix-huit mois, sur les expulsions des résidences principales ou sur le principe de baisses automatiques des dépenses en 2018, une nouvelle humiliation est donc la voie la plus probable. Et comme toujours, les créanciers ne manqueront pas alors de relever leurs exigences, notamment en demandant une nouvelle réforme du marché du travail visant à réduire l’influence des syndicats.

La stratégie de Syriza semble plus que jamais avoir échoué.  En attendant, Alexis Tsipras joue ses dernières cartes en faisant voter au parlement le texte des mesures annoncées le 8 décembre afin de placer les conservateurs face à leurs responsabilités. ND devrait cependant voter en faveur des mesures, ce qui ne l’empêchera pas de blâmer une nouvelle défaite inévitable du gouvernement. Et de montrer son impuissance face aux créanciers.

Que veut l’Eurogroupe ?

Reste qu’il convient de s’interroger sur les méthodes de l’Eurogroupe, institution informelle mais devenue surpuissante, dominée par le ministre des Finances allemand et qui exerce une puissance quasi proconsulaire sur un État membre de l’UE et de la zone euro, la Grèce.

Cette hâte à geler des mesures sur la dette qui étaient fort timides et qui n’avaient été acceptées qu’avec réserves montre que la stratégie de l’Eurogroupe qui, rappelons-le, est le conseil d’administration du MES, vise à maintenir le joug de la dette sur la Grèce. On ne peut s’empêcher de penser que cette escalade vise, in fine, à expulser la Grèce de la zone euro. Wolfgang Schäuble ne s’en est pas caché voici quelques jours en demandant dans une interview à Bild Zeitung que la Grèce fasse les réformes ou sorte de la zone euro. A cela s’ajoute évidemment la campagne électorale allemande sous la pression des Eurosceptiques d’AfD auxquels la CDU d’Angela Merkel ne veut donner aucune occasion de blâmer sa politique européenne.

Où est la France ?

Reste alors une autre question :

pourquoi n’y a-t-il pas d’opposition suffisamment forte à l’Allemagne au sein de l’Eurogroupe pour mener une politique qui évite l’humiliation et maintiennent les rares avancées en matière de dettes ?

Autrement dit, pourquoi la France laisse-t-elle faire ?

François Hollande ne cesse pourtant de vanter son amitié avec la Grèce et son action pour « sauver la Grèce » en 2015. Il l’a encore répété lors de son discours de non-candidature. Le groupe des socialistes français du parlement européen protestent.

Mais dans l’Eurogroupe, depuis janvier 2015, la France est entièrement absente.

Elle laisse faire, se contentant de vouloir récupérer le « beau rôle » une fois la pièce jouée sans elle. Le problème est que, pendant ce temps, l’économie et la société grecques continuent de subir les effets d’une politique européenne qui s’entête dans une stratégie perdante pour la Grèce aujourd’hui, et pour les autres pays de la zone euro, qui perdront à coup sûr leurs créances demain.


Une réflexion au sujet de « 1414 – Grèce… la honte et la colère »

  1. MAIS QU’ ILS SORTENT BORDEL DE MERDE !! QU’ILS SORTENT DE CETTE MERDE D’UE : ILS ATTENDENT QUOI AU JUSTE ? D’ETRE TOTALEMENT MORT FINANCIEREMENT ? PUREE DE NOUS AUTRES !!

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